
Alors que tout le monde ne parle plus que de la Dreamcast de Sega, annoncée au printemps 1998, et que la Nintendo 64 semble avoir toutes les peines du monde à maintenir un minimum de pression sur la toute puissante PlayStation de Sony, en attendant désespérément un Zelda 64 annoncé comme le Messie, le dernier jeu de plate-forme de Rareware débarque en fanfare en ce joli mois de juin 1998 aux USA en tous cas, car en France il faudra attendre la rentrée. Nouveau bébé des géniaux créateurs de GoldenEye 007 et autres Diddy Kong Racing, et, plus tard, de Jet Force Gemini, Conkers Bad Fur Day et Perfect Dark toujours sur Nintendo 64, Banjo-Kazooïe devient immédiatement un classique absolu du jeu de plate-forme, tant la qualité globale du soft semble côtoyer la perfection.


Tout dabord, techniquement, ce Banjo-Kazooïe remet clairement les pendules à lheure. Car, si depuis quelques mois, voire un an et demi, certaines langues de vipères prétendent que les différences techniques entre la PlayStation et la Nintendo 64 ne sautent pas aux yeux, cette diffamation est ici balayée dun revers de la main. Nous sommes bien ici sur une console 64-bits, et non sur une 32-bits, avec un réel fossé technologique et esthétique : la 3D de Banjo-Kazooïe est en effet dune stabilité à toute épreuve : finis les bugs et autres effacements ou tremblements de polygones ! Ici le gros pixel est banni, et jamais remplacé par un flou fadasse et impersonnel comme ces mêmes langues de vipères aiment à la dire, mais bien par de magnifiques textures, riches, variées et hautes en couleurs ! La Nintendo 64 finit denfoncer le clou en offrant des effets spéciaux à gogos tout bonnement sidérants : leau est ici rendue avec un souci sans pareil, avec ses bulles, et ondule de partout, avec des effets de transparence, de torsions et de flou à foison. Les effets lumineux sont remarquables, avec notamment un phénomène de diffraction lumineuse ou lens-flare des plus réussis, jen passe et des meilleures !


Les textures, elles, constituent réellement lautre morceau de bravoure du jeu, car variées à nen plus finir et fantastiquement belles, comme ce sable brûlant, ces vertes prairies, ces tôles si joliment rouillées ou encore cette neige superbe ou ce merveilleux ciel étoilé
Une véritable démonstration technologique et esthétique qui remet larrogante PlayStation à sa place, démonstration si forte même quon se demande alors bien comment Zelda 64 pourra faire mieux en fin dannée - il ne le fera tout simplement pas
Cest dire. Bref, Nintendo peut enfin souffler un peu, car, en plus dêtre techniquement mirobolant, Banjo-Kazooïe est une pure merveille vidéoludique, en termes de gameplay, de longévité et, tout simplement, de plaisir de jeu


La sur de Banjo a été capturée par la vilaine sorcière Gruntilda ! Ours au grand cur, Banjo part à la recherche de sa sur, immédiatement aidé de sa grande copine Kazooïe, espèce doiselle rouge racoleuse
Vous laurez compris, lambiance est définitivement bon enfant, à des années-lumières de celle, totalement déjantée, que lon découvrira avec Conker. Mais revenons à nos pauvres petits noursons. Banjo, aidé de la fidèle Kazooïe qui restera pendant tout le jeu dans son sac ou sur son dos (lorsquelle prendra les choses en main), devra donc retrouver sa sur. Et, vous lavez deviné, il devra dabord traverser un certain nombre de niveaux. Dix, pour être plus précis. Dix mondes, classiques, certes Banjo Kazooïe na aucune ambition de révolution mais tellement beaux, grands, riches et intelligents !


On passe donc du relativement petit Spiral Mountain de mise en bouche au colossal Click Clock Wood, gigantesque arbre voyant majestueusement défiler les quatre saisons, en passant (dans le désordre) par le sublime Treasure Trove Cove avec ses plages ensoleillées et son gallion échoué, Rusty Bucket Bay et son port industriel souillé dhuile et tout rouillé, Mumbos Mountain la montagne, Clankers Cavern, avec son énorme requin métallique immergé, Mad Monster Mansion et sa colossale maison hantée, Gobis Valley et ses grandes pyramides infestées de momies, BubbleGloop Swamp et ses étranges marécages hostiles, Freezeezy Peak avec ses ours polaires, ses morses et ses montagnes enneigées
Bref, dix mondes pour des dizaines dheures de plaisir intense ! Car le challenge est à la hauteur : la difficulté finit par devenir assez élevée, avec quelques passages bien chauds à la manette, mais aussi parce quil y a beaucoup à chercher : passages pour accéder aux mondes, interrupteurs, et, surtout, chaque monde recèle 10 pièces de puzzle bien cachées et un minimum sera indispensable pour accéder aux nouveaux mondes, jusquà linfame Gruntilda


La maniabilité est assez riche pour un jeu de plate-forme, avec une grande quantité de mouvements, à effectuer avec Banjo ou Kazooïe, que vous apprendrez tout au long de votre périple, grâce à Bottles votre grande amie taupe
Il sera donc possible de sauter de maintes manières différentes, de courir à fond les manettes, de voler et dattaquer en vol, de lancer des ufs, de faire des supers-coups, de devenir invincible, etc., vous connaissez la musique ! Autre possibilité, celle de pouvoir se transformer en dautres créatures, comme un alligator, une citrouille, un morse, etc. grâce à votre ami Mumbo, le squelette chamane. De fait, avec une telle quantité de mouvements, la maniabilité devient relativement complexe, avec parfois quelques combinaisons de boutons assez tarabiscotées
Mais ça nest jamais réellement prise de tête, rassurez-vous ! Seule, la nage, devient parfois franchement horripilante, et restera le pire et seul vrai défaut du jeu dommage car cest si beau sous leau !


Mais, fort heureusement, on ne passe pas non plus son temps à nager, et dautres possibilités comme celle de voler procurent de très grandes sensations
Dans le genre agréable, les transformations ne sont pas mal non plus, souvent très drôles, grâce à un design parfait. De nombreux petits challenges vont seront également proposés tout au long du jeu, comme une course de luge, un labyrinthe à faire en temps limité, une chorale à diriger (!), pleins ditems à chercher (notes de musiques, petites créatures nommées Jingos,
) bref pleins de petites idées bien sympas.


Alors, certes, Banjo-Kazooïe se contente quelque part de reprendre le meilleur des jeux de plate-formes, mais il le fait avec un tel brio, avec une telle maîtrise, et, surtout, offre un volume de jeu si proprement hallucinant quon ne saurait lui en vouloir... Un Mario 64 en infiniment plus beau, donc - et sûrement aussi en beaucoup plus drôle. Seul, un mode multi-joueurs semble manquer à ce Banjo Kazooïe et encore on se le demande, tant laventure solo est passionnante ! Le meilleur jeu de plate-forme dalors, sans aucun doute, qui reste aujourdhui encore un des tous meilleurs titres Nintendo 64, et sans nul doute aussi un des tous meilleurs représentants du genre de façon générale.


Sa suite, Banjo-Tooïe, sortie en 2000, fera encore plus fort. Pas franchement plus beau les limites de la Nintendo 64 étant tout de même ce quelles sont mais tout de même magnifique, ce Banjo-Tooïe permettra enfin à nos deux héros Banjo et Kazooïe de se séparer réellement, et proposera aussi un mode multi-joueurs des plus sympathiques. Mais il fera surtout dans la plus pure surenchère concernant la taille et le nombre des niveaux, ainsi que des multiples challenges proposés, pour une durée de vie franchement déroutante avoisinant largement les 150 heures de jeu
Un autre très grand classique, donc !
Corentin M.