
Hein ? Comment ça ? Un test de jeu Xbox sur Grospixels ? Quelle hérésie ! En effet, larticle que vous lisez aujourdhui traite dun jeu sorti le 21 novembre 2003 dans lHexagone sur la belle dame noire et verte de Microsoft. Pourquoi sattarder alors en ce début dannée 2004 sur ce titre si fraîchement débarqué ? Tout simplement parce que le jeu en question est historique sur bien des points. Comprenez par-là que la sortie du soft dont nous parlons coïncide avec de nombreux faits marquants pour tous les gens mi-historiens mi-geeks qui suivent de près ou de loin le développement de notre glorieux média. Le jeu dont nous parlons dans les lignes qui suivent est le premier titre de Rare sur Xbox, à savoir Grabbed by the Ghoulies.

Après « Conkers Bad Fur Day », Rare a lair dapprécier les titres interminables.
Si vous êtes à peu près éveillé, vous devez vous questionner à lheure actuelle sur les raisons de mon propos : pourquoi Grabbed by the Ghoulies marque-t-il dune manière ou dune autre lHistoire du Jeu Vidéo ? Tout dabord, parce que ce soft est le premier jeu de Rare depuis de très nombreuses années à sortir sur une console non associée à la marque Nintendo. Sachez dailleurs pour lanecdote, ainsi que pour frimer lors des soirées mondaines, que les précédents titres de léditeur anglais à avoir réalisé cet exploit étaient Battletoads et Snake RattlenRoll, édités en 1993 sur Megadrive. Autant dire que cela fait un bail. De plus, Grabbed by the Ghoulies est le deuxième jeu de Rare à délaisser les supports cartouche, disquette ou cassette. Et oui, à part le mini-CD de Star Fox Adventures, léditeur anglais ne connut jamais le CD. Ce studio passe donc directement au stade supérieur : le DVD. Peu de développeurs mythiques peuvent affirmer navoir jamais édité de jeu sur CD au cours de leur histoire. En plus de cela, Grabbed by the Ghoulies mérite une petite place dans le musée grospixelien pour deux raisons fort simples. La première est uniquement liée au style même du soft : en effet, le jeu de Rare est une synthèse entre la descendance directe et lévolution parfaite dun genre vieillissant mais ô combien apprécié par les retrogamers, le beat them all. Enfin, la dernière raison du côté historique de Grabbed by the Ghoulies est que le titre est parsemé dun bout à lautre de petits clins dil à la grande et belle Histoire du glorieux développeur anglais : nous verrons par la suite que les références à Rare, et même à Ultimate, lancien nom du studio, pullulent tout au long de cette aventure pittoresque

Voici le héros Cooper aux prises avec dhorribles diablotins.
Arrêtons de jouer les archéologues du bitmap et concentrons-nous sur le jeu en question : Grabbed by the Ghoulies
Un titre bien étrange pour un soft qui ne lest pas moins. Cooper est un jeune garçon blondinet, disposant de grands yeux bleus et dun sourire ultrabright à rendre jaloux le plus talentueux des dentistes. Par contre, Cooper a, malgré son côté beau gosse californien, un gros problème : il se promène dans les endroits les plus étranges du monde lorsquil se balade en amoureux avec la délicieuse Amber. Et ce qui devait arriver arriva
Lorage éclate, et les deux jeunes gens nont dautre choix que celui de chercher refuge dans le manoir du Paradis Gouliesque, unique demeure située dans les environs. Avec un patronyme pareil, il fallait sattendre à être les témoins dune quelconque apparition surnaturelle à cet endroit
Lorsque les deux tourtereaux passent la grille de fer forgé clôturant la propriété, Amber est enlevée par deux gargouilles aux yeux perçants, ces dernières emmenant la demoiselle aux cheveux roses dans les entrailles du manoir. Alors, vous vous en doutez, cest à vous, Cooper, de délivrer votre dulcinée des monstres rôdant dans la demeure du baron Von Ghoule

Amber subira de « légères » transformations lorsquelle sera prisonnière du baron Von Ghoule.
Ce qui frappe dans un premier temps le joueur qui sessaie au titre de Rare est lambiance fabuleuse qui sen dégage. Grabbed by the Ghoulies est un hommage aux vieux films dhorreur des décennies passées, ainsi quaux créatures et aux monstres peuplant les contes fantastiques les plus répandus dans nos cultures. Le titre même du soft est un clin dil aux vieux navets résultant de la production hollywoodienne des années 60 à 80. Formidable inventaire du bestiaire monstrueux classique, Grabbed by the Ghoulies est un véritable festival dentités hideuses et répugnantes : zombies, araignées, vampires, méduses, diablotins, etc. Cooper croisera même la route dautres créatures tout aussi dangereuses mais nettement plus farfelues comme des téléviseurs hantés ou des squelettes dansants. Mais lanalogie avec le cinéma dépouvante dantan ne sarrête pas au seul casting des protagonistes : en effet, le déroulement du jeu est parsemé décrans noirs pour les dialogues, comme cela était légion dans les vieux films muets. En plus de cette ressemblance avec le Septième Art, Grabbed by the Ghoulies emprunte beaucoup à la littérature, et plus particulièrement à la bande dessinée. Durant laventure, toutes les cinématiques seront présentées comme une succession de cases sur une planche de BD. Notons dailleurs laspect amusant de la narration tout au long de lépopée, puisque cette dernière est représentée par un grand grimoire que lon consulterait en tournant les pages usées du vieil ouvrage. Tous ces petits détails dordre cosmétique ou simplement au service du récit donnent à Grabbed by the Ghoulies des allures de conte animé ou de livre dimages, ces dernières prenant subitement vie suite aux actions du pauvre joueur que nous sommes.

Rare vous invite à un voyage au cur du livre de contes le plus étrange que vous ayez vu
Tout ceci ne fonctionnerait pas aussi bien si la réalisation ne suivait pas. Mais comme à laccoutumée, les esthètes de Rare ont tout donné : ces gens-là sont des artistes et cela se voit. Au travers de travaux plus anciens comme Banjo Kazooie ou Conkers Bad Fur Day, une véritable Rare Touch est née. Grabbed by the Ghoulies profite largement de cette fameuse patte, de ce savoir-faire dans le domaine du character design et dans lart de créer des univers cohérents et enchanteurs. Subtilement peaufiné par un cel-shading léger mais efficace, le jeu est un véritable régal pour les yeux. Barbouillée de couleurs éclatantes et vives, laventure représente un véritable dépaysement tant les niveaux traversés sont variés, détaillés et colorés. En plus de cela, signalons la très bonne qualité du design des personnages, Cooper, Amber et tous les autres individus croisés dans le manoir du baron jouissant de looks amusants et danimations réellement réussies. Afin dachever la description de ce raffinement technique, sachez que la bande son de Grabbed by the Ghoulies est une des plus belles sur console. Les musiques du jeu ressemblent aux compositions de Danny Elfman, ce qui souligne parfaitement lanalogie avec le cinéma dont je parlais antérieurement. Pour accompagner tout ceci, rajoutez à ce tableau déjà ravissant des bruitages fabuleusement divins : lintégralité du jeu semble avoir été bruité « à la bouche », ce qui donne à toutes les créatures de Grabbed by the Ghoulies une âme et un côté parodique savoureux. Graphismes enchanteurs, bande sonore mémorable, animation réussie, ambiance géniale
. Diable ! Que lenrobage est réussi !

Coloré et éclatant, le monde de Grabbed by the Ghoulies incite à limmersion.
Grabbed by the Ghoulies en met plein les yeux et les oreilles, cest indéniable. Mais comme nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, passons outre cela pour plonger au cur même du soft : son gameplay. Comme je le signalais durant lintroduction de cet article, Grabbed by the Ghoulies est un beat them all. Un pur, un dur, un tatoué. A travers cela, il faut saisir que laventure se limite à traverser des salles en collant de grandes claques dans la truffe de toutes les goules que vous croiserez. Comble de laudace, Rare sest permis la folie dinnover au niveau de la maniabilité pour un titre de ce genre : pour contrôler Cooper, vous ne vous servirez pas (ou peu) des boutons. Tout le jeu est basé sur les deux sticks analogiques du paddle boursouflé de la Xbox : le stick gauche sert à déplacer le héros alors que le droit sert à donner les coups. Si vous orientez ce stick vers la gauche, Cooper frappera vers la gauche. Simple daccès, mais en même temps vraiment déroutant pour les vieux joueurs élevés aux Streets of Rage. Un bouton sert à attraper les objets (ces derniers servant darmes possibles) et un autre permet de lâcher litem que lon tenait. Ajoutez à cela la gestion de la caméra par lintermédiaire des deux gâchettes et vous aurez balayé lintégralité de la maniabilité de Grabbed by the Ghoulies.
Le système basé sur les deux sticks propose des avantages et des inconvénients. Certes, il permet de réellement orienter les coups que lon souhaite porter, chose qui paraissait irréalisable dans un univers en trois dimensions. Mais le jeu perd toutefois énormément en variété : alors que dans les vieux beat them all on pouvait choisir quel coup on voulait effectuer, tout paraît ici un peu imposé et les attaques sortent sans que lon puisse choisir. En voulant soigner la jouabilité pour marier au mieux le beat them all et la 3D, Rare a pris le risque de frustrer quelque peu le joueur.

Cest le moment douvrir la boîte à gifles : les diablotins ont lair décidés
Afin de varier les plaisirs et de combler plus ou moins les travers soulignés ci-dessus, le jeu propose quelques subtilités supplémentaires. La première de celles-ci est la possibilité de se servir dobjets pour frapper sur les autres : table, chaise, pot de fleur, etc. De plus, afin de ravir les petits sauvageons que nous sommes, lunivers dans lequel évolue Cooper est largement destructible. Tout ceci donne un beau capharnaüm, les décors se détruisant suite aux coups de Cooper et aux chutes des ennemis, projetés par le héros. Excitante et jubilatoire, cette exagération des impacts donne au jeu un côté « mêlée générale » ou « baston de saloon » vraiment plaisant. En plus de cela, Grabbed by the Ghoulies innove dans la structure même du jeu : laventure est composée de cent petits niveaux, chacun de ces niveaux correspondant à une salle du manoir du Paradis Gouliesque. En réalité, chacune des pièces du jeu est un mini-défi : lorsque lon rentre dans le nouveau niveau, de petites icônes apparaissent dans le coin supérieur gauche de lécran. Ces dernières indiquent les règles régissant la salle : des contraintes sont imposées au joueur afin de donner un côté un peu « réflexion » à Grabbed by the Ghoulies. Variées et réellement enrichissantes, ces règles vont de linterdiction dutiliser des armes à lobligation de tuer quun seul type de monstre en passant par le temps limité. Rare souhaitant ajouter un maximum de détails pour enrichir laventure, des phases de QTE à la Shenmue ont été intégrées : lorsquun événement « terrifiant » a lieu, une succession de boutons apparaît à lécran, donnant lieu à une combinaison que le joueur doit effectuer en temps limité pour ne pas succomber à la panique. Amusant, bien que sous-exploité
Néanmoins, tout ceci donne un côté réellement novateur à un jeu appartenant à un genre que lon croyait cloisonné, tant les règles imposées par ses glorieux ancêtres semblent inviolables.


Quelques exemples darmes que Cooper aura le plaisir dutiliser.
Grabbed by the Ghoulies a dans ses entrailles dautres éléments que son gameplay qui touchent réellement le joueur. Et tous ces éléments ont en commun lhumour : lintégralité du jeu est singulièrement parodique, et ressemble plus à une farce quà un survival horror. Dailleurs, même si le thème du jeu est les films dépouvante et tous les monstres tournant autour, Grabbed by the Ghoulies est loin dêtre effrayant : ici, tout est traité de manière légère et dérisoire, donnant au titre un délicieux aspect de satyre. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui sessaieront à ce jeu un jour ou lautre, mais je meurs quand même denvie de vous conter quelques passages des plus amusants. Pour faire vite et sans entrer dans les détails, je pourrais parler de la Mort jouant de la guitare électrique avec sa faux, de la boîte de nuit pour goules avec une momie en DJ, un casque vissé sur les oreilles, ou encore de ces mythiques diablotins ninja donnant des coups de pied comme dans Matrix en poussant des cris faisant frémir le plus dangereux de tous les samouraïs. Vous laurez compris, Grabbed by the Ghoulies joue dans le registre comique. Dans cette optique-là, les auteurs du jeu se sont fait plaisir, et par la même occasion, ont fait plaisir au joueur un peu connaisseur : dinnombrables clins dil viendront remercier les fans de la première heure des productions Rare ou Ultimate. Citons pêle-mêle des t-shirts « Rare » dans la laverie, les posters de Jet-Pac ou de Cookies dans la salle de jeu, la boîte de Conkers Bad Fur Day traînant sur une étagère ou encore la tête de Banjo dans la salle des trophées. Je vous laisse le plaisir de découvrir de vous-même les autres références, mais sachez que tout cela donne un côté réellement savoureux à Grabbed by the Ghoulies. De plus, la démarche donne une vraie crédibilité à notre média, les productions actuelles faisant référence à lHistoire du Jeu Vidéo donnant un aspect mature à notre industrie.

Admirez le physique culte des diablotins ninja
Et en mouvement, ils donnent presque envie de pleurer tellement ils sont beaux
Le tour dhorizon de Grabbed by the Ghoulies se termine. Jespère vous avoir donné envie de découvrir ce titre, qui selon moi fut injustement boudé par la critique (NdL : notons quand même un test remarquable publié par Overgame). Jentends encore la presse spécialisée dire que ce nétait « que » un beat them all, mais je ne métendrai pas sur ceci, étant donné que lon ne peut convaincre une personne dénigrant cette branche non négligeable du jeu vidéo à sintéresser à un titre appartenant à ce genre. Par contre, le jeu nest pas parfait, une certaine redondance dans ses actions le plombant quelque peu. Mais Grabbed by the Ghoulies appartient à un genre qui veut ça, et ceci était quelque peu inévitable : signalons dailleurs quil est un des beat them all qui sen sort le mieux dans ce domaine de par la scénarisation de laventure et par tous les ajouts effectués au gameplay que nous avons vus plus haut. Je crois que les seuls vrais défauts que lon puisse détecter dans le soft de Rare est sa trop courte durée de vie, et surtout labsence remarquée du mode « deux joueurs ». Un beat them all est un jeu se prêtant parfaitement à une expérience multijoueur, alors cette absence est regrettable, donc regrettée. En dehors de ceci, Grabbed by the Ghoulies est critiquable sur un autre point assez déroutant : le jeu prend parfois des allures dode à Microsoft. Avant de me faire lyncher pour ce que je viens dénoncer, je mexplique : tout au long du jeu, de nombreux détails laissent penser que Rare a voulu « remercier » son nouvel employeur. Que ce soit par lapparition de consoles Xbox au plein milieu du jeu ou surtout par lutilisation jusquà lécoeurement du vert fluo que la firme de Redmond associe à sa console, tout laisse percevoir le fort attachement à Microsoft dans Grabbed by the Ghoulies. Enfin, ceci nest pas plus dérangeant que cela, alors ne jouons pas les anti-Bill Gates ridicules, tout ceci ne débouchant au final quà des querelles puériles ou à des débats sans fin.

Une illustration du côté « baston générale » de Grabbed by the Ghoulies. Jouissif
Signalons enfin que Grabbed by the Ghoulies propose un degré de finition vraiment agréable au niveau des bonus quil propose. En effet, plus on termine des salles, plus on débloque des mini-jeux. Dans chacune des pièces du manoir, un livre portant le symbole Rare est caché : il existe donc cent bouquins à récupérer, ces derniers débloquant des mini-défis vraiment bien conçus. Chacun de ces défis est bâti comme une sorte dénigme, basée sur une subtilité du gameplay (« Comment tuer vingt diablotins en huit coups ? », etc.). Une fois ces jeux bouclés, des planches de recherche artistique deviennent consultables, comme une sorte de « making of » sétoffant au fur et à mesure que lon complète le jeu. Pour conclure, je pense quune pièce comme Grabbed by the Ghoulies est un jeu assez important dans lHistoire de Rare. Certes, pour les raisons énoncées dans le paragraphe précédent, le soft nest pas du même calibre que des perles comme Conkers Bad Fur Day ou Banjo Kazooie, mais il a un côté presque « intimiste » vraiment agréable et rafraîchissant : Grabbed by the Ghoulies semble être un hommage à Rare, destiné aux seuls joueurs connaissant parfaitement lHistoire du développeur anglais. De plus, je crois quil sadresse également aux derniers fossiles appréciant encore les beat them all en 2004. Bref, pour résumer, Grabbed by the Ghoulies est un soft conseillé à la majorité des retrogamers. Doù sa présence sur grospixels


Quelques protagonistes de cette aventure déjantée qui nattend plus que vous.
Jika, grabbed by « Grabbed by the Ghoulies ».