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Grabbed by the Ghoulies
Année : 2003
Système : Xbox
Développeur : Rare
Éditeur : Microsoft
Genre : Action
Par Jika (02 juin 2004)

Hein ? Comment ça ? Un test de jeu Xbox sur Grospixels ? Quelle hérésie ! En effet, l’article que vous lisez aujourd’hui traite d’un jeu sorti le 21 novembre 2003 dans l’Hexagone sur la belle dame noire et verte de Microsoft. Pourquoi s’attarder alors en ce début d’année 2004 sur ce titre si fraîchement débarqué ? Tout simplement parce que le jeu en question est historique sur bien des points. Comprenez par là que la sortie du soft dont nous parlons coïncide avec de nombreux faits marquants pour tous les gens mi-historiens mi-geeks qui suivent de près ou de loin le développement de notre glorieux média. Le jeu dont nous parlons dans les lignes qui suivent est le premier titre de Rare sur Xbox, à savoir Grabbed by the Ghoulies.

Après Conker’s Bad Fur Day, Rare a l’air d’apprécier les titres interminables.

Si vous êtes à peu près éveillé, vous devez vous questionner à l’heure actuelle sur les raisons de mon propos : pourquoi Grabbed by the Ghoulies marque-t-il d’une manière ou d’une autre l’Histoire du Jeu Vidéo ? Tout d’abord, parce que ce soft est le premier jeu de Rare depuis de très nombreuses années à sortir sur une console non associée à la marque Nintendo. Sachez d’ailleurs pour l’anecdote, ainsi que pour frimer lors des soirées mondaines, que les précédents titres de l’éditeur anglais à avoir réalisé cet exploit étaient Battletoads et Snake Rattle’n Roll, édités en 1993 sur Megadrive. Autant dire que cela fait un bail. De plus, Grabbed by the Ghoulies est le deuxième jeu de Rare à délaisser les supports cartouche, disquette ou cassette. Eh oui, à part le mini-CD de Star Fox Adventures, l’éditeur anglais ne connut jamais le CD. Ce studio passe donc directement au stade supérieur : le DVD. Peu de développeurs mythiques peuvent affirmer n’avoir jamais édité de jeu sur CD au cours de leur histoire. En plus de cela, Grabbed by the Ghoulies mérite une petite place dans le musée grospixelien pour deux raisons fort simples. La première est uniquement liée au style même du soft : en effet, le jeu de Rare est une synthèse entre la descendance directe et l’évolution parfaite d’un genre vieillissant mais ô combien apprécié par les retrogamers, le beat them all. Enfin, la dernière raison du côté historique de Grabbed by the Ghoulies est que le titre est parsemé d’un bout à l’autre de petits clins d’œil à la grande et belle Histoire du glorieux développeur anglais : nous verrons par la suite que les références à Rare, et même à Ultimate, l’ancien nom du studio, pullulent tout au long de cette aventure pittoresque...

Voici le héros Cooper aux prises avec d’horribles diablotins.

Arrêtons de jouer les archéologues du bitmap et concentrons-nous sur le jeu en question : Grabbed by the Ghoulies... Un titre bien étrange pour un soft qui ne l’est pas moins. Cooper est un jeune garçon blondinet, disposant de grands yeux bleus et d’un sourire « ultrabright » à rendre jaloux le plus talentueux des dentistes. Par contre, Cooper a, malgré son côté beau gosse californien, un gros problème : il se promène dans les endroits les plus étranges du monde lorsqu’il se balade en amoureux avec la délicieuse Amber. Et ce qui devait arriver arriva... L’orage éclate, et les deux jeunes gens n’ont d’autre choix que celui de chercher refuge dans le manoir du Paradis Gouliesque, unique demeure située dans les environs. Avec un patronyme pareil, il fallait s’attendre à être les témoins d’une quelconque apparition surnaturelle à cet endroit... Lorsque les deux tourtereaux passent la grille de fer forgé clôturant la propriété, Amber est enlevée par deux gargouilles aux yeux perçants, ces dernières emmenant la demoiselle aux cheveux roses dans les entrailles du manoir. Alors, vous vous en doutez, c’est à vous, Cooper, de délivrer votre dulcinée des monstres rôdant dans la demeure du baron Von Ghoule...

Amber subira de « légères » transformations lorsqu’elle sera prisonnière du baron Von Ghoule.

Ce qui frappe dans un premier temps le joueur qui s’essaie au titre de Rare est l’ambiance fabuleuse qui s’en dégage. Grabbed by the Ghoulies est un hommage aux vieux films d’horreur des décennies passées, ainsi qu’aux créatures et aux monstres peuplant les contes fantastiques les plus répandus dans nos cultures. Le titre même du soft est un clin d’œil aux vieux navets résultant de la production hollywoodienne des années 60 à 80. Formidable inventaire du bestiaire monstrueux classique, Grabbed by the Ghoulies est un véritable festival d’entités hideuses et répugnantes : zombies, araignées, vampires, méduses, diablotins, etc. Cooper croisera même la route d’autres créatures tout aussi dangereuses mais nettement plus farfelues comme des téléviseurs hantés ou des squelettes dansants. Mais l’analogie avec le cinéma d’épouvante d’antan ne s’arrête pas au seul casting des protagonistes : en effet, le déroulement du jeu est parsemé d’écrans noirs pour les dialogues, comme cela était légion dans les vieux films muets. En plus de cette ressemblance avec le Septième Art, Grabbed by the Ghoulies emprunte beaucoup à la littérature, et plus particulièrement à la bande dessinée. Durant l’aventure, toutes les cinématiques seront présentées comme une succession de cases sur une planche de BD. Notons d’ailleurs l’aspect amusant de la narration tout au long de l’épopée, puisque cette dernière est représentée par un grand grimoire que l’on consulterait en tournant les pages usées du vieil ouvrage. Tous ces petits détails d’ordre cosmétique ou simplement au service du récit donnent à Grabbed by the Ghoulies des allures de conte animé ou de livre d’images, ces dernières prenant subitement vie suite aux actions du pauvre joueur que nous sommes.

Rare vous invite à un voyage au cœur du livre de contes le plus étrange que vous ayez vu...

Tout ceci ne fonctionnerait pas aussi bien si la réalisation ne suivait pas. Mais comme à l’accoutumée, les esthètes de Rare ont tout donné : ces gens-là sont des artistes et cela se voit. Au travers de travaux plus anciens comme Banjo-Kazooie ou Conker’s Bad Fur Day, une véritable « Rare Touch » est née. Grabbed by the Ghoulies profite largement de cette fameuse patte, de ce savoir-faire dans le domaine du character design et dans l’art de créer des univers cohérents et enchanteurs. Subtilement peaufiné par un cell-shading léger mais efficace, le jeu est un véritable régal pour les yeux. Barbouillée de couleurs éclatantes et vives, l’aventure représente un véritable dépaysement tant les niveaux traversés sont variés, détaillés et colorés. En plus de cela, signalons la très bonne qualité du design des personnages, Cooper, Amber et tous les autres individus croisés dans le manoir du baron jouissant de looks amusants et d’animations réellement réussies. Afin d’achever la description de ce raffinement technique, sachez que la bande son de Grabbed by the Ghoulies est une des plus belles sur console. Les musiques du jeu ressemblent aux compositions de Danny Elfman, ce qui souligne parfaitement l’analogie avec le cinéma dont je parlais antérieurement. Pour accompagner tout ceci, rajoutez à ce tableau déjà ravissant des bruitages fabuleusement divins : l’intégralité du jeu semble avoir été bruité « à la bouche », ce qui donne à toutes les créatures de Grabbed by the Ghoulies une âme et un côté parodique savoureux. Graphismes enchanteurs, bande sonore mémorable, animation réussie, ambiance géniale.... Diable ! Que l’enrobage est réussi !

Coloré et éclatant, le monde de Grabbed by the Ghoulies incite à l’immersion.

Grabbed by the Ghoulies en met plein les yeux et les oreilles, c’est indéniable. Mais comme nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, passons outre cela pour plonger au cœur même du soft : son gameplay. Comme je le signalais durant l’introduction de cet article, Grabbed by the Ghoulies est un beat them all. Un pur, un dur, un tatoué. À travers cela, il faut saisir que l’aventure se limite à traverser des salles en collant de grandes claques dans la truffe de toutes les goules que vous croiserez. Comble de l’audace, Rare s’est permis la folie d’innover au niveau de la maniabilité pour un titre de ce genre : pour contrôler Cooper, vous ne vous servirez pas (ou peu) des boutons. Tout le jeu est basé sur les deux sticks analogiques du paddle boursouflé de la Xbox : le stick gauche sert à déplacer le héros alors que le droit sert à donner les coups. Si vous orientez ce stick vers la gauche, Cooper frappera vers la gauche. Simple d’accès, mais en même temps vraiment déroutant pour les vieux joueurs élevés aux Streets of Rage. Un bouton sert à attraper les objets (ces derniers servant d’armes possibles) et un autre permet de lâcher l’item que l’on tenait. Ajoutez à cela la gestion de la caméra par l’intermédiaire des deux gâchettes et vous aurez balayé l’intégralité de la maniabilité de Grabbed by the Ghoulies.

Le système basé sur les deux sticks propose des avantages et des inconvénients. Certes, il permet de réellement orienter les coups que l’on souhaite porter, chose qui paraissait irréalisable dans un univers en trois dimensions. Mais le jeu perd toutefois énormément en variété : alors que dans les vieux beat them all on pouvait choisir quel coup on voulait effectuer, tout paraît ici un peu imposé et les attaques sortent sans que l’on puisse choisir. En voulant soigner la jouabilité pour marier au mieux le beat them all et la 3D, Rare a pris le risque de frustrer quelque peu le joueur.

C’est le moment d’ouvrir la boîte à gifles : les diablotins ont l’air décidés...

Afin de varier les plaisirs et de combler plus ou moins les travers soulignés ci-dessus, le jeu propose quelques subtilités supplémentaires. La première de celles-ci est la possibilité de se servir d’objets pour frapper sur les autres : table, chaise, pot de fleur, etc. De plus, afin de ravir les petits sauvageons que nous sommes, l’univers dans lequel évolue Cooper est largement destructible. Tout ceci donne un beau capharnaüm, les décors se détruisant suite aux coups de Cooper et aux chutes des ennemis, projetés par le héros. Excitante et jubilatoire, cette exagération des impacts donne au jeu un côté « mêlée générale » ou « baston de saloon » vraiment plaisant. En plus de cela, Grabbed by the Ghoulies innove dans la structure même du jeu : l’aventure est composée de cent petits niveaux, chacun de ces niveaux correspondant à une salle du manoir du Paradis Gouliesque. En réalité, chacune des pièces du jeu est un mini-défi : lorsque l’on rentre dans le nouveau niveau, de petites icônes apparaissent dans le coin supérieur gauche de l’écran. Ces dernières indiquent les règles régissant la salle : des contraintes sont imposées au joueur afin de donner un côté un peu « réflexion » à Grabbed by the Ghoulies. Variées et réellement enrichissantes, ces règles vont de l’interdiction d’utiliser des armes à l’obligation de tuer qu’un seul type de monstre en passant par le temps limité. Rare souhaitant ajouter un maximum de détails pour enrichir l’aventure, des phases de QTE à la Shenmue ont été intégrées : lorsqu’un événement « terrifiant » a lieu, une succession de boutons apparaît à l’écran, donnant lieu à une combinaison que le joueur doit effectuer en temps limité pour ne pas succomber à la panique. Amusant, bien que sous-exploité... Néanmoins, tout ceci donne un côté réellement novateur à un jeu appartenant à un genre que l’on croyait cloisonné, tant les règles imposées par ses glorieux ancêtres semblent inviolables.

Quelques exemples d’armes que Cooper aura le plaisir d’utiliser.

Grabbed by the Ghoulies a dans ses entrailles d’autres éléments que son gameplay qui touchent réellement le joueur. Et tous ces éléments ont en commun l’humour : l’intégralité du jeu est singulièrement parodique, et ressemble plus à une farce qu’à un survival horror. D’ailleurs, même si le thème du jeu est les films d’épouvante et tous les monstres tournant autour, Grabbed by the Ghoulies est loin d’être effrayant : ici, tout est traité de manière légère et dérisoire, donnant au titre un délicieux aspect de satire. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui s’essaieront à ce jeu un jour ou l’autre, mais je meurs quand même d’envie de vous conter quelques passages des plus amusants. Pour faire vite et sans entrer dans les détails, je pourrais parler de la Mort jouant de la guitare électrique avec sa faux, de la boîte de nuit pour goules avec une momie en DJ, un casque vissé sur les oreilles, ou encore de ces mythiques diablotins ninja donnant des coups de pied comme dans Matrix en poussant des cris faisant frémir le plus dangereux de tous les samouraïs. Vous l’aurez compris, Grabbed by the Ghoulies joue dans le registre comique. Dans cette optique-là, les auteurs du jeu se sont fait plaisir, et par la même occasion, ont fait plaisir au joueur un peu connaisseur : d’innombrables clins d’œil viendront remercier les fans de la première heure des productions Rare ou Ultimate. Citons pêle-mêle des t-shirts « Rare » dans la laverie, les posters de Jet-Pac ou de Cookies dans la salle de jeu, la boîte de Conker’s Bad Fur Day traînant sur une étagère ou encore la tête de Banjo dans la salle des trophées. Je vous laisse le plaisir de découvrir de vous-même les autres références, mais sachez que tout cela donne un côté réellement savoureux à Grabbed by the Ghoulies. De plus, la démarche donne une vraie crédibilité à notre média, les productions actuelles faisant référence à l’Histoire du Jeu Vidéo donnant un aspect mature à notre industrie.

Admirez le physique culte des diablotins ninja... Et en mouvement, ils donnent presque envie de pleurer tellement ils sont beaux...

Le tour d’horizon de Grabbed by the Ghoulies se termine. J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce titre, qui selon moi fut injustement boudé par la critique (NdL : notons quand même un test remarquable publié par Overgame). J’entends encore la presse spécialisée dire que ce n’était « que » un beat them all, mais je ne m’étendrai pas sur ceci, étant donné que l’on ne peut convaincre une personne dénigrant cette branche non négligeable du jeu vidéo à s’intéresser à un titre appartenant à ce genre. Par contre, le jeu n’est pas parfait, une certaine redondance dans ses actions le plombant quelque peu. Mais Grabbed by the Ghoulies appartient à un genre qui veut ça, et ceci était quelque peu inévitable : signalons d’ailleurs qu’il est un des beat them all qui s’en sort le mieux dans ce domaine de par la scénarisation de l’aventure et par tous les ajouts effectués au gameplay que nous avons vus plus haut. Je crois que les seuls vrais défauts que l’on puisse détecter dans le soft de Rare est sa trop courte durée de vie, et surtout l’absence remarquée du mode « deux joueurs ». Un beat them all est un jeu se prêtant parfaitement à une expérience multijoueur, de fait cette absence est regrettable, donc regrettée. En dehors de ceci, Grabbed by the Ghoulies est critiquable sur un autre point assez déroutant : le jeu prend parfois des allures d’ode à Microsoft. Avant de me faire lyncher pour ce que je viens d’énoncer, je m’explique : tout au long du jeu, de nombreux détails laissent penser que Rare a voulu « remercier » son nouvel employeur. Que ce soit par l’apparition de consoles Xbox au plein milieu du jeu ou surtout par l’utilisation jusqu’à l’écoeurement du vert fluo que la firme de Redmond associe à sa console, tout laisse percevoir le fort attachement à Microsoft dans Grabbed by the Ghoulies. Enfin, ceci n’est pas plus dérangeant que cela, alors ne jouons pas les anti-Bill Gates ridicules, tout ceci ne débouchant au final qu’à des querelles puériles ou à des débats sans fin.

Une illustration du côté « baston générale » de Grabbed by the Ghoulies. Jouissif...

Signalons enfin que Grabbed by the Ghoulies propose un degré de finition vraiment agréable au niveau des bonus qu’il propose. En effet, plus on termine des salles, plus on débloque des mini-jeux. Dans chacune des pièces du manoir, un livre portant le symbole Rare est caché : il existe donc cent bouquins à récupérer, ces derniers débloquant des mini-défis vraiment bien conçus. Chacun de ces défis est bâti comme une sorte d’énigme, basée sur une subtilité du gameplay (« Comment tuer vingt diablotins en huit coups ? », etc.). Une fois ces jeux bouclés, des planches de recherche artistique deviennent consultables, comme une sorte de « making of » s’étoffant au fur et à mesure que l’on complète le jeu. Pour conclure, je pense qu’une pièce comme Grabbed by the Ghoulies est un jeu assez important dans l’Histoire de Rare. Certes, pour les raisons énoncées dans le paragraphe précédent, le soft n’est pas du même calibre que des perles comme Conker’s Bad Fur Day ou Banjo-Kazooie, mais il a un côté presque « intimiste » vraiment agréable et rafraîchissant : Grabbed by the Ghoulies semble être un hommage à Rare, destiné aux seuls joueurs connaissant parfaitement l’Histoire du développeur anglais. De plus, je crois qu’il s’adresse également aux derniers fossiles appréciant encore les beat them all en 2004. Bref, pour résumer, Grabbed by the Ghoulies est un soft conseillé à la majorité des retrogamers. D’où sa présence sur Grospixels...

Quelques protagonistes de cette aventure déjantée qui n’attend plus que vous.
Jika
(02 juin 2004)
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