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Mr. Nutz
Année : 1994
Système : Amiga, Game Boy, GBA, GBC, Megadrive, SNES
Développeur : Ocean
Éditeur : Ocean
Genre : Plate-forme / Action
Par Laurent (28 novembre 2000)

Voir également notre interview de Pierre Adane, créateur de MrNutz.

Mr. Nutz, sorti en 1994 chez Ocean et développé par les français Pierre Adane (game design et programmation), Philippe Dessoly (graphismes) et Raphael Guesca (musiques), est un des gros hits occidentaux de l'histoire de la Super NES. Il s'agit d'un jeu de plate-forme en 2d, genre de prédilection de la console (du moins dans sa ludothèque européenne), dans lequel vous incarnez un petit écureuil qui aurait pu devenir une des mascottes de Nintendo (d'ailleurs Conker, apparu sur N64 quelques années plus tard, lui ressemble un peu, du moins physiquement). Réussir ce genre de personnage, lui donner le petit plus qui fait qu'on s'en souvient au milieu de tous les autres, est un art difficile qui est ici parfaitement maîtrisé.

Mr. Nutz, comme tous les écureuils, est un être pacifique, rêveur, naïf et souriant, très agréable en société, qu'on aime avoir à sa table (d'autant qu'il ne mange que des noisettes). Allez savoir pourquoi, des tonnes de créatures, pourtant d'apparence inoffensive, comme des pommes, des porcelets en couche-culotte ou des chenilles, lui en veulent et on décidé qu'il ne traverserait pas la forêt. A vous de l'aider à éviter tous ces dangers en sautant dûment sur leur tête pour les éliminer ou en leur lançant des noisettes ramassées ça et là, et dont vous vous retrouverez souvent à cours.

Bien que ne possédant pas le grain de folie qui anime les productions japonaises de son époque, Mr. Nutz est un jeu charmant. Le challenge est très relevé (surtout par la longueur et le nombre des niveaux) et l'option continue vous laisse tomber dès que vous arrêtez la console, aucun système de mot de passe n'ayant été prévu (MAJ : il y en a un sur la version Mega Drive). Ce défaut, qui renvoie à l'époque du premier Mario sur NES est tout de même assez agaçant. Dans la mesure ou la SNES a été conçue pour affranchir le joueur des contraintes techniques de sa grande soeur, voir revenir des problèmes qui avaient été résolus sur cette dernière (dans les deux premiers Zelda notamment) est plutôt inacceptable.

La maniabilité du héros est parfaite, comme d'habitude sur la 16-bits de Nintendo, et la responsabilité de chaque vie perdue vous incombe, les obstacles étant tous franchissables sans échec si l'on mémorise parfaitement les mouvements à exécuter. Les derniers niveaux, du reste, misent avant tout sur le par-coeur et la répétition, ce qui les rend effroyablement difficiles et frustrants.

Comme dans tout bon jeu de plate-forme, des zones secrètes existent, accessible en sautant dans le vide, une plate-forme apparassant alors miraculeusement. Les graphismes sont splendides du début à la fin, dans un style très Disney (surtout pour les mimiques de Mr. Nutz), et les musiques sont agréables et inspirées, ce qui est bienvenu dans la mesure où, les niveaux étant très longs, on les entend boucler de très nombreuses fois. Les décors, très variés, vont d'une forêt magnifique à des contrées prises dans les glaces, en passant par une cuisine ou une salle de bain et l'intérieur de leur plomberie.

Mr. Nutz a eu un succès considérable à sa sortie, mais n'a engendré aucune suite, son éditeur Ocean préférant se concentrer sur des licences cinéma (Addams Family, Jurassic Park).

Le jeu a été aussi adapté (par les mêmes développeurs) sur Mega Drive, quelques mois après sa sortie, ainsi que sur Game Boy, cette dernière version épurée étant (ma foi) d'un excellent niveau. Il existe aussi une version Amiga, mais totalement différente de l'original, assez curieusement. MrNutz y a toujours la même apparence mais il se déplace à toute vitesse, dans des décors qui n'ont rien à voir avec ceux des autres versions, et semble viser la clientèle de Sonic. Cette version, qui est en fait un tout autre jeu, voit hélas sont intérêt ruiné par des accès disquette incessants. C'est le studio allemand Neon qui l'a réalisée et sa qualité graphique est excellente, très proche du jeu sur SNES (mis à part le nombre de couleurs affichées).

Mr. Nutz sur Amiga

Une preuve indiscutable de l'importance de Mr. Nutz dans l'histoire des consoles Nintendo est la version GBA sortie fin 2003 chez Atari (conversion réalisée par le studio Dream On). Dotée de beaucoup plus de niveaux (une trentaine), elle reprend les graphismes de l'original, avec comme d'habitude une petite restriction sur la surface affichée.

Mr. Nutz sur GBA

Son succès commercial aidant, la cartouche SNES n'est pas difficile à trouver pour un bon prix. Vous pouvez l'acheter les yeux fermés, mais encore une fois c'est un des jeux de plate-forme les plus difficiles de la console. L'absence de sauvegarde est vraiment une erreur regrettable et risque de vous cantonner aux 5 premiers niveaux pendant la plupart des parties. Heureusement ceux-ci sont si longs, beaux et bourrés d'idées visuelles attachantes que le voyage en vaut largement la peine.

Laurent
(28 novembre 2000)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Avis contradictoire de Twipol (07/05/2003) :

Ayé, j'ai terminé Mr Nutz (version SNES, en émulation) et en fin de compte, il m'a franchement laissé sur ma faim.

Au début, j'étais complètement tombé sous le charme de l'atmosphère du premier monde, celui de la forêt, surtout la partie nocturne, mais je n'ai quasiment jamais retrouvé cette magie par la suite, sauf peut-être, dans un autre style, dans le monde de la maison avec les tuyauteries (enfin là c'est subjectif). En fait, ce jeu est dans son ensemble très classique et linéaire. Manque de bol, c'est dans les deux derniers mondes, franchement bâclés, que cet aspect est le plus flagrant. J'avance, je saute, j'évite un ennemi, je saute, j'avance, je bute un ennemi... Les événements venant troubler la monotonie sont rares.

Terminer Mr Nutz n'est pas une mince affaire, pourtant il n'y a presque jamais rien d'extravagant à accomplir. Le challenge de Mr Nutz réside dans la motivation nécessaire à répéter inlassablement ses gammes à chaque perte de vie, puisqu'il n'y a aucun checkpoint, et donc à parvenir à se montrer toujours un minimum concerné en dépit de la répétitivité des parcours proposés. A tel point que pour en finir une bonne fois pour toutes, j'ai traversé le dernier monde à grands coups de save states, et ceux sans le moindre scrupule : il ne s'agissait pas de préserver mes vies mais de pouvoir torcher le truc sans trop s'appliquer. J'ai bien fait, puisque dans ce dernier monde, il ne se passe toujours rien de folichon. Reste que le dernier boss est probablement à se frapper la tête contre les murs si on n'utilise pas - cette fois comme un malpropre, je l'avoue - les save states.

Alors voilà, Mr Nutz, c'est très joli, mais son gameplay d'un classicisme et d'une linéarité absolus m'a plongé dans un ennui de plus en plus profond qui a pour moi dissipé tout le charme des premiers instants. Je voudrais donner un petit contre-avis à l'article de Laurent. Je ne suis pas un grand spécialiste des jeux de plate-forme Super NES (j'avais une Megadrive à l'époque), mais j'ai l'impression qu'en 1993 il y avait déjà de très bon jeux peut-être moins impressionnants graphiquement mais plus excitants dans leur gameplay (ne ce serait-ce que Super Mario World tout simplement). En tous cas, je pinaille peut-être un peu car ils sont sortis peu de temps avant DKC, mais il me semble qu'Earthworm Jim et Mickey Mania (que j'avais "fait" sur MD à l'époque, même si j'aime pas Mickey) surpassaient déjà Mr Nutz.

Je veux pas casser l'ambiance mais j'ai été trop marqué par la banalité de ce jeu pour ne pas devenir perplexe, finalement, en relisant l'article de Lolo ! C'est pourquoi je tenais à vous soumettre ce point de vue et à connaître celui des autres. Voilà voilà.
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