
Ah, le Cd-rom… dès sa démocratisation, un bon nombre de jeux sont sortis sur ce support. Mais la plupart d’entre eux ne faisaient que quelques dizaines de mégaoctets… En fait, beaucoup étaient même déjà sortis en disquettes et la version CD n’avait que peu voire pas de différence. Pourtant, comme on le sait maintenant au vu du succès d’une certaine Playstation (entre autres), ce support était la porte ouverte à un énorme pas en avant dans l’ère du jeu vidéo, autant d’un aspect sonore que visuel. Certains ne s’y sont pas trompé, et c’est finalement une société toute jeune baptisée Trilobyte qui nous a offert l’un des premiers jeux, sinon LE premier jeu, à vraiment utiliser les capacités d’un Cd-rom, un certain The 7th guest.

1. Durant l’introduction, une voix off vous raconte l’histoire 2. Le désormais célèbre escalier du Manoir
Il était une fois il y a soixante-dix ans, un vagabond nommé Henry Stauf qui survivait comme il pouvait (entre autre en volant les gens). Une nuit il fit un rêve. Il eu la vision de jouets et puzzles incroyables. Il se mit en charge de les fabriquer, scellant ainsi son destin diabolique. De fil en aiguille, il finit par faire fortune. Les jouets avaient un effet incroyable sur les enfants. Tous, garçon ou fille, voulaient un jouet Henry Stauf. "Un jouet Stauf est un jouet pour la vie"… Pour la vie, et pour la mort, aussi : une maladie fulgurante frappa les enfants, les emportant un a un, inéluctablement. Destin cruel, et plutôt inexplicable. Les jouets en seraient-ils la cause ? Toujours est-il que Stauf, qui se retrouva ainsi privé de sa jeune clientèle, se retira dans son manoir et on n’entendit plus parler de lui… Hormis une nuit, pour laquelle il invita 6 personnes dans sa demeure. Chacune d’elle fuyait sa propre réalité, ou espérait voir son rêve de puissance ou de richesse se réaliser. C’est ce qu’Henry Stauf avait promis pour celui qui sortirait vainqueur d’un tout dernier jeu… Nul n’entendit plus parler de Stauf ni de ses invités, et personne ne sut jamais ce qui s’était réellement passé cette nuit-là. Mais soixante-dix ans plus tard, en visitant l'hôtel particulier de Stauf maintenant désert, vous êtes soudainement transporté en arrière dans le temps, sous la forme d’une entité du nom d’Ego. Vous voici avec la possibilité de découvrir et revivre ce qui c’est vraiment passé lors de cette nuit fatale. Les six invités seraient apparemment tous morts tragiquement, et surtout tout semble tourner autour d’un mystérieux 7ème Invité…

Les décors sont vraiment somptueux, dommage qu’on ne puisse pas les visiter en détail
Ce qui c’est passé durant cette nuit maudite, c’est donc ce que le jeu vous propose de découvrir. La longue cinématique d’introduction se présente à la manière d’un livre dont on tourne les pages. Premier choc : la narration est habituellement écrite, ici elle est parlée… Pas seulement quelques mots, non non, les voix du jeu sont toutes digitalisées (A noter que si ce jeu est malheureusement sorti par chez nous en Anglais non sous-titré, une version CD-I intégralement traduite a vu le jour un peu plus tard) . Et croyez moi, des dialogues il y en a ! Evidemment, ce genre de choses est le minimum syndical dans un jeu de nos jours, mais pour l’époque c’était inédit (merci le Cd-rom). Autre nouveauté, les acteurs (oui, de vrais acteurs, pas des cartoons) sont eux aussi numérisés (ils ont été filmés sur fond bleu avant d’être incrustés dans un décor généré par ordinateur). Pour achever les plus blasés qui ne s’arrêtent jamais aux cinématiques, le jeu est entièrement en 3D, et pas la plus moche s’il vous plaît. Bon, petit bémol les déplacements suivent des chemins imposés et on ne peut pas fouiller partout comme on voudrait le faire : Les ordinateurs n’auraient pas pu assurer ce genre de fantaisies avec une telle qualité graphique. Car oui, en plus le jeu est vraiment beau. Les textures sont riches, les éclairages poussés, les décors sont fouillés, bref visuellement the 7th guest est longtemps resté une référence.

Deux exemples de puzzle
Qu’en est-il du jeu en lui-même. Afin de revivre et de comprendre ce qui s’est vraiment passé, vous allez devoir résoudre des énigmes sous forme de casse-tête tous plus complexes les uns que les autres, que Stauf a inventé pour vous. Par exemple, échanger la position de fous noir et de fous blancs sur un échiquier sachant qu’ils ne doivent pas se croiser, poser 7 araignées sur une étoile à huit branche sachant qu’elles doivent se déplacer une fois, former des mots avec un cube d’enfant, etc. Il sera donc question ici de logique, de réflexion et de patience. Lorsqu’une énigme sera réussie, une séquence cinématique mettant en scène les invités se déclenchera. Oh, j’ai oublié de préciser une chose : les invités sont morts, c’est donc sous forme de fantômes que vous les verrez tout au long du jeu. C’est d’ailleurs une bonne idée, les protagonistes apparaissent en semi transparence, et leur incrustation directe dans le jeu évite de briser le rythme : d’ailleurs du début à la fin, tout, absolument tout est en vue subjective. L’immersion dans le manoir hanté est donc totale et constante.

1. La carte permet de constater l’évolution des énigmes résolues 2. Stauf
Au début, toutes les pièces du manoir ne sont pas accessibles. La plupart ne s’ouvrent qu’après avoir résolu certaines énigmes. Une carte est donc à votre disposition, afin de savoir quelles pièces sont explorables, et quelles pièces comportent une énigme qui a été résolue (il y a une énigme par pièce, soit 22 puzzles au total). Quand vous aurez fini le jeu, vous pourrez revenir jouer à n’importe quel puzzle, et la carte permettra d’ailleurs de passer directement d’une pièce à une autre.
Le jeu est truffé d’un tas de petits détails qui font la différence. Dans la salle à manger par exemple, si vous cliquez sur les assiettes (décorées comme des yeux, quel bon goût) tous les couverts s’envoleront et danseront l’espace d’un instant. C’est complètement inutile, mais tellement drôle… et effrayant parfois : des mains spectrales tentant de sortir d’un tableau, ou bien une dame blanche qui vous invite à la suivre dans un couloir étroit et obscur… Ce qui est étrange dans ce jeu surtout axé réflexion, c’est qu’il y a certains lieux ou vous avez peur qu’il se passe quelque chose « de pas normal »… et le plus stressant c’est que rien n’arrive… enfin presque rien…

Je vous ai gardé pour la fin ce qui reste l’un des meilleurs éléments de ce jeu : La bande sonore. Elle est tout simplement excellente. Ecoutez-moi ce thème magnifique, joué et interprété de plusieurs façons différentes à tel point que tous les morceaux semblent se renouveler sans cesse. Les mélomanes se rendront même compte que chaque personnage est symbolisé par un instrument propre : Un solo de hautbois ? Alors Brian Dutton ne doit pas être loin. De la trompette avec sourdine ? C’est que cette diablesse de Martine Burden maîtrise la situation… Ah oui décidemment George Alistair Sanger (alias Fatman) a vraiment fait du bon travail. Il faudrait un article complet pour analyser ces compositions à leur juste valeur (hum… pardon, là ce n’est plus le video game maniac qui parle). A noter que le jeu tient en fait quasiment sur 1 seul CD, et le second contient plus de 26mn des musiques du jeu (dont 2 chansons), écoutable avec n’importe quel lecteur. Un sacré bonus comparé aux productions de l’époque !
Pour en finir avec les musiques, il est à noter que Fatman a enregistré certaines musiques du CD2 intégralement avec la carte son Roland Sound Canvas, sans ajout d’instruments réel, prouvant par là une indéniable qualité de cette carte très en avance sur son temps. Concernant les 2 chansons (que j’adore), soyez indulgent : quand l’amateurisme flirte de manière aussi brillante avec les productions pro, on ne peut qu’applaudir…
Serait-ce le 7ème invité ?
Virgin, ne voulant pas se planter avec un projet aussi ambitieux et technologiquement avant-gardiste (600.000$ de budget, soit le triple des productions de l’époque), commença par distribuer sur le marché seulement 60.000 exemplaires du jeu. Leur disparition a été fulgurante, et encore plus fort, les ventes de lecteurs Cd-rom augmentèrent de 300% ! The 7th guest fait partie de ces jeux qui font vendent les machines sur lesquelles ils tournent ! Aujourd’hui, les exemplaires vendus se comptent en millions, et le jeu est toujours disponible à la vente…
Il y a eu un avant et un après The 7th guest, que ce soit de par son aspect visuel, sonore, ou tout simplement ludique. Concernant l’après, Trilobyte développa sorti quelques temps plus tard une suite directe baptisée The 11th hour. Si l’on compare les deux jeux, la suite est plus aboutie. Si l’on compare avec la concurrence et la technologie Cd-rom cette fois bien en place, le deuxième épisode n’a plus rien de révolutionnaire, et les critiques seront donc plus dures… Mais c’est l’article sur The 11th hour qui vous éclairera quand à cette suite et à son destin.
Jean-christian – JCV –
Merci à Hardballer pour ses précisions sur la version CD-I