

Cet article est garanti 100% souvenirs d'enfance, approuvé par George Pérec,
donc.
Steep
Slope Sliders ne paye pas de mine. En plus, on pourrait se demander pourquoi j'aime
un jeu de surf, genre qui n'a jamais été ma tasse de thé.
La réponse est simple et complexe à la fois, puisqu'il représente,
en compagnie de ma ludothèque Saturn de l'époque,
une époque bien particulière. Des temps à la fois joyeux
et troublés, qui me font remonter le temps, quand j'étais au collège
(en 6e je crois) : la Saturn se débattait comme elle le pouvait devant
le succès commercial insolent de sa concurrente grisâtre, et il tenait
de la gageure de défendre Sega dans la cour de récréation.
Des temps où on se levait le matin en se demandant, devant sa tasse à
l'effigie de Sonic, à quoi bon lutter pour prouver que vous ne jouez vraiment
pas sur la même planète... D'ailleurs, c'était totalement
vrai, j'ose imaginer que les possesseurs de la belle à la carrosserie noire
de jais ont dû se sentir bien seuls. Une situation qui m'amenait à
affuter mon argumentation de manière à friser l'insolence : je me
souviendrais toujours d'une discussion homérique où je soutenais
mordicus que Last Bronx était meilleur que
Soul Edge !


Enfin
bref, toujours est-il que nous sommes en 1997, et que Sony tire toute la poudreuse
vers lui avec sa série de surf Coolboarders (qui en est déjà
au deuxième volet). La réponse de Sega va venir d'un studio pour
le moins inattendu : Cave. Oui oui, le même développeur désormais
célèbre de shoot'em up, celui-là même qui a pondu Donpachi deux ans auparavant. Ils seront aidés dans leur tâche par un studio
obscur appelé Victor Interactive Software... Enfin, obscur à l'époque,
car si on prend notre Delorean pour voyager quelque peu dans le futur, on s'aperçoit
qu'ils développeront plus tard la série des Harvest Moon, puis seront
rachetés par Marvelous Entertainment en 2003, qui deviendra pour le coup
Marvelous Interactive. Voilà pour l'anecdote.
Comme
beaucoup de monde, j'entassais les CD de démos, histoire de me faire une
idée des jeux pour lesquels j'allais supplier mes parents de dépenser
leurs précieux deniers : c'est donc comme ça que j'ai découvert
le jeu. Steep Slope Sliders, hormis le fait qu'il constitue un exercice de diction
d'une efficacité redoutable (répétez-le dix fois de suite
très vite avec une patate chaude dans la bouche, pour voir !), est une
rencontre visuelle proche de la première fois que l'on fait goûter
à un enfant de six ans de la ratatouille ou du roquefort : c'est repoussant.
Autant ne pas se le cacher, même en 1997 le jeu est moche, les bouillies
de pixels se battent en duel contre les arbres et les spectateurs en 2D intégrée
au chausse-pied. Malheureusement, ce n'est pas lui qui fera taire les détracteurs
de la Saturn quant à son incapacité à faire de la 3D potable...
Ceci dit, la ratatouille et le roquefort, une fois la première bouchée
peu encourageante, révèlent leur substantifique moelle aux récepteurs
sensoriels de la bouche du pauvre gosse. Enfin, au bout de la deuxième,
ou de la troisième... Steep Slope Sliders, c'est pareil ! Une fois le bouton
Start pressé et les maigres options configurées, on a accès
aux choix des pistes... Un mode Deux Joueurs ? Time Attack ? Rien de tout cela.
Le jeu fait preuve d'une économie de modes de jeu faisant presque figure
d'avarice pure et simple. Vous choisissez votre piste, puis votre surfeur, et
zou, sur la neige ! « C'est un peu court, jeune homme ! », pourrait-on
s'écrier en cœur avec Cyrano. Mais c'est quand on ne s'y attend pas
que le plaisir arrive...

En
effet, une fois sur la piste, le jeu s'avère agréable à jouer,
très agréable même. Le surfeur répond très bien,
le jeu est d'une fluidité exemplaire, et l'animation mérite les
louanges, à croire que tout le travail a été fait pour ça,
quitte à mettre l'aspect visuel à la trappe ! Les commandes sont
simples : A pour sauter, B pour les grab (saisir sa planche), C pour les backflip,
L et R pour tourner. C'est à vous de faire preuve de créativité
pour engranger le maximum de points avec ses figures, d'autant plus que le jeu
vous réserve une surprise : plus vous marquez de points, et plus vous allez
avoir du mal à en marquer. Par exemple, le 720° dont vous étiez
si fier en début de piste ne vous rapportera plus rien au bout d'un moment
! Il va falloir combiner les boutons afin de faire des figures de plus en plus
difficiles (et donc plus à même de vous faire manger la poudreuse
par le nez), ainsi que les directions, qui changent la nature des grabs effectués
avec le bouton B. Steep Slope Sliders, contrairement à Coolboarders qui
était régi par un système très strict, vous laisse
très libre de vos mouvements et fait parler l'improvisation et l'inspiration
avant tout. On ne tarde pas à se retrouver avec des noms de figures totalement
fantasques à l'écran, en se disant à voix haute qu'on est
tellement fort que c'en est illégal.
D'autant plus que selon le surfeur que vous aurez choisi, les figures, et donc
les points rapportés ne sont pas les mêmes. Au nombre de 4 au début,
ils atteignent le nombre de 15 une fois que l'on a tout débloqué.
Autant être franc, certains ne sont là que pour faire sourire, comme
le chien, le pingouin ou la soucoupe volante... Mais d'autres, comme le garçon
(spécialiste des figures à rallonge) ou l'expert (qui surfe très
très vite, mais ne peut pas faire de figures, idéal pour les courses
de vitesse) valent vraiment le coup. La remarque vaut aussi pour les pistes :
de 7 au départ, elles passent à 11 au total et leur qualité
varie grandement, ça va du « woah trop bien ! » au « Mais
qu'est-ce que c'est que cette piste de m... ». Certaines valent vraiment le
détour, comme Alpine ou Half-Pipe, d'autres sont clairement à jeter,
comme Extreme 01 ou Artificial Planet... Mais globalement, le jeu s'en tire très
bien de ce côté-là. D'ailleurs, certaines pistes, comme certains
surfeurs, sont faits soit pour la vitesse, soit pour les figures, et parfois un
peu des deux, ce qui tend à varier les défis.


De
plus, le jeu s'applique via son ambiance musicale à retranscrire l'ambiance
surf de la fin des années 90. Oscillant entre l'électro et la techno,
les musiques sont tout à fait dans le ton et apportent un cachet très
particulier. À vous de voir si vous êtes réceptif au genre, moi j'adhère,
à part certains thèmes pas terribles à mon goût...
Alors
non, Steep Slope Sliders n'est pas vraiment un indispensable. Il a terriblement
vieilli visuellement (déjà qu'à l'époque c'était
vraiment pas terrible...), au point que certaines personnes peuvent être
choquées, et son absence de modes de jeux le handicape très nettement.
Mais il est très agréable manette en main, hyper intuitif, et est
avant tout le signe d'une époque où je mangeais encore des Frosties
au petit déjeuner pour me donner la force du tigre (très important
quand il s'agit de défendre Sega), et où le fait de se retrouver
dans le menu de la Saturn me faisait vraiment penser que, oui, on n'est pas sur
la même planète...
Tama