En 1986, Atari se rappela aux bons souvenirs des
amateurs d'arcade avec une borne au gameplay légèrement rétro,
mais si bien conçue et parfaitement emballée que son succès
fut fulgurant et durable : Super Sprint, une course de Formule 1 en vue aérienne
dans laquelle les voitures étaient représentées par de tout
petits sprites, l'intégralité du circuit était affichée
à l'écran, et surtout que ses auteurs avaient eu l'idée géniale
de rendre pratiquable par trois joueurs simultanément. Super Sprint était
en fait une version modernisée de Gran Trak 10, qu'Atari avait produit
en 1974 et qui fut le premier jeu vidéo de course de l'histoire (voir cet
article de JPB pour plus d'informations sur cette série). Le plaisir
procuré par un tel gameplay, intemporel, renvoyait ces grands enfants qui
peuplaient les salles d'arcade à des sensations ludiques qu'ils n'avaient
plus connues depuis l'âge des couches-culottes, où ils passaient
leur temps à pousser de petites voitures (Majorette ou Matchbox, personnellement
j'étais plutôt Matchbox) sur la moquette de leur chambre.

Super Sprint (Atari, 1986) et son ancêtre
Gran Trak 10 (Atari 1974)
Par la suite, plusieurs
jeux similaires sont sortis dont beaucoup ont, grâce à une réalisation
peu gourmande en ressources, envahi avec bonheur les collections des possesseurs
de micros 8, puis 16-bits. La qualité de ces titres n'était pas
toujours mirobolante mais pendant ce temps, chez Gremlin, on s'apprétait
à mettre tout le monde d'accord.
Super Cars
L'intro de Super Cars 1 : ambiance...
Ainsi en 1990, sur Amiga,
arrive Super Cars, premier jeu édité par Gremlin à
arborer fièrement en intro le logo du développeur Magnetic Fields
(à qui l'éditeur devait déjà deux gros hits sur 8-bits
: Trailblazer et Kick Start 2), soutenu par un thème de Wagner (déjà
entendu dans Excalibur, le film de John Boorman). Une entrée en
matière tonitruante que les amateurs de course de voitures allaient apprendre
par la suite à apprécier au plus haut point, salivant tels des chiens
de Pavlov rien qu'en l'entendant.
Super Cars se présente
comme une course de voiture en vue aérienne, selon la formule de Super
Sprint, mais considérablement enrichie par la présence de décors
largement plus étendus que l'écran et donc d'un scrolling multidirectionnel,
ainsi que d'une multitude de ces petits détails de conception qui font
la différence. Au début du jeu, le joueur possède une voiture
de course et se trouve devant l'entrée d'un concessionnaire. Une visite
chez celui-ci fait apparaître qu'il existe trois autres voitures (fictives
mais ressemblant fort à des Lotus), qui sont bien trop chères pour
pouvoir être achetées tout de suite, d'autant que le concessionnaire
à l'air plutôt louche et dur en affaire. Il s'agit donc de participer
à une série de courses rémunérées en fonction
du classement final.

1. Le menu principal
2. On en négocie pas que des virages dans SC1
Le jeu comporte 8 courses
qui peuvent chacune être disputées selon trois niveaux de difficulté.
La première course met le joueur en compétition avec trois autres
voitures, nombre qui augmente par la suite jusqu'à 7. Le jeu démarre
alors et immédiatement la qualité de la réalisation saute
aux yeux : la maniabilité est parfaite, les décors très détaillés
sont d'un graphisme fin et coloré et la bande sonore est sans génie
mais très efficace. Pas de doute, on est devant un jeu de grande qualité,
mais d'autres découvertes sont encore au programme.
A chaque course, il faut
finir dans les trois premiers pour accéder à la suivante. Durant
la course, la gestion des dégâts est une donnée très
importante. Ceux ci sont localisés et représentés à
l'écran : boîte de vitesse, suspension, pneus, carrosserie etc. Après
la course, en fonction du classement obtenu, une récompense pécuniaire
plus ou moins importante est accordée au joueur. Un tour au garage, accessible
via le menu principal, s'impose. Après avoir flashé sur la caissière,
blonde souriante et superbement dessinée, on peut réparer les dégâts
faits à la voiture pendant la course et acheter divers équipements
: kit moteur, renforts de carrosserie, de freinage, tout pour être plus
performant. Il est aussi possible de thésauriser son argent en vue de l'achat
d'un véhicule haut de gamme chez le concessionnaire, sachant quand même
que le modèle de base permet de gagner, avec un peu d'acharnement, toutes
les courses en mode facile.

1. La fiche technique d'une voiture au look
familier 2.
La jolie caissière donne envie de s'attarder au garage
Toutes ces options, ces
choix qui sont laissés au joueur, ainsi que des phases amusantes de dialogue
avec le vendeur de voitures en vue d'une réduction du prix ou d'une reprise
intéressante de la voiture d'origine, sont fort agréables et donnent
l'impression d'être devant un jeu riche, complet, proposant plusieurs mini
cinématiques fort bien réalisées (notamment celle de la fin
de course) et une ambiance très bien rendue.

Mais le plus important
reste les phases de courses. Au départ, on craint que le fait que l'écran
scrolle soit un problème, rendant difficile l'anticipation des virages
et des dépassements, mais les voitures ni trop petites ni trop grosses,
la maniabilité parfaite, la largeur des pistes idéalement ajustée
et la vitesse de jeu très bien dosée, tout comme la difficulté,
garantissent une jouabilité parfaite. Les crissements de pneus mettent
dans l'ambiance, les virages serrés et les luttes au coude à coude
avec les autres concurrents mettent la pression au joueur, qui doit toujours faire
attention à ne pas trop heurter les barrières de protection et garder
un oeil sur son classement, le nombre de tours restant, ainsi que ses jauges de
dégâts, surtout s'il à fait l'impasse sur certaines réparations
histoire d'économiser un peu d'argent. Il s'agit donc d'un vrai jeu de
course, même si la conduite est peu élaborée (l'accélérateur
est presque tout le temps câlé à fond).
L'annonce des résultats à
l'issue de la course
Malgré toutes
ces qualités, Super Cars n'obtient qu'un succès d'estime à
sa sortie. Vien que la presse spécialisée ait reconnu la perfection
de sa réalisation, elle le taxe d'un certain manque d'originalité.
Lotus Esprit Turbo Challenge
Ce n'est que partie remise
pour Magnetic Fields, qui s'attèle à un autre projet, celui cette
fois d'une course de voiture en fausse 3d, ayant obtenu de son éditeur
la licence d'exploitation du nom et des voitures Lotus. Ce sera Lotus Esprit Turbo
Challenge, un pur chef-d'oeuvre qui introduit ce qui manquait cruellement à
Super Cars : Un mode deux joueurs en split-screen, chacun jouant sur une moitié
d'écran.
Super Cars 2
Cette fois il y a plus de monde
Contrairement à
Super Cars, Lotus obtient un succès énorme, devenant le jeu de chevet
de nombreux possesseurs de 16-bits. Ainsi, c'est avec une certaine scepticité
qu'est accueillie l'annonce d'un Super Cars 2, suite à priori pas
indispensable d'un titre qui n'avait guère marqué les esprits, et
qui surtout semblait renvoyer à un style de jeu de course obsolète.
Pourtant, quand le jeu démarre, l'évidence saute aux yeux : c'est
une réussite totale. Graphiquement, les différences sont minimes,
mais un changement fait toute la différence sur la version Amiga : l'utilisation
de l'overscan. Le jeu occupe la totalité de l'écran, ce qui change
grandement la conduite, d'autant que les voitures (bien plus nombreuses) sont,
en vue du jeu en split-screen, légèrement plus petite que dans le
premier jeu. La bande sonore est similaire, sauf qu'il n'y a plus de musique durant
les courses. C'est un choix qu'on peut apprécier ou regretter mais il est
vrai que le simple bruit des moteurs met dans l'ambiance et fait ressortir les
bruitages de collisions et de pneus.

1. Un champ visuel plus large améliore
la jouabilité 2.
Un circuit en 8, avec un saut au dessus de la route.
Le jeu ne se déroule
plus comme une liste de courses à gagner mais comme une vraie saison de
championnat, dans laquelle le classement général à son importance.
Après chaque course une petite épreuve attend le joueur, ce qui
est l'occasion pour les développeurs de faire preuve d'un humour british
savoureux au travers des différentes phases dialoguées. Chacune
de celles-ci met le joueur face à un interlocuteur qui lui pose des questions
à choix multiples, avec au bout la possibilité de gagner de l'argent
ou limiter le montant d'une amende. On se retrouve ainsi aux prises avec un examinateur
du code de la route, un journaliste, un policier (dans un commissariat ou apparait
un avis de recherche pour le vendeur de voitures du premier Super Cars !), un
représentant de la fédération des sports automobiles, une
avocate venue discuter d'un héritage, ou même une représentante
du parti écologique partie en guère contre les voitures bruyantes
et polluantes. Les questions sont claires, en général, mais les
choix de réponses vont du à peu près correct à l'absurdité
totale, le bon choix au final n'étant pas toujours celui qu'on croit. Toujours
est-il que ces phases, qui ne sont pas forcément déterminantes dans
la progression (il est même possible de les désactiver), sont très
sympathiques.

Exemples de phases dialoguées entre
les courses : ironie et humour sont les maîtres mots
Le plus gros atout de
Super Cars 2, ne tournons pas autour du pot, c'est bien le mode deux joueurs en
split-screen. Le jeu prend alors une toute autre dimension sans que la réduction
du champ visuel ne soit trop préjudiciable. Les courses, qui durent environ
3 minutes, s'enchaînent dans une ambiance délirante (personnellement
j'en ai fait des dizaines avec Phil, qui furent encore plus acharnées que
les heures passées quelques semaines avant sur Lotus), et le jeu devient
plus facile puisqu'il suffit que l'un des deux joueurs finisse dans les cinq premiers
de chaque course pour que la saison continue. Il y a au total 21 courses à
disputer, sur trois niveaux de difficultés. Dans l'ensemble c'est très
abordable, à part les deux ou trois dernières qui deviennent subitement
effrayantes.

1. Le mode deux joueurs en split-screen : Un
régal 2.
Le classement général et ses pilotes aux noms hilarants évoquant
les stars de la F1 de l'époque
Un autre aspect sur lequel
Super Cars 2 diffère de son prédécesseur est la jouabilité,
beaucoup plus orientée arcade et fun. La conduite est légèrement
plus facile, la difficulté résidant plutôt dans les nombreux
types d'obstacles qui peuvent être rencontrés : passages à
niveaux (traversés par un trafic de trains d'une densité surréaliste
!), sauts entre deux plates-formes, barrières qui s'ouvrent et se ferment
permettant quand on les franchit de prendre un raccourci, ou encore des tunnels
dans lesquels la voiture devient invisible, ce qui oblige à y entrer avec
la voiture parfaitement dans l'axe de la route sans quoi on percute les parois
sans savoir où l'on se trouve.

Des factures salées au garage après
la course
Les équipements
qui peuvent être achetés sont bien plus nombreux, justifiant l'absence
de possibilité de changer de voiture. Les upgrades de moteur, de direction,
de pare-chocs ou de carrosserie sont toujours là, mais on trouve en plus
des armes qui changent totalement l'ambiance du jeu : missiles avant ou arrières,
tournoyant autour de la voiture, à tête chercheuse, mines ou dispositif
permettant de laisser derrière soi des flaques d'huiles. Tout cela était
déjà présent dans Super Cars 1 mais l'usage en était
bien plus restreint et ne débutait qu'à un certain stade du jeu.
Ici il est permis, et même recommandé dès les premières
courses, d'user de méthodes peu orthodoxes visant à détruire
les voitures des autres concurrents. Lorsqu'une voiture est détruite, elle
ne réapparait que quelques secondes plus tard, ayant le plus souvent perdu
des places dans la course. Les dégâts ne sont plus représentés
à l'écran que par une seule jauge globale, mais les réparations
à faire entre chaque course sont toujours présentées poste
par poste, ce qui permet de gérer finement son budget. Si pendant la course
la jauge de dégâts atteint le maximum, c'est terminé pour
le joueur concerné.

Toutes ces innovations
sont parfaitement intégrées au jeu, et lui confèrent une
ambiance très particulière, puisqu'on se préoccupe autant
de détruire ses adversaires que de les doubler. Les missiles sont à
ce titre un élément très fun puisqu'ils n'atteignent pas
toujours la cible voulue (rappelons que dans ce type de jeu il est très
difficile de garder sa voiture dans un bon axe et on fait beaucoup de zig-zags),
et les mines sont particulièrement vicieuses. Il n'est pas rare d'être
détruit alors qu'on était sur le point de franchir la ligne d'arrivée,
ou de se faire percuter avant un saut, juste histoire de perdre un peu de vitesse
pour s'écraser avant la plate-forme de réception. On imagine bien
les éclats de rire qui accompagnent une partie à deux ! Quand au
jeu seul, il est tout de même très sympathique même si le principe
de course en vue aérienne est résolument une affaire de convivialité.
Résultats des courses
Après ce splendide
coup d'éclat, Magnetic Fields à persisté dans le domaine
de la course automobile avec un bonheur constant, signant deux autres épisodes
de Lotus Esprit Turbo Challenge, dont le troisième (Lotus : The Ultimate
Challenge) a fait l'objet d'une excellente adaptation sur PC qui fera les beaux
jours de votre 486. On y retrouve le perfectionnisme propre à ce studio,
mais hélas plus ces phases de conversations présentes dans les deux
Super Cars, et qui leur conféraient des allures de jeux Cinemaware,
l'humour anglais en plus, mais avec pratiquement le même style de dessins
pour les personnages (notamment la caissière du garage dans SC1, qui me
rappelle un peu l'infirmière de It Came From the Desert).
Par la suite, le studio
s'est lancé dans une série de jeux de rallye sur PC, (International
Rally Championship, Mobil 1 : British Rally Championship, Rally Championship,
Rally Championship X-Miles, Rally Championship 97, 99, 2000 et 2001), tous très
appréciés pour leur grand réalisme qui tranche radicalement
avec les délires des débuts sur 16-bits, mais qui s'accompagne d'une
réalisation de grande qualité qui est restée une constante
pour ce studio.
Conclusion
Chose rare et fort appréciable
: les deux Super Cars sont désormais libres de droits. Ainsi, on peut en
télécharger les versions Amiga sur le célèbre site
Back to the Roots (à cette page : http://www.back2roots.org/News/Find/?find=super+cars),
dans des versions disquettes ou installables sur HD, ce qui est bien mieux si
vous parvenez à les faire fonctionner (toutes ces phases de jeux entraînent
de nombreux chargements).
WinUAE fait tourner ces
deux petits bijoux sans trop rechigner, alors ne vous gênez pas, c'est permis
pour une fois. Le premier épisode comblera plutôt les fans de jeux
à la Super Sprint par son côté course pure, le deuxième
est à conseiller au fan d'arcade. Pour Super Cars 2, tâchez tout
de même de trouver un partenaire (de toute façon, il en faut aussi
un pour SpaceWar et Pong !) et de tenter l'expérience en split screen,
qui reste un grand moment dans une vie de joueur.
Laurent