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Condemned 1 : Criminal Origins
Année : 2005
Système : PC, Xbox 360
Développeur : Monolith Studios
Éditeur : Sega
Genre : Survival Horror
Par Jika (24 décembre 2007)

Les grands médias de divertissement ont toujours eu tendance à savoir faire une chose à la perfection : l'émotion que le cinéma ou la littérature par exemple ont toujours réussi à faire ressentir efficacement au spectateur/lecteur, c'est la peur. Alors forcément, quand le jeu vidéo est apparu, il s'est dit fort logiquement que cette voie devait fonctionner pour lui aussi. Pour réussir à effrayer le joueur, le jeu vidéo a su puiser intelligemment dans les références et les grands classiques des médias qui l'ont précédé. C'est ainsi que beaucoup des jeux d'épouvante les plus connus ont trouvé leur inspiration dans certains types de littérature d'horreur. Alone in the Dark (1992, Infogrames) par exemple, le jeu qui est unanimement reconnu comme le premier grand survival horror, tire toute sa force de l'œuvre d'Howard Phillips Lovecraft et plus particulièrement de son mythe Cthulien. Cette œuvre, ainsi que celle de Edgar Allan Poe, a également été le point de départ de beaucoup d'autres jeux, et en particulier de l'excellente production canadienne Eternal Darkness (2002, Silicon Knights). La littérature fantastique classique a également servi d'inspiration pour de nombreux jeux horrifiques, laissant les développeurs de jeu vidéo piocher allégrement dans ses univers : des jeux comme The 7th Guest (1993, Trilobyte) ou Phantasmagoria (1995, Sierra) sont des exemples d'œuvres vidéoludiques ayant su transposer avec brio certaines des plus belles pages d'écrivains classiques. Le jeu vidéo a également su imiter son plus proche cousin, le cinéma, en adaptant à peu près tous les types de films d'horreur. Resident Evil (1996, Capcom) lorgne du côté des films de zombies les plus connus, Dead Rising (2006, Capcom) a de son côté poussé l'analogie encore plus loin en se présentant comme une adaptation non officielle de l'œuvre du cinéaste George A. Romero, Silent Hill (1999, Konami) fait de multiples références au film L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne, Project Zero (2001, Tecmo) est un véritable hommage aux films d'horreur asiatiques, The Thing (2002, Computer Artworks) reprend la trame principale du chef-d'œuvre de John Carpenter, et même Eric Chahi, le papa d'Another World (1991, Delphine Software), s'était essayé au genre avec Le Pacte (1986, Loriciel), un jeu d'horreur peu connu inspiré des films Amityville... Tous les styles d'épouvante semblent donc avoir été traités, avec plus ou moins de réussite, par le jeu vidéo. Réellement tous ? Non, car il reste un domaine très connu du film et de la littérature d'épouvante qui n'a pas été encore réellement transposé en jeu vidéo : il s'agit du thème des serial killers...

« Le summum de l'horreur dans le monde d'aujourd'hui : les serial killers et leur esprit torturé et malade. »
- Dave Hasle, producteur de Condemned: Criminal Origins

Là où la plupart des jeux d'horreur s'inspirent de zombies et autres monstres, Condemned: Criminal Origins innove en se basant sur la traque de serial killers. Le jeu vous met dans la peau d'Ethan Thomas, un brillant agent du FBI, spécialisé dans les enquêtes liées à ces criminels imprévisibles. L'aventure débute par votre arrivée sur les lieux d'un crime mis en scène méticuleusement, présentant le corps inanimé d'une jeune femme, à table avec un mannequin, le tout entreposé au fond d'un édifice désolé, dans une pièce aux murs recouverts de symboles mystérieux. Le crime semble porter la marque de fabrique du Matchmaker, un serial killer que Ethan connaît déjà et dont le mode opératoire semble correspondre au meurtre en question. Dès la première demi-heure de jeu, les références de Condemned sautent aux yeux : de l'aveu même de Dave Hasle, producteur du jeu, Condemned s'inspire très largement de films comme Seven ou Le Silence des Agneaux. L'univers (une ville sale et gangrenée par la violence), le rendu visuel (noir et sombre, jouant énormément sur l'ombre et la lumière) et plus généralement, le sujet même de l'intrigue rappellent très fortement ces classiques du thriller au cinéma. D'ailleurs, Sega, l'éditeur du jeu, ne qualifie pas Condemned de survival horror, comme pourrait l'être Resident Evil, mais de thriller psychologique. Une voie qui semble connaître un certain succès, puisque des jeux comme Alan Wake (2010, Remedy Entertainment) tendent à poursuivre dans cette direction...

Le générique d'ouverture du jeu, composé d'une multitude de plans superposés ou enchaînés à grande vitesse, crée un sentiment de confusion immédiat. Le clin d'œil à Seven est évident (pour vous remémorer le générique du film de David Fincher, cliquez ici.)

Mais avant de poursuivre notre avancée dans l'univers glauque de Condemned, revenons un peu dans le temps. Jusqu'en avril 2005. Ce mois-là, le magazine français Joypad fait sa couverture avec un jeu totalement inconnu jusque là : Condemned. Pourquoi parler de ce titre mystérieux ? Tout simplement parce qu'il s'agissait alors du premier jeu montré à la presse qui tournera sur les consoles nouvelle génération, machines que l'on appelait encore à l'époque Revolution, Xenon et PS3. Les premières images du jeu sont très troublantes : elles mettent en scène des combats violents entre des personnages étranges, le tout avec un rendu visuel fait de noir et de blanc. La seule pointe de couleur dans ces premiers clichés est la présence de rouge écarlate, couleur du sang et manifestation évidente de la brutalité du jeu. A vrai dire, ce premier contact avec Condemned donne l'impression que le titre s'inspire fortement de l'esthétisme de la bande dessinée Sin City de Frank Miller, qui joue un peu sur les mêmes teintes. Derrière ce jeu se trouve le studio Monolith Productions, un studio américain basé à Kirkland, Washington (attention à ne pas confondre ce studio avec Monolith Soft, l'équipe japonaise qui a sorti Baten Kaitos ou Xenosaga par exemple). Monolith Productions est loin d'être un studio inconnu pour les fans de jeu vidéo, puisqu'on leur doit par exemple No One Lives Forever (2000), Tron 2.0 (2003) ou encore le célèbre F.E.A.R (2005). Associé à Sega qui produira le jeu, Monolith dévoile alors dans les pages du magazine ce qui deviendra un des premiers jeux forts de la Next Gen.

Sega surprend tout le monde et ouvre le bal de la Next Gen avec ce jeu sorti de nulle part et au style visuel étonnant.

Un tout petit peu plus tard, Sega annonce que le jeu sortira sur Xenon et sur Playstation 3, la console de Nintendo étant définitivement écartée (plus tard, on apprendra les spécificités de ce qui deviendra la Wii, ce qui rendra ce choix beaucoup plus facile à expliquer). Cependant, au cours de l'année 2005, c'est le coup de théâtre : Sega annonce l'annulation de la version PS3. Raison invoquée : la difficulté à maîtriser la dernière machine de Sony. Comme très souvent avec les Playstation, les développeurs se plaignent de la complexité du hardware. Du coup, seule la version pour la console de Microsoft subsiste et Condemned se retrouve propulsé "exclusivité Xbox 360". Condemned aura la lourde tâche d'assurer un lineup conséquent pour le lancement de la machine le 22 novembre 2005 aux États-Unis. A côté de Call of Duty 2 (Infinity Ward), Perfect Dark Zero (Rare), Kameo Elements of Power (Rare) et Project Gotham Racing 3 (Bizarre Creations), le titre de Monolith fait alors partie de ce catalogue de départ solide qui assurera le bon lancement de la console. Notons enfin que Sega finira par annoncer en janvier 2006 une version PC du titre, toujours développée par Monolith Productions. Cette version sortira le alors le 11 avril 2006 au pays de l'Oncle Sam.

Condemned Criminal Origins complète le lineup de la Xbox 360. Un lineup plutôt bon, malgré deux ou trois grosses absences de dernière minute comme Dead or Alive 4 de Tecmo ou Ghost Recon Advanced Warfighter de UbiSoft.

Retour au jeu. Après avoir revu ensemble le déroulement du développement du soft, penchons-nous à présent sur le résultat final, c'est-à-dire le jeu en lui-même. Condemned Criminal Origins est un titre plutôt hybride, mélangeant des éléments de plusieurs styles de jeu différents. Au premier abord, on serait tenté de dire qu'il s'agit d'un FPS, étant donné que tout le jeu (sauf les cinématiques) se déroule en vue subjective et que vous évoluerez dans les rues sombres de Metro City au travers des yeux d'Ethan Thomas. Sauf qu'ici, beaucoup des éléments caractéristiques du jeu de tir à la première personne sont absents : pas de multitude d'armes, peu d'ennemis, presque jamais de grandes fusillades, un rythme de jeu très mou... Non, Condemned n'est pas un FPS au sens traditionnel du terme. En fait, le titre de Monolith utilise la vue subjective pour ne tirer de ce mode de représentation que certains de ses points forts, et en particulier ses vertus immersives. Cependant, le cœur du jeu ressemble plus à un survival horror, basé sur une progression plus lente, plus proche d'un jeu d'aventure, le tout articulé autour d'une mise en scène savamment étudiée pour faire peur. Car oui, là où est Condemned est particulièrement brillant, c'est quand il s'agit 'effrayer le joueur, de lui faire avoir des sueurs froides.

L'utilisation de la vue subjective permet une multitude de jeux de caméra qui impliquent au maximum le joueur dans l'histoire. A la la fin du premier niveau par exemple, ce psychopathe surnommé Serial Killer X vous tient enjoue, le canon de son revolver posé sur votre front, avant de vous défenestrer brutalement.

Le personnage que vous incarnez, Ethan Thomas, est un enquêteur du FBI. Ethan aura donc à sa disposition tout un matériel pour mener à bien son investigation sur le terrain. Il pourra compter sur sa lampe torche, son appareil photo numérique et son téléphone portable (lui permettant de toujours communiquer avec Rosa, son relais au bureau), mais aussi sur des appareils plus pointus, comme une lumière bleutée pour repérer des traces invisibles à l'œil nu ou d'autres types de détecteurs plus ou moins sophistiqués. De plus, afin de permettre au joueur d'y croire d'avantage et de se prendre pour un vrai "profiler", tous ces instruments donnent lieu à des petites phases de gameplay toutes simples lui demandant de "travailler" quelque peu avec son matériel pour obtenir les indices. Certes, c'est très basique (cadrer la photo, zoomer ou dézoomer, balayer une zone avec sa lampe, etc.) et surtout très dirigiste (aucune liberté d'improviser ici : le joueur doit trouver tel indice pour poursuivre, et il n'y arrivera à chaque fois qu'avec un seul outil donné), mais l'ajout est indéniable : on se prend au jeu et on découvre petit à petit des indices et des preuves, ce qui procure un sentiment de découverte très agréable et également le plaisir très simple de jouer avec une technologie avancée. Bien sûr, si vous connaissez un tant soit peu le monde des séries télévisées, tout ceci doit vous faire penser à l'une des plus célèbres d'entre elles : toutes ces phases de jeu font en effet référence, et ce de manière très directe, à la série américaine Les Experts (ou C.S.I. en version originale). Et même si on aurait souhaité que ces phases d'enquête et de prélèvement d'indices laissent plus de liberté au joueur, elles ont le mérite de faire plaisir au Gil Grissom qui sommeille en chacun de nous.

Un arsenal technologique très avancé pour aider Ethan dans son enquête. Cet ajout tout simple donne plus de consistance au personnage que l'on incarne : Ethan est un investigateur du FBI, il procède fort logiquement à ce type de recherches. En faisant mener au joueur cette enquête, ce dernier y croit d'autant plus...
Quand on connaît la série Les Experts, les phases d'investigation de Condemned sont un vrai régal. Et vue la popularité gigantesque de la série de Anthony E. Zuiker et Jerry Bruckheimer, la référence a dû paraître évidente pour beaucoup de monde.

Cependant, n'allez pas croire pour autant que Condemned se résume à une succession de recherches d'indices : vous serez très souvent amené à vous battre pour survivre dans cette ville en pleine déchéance. Depuis quelque temps, l'endroit semble maudit et Metro City ne ressemble plus vraiment à ce qu'on pourrait appeler une petite cité tranquille. Sale, en pleine décrépitude et complètement plongée dans l'obscurité, Metro City est le repère de bon nombre de psychopathes. De plus, les autorités sont de plus en plus inquiètes au sujet de cette ville, étant donné que le nombre de personnes sombrant dans la démence augmente jour après jour. Chose étonnante, cette "malédiction" semble frapper en priorité les plus démunis : voyous, drogués, squatteurs et autres clochards sombrent tour à tour dans la folie la plus dévastatrice. Alors les crimes les plus horribles et les plus dangereux psychopathes deviennent de plus en plus fréquents, plongeant la ville dans un enfer absolu. On raconte que ce phénomène étrange touche également les oiseaux : de manière assez inexplicable, ces derniers semblent comme foudroyés lorsqu'ils s'approchent des zones les plus touchées, et meurent alors d'une hémorragie cérébrale. Dans ce Metro City rongé par le Mal, vous devrez mener votre enquête dans les endroits les plus reculés de la ville, afin d'élucider ce mystère, tout en luttant pour votre survie.

Sur cette rambarde se trouve la carcasse puante d'un oiseau touché par le fléau. Dans le jeu, ces oiseaux servent pour les Succès Xbox 360 : il faudra tous les trouver pour débloquer les Achievements. Cette chasse aux oiseaux est très agréable à effectuer, puisqu'elle passe en particulier par le son :quand on entend que de nombreuses mouches semblent agglutinées dans les parages, c'est que le cadavre d'un oiseau doit être proche.

Malheureusement pour vous, Ethan ne pourra pas compter sur un arsenal militaire sur-développé. Dans Condemned: Criminal Origins, les armes à feu sont une denrée rare et les munitions sont toujours en nombre très limité. Du coup, vous vous habituerez à compter vos cartouches et à les économiser au maximum. Cependant, vous serez très souvent à court de munitions, et là, il faudra quand même se défendre tant bien que mal. Ce sera alors le moment d'improviser et il vous faudra vous battre avec des armes de fortune. Canalisation, planche de bois, plaque de métal, tiroir, hache incendie, pelle... Tout ce qui vous passe sous la main est bon pour vous défendre. Les affrontements dans Condemned se déroulent très souvent au corps à corps et s'appuient sur un système très simple, fonctionnant avec deux boutons : la gâchette droite sert à porter un coup, la gâchette gauche sert à parer. Tout le cœur des combats est basé sur le timing à avoir pour se protéger et pour pouvoir contre-attaquer. En privilégiant ainsi les combats au corps à corps avec ces armes vraiment primitives, Monolith a réussi à donner à son jeu un côté sauvage et brutal : en jouant avec des effets de caméra judicieux (quand on prend un coup, toute la caméra tourne sur le côté, comme si la tête d'Ethan avait été violemment heurtée) et des sons très réussis, les auteurs de Condemned ont su retranscrire toute la brutalité et la violence des combats qu'ils souhaitaient développer. D'ailleurs, la violence de ces assauts permet au jeu d'atteindre son double objectif lors des combats, à savoir commencer par faire monter la pression (le joueur se sent très vite vulnérable, et chaque coup semble àun plaisir honteusement cathartique lorsque l'ennemi est vaincu.

Ce malade mental vient d'abattre un policier sous vos yeux, à grands coups de tuyau de métal. La hache que vous tenez dans les mains ne sera pas de trop dans quelques instants...
Armé d'une canalisation, vous défendez tant bien que mal votre peau. Sur ce cliché, on peut voir également qu'undes psychopathes frappe un autre ennemi. Ce genre de réactions très surprenantes que propose l'excellente IA deCondemned, donne énormément d'intérêt aux combats. Les ennemis de Condemned semblent à la fois fous à lier et plutôt malins. Idéal pour un petit coup de flippe...
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