
Pour nous Français, Breakout porte le
plus souvent le nom de "mur de briques" et représente un concept de jeu qui nous est
familier, sans pour autant que l’on soit en mesure de définir ses origines et l’époque de
son apparition. Pourtant, Breakout est bel et bien le nom d’un jeu d’arcade sorti en 1976, époque
ou la plupart des avancées en la matière sont encore liées à Atari. Le plus
incroyable dans l’affaire est que presque tout le monde ait oublié que derrière le jeu en
question se cachent les débuts d’une collaboration qu’il fait bon évoquer dans les rétrospectives,
celle de Steve Jobs et Steve Wozniak, fondateurs d’Apple.

Steve Wozniak et Steve Jobs.
L’histoire d’Apple nous apprend que les deux
hommes se fréquentent dès le début des années 70, bien que leur cursus universitaire
soit différent et que Wozniak soit plus âgé que Jobs de 5 ans. Wozniak, pas avare
d’infos sur cette époque, ne manque jamais de rappeler combien son amitié avec Jobs fut
forte et productive, les deux hommes ayant eu l’intelligence de former une association complémentaire
plutôt que de se mettre en concurrence. En 1972, Steve Jobs
entre donc chez Atari, à Los Gatos. Son travail consiste à tester et apporter des améliorations
de dernière minute aux jeux d’arcades de la compagnie. Son ami Steve Wozniak, en plus d’être
un petit génie de l’électronique, est un fan de jeux vidéo depuis qu’il a découvert
Pong, et s’est même essayé à en créer un clone pendant ses heures perdues (il
travaille à l’époque chez Hewlett-Packard). Jobs, tous les soirs après le départ
des autres employés, le fait pénétrer dans les locaux d’Atari afin qu'il découvre
avant tout le monde les futures merveilles qui vont envahir les salles d’arcade.
En 1976, Nolan Bushnell, boss d'Atari, imagine une
variante de Pong. Un jeu figurant toujours une raquette faisant rebondir une balle, mais cette fois opposée
à un mur qui de désagrègerait peu à peu au contact de la balle. Il charge
Steve Jobs de le réaliser, avec à la clé une récompense de 5000$ s’il parvient
à en finaliser une version opérationnelle dans un délai de 4 jours. Jobs, bien qu’incapable
de tenir une telle gageure, accepte et appelle à la rescousse son ami Woz, lui promettant la moitié
de la prime. En fait, Jobs à prévu de s’occuper du logiciel, mais ses connaissances en électronique
ne pourraient lui permettre de mettre en oeuvre la machine sans l’aide de son acolyte.
Wozniak va s’atteler à la tâche
avec une détermination incroyable (et probablement désintéressée sur le plan
pécuniaire) sans pour autant renoncer à ses activités personnelles. 4 nuits durant
il travaille d’arrache pieds, tout en arrivant à l’heure le matin chez HP. Pour faire fonctionner
le jeu, il se base sur les circuits développés pour son propre clone de Pong. Arrivé
à échéance du délai, Jobs présente le jeu à ses supérieurs
et empoche l’argent. Le futur hit, baptisé Breakout (ce qui
signifie évasion, le mur de briques en question étant censé être celui d’une
prison) a la particularité d’être en couleurs, ce qui est une première mondiale pour
un jeu d’arcade, les autres titres sortis jusqu’ici ne devant leur aspect coloré qu’à un
cellophane posé sur l’écran. Breakout, comme la plupart
des jeux produits par Atari dans les années 70, est un énorme succès. La machine
d’arcade se vend à 15.000 exemplaires, et le jeu va devenir un classique indémodable, dont
d’innombrables versions seront programmées sur tous les micro-ordinateurs et consoles, aussi bien
par des pros que des amateurs. Dans les années 80, période bénie des micros et du
BASIC, le "mur de briques" devient même un passage obligé pour l’apprenti développeur,
sorte de "jeux interdits" de la programmation.
Comme tout les Apple-maniacs le savent, Jobs
a menti à Wozniak en lui disant que la prime promise n’était que de 700$, lui reversant
sans rougir 350$ au moment de la livraison du jeu, et gardant le reste. De même, après la
sortie du jeu et devant son énorme succès, il n’a rien fait pour que la participation de
son ami soit reconnue, que ce soit financièrement ou d’un point de vue historique. C’est le genre
de choses qui ont abouti à la fin de l’amitié entre les deux compères et au départ
de Woz d’Apple. D’ailleurs, les relations entre Jobs et Woz sont un des romans-feuilletons les plus à
la mode auprès des passionnés d’informatique (un téléfilm à même
été tourné sur le sujet).
La contribution de Woz au développement
du hardware de Breakout ne lui a toutefois pas servi à rien, bien au contraire. Tout cela a abouti,
on le sait, à la création du premier prototype d’Apple I. Par ailleurs, les relations de
Nolan Bushnell dans la Silicon Valley ont été utiles à Jobs et Wozniak dans leur
quête de soutiens financiers, même s’il refusa lui-même le projet.
Breakout version Atari VCS
En 1981, Breakout a fait l’objet d’une suite,
Super Breakout, plus difficile et plus joli, développé par Ed Logg, futur auteur d’Asteroids.
Super Breakout.
En dehors des innombrables versions et remakes
que l’on connaît (et dont le plus célèbre est certainement Arkanoïd,
mais il convient également de citer DX-Ball, un excellent shareware, et Pop-Corn
qui révéla notre Frédérick Raynal national), la dernière apparition
du jeu sur une console Atari est Super Breakout 2000, sur Jaguar, développé par Telegames
en 1998. On compte aussi une version PC en 3d éditée par Hasbro sous le label Atari, juste
avant que celui-ci devienne la propriété, puis le "nom de scène", d'Infogrames.

Breakout 2000 sur Jaguar et Breakout 3d sur PC.
Laurent