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Les
flyers, cliquez sur une image pour une version plus grande
(merci au site Arcade Flyer Archive !). |
Pour nous Français,
Breakout porte le plus souvent le nom de "mur
de briques" et représente un concept de jeu
qui nous est familier, sans pour autant que l’on soit en mesure
de définir ses origines et l’époque de son apparition.
Pourtant, Breakout est bel et bien le nom d’un
jeu d’arcade sorti en 1976, époque ou la plupart des
avancées en la matière sont encore liées
à Atari. Le plus incroyable dans l’affaire est que derrière
le jeu en question se cachent les débuts d’une collaboration
qu’il fait bon évoquer dans les rétrospectives,
celle de Steve Jobs et Steve Wozniak,
fondateurs d’Apple.
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Wozniak et Jobs en 1976, devant un prototype d'Apple
I. |
L’histoire
d’Apple nous apprend que les deux hommes se fréquentent
dès le début des années 70, bien que leur
cursus universitaire soit différent et Wozniak plus âgé
que Jobs de 5 ans. Wozniak, pas avare d’infos sur cette époque,
ne manque jamais de rappeler combien son amitié avec
Jobs fut forte et productive, les deux hommes ayant eu l’intelligence
de former une association complémentaire plutôt
que de se mettre en concurrence.
En
1974, Steve Jobs entre chez Atari, à Los Gatos, où
il fait forte impression malgré ses 18 ans par son look
de hippie et l'énergie qu'il manifeste. Son travail consiste
alors à tester et apporter des améliorations de
dernière minute aux jeux d’arcade de l'éditeur,
mais il aspire à un poste d'ingénieur. Son ami
Steve Wozniak, en plus d’être un petit génie de
l’électronique, est un fan de jeux vidéo depuis
qu’il a découvert Pong et s’est même
essayé à en créer un clone - remarqué
par Nolan Bushnell, le patron d'Atari - pendant ses heures perdues
(il travaille à l’époque chez Hewlett-Packard).
Jobs, tous les soirs après le départ des autres
employés, le fait pénétrer dans les locaux
d’Atari afin qu'il découvre avant tout le monde les futures
merveilles qui vont envahir les salles d’arcade, notamment le
jeu de course Gran
Trak 10 (développé par Cyan Engineering
pour Atari), premier de l'histoire à utiliser des sprites
et un contrôle au volant.
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Nolan
Bushnell et Al Alcorn de nos jours. |
En 1975, Nolan Bushnell,
boss d'Atari, imagine une variante de Pong
et trouve avec l'aide de Steve Bristow un nouveau concept :
un jeu figurant toujours une raquette faisant rebondir une balle,
mais cette fois opposée à un mur qui de désagrègerait
peu à peu au contact de la balle, l'ensemble symbolisant
l'attitude d'Atari ("breaking new grounds",
autrement dit "repousser les limites"). Le jeu est
rapidement développé, mais des employés
d'Atari quittent la société pour former une start-up
nommée Fun Games et en dérobent les plans, ainsi
que ceux de ceux de plusieurs autres projets. Un procès
démarre, qui aboutira en 1976 au démantèlement
de Fun Games, mais retardera d'un an la sortie de Breakout
et quelques autres titres (dont Tank et Jet
Fighter), provoquant des pertes sérieuses pour
Atari. Pour y remédier, Nolan Bushnell et son complice
Al Alcorn (co-fondateur et ingénieur en chef d'Atari)
lancent une offre auprès des 40 employés que compte
l'entreprise : le hardware des jeux est alors constitué
non pas d'un microprocesseur et de roms (ils ne le seront qu'à
partir de 1979), mais de circuits appelés TTL (Transistor-Transistor
Logic) au prix de revient assez élevé. Bushnell
propose une prime à tout employé qui proposerait
un prototype de jeu comportant moins de TTL que ceux mis au
point l'année précédente. Celle-ci s'élève
à 700$, plus 100$ par TTL économisé. Steve
Jobs se propose, son choix s'est porté sur Breakout
et il assure qu'il livrera un nouveau propotype dans un délai
de 4 jours. Incapable en réalité de tenir une
telle gageure, il appelle à la rescousse son ami Woz,
lui promettant la moitié de la prime de 700$, mais sans
lui parler du bonus ! Pire : il lui fait aussi croire que le
délai de 4 jours est imposé par Atari, alors qu'en
fait c'est lui qui a un avion à prendre pour partir en
vacances dans l'Oregon.
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Wozniak
va s’atteler à la tâche avec une détermination
incroyable (et probablement désintéressée
sur le plan pécuniaire) sans pour autant renoncer à
ses activités personnelles. 4 nuits durant il travaille
d’arrache-pied, tout en arrivant à l’heure le matin chez
HP. Pendant la journée c'est Jobs qui prend la relève.
Pour faire fonctionner le jeu, ils se basent sur les circuits
créés par Woz pour son clone de Pong,
et parviennent à un total de 46 TTL, alors que les jeux
de l'époque en utilisent en général environ
150. Arrivé à échéance du délai,
Jobs présente le prototype à ses supérieurs
et empoche au total environ 5700$ (en liquide).
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Breakout, comme la plupart des jeux produits
par Atari dans les années 70, est un énorme succès.
La machine d’arcade se vend à 15 000 exemplaires,
et le jeu va devenir un classique indémodable, dont d’innombrables
versions seront programmées sur tous les micro-ordinateurs
et consoles (à commencer bien sûr par la version
VCS développée
par Brad Stewart et sortie en 1978), aussi bien par des pros
que des amateurs. Dans les années 80, période
bénie des micros et du BASIC, le "mur de briques"
devient même un passage obligé pour l’apprenti
développeur, sorte de "jeux interdits" de la
programmation.
Comme
tout les Apple-maniacs le savent, Jobs a menti à Wozniak
en lui disant que la prime promise n’était que de 700$,
lui reversant sans rougir 350$ au moment de la livraison du
jeu, et gardant le reste. De même, après la sortie
du jeu et devant son énorme succès, Jobs n’a rien
fait pour que la participation de son ami soit reconnue, que
ce soit financièrement ou d’un point de vue historique.
C’est le genre de choses qui a abouti (bien plus tard certes)
à la fin de l’amitié entre les deux compères
et au départ de Woz d’Apple. D’ailleurs, les relations
entre Jobs et Woz sont un des romans-feuilletons les plus à
la mode auprès des passionnés d'Histoire de l’informatique
(un téléfilm à même été
tourné sur le sujet).
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Breakout
version Atari VCS et Super Breakout.
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Bien
qu'il ait ensuite refusé - au grand dam de Bushnell et
Alcorn - un job chez Atari, la contribution de Woz au développement
du hardware de Breakout ne lui a pas servi
à rien, bien au contraire. Tout cela a abouti, on le
sait, à la création du premier prototype d’Apple
I. Par ailleurs, les relations de Nolan Bushnell dans la Silicon
Valley ont été utiles à Jobs et Wozniak
dans leur quête de soutiens financiers, même s’il
refusa lui-même le projet.
En
1978, Breakout a fait l’objet d’une suite,
Super Breakout, plus difficile et plus joli,
développé par Ed Logg, futur auteur d’Asteroids.
En dehors des innombrables versions et remakes que l’on connaît
(et dont le plus célèbre est certainement Arkanoïd,
mais il convient également de citer DX-Ball,
un excellent shareware, et Pop-Corn
qui révéla notre Frédérick Raynal
national), la dernière apparition du jeu sur une console
Atari est Super Breakout 2000, sur Jaguar,
développé par Telegames en 1998. On compte aussi
une version PC en 3d éditée par Hasbro
sous le label Atari, juste avant que celui-ci devienne la propriété
d'Infogrames.
Laurent