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Ruff'n'tumble
Année : 1993
Système : Amiga
Développeur : Wunderkind
Éditeur : Renegade Software
Genre : Action / Plate-forme
Par Tonton Ben (19 décembre 2005)
Le ton est donné : de l'action, et du style, sponsorisé par Ultra-byte, le sourire des stars vidéoludiques !Même le titre annonce la couleur.

Ahhh, les Bitmap Brothers... J'en vois qui frissonnent rien qu'en lisant ce nom ! Et ils ont raison, tant ces gens ont su sublimer l'Amiga et consorts, avec des monuments comme Xenon II, Gods, Speedball II, Magic Pockets, The Chaos Engine, Z... Mais en quittant Mirrorsoft, leur première boite d'édition, pour fonder Renegade Software en 1991, les Bitmap Brothers ont ouvert la porte à de jeunes équipes de développement talentueuses, comme Sensible Software et leur fameux Sensible Soccer, et Wunderkind, connu pour leur seul titre : Ruff ‘N' Tumble.

Dès les premiers niveaux, tout est fait pour que l'on s'habitue à la cadence.
Les ennemis possèdent généralement une bonne portée de tir.

Si le nom de Wunderkind n'a pas vraiment marqué le milieu, ses deux membres, Jason Perkins et Robin Levy, n'en sont pas à leur coup d'essai. Jason Perkins a participé en qualité de programmeur sur des titres C64 comme Gauntlet (1986), Avenger : Way of the Tiger II (1987), ou encore Apocalypse sur Amiga (1993), et graphiste sur Way of the TigerC64 (1986). Robin Levy, lui, a travaillé en tant que graphiste sur C64, principalement chez System 3, sur des jeux comme Armalyte (1988), Turbo Charge (1991), Last Ninja 3 (1991), et sur Amiga sur Fuzzball (1991), Putty (1992) et Myth : History in the making (1992).

Ruff ‘N' Tumble ne s'étend pas vraiment sur son scénario : Ruff Rogers, jeune garçon, part récupérer ses billes (oui, les mêmes que dans la cour d'école) à travers seize niveaux truffés d'ennemis et de pièges. Wunderkind ne s'est pas embêté à concevoir une quelconque introduction animée ; ici, on rentre tout de suite dans le vif du sujet, à savoir un run and gun nerveux et difficile.

À l'approche de la lave, l'ensemble de l'écran bénéficie d'une colorisation rouge.
Le premier boss est magnifiquement dessiné et animé.

Car le p'tit Ruff Rogers, pour se défendre, dispose d'un... pistolet à eau ? À bouchon ? Àsaucisses de Francfort ? Pas du tout. Il n'y va pas par quatre chemins, le Ruff Rogers, il blaste à la mitraillette ! Et encore, il ne s'agit que de son arme de base. Le héros disposera rapidement, et dans le désordre, d'un lance-roquettes, d'un lance-flammes, d'un fusil à protons ou d'un fusil laser ! Un système de munitions intéressant vient corser l'affaire, puisque le magasin de la mitraillette s'épuise lors de son utilisation, et se recharge au repos ; en conséquence, lors de tirs nourris, la cadence de tir peut dangereusement s'affaiblir. Les armes bonus, lorsqu'elles sont ramassées, remplacent la mitraillette. Une fois épuisées, si elles ne sont pas ravitaillées par des capsules Power, elles disparaissent. Attention, même au repos, celles-ci continuent de se vider !

Voici l'exemple type d'un passage tendu, entre saut, esquive, et attaque.
Ce cousin de l'ED-209 n'est pas un boss, mais sa résistance est hallucinante.

Ruff Rogers n'aura d'ailleurs rien d'autre à balancer sur les adversaires : contrairement aux autres ténors du genre, il n'y a pas de super bombe dans Ruff ‘N' Tumble ! Seule consolation, Ruff Rogers pourra tirer dans toutes les directions, exceptée la verticale basse. Wunderkind mise tout sur la qualité régulière du joueur et sur sa capacité à gérer les assauts, sans artifices de secours. Et du monde à dégommer, il y en a ! Dans la catégorie robots, je veux tout ce qui tire, qui explose, et qui sort de générateurs à monstres. Le design des bestioles est soigné, et leurs animations terriblement détaillées ! Les boss de fin de monde, imposants et très bien réalisés, seront à même de changer du menu fretin, qui donne déjà pas mal de fil à retordre.

Quelques aventures aquatiques nerveuses viennent varier l'action.
Trouver le bon tempo pour grimper là-haut et les dégommer...

Petit rappel du sacro-saint schéma de construction d'un jeu des Bitmap Brothers : J = M4N4, soit 1 Jeu = 4 Mondes x 4 Niveaux. À croire qu'ils ont même réussi à imposer cette charte de développement aux équipes tiers. Et Ruff ‘N' Tumble n'y échappe pas, puisque Ruff Rogers devra parcourir dans l'ordre cette fois-ci la forêt, les grottes, le complexe technologique et le château, découpés en quatre niveaux chacun, et ponctué par les boss. Chaque niveau contient une sortie, et des billes de couleur rouge, bleu et vertes ; un quota défini de ces billes doit être ramassé afin d'activer la fameuse sortie. Et bien sûr, les parcours sont loin d'être linéaires, les qualités d'orientation du joueur seront mises à dure épreuve. Histoire de rajouter encore à la difficulté, signalons la présence de pièges mortels, de portes verrouillées à clé, et de passages à faire exploser. Entre ces éléments et les bestioles agressives... des passages purement plates-formes, bien sûr !

Un contact avec les arcs électriques, et une vie saute !
Les derniers niveaux demandent des nerfs d'acier.

Ruff ‘N' Tumble, c'est tout ça : un équilibre incroyablement dosé entre le run and gun, l'exploration, et les plates-formes, sans aucun temps mort. Et le plus fort, c'est que l'on arrive sans peine à ressentir le travail fourni par les développeurs sur la conception même du jeu et de ses éléments : les niveaux sont vraiment travaillés, il n'y pas de passages ennuyeux qui n'existent que pour rallonger la durée du soft. Ruff ‘N' Tumble s'affirme volontairement comme un jeu, juste un jeu, sans habillage factice de séduction, sans fioritures. Et de fait, il s'adresse aux vétérans du genre : dans la grande tradition des jeux d'action Amiga, Ruff ‘N' Tumble est incroyablement dur. Les fans de la série Turrican y prendront un pied certain ; les moins combatifs risquent d'être vite dégoûté par sa difficulté.

Le troisième niveau n'est pas en reste, apprenez bien ses techniques d'attaque.
Attention aux dérapages sur la glace !

Mais Ruff ‘N' Tumble ne manque pourtant pas d'atouts pour leur plaire. Si le jeu est dépouillé de transitions scénaristiques, ceci ne signifie pas pour autant que sa réalisation ait été bâclée. Et sincèrement, la réalisation, elle défonce ! L'Amiga, une fois de plus, a été poussé dans ses retranchements : les graphismes sont magnifiques, dans un style que l'on trouvera parfois proche des productions Bitmap Brothers, un gage de qualité. La palette de couleurs de la machine de Commodore est exploitée à son maximum, et servent un dessin très fin et très fourni. L'animation est sans faute, aussi bien celle des sprites, décomposée au maximum, que celle du scrolling, rapide et fluide. Le tout est accompagné de bruitages excellents, même en l'absence de voix digitalisées, et surtout de thèmes musicaux nerveux de très haute qualité, Amiga oblige !

Le boss final, à l'esthétique surprenante, n'a de cesse d'esquiver les tirs de Ruff Rogers.
Il n'est pas bô mon héros ?

Voilà, c'est aussi simple que cela : Ruff ‘N' Tumble est un jeu Amiga, un vrai. Réalisation impeccable sur tous les plans, même sur les temps de chargement de ses deux disquettes, immersion immédiate dans l'action, et... difficulté très élevée. Trois vies de trois cœurs chacune, le joueur est livré à lui-même, avec des moyens limités : bienvenue dans la grande époque où l'on se sent parfois tout nu face à l'impossible, cette période dont Shadow of the Beast en porte peut-être le mieux l'idéologie. Mais jamais le joueur ne pourra pester contre la jouabilité de Ruff ‘N' Tumble, calibrée au poil, avec une maniabilité répondant au quart de tour, très peu d'inertie, et avec des sauts qui ne poussent pas au suicide au fond de chaque ravin rencontré. Un must have !

En bonus, pour les plus curieux, l'historique de Jason Perkins et de Robin Levy jusqu'à leur travail personnel sur Ruff ‘N' Tumble (source : www.the-legacy.de) :

Jason Perkins (programmeur) :
1983: Crazy Caveman (Commodore C64/128)
1983: Orange Squash (Commodore C64/128)
1983: Maggotmania (Commodore C64/128)
1985: Frak! (Commodore C64/128) [programmation + graphismes]
1985: Thing on a Spring (Commodore C64/128)
1985: Monty on the Run
1986: Jack: The Nipper [programmation + graphismes]
1986: Gauntlet
1986: Way of the Tiger, The [programmation + graphismes]
1987: Deflektor
1987: Avenger: Way of the Tiger II (Commodore C64/128)
1987: Coil Cop (Commodore C64/128)
1989: Dominator
1990: Time Machine
1993: Apocalypse (Amiga 500/600 (OCS/ECS))
1994: Ruff 'N' Tumble (Amiga 500/600 (OCS/ECS))

Robin Levy (graphiste) :
1987: Hunter's Moon (Commodore C64/128)
1988: Armalyte (Commodore C64/128)
1988: Hawkeye
1989: Citadel (Electric Dreams) (Commodore C64/128)
1991: Last Ninja 3: Real Hatred is Timeless
1992: Myth: History in the Making (Amiga 500/600 (OCS/ECS))
1994: Putty (Amiga 500/600 (OCS/ECS))
1994: Ruff 'N' Tumble (Amiga 500/600 (OCS/ECS))
Tonton Ben
(19 décembre 2005)
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