Voici un jeu
que j'ai découvert très récemment, en juillet 2006 pour être
plus précis. J'avais toujours ignoré Jet Force Gemini car il ne
me faisait absolument pas envie alors pourtant qu'à l'époque les
jeux Rare m'avaient enchanté. Si je me le suis procuré il n'y a
pas longtemps, c'est seulement parce qu'il n'était pas cher. Après
plusieurs heures de jeu où je me suis battu avec la maniabilité,
je dois avouer que j'ai été très surpris. Et encore, le terme
« surpris » est un euphémisme en ce qui me concerne : c'est absolument
inespéré. Mesdames et Messieurs, Terriennes et Terriens, laissez-moi
vous présenter une œuvre majeure signée Rare :

Mais
avant de commencer, faisons un petit retour en arrière. En 1998, les premières
images de Jet Force Gemini apparaissent pendant l'E3, mais on ne peut pas
dire que les journalistes se montrent très enthousiastes car les graphismes
sont un peu décevants. Un an plus tard on se rend compte avec horreur que
le jeu ne s'est pas vraiment amélioré graphiquement alors qu'il
est censé sortir cette année-là. Il ne faut donc pas s'étonner
que la presse se soit alarmée. C'est seulement peu de temps avant sa sortie
que l'aspect final du jeu est dévoilé, et les choses se sont énormément
amélioré même si quelques retouches de dernière minute
s'imposent encore. Hélas, un jeu très attendu est prévu au
même moment : Donkey Kong 64. Eh oui, Rare s'est auto-concurrencé
en sortant les deux titres à la même période. Comme tout le
monde connaît la notoriété de la série Donkey Kong,
cet opus en 3D est attendu de pied ferme (par moi y compris même si je n'avais
jamais joué à Donkey Kong Country auparavant).
Ce jeu aurait dû tout casser, et il s'avère être « seulement »
un bon jeu de plates-formes, rien de plus (un cran en-dessous de Banjo-Kazooie/Tooie).
Ainsi, tout le monde ou presque ignore Jet Force Gemini malgré les bonnes
notes qu'il reçoit dans la presse spécialisée, lui préférant
un jeu de plates-formes bon mais décevant par rapport à ce qu'il aurait
dû être.
Venons-en
à l'histoire. Alors que les jumeaux Juno et Vela patrouillaient dans l'espace
avec leur chien Lupus, ils reçoivent un signal de détresse de la
planète Goldwood, berceau du peuple des Nounouss (des espèces d'ours
en peluche). Celle-ci est attaquée par l'armée de Mizar-le-Pourri
(sic) constituée de fourmis géantes. Jusqu'à maintenant,
l'Union se souciait peu des dictateurs minables, leur laissant quelques étoiles
ou quelques astéroïdes. Mais cette fois c'est sérieux car non
seulement Mizar attaque plusieurs planètes, mais en plus il s'en prend
aux vaisseaux de la Jet Force Gemini : c'en est trop. L'ambition de Mizar
semble être sans limite. L'Union se rend compte qu'elle aurait dû
réagir plus tôt car dorénavant il ne reste qu'un seul vaisseau
valide : celui des héros du jeu. Ainsi, Juno, Vela et Lupus sont les
seuls à pouvoir faire quelque chose. Mais
hélas tout ne se passe pas comme prévu (forcément vous me
direz, sinon on s'ennuierait). Alors que les héros s'apprêtent à
porter secours aux Nounouss de la planète Goldwood, leur vaisseau est attaqué
par un vaisseau de Mizar. Débordés, ils doivent fuir. Une explosion
étourdit alors Juno qui se retrouve dans le vaisseau ennemi, séparé
de Vela et de Lupus. Heureusement, il parvient à se débarrasser
de ses adversaires et s'enfuir. Il débarque donc sur la planète
Goldwood, mais Vela et Lupus sont passés avant lui. À la fin de l'introduction,
on dirige Juno, et l'aventure commence.



Évidemment,
tel qu'il est présenté, le scénario ne semble pas très
élaboré. Ne pensez pas avoir affaire à un « space opera mélodramatique »,
mais plutôt à un « vieux film de science-fiction de série
Z » (pour reprendre les termes de jeuxvideo.com). Eh oui, c'est ça Jet Force
Gemini, un jeu qui assume volontiers son côté kitsch. Mais attention,
ce n'est pas un produit bébête pour autant. Pour moi c'est un des
titres les plus audacieux que Rare ait pu faire, et également un des plus
risqués. C'est un véritable hommage à Star Wars (sans le
sérieux) et à Starships Troopers (pour les insectes géants).
Jet
Force Gemini est un jeu de tir et d'exploration à la troisième personne.
Au tout début de l'aventure, vous dirigez Juno sur la planète Goldwood
qui fait office de tutorial, vous initiant au gameplay du jeu.


Mais
très vite vous retrouverez Vela, puis Lupus. Ainsi, on pourra diriger chacun
des trois personnages qui suivront trois chemins différents pour se réunir
dans le palais de Mizar. Nos trois héros ont des aptitudes différentes :
- Juno ne craint
pas les flammes et il est capable de marcher sur la lave sans subir de dégât.
- Vela est capable de nager sous l'eau afin de franchir des tunnels sous-terrains
(sans aucun risque de noyade).
- Lupus est capable de survoler une zone durant quelques secondes (pratique pour
rejoindre des plates-formes éloignées ou pour franchir un précipice).
Un
quatrième personnage non jouable (ou presque) viendra se greffer dans le
trio : Floyd le robot.

À tout moment vous pouvez changer de personnage à partir de l'écran
de pause. Si par exemple vous dirigiez Vela mais que vous avez envie de poursuivre
la quête de Lupus, alors Lupus démarrera au début du niveau
ou du sous-niveau dans lequel il se trouvait la dernière fois que vous
l'aviez dirigé. Vous avez également la possibilité de revisiter
les niveaux précédents à partir de la carte, mais vous ne
pouvez pas visiter les niveaux des autres personnages, du moins pas avant la seconde
partie du jeu.
Lorsque
les héros se réunissent au palais, la tension est à son comble
et le jeu nous fait croire que la fin est proche. Eh bien pas du tout : on
en est encore loin. Toute la seconde partie consistera à explorer de fond
en comble tous les niveaux du jeu, ainsi que des endroits cachés. Cette
deuxième partie est plus longue mais surtout beaucoup plus ouverte que
la première puisque chaque personnage peut explorer tous les niveaux du
jeu. J'y reviendrai tout à l'heure.
Bien
que j'aie joué à Jet Force Gemini en juillet 2006, j'ai apprécié
sa qualité graphique. Il est vrai que dans certains lieux comme la base
militaire d'Ichor, le jeu manque de fluidité. En revanche, les environnements
naturels sont magnifiques et très colorés. Les explosions sont bien
rendues et certains effets lumineux sont très impressionnants. Il y a bien
quelques ralentissements, mais ça ne nuit en rien au plaisir ressenti.
Il s'agit d'un des plus beaux jeux de la Nintendo 64 : par exemple en général
sur cette console, l'ombre des personnages est circulaire. Mais dans Jet Force
Gemini, elle respecte plus ou moins la forme des personnages. D'accord, ça
peut sembler dérisoire aujourd'hui, mais les vidéos et images d'époque
de Jet Force Gemini m'avaient impressionné, je n'avais jamais vu ça
auparavant. Une vidéo montrait notamment un passage où une fourmi
géante renverse un seau d'eau. L'eau se déverse au sol, et un Nounouss
peut voir son reflet dans la flaque. J'ai été stupéfait,
à tel point que cette image est restée gravée dans ma mémoire
alors que je n'avais pas joué à ce jeu jusqu'à récemment.
Les reflets font également leur petit effet. Par exemple, à l'entrée
du palais de Mizar, on marche sur un sol brillant ou se distingue l'environnement
extérieur, et je n'ai pu m'empêcher de pousser un « ouaaah ! »
devant un tel spectacle. Pour moi, Jet Force Gemini n'a pas vieilli, esthétiquement.
C'est la touche Rare.


Voici les deux images qui m'avaient impressionné
quand j'étais plus jeune.
Sur
le plan musical, c'est également réussi. Les musiques sont bien
présentes et sont très belles dans l'ensemble. Je dirais même
plus, les musiques de Jet Force Gemini font partie des plus belles jamais entendues
sur Nintendo 64. Elles sont variées et collent parfaitement à l'action.
Les musiques ont un côté dynamique qui rajoute un peu de peps à
l'ensemble. L'écran titre du jeu nous donne déjà un excellent
avant-goût de ce à quoi ressemble la bande-son de Jet Force Gemini avec un thème grandiloquent et kitsch. Ça, c'est une musique culte qui donne
vraiment envie de jouer ! Comme ce jeu exploite le Dolby Surround, les compositeurs
ont pu laisser libre cours à leurs talents musicaux en se donnant à
fond. Ainsi, les musiques qu'on entend sur SS Anubis ou le croiseur Sekmeth reflètent
parfaitement l'ambiance du jeu tant elles pètent bien. La base d'Ichor
comporte un thème bien martial qui met un peu la pression (il faut dire
que c'est un niveau riche en action et en combats). Dans les musiques d'ambiance,
je peux citer celle du marais de Tawfrett qui contribue grandement à l'atmosphère
inquiétante (mais néanmoins fascinante) du lieu. Je peux également
parler de l'excellente musique d'Eschebone, ou encore la mélodie
très réussie du palais de Mizar, sans parler de la très bonne
musique des boss qui est parfaite dans le genre. Il ne faut pas non plus oublier
la musique de la planète Rith Essa, plus particulièrement la mine
qui est un endroit absolument superbe où on entend une des plus belles
mélodies du jeu. Il y a bien quelques thèmes un peu trop discrèts
comme celui de la planète Goldwood, mais aucun n'est désagréable.
J'ai rarement vu une telle qualité sonore dans un jeu vidéo :
c'est bluffant ! Jet Force Gemini comporte, à mon goût, les
meilleures musiques jamais entendues sur Nintendo 64. Pourtant il y en avait d'excellentes
dans certains jeux comme Conker's Bad Fur Day, mais elles
n'étaient pas aussi nombreuses. Merci Robin Beanland ! D'ailleurs
ce n'est pas pour rien si, il y a quelques années, Rare a mis en disposition
sur son site la B.O de Jet Force Gemini sous forme de MP3 (une excellente initiative).
Je vous invite à y jeter un œil.
Sinon,
les sons sont très sympathiques. Sur la planète Goldwood, par exemple,
le chant des oiseaux est bien rendu. J'ai également apprécié
le son des balles qui sifflent à côté des oreilles des héros,
ou encore le halètement de Lupus. Un excellent travail de ce côté-là.
En revanche, les sons ne sont pas du tout réalistes, mais ce n'est pas
très grave car ça donne au jeu un aspect irréel qui me plaît
assez.
Passons
maintenant à un point un peu plus délicat : la jouabilité.
Les personnages se dirigent à la troisième personne. Il y a deux
configurations possibles. Dans la première vous dirigez le personnage normalement
avec le joystick, vous faites des pas de côté avec les boutons C
droit et C gauche, vous rampez avec le bouton C bas, vous sautez avec le bouton
C haut et vous tirez avec la bouton Z (la gâchette si vous voulez). De plus
la visée est semi-automatique : elle se place directement vers l'ennemi
et vous tirez quand vous voulez. Pour passer à la seconde configuration,
il suffit de maintenir appuyé le bouton R afin que le jeu passe en vue
subjective. À ce moment-là le jeu se transforme presque en FPS, mais en
vue rapprochée. Cette fois le joystick sert à diriger le viseur
et les quatre boutons C servent à se déplacer en haut, en bas, à
gauche, à droite, ou en diagonale (par combinaison de deux boutons). La
visée n'est plus semi-automatique, mais manuelle.
Je
vous le dis franchement : la première configuration est la pire façon
d'aborder ce jeu. Certes cette visée semi-automatique est pratique au début
quand on ne sait pas très bien viser, mais ça l'est beaucoup moins
quand les ennemis sont nombreux car vous ne pouvez pas choisir lequel abattre
sans vous déplacer physiquement. En plus il faut avouer que c'est dans
cette configuration que la caméra pose le plus de problèmes. En
effet, il n'est pas rare de se manger un mur parce qu'on a du mal à voir
où on va. Il vaut mieux réserver cette configuration pour les phases
de plates-formes. Mais en adoptant la seconde, les problèmes cités
ci-dessus sont corrigés en grande partie. Ainsi, le jeu devient beaucoup
plus confortable et les déplacements plus aisés, rendant les combats
encore plus jouissifs qu'avant. Certes ça demande un certain temps d'adaptation,
mais une fois qu'on maîtrise la maniabilité du personnage, ce n'est
que du bonheur ! D'ailleurs ce n'est pas pour rien que les phases pédestres
de Starfox Assault reprennent en partie cette deuxième configuration.


Mais
que serait un jeu de tir sans un arsenal conséquent ? Je vous rassure :
il y a de quoi faire. L'arme standard est une sorte de pistolet à six coups.
C'est une arme précise, mais son débit est très lent et elle
met du temps à se recharger (elle se recharge d'une balle par seconde).
Très vite vous découvrirez d'autres armes enfermées dans
des coffres. Au début du jeu, vous obtiendrez une mitrailleuse, très
pratique pour les ennemis volants et les soldats ennemis. C'est une arme rapide,
mais bien entendu peu précise. Vous obtiendrez également des grenades
et des bombes. Très rapidement on trouve une arme tirant des giclées
de plasma. Si vous maintenez enfoncée la gâchette Z, l'arme se chargera
et sera plus puissante. Plus tard vous trouverez un lance-roquettes, très
utile pour détruire les murs et les ennemis imposants. Vous aurez même
accès à une arme tirant des missiles à tête chercheuse.
Je vous épargne le reste, mais sachez qu'en tout il y a quatorze armes.
Les munitions se trouvent à l'intérieur de caisses ou sur les cadavres
d'ennemis.
En
revanche, je dois vous parler d'un défaut qui s'avère un peu gênant.
Pour sélectionner une arme, on doit appuyer sur le bouton A pour faire
défiler la liste dans un sens et sur le bouton B pour la faire défiler
dans l'autre sens. Au début, ça ne pose pas de problèmes,
mais quand les armes commencent à être nombreuses, ça devient
un peu gênant de faire défiler la liste jusqu'à ce qu'on tombe
sur la bonne arme, d'autant plus qu'il faut faire attention aux ennemis en même
temps. Rare aurait mieux fait de faire comme dans Perfect Dark où les armes
étaient disposées dans un menu circulaire : il suffisait juste
de sélectionner la bonne arme sans perdre du temps à faire défiler
une liste. Bon, ce n'est pas gravissime non plus, mais ce défaut méritait
d'être signalé.
Enfin,
le jeu propose des phases de plates-formes où on est obligé d'abandonner
provisoirement la deuxième configuration. Le personnage peut sauter et
s'accrocher au rebord d'une falaise ou d'une plate-forme. Notez que le personnage
saute plus haut s'il est immobile. Je dois avouer que la jouabilité manque
un peu de fluidité durant ces phases. Entre l'instant où le joueur
appuie sur le bouton de saut et celui où le personnage saute, il y a un
léger temps de latence. En plus la caméra n'arrange pas trop les
choses car elle a un peu trop tendance à regarder en l'air, donc on a parfois
du mal à savoir où on va retomber. Rare aurait peut-être pu
peaufiner un peu la maniabilité. Heureusement, ces phases de plates-formes
sont plutôt simples et peu nombreuses, donc elles ne sont pas pénibles.
Je dirais même qu'elles sont bienvenues car elles apportent un peu de variété
au jeu.


Bref
ce jeu est un magnifique mélange de tir et d'exploration, avec un soupçon
de plate-forme. Je ne vous cache pas qu'il m'a fallu plusieurs heures pour véritablement
dompter la jouabilité de Jet Force Gemini. J'avoue qu'au début j'avais
vraiment du mal à entrer dans le jeu. Mais dès que j'ai commencé
à maîtriser cette jouabilité, ce jeu m'a procuré un
immense bonheur jusqu'à la fin, et vous allez comprendre pourquoi.
Un
des plus gros points forts de Jet Force Gemini est l'action. Croyez-moi, vous
allez en avoir, et pas qu'un peu. Ce jeu est un véritable défouloir :
vous allez prendre du plaisir à tirer sur tout le monde, surtout si vous
disposez d'un arsenal conséquent. Si en plus les ennemis ne sont pas trop
bêtes, c'est encore mieux. En effet, l'IA est assez développée
pour l'époque. J'ai bien dit « pour l'époque » car aujourd'hui ça
peut sembler dérisoire. Les ennemis sont capables d'esquiver les tirs,
de s'enfuir et de se cacher derrière un tonneau (parfois explosif pour
leur plus grand malheur !) ou un pilier (NdL : il faut bien se dire qu'en
2006 ils ne savent rien faire de plus dans la grande majorité des jeux
qui sortent). Si on a affaire à des ennemis équipés de
boucliers, on a le choix entre le contourner pour l'attaquer par derrière,
attendre le moment où il baisse la garde pour lui faire sa fête,
ou alors vous pouvez carrément lui envoyer une grenade ou une roquette
si la subtilité vous gonfle. Bien entendu, il ne faut pas non plus utiliser
les munitions n'importe comment car on peut facilement en manquer. Les ennemis
et les lieux sont assez nombreux et diversifiés, donc il faut adapter sa
stratégie suivant les circonstances. La plupart du temps, on peut très
bien se la jouer Rambo en fonçant dans le tas et en tirant sur tout ce
qui bouge. Ca marche très bien dans des espaces bien dégagés
comme le marais de Tawfrett ou la base militaire par exemple. Mais cette « stratégie »
est beaucoup moins efficace dans les niveaux regorgeant de cachettes comme le
château de Tawfrett où les ennemis ont tendance à se cacher
derrière des créneaux. On peut donc se la jouer plus « finement »
en tuant à distance les ennemis à l'aide d'un fusil à lunette,
en leur lançant des grenades ou en déposant des mines au sol.
Par
contre, je dois vous prévenir que c'est un jeu « gore ». Quand vous tirez
sur les insectes, vous voyez du sang vert gicler un peu partout. Les ennemis explosent
littéralement en un « splatch » retentissant, et leurs morceaux se retrouvent
éparpillés un peu partout. Quand vous tuez un ennemi massif au lance-roquettes,
ses morceaux se retrouvent projetés à une distance incroyable. Enfin,
pour en rajouter une bonne couche dans « l'horreur », des insectes bourdonnent autour
des cadavres. Cruel, non ? Bon, je pense que vous avez parfaitement compris
que cette violence cartoon se veut parfaitement comique. D'ailleurs, si vous ramassez
cent têtes, vous pouvez activer un code qui vous permettra de rendre le
sang multicolore ! Les héros se comportent en réalité
comme des gosses qui se défoulent sur une sorte de terrain de jeux. Le
joueur aussi se défoule. Quand on voit ça, on se dit que Conker's
Bad Fur Day n'est pas si loin. La ressemblance n'est pas si troublante puisqu'on
a plus ou moins affaire à la même équipe. Eh oui, Rare n'a
pas attendu Conker pour se lâcher un bon coup : Jet Force Gemini en
est un avant-goût.




Mais
je ne peux pas vous parler d'action en faisant l'impasse sur les boss. Ceux-ci
sont peu nombreux (cinq en tout), mais ils ont le mérite d'être marquants.
Ils bénéficient tous d'une mise en scène impressionnante
et leur (longue) présentation installe progressivement une tension de plus
en plus grande : on s'attend (à juste titre) à un combat difficile.
Une fois que le combat commence, vous dirigez le héros dans une configuration
particulière. En effet, le jeu est directement en vue rapprochée
sans que vous ayez besoin de maintenir appuyé le bouton R. En revanche,
il est impossible de se déplacer en haut et en bas : vous ne pouvez
vous déplacer que latéralement à l'aide des boutons C droit
et C gauche. Le bouton C haut vous permettra de sauter comme si vous aviez adopté
la première configuration. Le joystick, quant à lui, servira à
bouger le viseur. Les autres boutons gardent leurs fonctionnalités habituelles.
Il
n'y a aucun moyen de récupérer des munitions et de l'énergie.
Attendez-vous à mourir plusieurs fois avant de pouvoir enfin exploiter
leurs points faibles évolutifs. Heureusement, Rare a eu la bonne idée
de ne pas nous faire perdre nos vies (deux au total) à chaque fois qu'on
se fait battre. On recommence toujours dans la pièce précédente
où on peut récupérer toutes nos munitions et toute notre
énergie. Ainsi, vous avez autant d'essais que vous voulez et n'avez pas
besoin de refaire le niveau à chaque fois (sauf si vous éteignez
la console). Ces affrontements sont très prenants et extrêmement
jouissifs. Je peux vous dire que le boss final va vous donner des sueurs froides
avec les rochers qu'il envoie et son fameux rayon laser. Mention spéciale
aux deux mantes religieuses géantes, un combat absolument phénoménal
et jouissif par sa mise en scène dantesque et son rythme trépidant !
Un de mes meilleurs souvenirs vidéoludiques !


J'en
viens maintenant à un autre aspect de Jet Force Gemini : l'exploration.
Durant les dix premières heures, le jeu est très linéaire
car les héros ne peuvent pas quitter un chemin prédéfini.
On n'a donc d'autre choix que de traverser les niveaux, sans réelle possibilité
d'exploration. Il faut dire que durant la première partie du jeu, beaucoup
d'endroits sont inaccessibles pour certains personnages. De plus, la plupart des
accès restent verrouillés tant que le personnage ne trouve pas la
clé ouvrant tel type de porte (symbolisé par une couleur). Mais
après le palais de Mizar, on passe à une progression complètement
ouverte. Le jeu est loin d'être terminé puisque cette deuxième
partie est plus longue que la première (un peu plus de quinze heures en
ce qui me concerne). Vous allez devoir fouiller les niveaux de fond en comble
afin de trouver les pièces du vaisseau qui vous mènera au dernier
niveau, et ce n'est pas gagné.
Personnellement,
j'ai beaucoup apprécié cet énorme gain de liberté.
Il faut dire que j'adore les jeux qui proposent à la fois de la linéarité
dans une partie, et de l'ouverture dans une autre. Après avoir suivi un
chemin prédéfini, on peut enfin visiter tous les niveaux avec tous
les personnages, et ce dans n'importe quel ordre. Au début cette liberté
est déroutante du fait qu'on ne dispose d'absolument aucun indice pour
trouver les pièces du vaisseau. On est donc obligé de se lancer
au hasard en dirigeant tel personnage dans tel niveau. Puis peu à peu les
choses commencent à s'éclairer quand on tient compte des caractéristiques
de chaque lieu : il faut à tout prix exploiter les capacités
de chaque personnage. Dès que vous voyez une étendue de lave, hop !
il faut penser à refaire ce niveau avec Juno. Si vous ne pouvez pas traverser
un tunnel envahi par les eaux, il faudra revenir avec Vela. Enfin, il faut diriger
Lupus quand vous ne pouvez pas franchir un large précipice. Alors qu'au
début on était complètement perdu, les choses s'organisent
peu à peu pour notre plus grand plaisir.
C'est
également dans cette partie que le rôle de Floyd va prendre toute
son ampleur. Dès que vous incarnez un des trois personnages, Floyd vous
accompagne automatiquement. Il clignote dès qu'il aperçoit un ennemi
dans les environs, mais ce n'est pas son rôle principal. En fait il sert
à activer les socles à son effigie. Ainsi, certains socles serviront
à recharger en fuel le réservoir du Jet pack (que vous avez acquis
après le palais de Mizar). Vous pouvez donc utiliser le jet pack n'importe
où dans la pièce, jusqu'à ce que le réservoir se vide.
Par contre, dès que vous quittez la pièce, le réservoir se
vide automatiquement jusqu'à ce que vous trouviez un nouveau socle.
D'autres socles, bien plus rares, vous permettront de vous déguiser soit
en insecte (pratique pour s'infiltrer chez les ennemis), soit en Nounouss. Enfin,
le dernier socle vous permet d'incarner Floyd en vue subjective pour accomplir
certaines missions. La maniabilité change légèrement. Le
bouton A sert à avancer, le bouton Z à tirer et le joystick à
tourner. Les missions sont de différentes sortes. Par exemple, on vous
demandera de trouver des objets en temps limité, de détruire des
objets, ou bien les deux. Mais pour valider ces objectifs, il faut à tout
prix atteindre l'arrivée. On vous demande toujours de ramasser un nombre
minimum d'objets ou de détruire tel nombre d'objets afin de valider la
mission. Pour véritablement gagner le premier prix, vous devez détruire
toutes les cibles, ramasser tous les objets (ou presque) et atteindre très
vite la ligne d'arrivée. Parfois vous devrez emprunter un raccourci. Il
est en général très difficile d'obtenir le premier prix,
mais heureusement ces missions sont facultatives dans l'ensemble. Néanmoins,
je peux vous dire qu'à un moment donné vous serez obligé
de remporter tous les objectifs d'une mission en particulier, afin d'obtenir un
objet indispensable pour la suite (je n'en dis pas plus).
Autre
aspect de l'exploration qui a fait couler beaucoup d'encre : les Nounouss !
Les Nounouss (les Tribals dans la version originale) sont de sympathiques créatures
ressemblant à des ours en peluche (rien à voir avec les Tediz de
Conker). Ce peuple est tyrannisé et réduit en esclavage par l'armée
de Mizar. C'est leur roi Jeff qui possède la dernière pièce
du vaisseau, mais celui-ci ne vous la donnera que si vous sauvez tous les
Nounouss du jeu, sans exception ! Pour sauver les Nounouss, il suffit de les toucher,
mais ceux-ci ne sont pas comptés individuellement. Seul leur nombre compte.
Dès que vous quittez un niveau ou un sous-niveau, le jeu garde en mémoire
le nombre maximal de Nounouss que vous avez sauvés (ainsi que le nombre
restant dans cette section) : c'est une sorte de record. Mais ceux-ci reviennent
quoi qu'il arrive, un peu comme les notes de musique de Banjo-Kazooie. Comme vous
devez sauver tous les Nounouss du jeu, vous êtes obligés de refaire
les niveaux afin d'y établir le record maximal. De plus, les Nounouss sont
des êtres assez fragiles, donc il faut faire attention à ne pas tirer
au hasard. Par exemple, il vaut mieux réfléchir avant de tirer sur
un tonneau explosif car des Nounous peuvent se cacher derrière. Si jamais
vous voyez un insecte marron, empressez-vous de le tuer car celui-ci a
la fâcheuse « manie » de tirer sur les Nounouss en fuite. Dès qu'un
Nounouss est tué, vous n'avez plus qu'à recommencer la section.

Sur
un plan personnel, j'ai apprécié cette quête car elle nous
permet généralement de découvrir de nouveaux horizons, de
nouveaux lieux, de nouveaux secrets. Mais je reconnais qu'à certains moments
les Nounous sont un peu trop bien cachés (comme le niveau SS Anubis ou
Tawfrett). Je dirais que Rare a commis l'erreur de rendre cette quête obligatoire.
Je pense qu'ils auraient mieux fait de la rendre facultative, ou plutôt
de nous demander de sauver un certain nombre de Nounouss (80% par exemple). En
effet, les joueurs n'aimant pas la « collectionnite » vont laisser tomber le jeu
alors qu'ils l'ont aimé jusque là. Il n'est jamais judicieux de
forcer les joueurs à collectionner tous les objets afin de terminer
le jeu. Dommage que Rare n'en ait pas tenu compte.
Qu'à
cela ne tienne, toute cette partie exploration enrichit considérablement
l'univers de Jet Force Gemini. Les niveaux que vous visiterez sont variés
et immenses pour la plupart. Ils vont de la simple planète natale des Nounouss
jusqu'au palais de Mizar, en passant par les stations spatiales et les planètes
volcaniques, marécageuses et minières. Certains niveaux comme la
jolie planète Azur (qui rappelle fortement le Col de la Montagne Lune de
Starfox Adventures) ne sont constitués que d'une seule partie. Mais généralement
ils comportent entre deux et quatre sous-niveaux. Dès la première
partie du jeu on prend conscience de la richesse architecturale de certains d'entre
eux. Quand on atterrit sur la planète Tawfrett, par exemple, on démarre
dans un marais brumeux inquiétant (la musique d'ambiance est excellente),
on tombe sur des ruines, puis on termine dans un vaste château envahi par
l'ennemi.

Dans le même genre, je peux vous citer la planète volcanique Eschebone
qui constitue un moment d'anthologie à elle seule! Cette planète
inhospitalière comporte des formes de vie étranges. Après
avoir failli être brûlé par la lave, on se trouve face à
une créature monstrueuse (immobile) qui tente de nous dévorer. Une
fois étourdie, il faut entrer à l'intérieur en passant par
sa gueule et visiter ses entrailles. Son thorax constitue à lui seul un
sous-niveau ! On est donc plongé dans un niveau organique absolument génial.
Plus tard dans le jeu, on peut même visiter la zone du cortex. Quand on
sort de la bête, ce qui vous attend est absolument phénoménal !
Ce niveau est absolument génial !




Il ne faut pas non plus oublier le palais de Mizar qui est une franche réussite
également (et la musique est excellente encore une fois). La particularité
de ce niveau est que les trois personnages l'abordent de façons différentes
afin d'entrer dans la cour intérieure du palais. Esthétiquement
ce niveau m'a marqué avec son sol réfléchissant et son décor
égyptien (pyramides, pseudo-hiéroglyphes, etc).


Mais
ce n'est qu'au cours de la seconde partie que l'exploration va révéler
la réelle valeur de la plupart des niveaux. Comme l'exploration est très
ouverte, on peut enfin ouvrir de nouvelles portes et accéder à de
nouvelles zones grâce aux différents personnages. Au fur et à
mesure qu'on découvre de nouvelles zones, on va de surprise en surprise.
La station spatiale Anubis devient absolument énorme lorsqu'on découvre
ses nouvelles sections.

La
base militaire d'Ichor cache un bâtiment pour le moins insolite dans ce
genre d'endroit : les fans de Conker's Bad Fur Day ne seront qu'à
moitié surpris ! La très belle planète Rith Essa nous émerveille
de bout en bout avec ses falaises, ses précipices, et sa mine. La mine
de Rith Essa est un endroit paisible ne comportant absolument aucun ennemi. La
musique qu'on entend est très belle et reposante, par moments mélancolique.
En l'explorant à fond, on y trouve beaucoup de Nounouss en train de travailler.
La planète Goldwood (berceau des Nounouss) révèle son vrai
visage quand on se met à l'explorer réellement. Au début
on se disait que cette planète était très superficielle du
fait qu'elle servait de tutorial. Mais elle est beaucoup plus grande qu'on ne
le croit. Les cavernes y sont assez nombreuses et la forêt luxuriante est
vaste (il y a de quoi s'y perdre). Les ennemis y sont plus nombreux et dangereux
qu'à l'accoutumée. Cette planète cache vraiment bien son
jeu, pour notre plus grand plaisir. Certains niveaux ne comportant qu'une seule
zone s'en sortent également haut la main comme le croiseur Sekhmet.




Enfin,
il ne faut pas oublier de parler de la dernière richesse qu'apporte l'exploration.
Certains niveaux comportent des sorties alternatives nous permettant d'accéder
à des niveaux annexes beaucoup plus petits que les autres. Pour les trouver,
il faut là encore chercher partout en utilisant les capacités propres
des personnages et en se servant du jet pack pour rejoindre certaines plates-formes
en hauteur. Ces sorties alternatives sont elles aussi symbolisées par une
navette. Une fois le niveau alternatif débloqué, on peut y revenir
autant de fois qu'on veut à partir du menu de la carte, et ce avec n'importe
quel personnage. Ces niveaux sont généralement très calmes
et permettent de souffler un peu (à part l'inquiétante station spatiale
abandonnée). Il faut là aussi sauver les Nounouss qui s'y cachent
et trouver les dernières pièces du vaisseau. Toute cette partie
exploration rend l'univers de Jet Force Gemini encore plus attachant qu'avant.
L'aspect parodique du jeu vient se greffer subtilement à l'ensemble, sans
nuire à l'ambiance Star Wars qui y règne. Par dessus le marché,
les Nounouss font énormément penser aux Ewoks. Il ne manque que
des phases de shoot dans l'espace pour que l'analogie avec la série de
George Lucas soit complète. Jet Force Gemini est mi-parodique, mi-sérieux.
Une
des choses les plus marquantes est l'aspect enfantin du titre. À l'origine, Juno
et Vela étaient des enfants, mais à la dernière minute ils
ont été remodelés pour je ne sais quelle raison : c'est
pour ça qu'ils ont l'air « bizarres ». Pourtant ils ont conservé leur
aspect enfantin, même après avoir grandi. Juno représente
le Space Ranger dans toute sa splendeur, mais il fait plutôt penser à
un grand enfant (son costume n'a absolument rien de réaliste). Vela, quant
à elle, est la parfaite mignonnette à jupette courte. Leur aspect
enfantin se ressent également à travers leur comportement en combat.
Il faut dire que les héros ne font pas dans la finesse et ont tendance
à se défouler, exactement comme des gosses. Ils sont accompagnés
d'un robot très mignon qui fait lui aussi penser à un jouet. De
plus, leur armes dévastatrices s'apparentent davantage à des jouets
ou à des pistolets à eau, qu'à de véritables armes.
D'ailleurs j'apprécie beaucoup la traduction de notre cher Julien Bardakoff.
Essayez de rester sérieux en maniant une « sulfateuse » (mitraillette), une
« gicleuse plasma », un « fusil d'lâche » (fusil à lunette), un « lance-croquettes »,
un « lance-fouineuses », ou encore une « étoile-à-Janin » (shuriken) !
Enfin, si on réfléchit un peu, leur quête se résume
à combattre des insectes géants répugnants (ça commence
bien) pour sauver... des ours en peluche ! C'est mignon tout plein, non ?


Voici à quoi ressemblait Juno à l'origine.
Tiens,
parlons un peu du chien. Ne croyez-pas que Lupus soit un berger allemand, un labrador
ou quoi que ce soit ! Non, c'est vraiment le petit chien tout mignon qui
pousse des « kaï ! kaï ! » attendrissants à chaque fois
qu'il se fait toucher par des tirs ennemis (absolument irrésistible). Mais
attention, hein, il est redoutable ce chien, un véritable cador. En plus
il se prend au sérieux quand il pousse un « aouuuh ! » à chaque
fois qu'il ouvre un coffre : fou rire garanti. Il a l'air ridicule avec son
arme sur le dos. Enfin, il possède une sorte de propulseur sur chacune
de ses pattes. Je peux vous dire que quand il survole un précipice, la
scène est assez cocasse : on se demande ce que les développeurs
ont fumé.


Eh non, plus besoin de se shooter pour voir des chiens volants.
Ils lui ont même équipé d'une sorte de char. Mais qu'est-il
arrivé à cette pauvre bête ? Il faut appeler la SPA et
tout de suite !
Jet
Force Gemini est fort imparfait. Il faut dire que le jeu comporte de nombreux
défauts qui l'empêchent de se hisser parmi les meilleurs Rare, du
moins si on adopte un point de vue objectif. La maniabilité est assez délicate
et nécessite quelques heures de pratique avant de commencer à la
maîtriser. Et même quand on s'y fait, quelques défauts subsistent
comme la caméra capricieuse et les sauts un peu mous. De plus, graphismes
sublimes ne veut pas forcément dire fluidité exemplaire, et Jet
Force Gemini en fait un peu les frais malheureusement. Dans certains niveaux comme
la base militaire d'Ichor, le framerate est assez catastrophique. Enfin, je pense
que la quête des Nounouss n'aurait jamais dû être obligatoire
car elle peut être rébarbative aux yeux de certains.
Vu
la façon dont j'énonce les défauts, ça peut sembler
beaucoup voire impardonnable. J'ai bien failli abandonner le jeu à cause
de ça, d'autant plus qu'il ne me faisait absolument pas envie à
l'origine. Et pourtant, je m'y suis attaché comme jamais, si bien que tous
ces défauts n'ont fait que le rendre attendrissant à mes yeux. L'ambiance
de Jet Force Gemini est absolument incomparable et unique, Rare si l'on puit dire.
Il faut dire que l'aspect enfantin du titre, conjuguée à l'ambiance
Star Wars qui y règne, a créé un mélange absolument
détonnant à mes yeux. Le souffle épique qui s'en dégage
m'a, pour ainsi dire, remué dans tous les sens ! Alors certes, Jet
Force Gemini n'est sûrement pas le meilleur jeu Rare, mais j'estime en revanche
que c'est un des plus originaux et audacieux que le studio ait pu concevoir. Peut-être
même trop riche vu que le jeu est trop long pour la plupart des gens. Mais
il n'empêche que Jet Force Gemini est devenu un de mes jeux Rare préférés,
aux côtés de Banjo-Tooie et de Donkey Kong Country 2. J'en garderai
pour toujours un merveilleux souvenir !
Rudolf-der-Erste, qui ferait mieux
de grandir un jour ou l'autre...
