
Merci à Laurent Soen pour son aide
La "french touch" en matière
de jeu vidéo se définit souvent par deux particularismes : un grand soin apporté
à la réalisation et une tendance à l’expérimentation qui donne parfois des
résultats contestables en matière de jouabilité. Iron
Lord, une des toutes premières productions Ubi Soft, ne fait pas exception à la règle
en mélangeant un peu tous les styles, avec plus ou moins de bonheur. Ce
jeu, qui a connu une phase de développement chaotique, est une sorte d’hybride aventure / RPG /
action / wargame ambitieux, dont la sortie fut maintes fois retardée pour cause d’inflation du
cahier des charges (le jeu occupe 6 disquettes sur ST, énorme pour l'époque).
Le royaume vert était une contrée
prospère vivant en paix sous le règne du roi Tibor, qui attendait tranquillement que son
fils grandisse pour lui confier sa succession. Une nuit, Zolphar, frère de Tibor exilé depuis
des années à la suite d’un complot visant à s'emparer du trône qui a échoué,
fait son retour alors qu’on le croyait mort. Les deux frères se réconcilient, mais Zolphar,
usant d’une diabolique magie, tue Tibor et lève une armée de démons contre celle
du royaume. Le capitaine Maltholm parvient à s’enfuir alors que ses soldats sont décimés
par les créatures, et sauve la vie du fils du roi. Durant les
années qui suivent, alors que Zolphar est parvenu à ses fins et dirige le royaume, Maltholm
forme l’enfant au combat. Devenu adulte, il lui donne pour mission de venger son père, lever une
armée et tuer Zolphar. Vous êtes ce soldat formé
selon le code d’honneur des "Iron Lords".

La carte en version ST et C64.
Le but du jeu est de convaincre la population
du Royaume de rejoindre votre armée, de vaincre les démons qui protègent Zolphar,
et l’affronter seul à seul dans son château. Cette quête se déroule en plusieurs
parties, proposant chacune un style de jeu différent. La première partie relève du
jeu d’aventure. Vous devez parcourir le royaume, ses forêts et ses villages, en quête de soldats.
Le royaume est représenté par une carte, sur laquelle on peut cliquer sur différents
lieux. Les villages peuvent être visités, et on peut y dialoguer avec la population. Dans
un coin de l'écran, une petite vue de dessus permet de se déplacer. Il est aussi possible
de participer à diverses activités, ce qui donne lieu à des phases d’action qui constituent
l’aspect le plus réussi du jeu.
On peut ainsi se présenter à un concours de tir à l’arc
ou, une fois entré dans une taverne, y jouer aux dés et défier des hommes au bras
de fer. Le tir à l’arc est très amusant, quoique plutôt difficile, et le bras de fer
est un challenge terrible. On se retrouve à agiter son joystick, comme dans une partie de Decathlon,
alors que quelques minutes plutôt on était en plein jeu d’aventure. Ce mélange rappelle
celui réussi par Defender of the Crown, de Cinemaware,
mais Iron Lord propose une quête beaucoup plus longue et difficile. Il est aussi possible de combattre
à l’épée, ce qui est plutôt risqué.
Toutes ces phases peuvent vous aider à acquérir des galons
de meneur d’homme et vous faire connaître, en vue de lever une armée. Lorsque celle-ci est
suffisamment conséquente, il faut retourner au château de départ (le seul endroit
où l’on peut sauvegarder la partie) et sélectionner l’option de déclaration de guerre.
On entre alors dans la deuxième phase du jeu, celle de la bataille contre les armées de
Zolphar, et le gameplay change totalement. Il s’agit d’un mini wargame au tour par tour, dans lequel vous
gérez les déplacements de vos troupes et les attaques. Il est possible de programmer jusqu’à
7 déplacements de troupes par tour, et à certains endroits de la carte des rations sont
présentes qui permettent de retrouver l’énergie perdue au combat.
Intérieur d'un village (version Amstrad CPC)
En cas de victoire n’imaginez pas que c’est terminé,
car il faut maintenant affronter Zolphar et intégrer les données d’un autre mode de jeu.
Vous vous retrouvez dans un labyrinthe vu de dessus. Il faut retrouver la sortie de six labyrinthes (ou
plus selon les versions du jeu) avant le combat final contre Zolphar. Entre chaque labyrinthe, il y a
une phase d’action à franchir. Cette phase du jeu est obscure, car je ne suis jamais arrivé
jusque là et il est très difficile de trouver toute information sur le jeu. En effet, Iron
Lord n’est jamais sorti ailleurs qu’en France, en raison de son insuccès, sauf la version PC, mais
sans grande retombées.
Les sites rétro français ayant
pour la plupart oublié ce jeu, on n’en saura guère plus. Il est tout de même important
de signaler que la version 16-bits, réalisée par Orow Mama et Yvan Jacquot, a pris tant
de retard dans son développement que lorsque les versions 8-bits ont été commencées,
leurs développeurs respectifs ont été obligés d'improviser et ajouter des
niveaux de leur cru. Ainsi, Laurent Soen, auteur de la conversion sur Amstrad CPC (avec l'aide de Clement
Gregory pour le son), a-t-il du réécrire tous les dialogues, améliorer les animations
des personnages et redessiner la police de caractère (ces ajouts ont été reportés
sur la version PC sortie ultérieurement). Il a par ailleurs réalisé une version CPC
en anglais qu'UBi Soft n'a jamais commercialisée. Quand à la version C64, elle est l'oeuvre
de Franck Sauer et Yann Robert (futurs développeurs d’Outcast). Iron Lord est donc un jeu qui diffère
considérablement selon les versions, et on peut reconstituer l'ordre chronologique de leur développement
d'après les éléments supplémentaires que chacune comporte.
Iron Lord prouve, par son échec commercial
en dépit de l’effort considérable qu’il a représenté pour ses différents
auteurs, qu’il n’est guère fructueux de trop mélanger les genres. Quelques phases d’action
ponctuant un jeu d’aventure passionnant, c’est un plus, mais changer ainsi du tout au tout à chaque
chapître du jeu, c’est déroutant. C’est dommage, car en plus de graphismes magnifiques qui
figuraient parmi les plus beaux jamais vu sur ST au moment de la sortie du jeu, le jeu est très
soigné dans tous ses aspects. Les phases d’action sont très bien réalisées,
jouables et amusantes, les personnages rencontrés sont variés et la carte du royaume est
très belle, avec une animation montrant un cavalier au galop à chaque déplacement,
idée qui sera reprise dans The Lost Files of Sherlock Holmes : The Case of the
Serrated Scalpel.
Image d'introduction (version C64)
Iron Lord est totalement oublié aujourd’hui
mais à permis de lancer la carrière de Franck Sauer et Yann Robert. Ceux-ci se sont par
la suite illustrés avec Unreal (ne pas confondre avec le FPS de Digital
Extremes), un magnifique jeu sur Amiga qui de nouveau propose diverses phases (plate-forme, course de
dragon en 3d), et ont atteint leur sommet (pour l'instant), en dirigeant le projet Outcast pour Infogrames,
un jeu cette fois unanimement acclamé pour sa réalisation comme pour son intérêt.
Laurent