
(Version Amiga)
Rares sont les jeux à avoir connu une
aussi belle carrière sur 8-bits que sur 16-bits. C’est le cas de Stormlord, peut-être
la plus belle réussite de Raffaele Cecco. Évidemment, chacun sait qui est Raffaele Cecco.
Non ? Bon, un petit rappel s’impose. Ce game designer (un petit anglicisme évite bien des périphrases)
anglais, d’origine italienne, est une gloire des années 80. Né en 1967, totalement autodidacte
puisque formé au langage machine sur un ZX-81 (sacré gageure), il s’est fait remarquer sur
Spectrum avec les jeux Equinox et Exolon (édités par MicroGen), deux bons
titres plutôt bien réalisés.

Raffaele Cecco et son premier jeu Equinox (Spectrum)
La gloire, il l’a connue avec Cybernoïd
et Cybernoïd 2, deux petites merveilles qui ont eu un grand succès. Ces jeux ont la
particularité de reposer sur un principe de jeu original et très addictif, plutôt
que sur une performance de programmation, ce qui eut l’avantage de les rendre aisément transposables
sur 16-bits avec des graphismes améliorés sans qu’ils ne paraissent dépassés.
En d’autres termes, Raffaele Cecco est un authentique concepteur de jeu, quelqu’un qui sait donner à
ses créations le petit plus qui fait que l’on s’y accroche, le plus souvent par un habile mélange
de plusieurs styles. Par la suite, il a su s’adapter aux 16-bits, notamment sur Amiga, pour lequel on
lui doit les jeux Solomon’s Key, un dérivé très intelligent de Lode Runner qui a
triomphé sur consoles, The First Samourai, un beat’em up d’inspiration japonaise magnifiquement
réalisé, ou encore Licence to Kill et Time Machine. Aujourd’hui, il dirige
une société nommée King of the Jungle, qui peine à se faire connaître,
mais a tout de même développé quelques titres sur Playstation.

Version CPC et version C64
Stormlord est apparu entre Cybernoïd
et Cybernoïd 2, et a connu un certain succès, notamment sur Megadrive et Amiga.
Un coup d’œil sur les captures d’écrans semble indiquer un clône de Ghost'n Goblins, mais il n’en
est rien. Dans Stormlord, vous êtes un guerrier Nain parti à la rescousse d’adorables petites
fées, dont le royaume est menacé par une puissance maléfique. Il s’agit de parcourir
le décor sur l’axe horizontal, en collectant divers objets qui permettent d’avancer. L’originalité
de l’action, qui est plutôt calme et posée (il s’agit à la base d’un jeu 8-bits, donc
les scrollings rapides et les mouvements de sprites dans tous les sens ne sont pas au programme), tient
dans l’usage des objets. Le miel permet de détourner l’attention d’en essaim d’abeilles, la clé
ouvre une porte, le parapluie permet de franchir une zone ou tombe une pluie mortelle, l’eau empêche
des gargouilles de cracher des flammes, les chaussures ailées permettent de sauter très
haut, etc. Il faut sans cesse traverser des portions de décors dans un sens, puis dans l’autre,
afin de collecter un nouvel objet. Le héros ne peut porter qu’un objet à la fois, ce qui
complique assez ces aller-retours pour les mettre au centre du gameplay. Heureusement, un aigle peut être
appelé depuis diverses plates-formes. Il transporte alors le héros sur de longues distances,
en quelques secondes, rompant la monotonie de la progression.

2eme niveau (version Megadrive)
Le parcours du décor est parsemé
de nombreux dangers, ennemis, plantes carnivores à éviter, ou magiciens à combattre.
Heureusement, les fées ont conféré au héros la possibilité de lancer
un sort d’attaque assez efficace. Ces fées sont emprisonnées dans des petites bulles, qu’il
faut crever pour les voir s’envoler dans le plus simple appareil (sauf dans la version Megadrive
où elles sont habillées, comme quoi la censure n’est pas l’apanage de Nintendo). La libération
de toutes les fées doit se faire dans un temps limité, avant de passer au niveau suivant,
après un petit bonus stage très mignon lors duquel le héros doit faire la démonstration
de son amour envers les fées en leur lancant le plus possible de petits cœurs (elle lui répondent
en lancant des gouttes d’eau qui rapportent des points). Le premier niveau se passe dans une forêt,
le deuxième dans un décor de chateau à la Castlevania, le troisième retourne
dans la forêt, organisée différemment, puis retour vers le château... ensuite
vous nous direz ce qui se passe, si vous y arrivez...
Le charme de Stormlord repose dans sa maniabilité parfaite (ce qui
n’était pas toujours le cas des jeux 16-bits européens), et le principe de jeu qui fait
appel à la mémorisation et l’observation. Il faut, à chaque déplacement, noter
les objets et obstacles qui apparaissent, avant d’aller chercher d’autres objets de l’autre côté
du décor.

Page de présentation sur Amiga, puis sur Spectrum
Côté réalisation, si on se
réfère aux versions 16-bits (les versions 8-bits n’ont que peu d’intérêt aujourd’hui),
c’est tout simplement magnifique. Les graphismes sont très fins, colorés, l’animation est
parfaite, fluide, avec une mention spéciale à la démarche du héros, remarquable.
Quant à la bande sonore, elle se situe au sommet de la production de l’époque. Les bruitages
sont superbes, très travaillés, et la musique des Maniacs of Noise est une des meilleures
de l’époque. Sur la version Amiga, le MOD (réalisé par Charles Dinnen, composé
par Jochen Hippel) est tellement génial qu’il aurait dû devenir un classique du genre au même
titre que la musique de Cybernoïd 2. Malheureusement on ne peut, comme souvent sur Amiga, bénéficier
des effets et de la musique en même temps, et ce sont les effets qui sont seléctionnés
par défaut.
La version Megadrive est identique au niveau graphique (à l’exception
du mode overscan unique de l’Amiga qui était utilisé sur ce jeu), et la bande sonore est
correcte, mais le jeu est beaucoup plus difficile et on dispose de moins de vies au départ. Curieusement,
c’était déjà le cas pour Battle Squadron, un autre classique
de l’Amiga adapté sur la 16-bits Sega, à croire qu'à l'époque les joueurs
sur consoles étaient réputés meilleurs joueurs que les possesseurs sur micro !
Version PC
Stormlord est un superbe jeu, un peu oublié,
le type même de titre qui suscite cette nostalgie pour les 8 et 16-bits que l’on constate en ce
début de siècle. On notera aussi qu’avec des jeux comme Nebulus,
Eliminator ou les deux Cybernoïd, cela fait un fort beau palmarès pour l’éditeur Hewson,
discret mais très efficace sur ST et Amiga. Il
existe deux suites à Stormlord : Stormlord 2, développé uniquement sur 8-bits, et
Deliverance, sorti en 1990 chez 21st Century Entertainment sur C64, Amiga, ST et Mac. TITAN vous parle
de ce jeu, magnifique, dans cet article.
Stormlord 2 sur C64
Les versions Megadrive et Amiga de Stormlord sont faciles à trouver sur le net. La version Amiga est meilleure (bien entendu :) ), mais si vous
avez des problèmes à faire fonctionner WinUAE, rabattez-vous sur la version Megadrive :
avec WGens, c’est un jeu d’enfant. Quand à la version PC, pourquoi pas si vous supportez le son
PC speaker et possédez un 486 ou une routine de ralentissement.
Pour en savoir plus sur les Maniacs of Noise
:
http://www.xs4all.nl/~mon/hq/
Laurent