
WinUAE est devenu
le n°1 incontesté des émulateurs Amiga
(voir page Download). La version 0.8.21 a la particularité
de mettre fin à des années de frustration pour les anciens possesseurs
d'Amiga qui n'ont plus accès leur micro préféré. Leander tourne enfin sans le moindre bug (jusque là, la détection des collisions
de sprites ne fonctionnait pas). C'est l'occasion de revenir sur ce jeu magnifique.
Un scénario
d'une originalité à toute épreuve

La princesse
Luccana a été enlevée par le perfide et puissant Thanatos.
Vous êtes Leander, le chef de la garde royale qui aime en secret la princesse.
Après que le roi vous ait appris que cet amour, contre toute attente, est
réciproque, vous ne pouvez refuser la mission qu'il vous confie : traverser
les trois mondes gouvernés par Thanathos et infestés de créatures
à sa solde, le vaincre, ramener la princesse et étudier de près
le contrat de mariage avant de prononcer le « oui » fatidique.

Si le scénario
est classique, le gameplay l'est encore plus. Le charme de Leander réside
avant tout dans sa réalisation et son ambiance. Il s'agit d'un mélange
de beat'em'all et de jeu de plates-formes, qu'on peut comparer à Strider
(pour l'armement du héros, un épée qui fouette les ennemis
et laisse une traînée furtive derrière elle) et à Rastan
Saga (pour le feeling global du jeu).
Il y a au total 22 niveaux, chacun des 3
mondes comprenant 7 niveaux, auxquels vient s'ajouter le combat final contre Thanatos.
Le scrolling défile dans les quatre directions, et les décors vastes
permettent des phases d'exploration qui évitent l'aspect bourrin d'un simple
jeu d'action. À chaque niveau correspond un objectif simple, expliqué en
préambule par de jolies sirènes (dépêchées par
le père de la princesse pour vous aider). En général il s'agit
de trouver un objet et de gagner la sortie du niveau, la réussite nécessitant
bien sûr de parcourir la totalité du décor. Les ennemis sont
très nombreux et changent à chaque monde. Cela va du simple garde
à des créatures mutantes, comme des araignées géantes,
en passant par des pièges très vicieux. Leander peut ramasser divers
objets lui permettant d'améliorer la puissance de son épée
ou de restaurer son énergie.

Il possède
une armure, dont la couleur change en fonction de sa résistance. Elle peut
être mauve, rouge, verte, bleue, dorée ou noire sur un échelle
de résistance allant de 1 à 6 coups ou collisions avec l'ennemi
encaissés. Au départ elle est bleue et on peut donc l'améliorer.
Cela s'avère indispensable car les collisions avec les ennemis sont nombreuses.
Ceux-ci suivent un parcours prédéfini, ou se précipitent
vers le héros, et il est difficile de les éviter, Leander ayant
une certaine inertie dans ses déplacements. Des coups spéciaux très
destructeurs sont possibles en gardant le bouton de tir appuyé. Une jauge
indique alors la puissance du coup. Si on la laisse atteindre son maximum, il
s'agit d'un coup suicide qui fait beaucoup de dégâts mais provoque
la perte d'une vie. Les niveaux sont également parsemés de boutiques
dans lesquelles, il est possible d'acheter des armes ou améliorer son armure,
en échange de pièces ramassées un peu partout.

Compte tenu de
la grande étendue du jeu, des mots de passe permettent de commencer la
partie au premier, deuxième ou troisième monde, et un nombre limité
de continues sont disponibles.
Et l'Amiga devint console
On a là
affaire à un jeu sorti à une époque ou l'Amiga 500 est en
fin de carrière et commence à céder sa place, en tant que
machine de jeux, aux consoles 16-bits, porteuses de nouvelles sensations video-ludiques.
Le but des développeurs de Leander fut manifestement de contrecarrer cette
tendance. On comprendra alors aisément pourquoi on a à ce point
l'impression, en y jouant, d'être en train de tester un jeu sur Megadrive.

La réalisation
graphique s'inspire grandement du style japonais, en dépit d'un scénario
qui fait vaguement référence à la mythologie grecque. L'intro
du jeu, époustouflante, montre Leander se précipiter sur son ennemi,
l'air vindicatif et l'épée en avant, pendant que le décor
défile à toute vitesse derrière lui. Ce genre de plan renvoie
directement aux dessins animés japonais des années 80, et bien sûr
nombre de jeux sur NEC PC Engine ou Megadrive.
De même,
pendant le jeu, pratiquement tout évoque ce qui se fait sur consoles 16-bits.
Le feeling est très différent des jeux Amiga ou ST
auxquels on avait été habitué. L'animation des innombrables
personnages (il y a parfois 60 sprites à l'écran, un exploit sur
Amiga qui explique la difficulté à faire fonctionner le jeu en émulation)
et le scrolling multi-directionnels sur deux plans ne souffrent pas du moindre
ralentissement et sont d'une totale fluidité (50 images/secondes comme
Shadow of the Beast ou Turrican).
La maniabilité du héros est parfaite, très instinctive, et
la jouabilité est irréprochable. Finir le jeu est un challenge qui
prend beaucoup de temps mais s'avère tout à fait possible. La conception
des niveaux est parfaite dans les deux premiers mondes, mais le troisième
est un peu plus laborieux et on apprécie d'en voir à la fin. Les
trois boss qui marquent la fin des mondes sont superbes et doivent être
bien étudiés pour en déceler les points faibles.

Les graphismes
sont absolument splendides, mais manquent un peu d'éclat dans leurs couleurs.
Cela est probablement dû au fait que les développeurs ont utilisé
une palette réduite pour économiser de la mémoire vidéo
et se permettre une telle débauche d'animations. Celle du héros
est parfaite et lui donne fière allure, de même que certains ennemis
sont énormes et superbement dessinés.
La bande sonore est un véritable enchantement
et joue un grand rôle dans la nostalgie que suscite ce jeu, même si
une fois de plus il faut choisir entre la musique et les effets sonores, l'Amiga n'étant pas en mesure de jouer les deux en même temps. Le thème
musical qui illustre la séquence d'intro précédemment décrite
fait ainsi partie des classiques du mod Amiga, et celui qui accompagne l'action
dans le premier monde, doux, mélancolique et très médiéval,
est totalement à contre-courant de ce qu'on entend habituellement dans
ce type de jeu.
On se laisse
bercer par la musique, et on déguste des yeux des scrollings et des sprites
qui baignent dans l'huile. Si tout ça évoque quelque chose pour
vous, vous adorerez Leander, ou vous l'avez adoré.
L'ombre de
la Bête
Toutes ces qualités
font de Leander, fin 1991, un jeu inespéré pour les possesseurs
d'Amiga amateurs de bons jeux de plates-formes qui sentent leur machine proche de
l'obsolescence. Une fois de plus, c'est de Psygnosis que vient le salut. En découvrant
le jeu et ses graphismes typiques de la firme au hibou, on ne manque pas de penser
que ces messieurs de Reflections, auteurs sur Amiga de Shadow
of the Beast et Awesome, ont encore frappé, et que Roger
Dean est de la fête.
Surprise : si
la bande son est bien l'oeuvre des frères Wright (qui ne sont pas des pionniers
de l'aviation mais les auteurs des musiques de Awesome, Beast 2
et Beast 3), on doit le développement du jeu à des petits
nouveaux : Travellers Tales, alias (à l'époque) Andy Ingram et Jon
Burton. Par la suite, ce duo deviendra un studio de développement
et travaillera beaucoup sur Megadrive, Saturn, Playstation et Dreamcast, pour
le compte de Disney - Toy Story Racer (2000), Toy Story 2 (1999),
A Bugs Life (1998), Buzz Lightyear of Star Command (2000), Rascal
(1998), Toy Story (1995) et Mickey Mania (1994) - ainsi que pour
Sega, toujours sur Saturn - Sonic R (1997), Sonic 3D (1997), voir le
dossier Sonic. Tout récemment, ils se sont
fait remarquer avec Crash Bandicoot: The Wrath of Cortex sur Playstation
2 et Xbox, et surtout la série Lego Star Wars, succès monumental
édité par LucasArts.

Legend of Galahad (conversion de Leander sur Megadrive) et Crash Bandicoot: The Wrath of Cortex (production postérieure
de Traveller's Tales)
Une poursuite
de carrière honorable, donc, mais pas aussi brillante que ne l'avait laissé
espérer ce Leander proche de la perfection. La société Travellers
Tales est aujourd'hui installée dans une ancienne ferme de Knutsford, près
de Manchester, et compte une trentaine d'employés.
À noter qu'une suite fut prévue, intitulée
Tigrander, mais on n'en vit jamais la couleur, probablement à cause
de la lente disparition de l'Amiga à partir de 1992 (qui n'est toujours
pas totale, d'ailleurs). Par ailleurs, le jeu a été adapté
sur Megadrive, par Electronic Arts, et vendu sous le titre stupide de Legend
of Galahad. Cette version est strictement identique à l'original sur
Amiga sur le plan graphique (mises à part les couleurs d'armures qui ont
disparu et le héros devenu blond), et les musiques ne souffrent pas trop
du passage sur le processeur sonore si controversé de la 16-bits Sega,
d'autant que cette fois elles cohabitent avec les effets sonores. Le peu de retentissement
de Galahad à sa sortie, alors qu'il fut un évènement sur
Amiga, fait que ce jeu reste pour les fans de l'ordinateur féminin totalement
associé à leur machine. Il faut dire aussi que de bons jeux de plates-formes
sur Megadrive, il y en avait des tas.
Conclusion
Soyons clairs
: Leander n'est pas un sommet de l'histoire des jeux vidéo, mais c'est
un vrai jeu d'action/plates-formes de qualité qui tient une place à
part dans la ludothèque de l'Amiga, et tout amoureux de cette machine ne
peut que s'en souvenir, d'autant qu'il n'est sorti sur aucun autre système.
La plupart des adaptations sur Amiga des succès de la SuperNES
qui sont sortis par la suite (Mr Nutz, Adams
Family) sont bien moins réussies et ne font que montrer les limites
de la machine. On le recommandera aussi aux amateurs de Shadow of the Beast,
dans la mesure où il en égale presque la beauté graphique
et sonore, tout en étant beaucoup plus jouable et intéressant.
Si vous désirez
tenter l'expérience, il vous faut au moins la version 0.8.17 de WinUAE,
mais la 0.8.21 est recommandée (voir page download), car elle élimine
les derniers petits bugs d'affichage sur le sprite du héros. Leander a
fait l'objet de toute l'attention des développeurs de cet émulateur,
afin de répondre à une forte demande qui démontre combien
ce jeu est resté dans les mémoires. Il existe deux versions : la
version disquettes (3 fichiers ADF), ou la version HD. Cette dernière est
disponible sur le site de Amiga in a Box (AIAB). Pour ceux qui ne connaissent
pas, AIAB est un ensemble de fichiers de configuration permettant de travailler
sous émulation Amiga (avec WinUAE) avec un environnement graphique dont
la qualité est équivalente à celle de Windows ou du MacOS.
Il est alors possible (entre autres) de simuler la présence de disques
durs Amiga et donc d'installer cette version de Leander, qui affranchit le joueur
des changements de disquettes. Tout est très bien expliqué sur le
site officiel d'AlAB : http://aiab.emuunlim.com
Si vous n'êtes
pas convaincu que le jeu vaut la peine d'être essayé, laissez vous
au moins tenter par les musiques au format mod (musique d'intro et du niveau 1)
que nous vous fournissons.
Laurent
Téléchargement
:
Musiques de
Leander (Intro et niveau 1, format MOD, à lire avec Winamp)