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Iron Lord
Année : 1989
Système : Amiga, Atari ST, C64, PC (DOS), ZX Spectrum
Développeur : Ubisoft
Éditeur : Ubisoft
Genre : Aventure / Action / Wargame
Par Laurent (09 novembre 2001)

Merci à Laurent Soen pour son aide

La french touch en matière de jeu vidéo se définit souvent par deux particularités : un grand soin apporté à la réalisation et une tendance à l’expérimentation qui donne parfois des résultats contestables en matière de jouabilité. Iron Lord, une des toutes premières productions Ubi Soft, ne fait pas exception à la règle en mélangeant un peu tous les styles, avec plus ou moins de bonheur. Ce jeu, qui a connu une phase de développement chaotique, est une sorte d’hybride aventure / RPG / action / wargame, ambitieux, dont la sortie fut maintes fois retardée pour cause d’inflation du cahier des charges (le jeu occupe 6 disquettes sur ST, énorme pour l'époque).

Le royaume vert était une contrée prospère vivant en paix sous le règne du roi Tibor, qui attendait tranquillement que son fils grandisse pour lui confier sa succession. Une nuit, Zolphar, frère de Tibor exilé depuis des années à la suite d’un complot visant à s'emparer du trône qui a échoué, fait son retour alors qu’on le croyait mort. Les deux frères se réconcilient, mais Zolphar, usant d’une diabolique magie, tue Tibor et lève une armée de démons contre celle du royaume. Le capitaine Maltholm parvient à s’enfuir alors que ses soldats ont été décimés par les créatures, et sauve la vie du fils du roi. Durant les années qui suivent, alors que Zolphar est parvenu à ses fins et dirige le royaume, Maltholm forme l’enfant au combat. Devenu adulte, il lui donne pour mission de venger son père, lever une armée et tuer Zolphar. Vous êtes ce soldat formé selon le code d’honneur des Iron Lords.

La carte en version ST et C64.

Le but du jeu est de convaincre la population du royaume de rejoindre votre armée, vaincre les démons qui protègent Zolphar, et l’affronter seul à seul dans son château. Cette quête se déroule en plusieurs parties, proposant chacune un style de jeu différent. La première partie relève du jeu d’aventure. Vous devez parcourir le royaume, ses forêts et ses villages, en quête de soldats. Le royaume est représenté par une carte, sur laquelle on peut cliquer sur différents lieux. Les villages peuvent être visités, et on peut y dialoguer avec la population. Dans un coin de l'écran, une petite vue de dessus permet de se déplacer. Il est aussi possible de participer à diverses activités, ce qui donne lieu à des phases d’action particulièrement réussies qui firent leur petit effet lorsque le jeu sortit.

On peut ainsi se présenter à un concours de tir à l’arc ou, une fois entré dans une taverne, y jouer aux dés et défier des hommes au bras de fer. Le tir à l’arc est très amusant, quoique plutôt difficile, et le bras de fer est un challenge terrible. On se retrouve à agiter son joystick, comme dans une partie de Decathlon, alors que quelques minutes plutôt on était en plein jeu d’aventure. Ce mélange rappelle celui réussi par Defender of the Crown, de Cinemaware, mais Iron Lord propose une quête beaucoup plus longue et difficile. Il est aussi possible de combattre à l’épée, ce qui est plutôt risqué.

Toutes ces phases peuvent vous aider à acquérir des galons de meneur d’homme et vous faire connaître, en vue de lever une armée. Lorsque celle-ci est suffisamment conséquente, il faut retourner au château de départ (le seul endroit où l’on peut sauvegarder la partie) et sélectionner l’option de déclaration de guerre. On entre alors dans la deuxième phase du jeu, celle de la bataille contre les armées de Zolphar, et le gameplay change. Il s’agit d’un mini wargame au tour par tour, dans lequel vous gérez les déplacements de vos troupes et les attaques. Il est possible de programmer jusqu’à 7 déplacements de troupes par tour, et à certains endroits de la carte des rations sont présentes qui permettent de retrouver l’énergie perdue au combat.

Intérieur d'un village (version Amstrad CPC)

En cas de victoire n’imaginez pas que c’est terminé, car il faut maintenant affronter Zolphar et intégrer les données d’un autre mode de jeu. Vous vous retrouvez dans un labyrinthe vu de dessus. Il faut retrouver la sortie de six labyrinthes (ou plus selon les versions du jeu) avant le combat final contre Zolphar. Entre chaque labyrinthe, il y a une phase d’action à franchir. Cette ultime partie du jeu est obscure car je ne suis jamais arrivé jusque là et il est très difficile de trouver toute information sur le jeu. En effet, Iron Lord n’est jamais sorti ailleurs qu’en France, en raison de son insuccès, sauf la version PC, mais sans grandes retombées.

Les sites rétro français ayant pour la plupart oublié ce jeu, on n’en saura guère plus. Il est tout de même important de signaler que la version 16-bits, réalisée par Orow Mama et Yvan Jacquot, a pris tant de retard dans son développement que lorsque les versions 8-bits ont été commencées, leurs développeurs respectifs ont été obligés d'improviser et ajouter des niveaux de leur cru. Ainsi, Laurent Soen, auteur de la conversion sur Amstrad CPC (avec l'aide de Clement Gregory pour le son), a-t-il du réécrire tous les dialogues, améliorer les animations des personnages et redessiner la police de caractère (ces ajouts ont été reportés sur la version PC sortie ultérieurement). Il a par ailleurs réalisé une version CPC en anglais qu'UBi Soft n'a jamais commercialisée. Quand à la version C64, elle est l'oeuvre de Franck Sauer et Yann Robert (futurs développeurs d’Outcast). Iron Lord est donc un jeu qui diffère considérablement selon les versions, et on peut reconstituer l'ordre chronologique de leur développement d'après les éléments supplémentaires que chacune comporte.

Iron Lord montre, par son échec commercial en dépit de l’effort considérable qu’il a représenté pour ses différents auteurs, qu’il n’est pas forcément fructueux de trop mélanger les genres. Quelques phases d’action ponctuant un jeu d’aventure passionnant, c’est un plus, mais changer ainsi du tout au tout à chaque chapître du jeu, c’est déroutant. C’est dommage, car en plus de graphismes magnifiques qui figuraient parmi les plus beaux jamais vus sur ST au moment de la sortie, le jeu est très soigné dans tous ses aspects. Les phases d’action sont très bien réalisées, jouables et amusantes, les personnages rencontrés sont variés et la carte du royaume est très belle, avec une animation montrant un cavalier au galop à chaque déplacement, idée qui sera reprise dans The Lost Files of SherlockHolmes : The Case of the Serrated Scalpel.

Image d'introduction (version C64)

Iron Lord est méconnu aujourd’hui mais à permis de lancer la carrière de Franck Sauer et Yann Robert. Ceux-ci se sont par la suite illustrés avec Unreal (d'Ubi Soft, à ne pas confondre avec le FPS de Digital Extremes), un magnifique jeu sur Amiga qui de nouveau propose diverses phases (plate-forme, course de dragon en 3d), et ont atteint leur sommet (pour l'instant), en dirigeant le projet Outcast pour Infogrames, un jeu cette fois unanimement acclamé pour sa réalisation comme pour son intérêt.

Laurent
(09 novembre 2001)