
Rare, au service de sa majesté Nintendo
GoldenEye sort en décembre 1997 en France, trois mois après la sortie de la Nintendo 64. À cette période, la Playstation qui fait un carton partout dans le monde a déjà récupéré l'immense majorité des
parts face à la Saturn. Autant dire que la tâche n'est pas vraiment aisée pour BigN, cependant la N64 dispose d'arguments : une supériorité technique, un prix de lancement très bas et surtout des exclusivités
excellentes développées en interne (Super Mario 64, Wave Race) ou par des éditeurs restant sous l'égide
de Nintendo.
Rare en est le plus brillant exemple. Cette firme anglaise, née sur les ruines d'Ultimate-Play
the Game (voir cet article), a notamment développé les 3 Donkey Kong Country de
la SNES, ou plus récemment sur N64, Banjo-Kazooie (et Tooie), Diddy Kong Racing, Jet Force Gemini ou le jubilatoire
Conker's Bad Fur Day...
Donkey Kong Country 3, de Rare sur SNES.
Autant dire qu'avec cette cascade de hits, Rare est, en 1997 comme en
2002, une énorme chance pour Nintendo. D'ailleurs des rumeurs circulent régulièrement sur une éventuelle
prise d'indépendance de la firme. La dernière en date est due à la carte de vœux de Rare représentant
des colis rappelant indiscutablement les formes de toutes les consoles nouvelle génération, l'exemple le plus
frappant étant le paquet de la Playstation 2 avec sa démarcation si particulière. Et qu'on ne nous dise
pas que c'est le hasard. Cette dernière rumeur, comme les autres d'ailleurs, a été formellement démentie
par le principal intéressé. Alors est-ce une façon pour Rare de préparer le départ ou bien
un moyen de maintenir la pression ? Cependant, si cette prise d'indépendance devait se confirmer un jour, ce serait
un énorme coup dur pour Nintendo. Mais revenons à ce cher James.
"Licence" to kill
GoldenEye est, vous l'aurez compris, l'adaptation du film du même
nom. D'habitude, vous connaissez la chanson, les éditeurs mettent souvent tout l'argent dans les droits et se contentent
ensuite de faire un jeu très moyen. Il savent que de toutes façon, celui-ci se vendra bien. C'est assez étonnant,
mais on ici tient un jeu à forte licence qui est, non seulement bon, mais même carrément excellent(issime!). Tout
ceux qui ont à la fois vu le film et joué au jeu pourront vous le dire aussi bien que moi, la fidélité
du 2éme au 1er est hallucinante. C'est exactement pareil, au néon près et ça aide vraiment l'impression
d'immersion dans cet univers.
Dès le départ la firme anglaise sort le grand jeu et lors
du développement elle travaille d'après des photos de tournages. D'ailleurs le développement du jeu et
le tournage sont simultanés même si le film sortira bien avant.
Un portail dans le film, puis dans le jeu
D'ailleurs, dès la fin de la première mission on retrouve
le saut de l'ange. On comprends alors que c'est tout Hollywood qu'on vient de faire entrer dans son salon.
Voici l'histoire du film et donc du jeu (que je n'ai absolument pas piqué
au Télé 7 jours n°2144 page 52 rubrique « Si vous avez manqué le début ») : « Un chef de
l'armée russe, aidé d'un groupe de rebelles caucasiens mené par 006 (un traître des services secret
anglais), s'empare du système de mise à feu d'un satellite Russe. Ce satellite, GoldenEye, est en fait une arme
terrifiante, qui peut détruire tous les système électroniques présents dans la zone visée.
La belle Nathalya et Boris sont les seuls rescapés de l'attaque du bunker dans lequel était gardée la
clef de déclenchement du dispositif. James Bond décide de s'opposer au terrible plan des terroristes et d'aider
Nathalya à leur échapper. »
Tuer n'est pas (toujours) jouer
GoldenEye est un FPS, un jeu d'action avec une vue à la première
personne, « un plan séquence d'une vue subjective » dirait un cinéaste. On pourrait aussi dire Doom-like sauf
qu'ici il y a peu de couloirs labyrinthiques (en mode solo du moins) et surtout il ne vaut mieux pas s'amuser à tirer
sur tout ce qui bouge (toujours en mode solo, nous nous intéresserons au multijoueur plus tard). En effet, et c'est
là la grande réussite du jeu, GoldenEye est subtil. Pour mener à bien votre mission, il vous faudra souvent
faire preuve de discrétion : longer un mur à l'abri des regards, utiliser de préférence un silencieux
(pour qu'ils ne se ramènent pas à quinze, les méchants), détruire les alarmes, éviter les
caméra, ne pas tuer les pauvres innocents que sont les scientifiques ou les civils... Et surtout, tout ceci est incroyablement
interactif. Le joueur peut briser toutes les vitres qu'il veut, faire exploser les ordinateurs, faire tomber les moniteurs
accroché au plafonds... Même si cela n'a pas toujours d'intérêt, on peut le faire et c'est magique.
C'est ça la liberté.
Toutes ces considérations donnent une profondeur de jeu incroyable.
Parallèlement à cela l'action est vraiment soutenue et tout en restant précis et raffiné il faudra
souvent tuer des dizaines d'ennemis en même temps à l'aide de son beretta, fusil sniper, lance-roquettes... Dans
sa réserve James n'a pas que des pétoires mais également du plastic, un appareil photo, un émetteur
espion, un décodeur... Tout ceci pour vous montrer la diversité des actions. Il faut tantôt récupérer
des plans, des clefs, tantôt sauver des otages ou bien encore conduire un tank. Et si vous avez un trou de mémoire,
pas de panique la montre de Q vous rappelle tous les objectifs. Cette tocante permet également d'avoir accès
à toutes les autres infos, options, gadgets (tout sauf l'heure, quoi )...
La maniabilité est instinctive à souhait et on fait ce qu'on veut de l'espion
de Fleming. Le stick assure les déplacements et les 4 boutons jaunes de droite la visée. Sinon il y'a une visée
automatique sur les ennemis, bien pratique pour assurer dans le feu de l'action.
Permis de tuer... à plusieurs
N'oublions pas le légendaire mode multijoueur de GoldenEye. Il
est tout simplement génial et assure des combats qui se prolongent jusqu'au bout de la nuit. Imaginez plutôt
: quatre joueurs peuvent s'affronter simultanément dans plus d'une dizaine d'arènes. On a également le
choix parmi les personnages rencontrés en mode mission. Ils finissent par être 12 : Natalya la douce, Boris,
la pétillante Xénia (ça c'est une femme de caractère, combien de fois elle m'a dézingué
dans la jungle, hum... gourmande), le baron Samedi... Et avec en plus, en bonus à débloquer, tous les persos
du jeu : les scientifiques, les civils, tous les soldats des différentes forces armées (dans la version beta,
Sean Connery était présent).
C'est incroyable mais plusieurs années après son achat on
se surprend encore en train de se déchiqueter joyeusement en famille ou entre amis. Surtout que Rare a pensé
à tout et propose même des scénarios différents qui sont autant de bonnes alternatives au classique
frag « chacun pour soi » (même si on ne s'en lasse jamais vraiment ) :) : récupérer un drapeau et le garder
le plus longtemps possible, création d'équipes... Seul bémol, mais c'est vraiment pour chipoter, on aurait
pu espérer des bots contrôlés par la machine pour s'entraîner et toujours avoir un truc à
descendre. Ce sera le cas dans Perfect Dark, toujours de Rare, un jeu du même genre ludique mais d'un autre genre scénaristique
(c'est aussi un jeu de flingues en 3D vue subjective avec des missions mais cette fois, c'est un univers de science fiction).
Enfin, en ce qui concerne GoldenEye à plusieurs, encore une fois c'est une réussite
totale.
Rien que pour vos yeux
Graphiquement, il étonne. Les persos sont très détaillés,
même s'il est vrai qu'aujourd'hui, ils paraissent un peu géométriques avec leurs épaules bien « carrées »
et leurs sabots en guise de mains. Le brouillard si cher à la 64 n'est presque pas présent et les textures sont
extrêmement détaillées. Elles prouvent qu'on peut faire beaucoup mieux que les surfaces plates et unies
de Super Mario 64. Les décors demeurent vraiment un des (nombreux) points forts du jeu, et comme je vous le disais, on se
croirait dans le film. Selon la mission, ces décors vont du paysage st-pétersbourgeois avec des vestiges communistes
aux extérieurs enneigés de Saranaya, sans oublier les rues, les bunkers, une frégate évoluant
sur les eaux monégasques, la jungle cubaine... Tout ceci rien que pour vos yeux.
Et pour les oreille, le thème générique de John Barry est là,
mais aussi toutes les autres musiques du film (composées par Eric Serra) qui sont reproduites de façon magistrale.
Quand aux bruitages, ils accompagnent l'action à la perfection. Ils se composent essentiellement du bruit des diverses
armes et des cris des vilains agonisants qui n'avaient qu'à pas être contre nous, d'abord.
Le jeu est long et varié. Le pendant virtuel de Pierce Brosnan
n'en finit pas de parcourir le globe, avec pas moins de 20 missions contenant toutes de 1 à 5 objectifs à remplir
selon 3 niveaux de difficulté, plus un quatrième où l'on peut choisir les paramètres des ennemis.
Des cheat codes aussi sont débloquables en terminant par exemple le 3ème niveau Runway en difficulté
« Agent » en moins de 6 minutes.
Qu'est devenu l'homme au pistolet d'or ?
En fait, après ce brillant opus, Rare ne conserve pas la licence
et c'est EA Games qui rachète les droits et développe des jeux sur toutes les consoles d'actualités,
dont un dernier très récemment sur Playstation 2. Comme il ne s'agit pas du même développeur (ni
de la même qualité, pour le premier en tout cas, ça me semble tout à fait objectif) la continuité
ne peut être que partielle surtout qu'à ce moment là, il faudrait aussi décrire les jeux avec l'espion
sortis auparavant (je pense notamment à un 007 développé par Saffire et sorti sur GB).
Aujourd'hui, 007 espionne sur PS2
Cet article ne décrit pas la série James Bond mais juste
GoldenEye. S'il devait y avoir une filiation, il faudrait parler de Perfect Dark de la même équipe de développement.
Ce jeu est excellent. Maintes fois repoussé, il fut un des dernier grand jeu de la 64, beau, long, varié...
Le seul ayant réussit à surpasser GoldenEye dans le genre. À croire que seul Rare pouvait y parvenir.
Enfin, je n'en dis pas trop pour ne pas dispenser ce jeu d'avoir son propre article, il le mérite.
Perfect Dark
Conclusion
Attention, jeu culte. En 1998, il obtient 4 prix au salon d'Atlanta.
Même si les remises de prix on s'en tamponne, là, c'est réellement mérité.
Un conseil si vous avez une N64 à disposition, récupérez ce soft, d'autant
que fort de son succès, le prix fut baissé très vite (dans la série Player Choice). D'occasion
il vous coûtera un prix dérisoire et il en vaut vraiment la peine (NdL : Signalons pour ne pas qu'on nous
taxe d'hypocrisie qu'on le trouve en download sur certains sites d'émulation N64 ou par le biais du p2p, à vous
de chercher et bon courage pour le faire fonctionner).
Même s'il commence avoir un certain âge (quoique fin 97, ce
n'est rien). Même si son successeur lui a donné un petit coup de vieux, ce GoldenEye n'a rien perdu de son charme
« so british ».
À croire que le temps n' a pas vraiment d'emprise sur les chefs d'œuvre. Après tout,
dans les jeux vidéo comme ailleurs, il en est ainsi. Les diamants sont éternels.
Michael