NB : Toutes
les captures d'écran viennent de la version Saturn.
Tout
le monde connaît la série des Virtua Fighter,
qui fut précurseur en matière de combat en 3D "réaliste"
(si on fait abstraction de la faible pesanteur qui règne
sur les rings). Série phare de Sega, elle eut le bonheur
de connaître de nombreuses suites et de nombreuses adaptations,
certaines sur des supports un peu... exotiques (VF
sur Game
Gear ?). Tout le monde n'a pas cette chance. Prenez Fighting
Vipers. Deux épisodes seulement, une apparition
dans Fighter Megamix et puis s'en va. Mais il y
a pire. Il y a Last Bronx - Tokyo Bangaichi.
Last Bronx marque la tentative de Sega de s'essayer
à la baston sérieuse. Parce que c'est bien joli les
pirouettes et les sommersault kicks, mais dans la vraie vie ce n'est
pas comme ça que ça marche. Dans la vraie vie, quand
on veut faire mal, une barre de fer c'est quand même plus
efficace qu'une manchette.
Last
Bronx est donc une histoire de guerre des gangs dans un
Tokyo très vaguement futuriste. Les chefs des différentes
factions ont été convoqués à une espèce
de tournoi par un dénommé Red Eye, qu'ils ne connaissent
pas et dont ils ignorent les motivations. Mais peu importe, car
la leur, c'est de mettre sur la tronche de leurs rivaux, avec qui
ils ont plus ou moins d'antécédents qui sont détaillés
relativement précisément (et avec un peu d'humour)
dans le manuel du jeu, ce qui est assez rare pour être souligné.
Chaque combattant manie une arme différente : nunchaku pour
Joe, tonfas pour Yoko, bô pour Tommy, bôken pour Kurasawa,
etc. Évidemment l'arme choisie influe grandement sur le gameplay,
on ne manie pas une massue à la Kaori Makimura comme des
saïs à la Raphaël.
Il
faut donc composer principalement avec l'inertie, et c'est là
que Last Bronx marque sa différence : manquer
un jab est une chose, rater un coup de massue en est une autre,
et chaque attaque manquée rend extrêmement vulnérable,
d'autant plus que les coups font très, très mal. Le
moindre petit coup inflige quasiment 10% de dégâts,
les plus violents ôtent la moitié de la barre de vie.
De là à dire que le jeu est bourrin, il n'y a qu'un
pas.
Mais
en fait non. En plus du système PKG (Punch Kick Gard) initié
par Virtua Fighter, Last Bronx
offre un bouton de roulade, qui permet de se déplacer rapidement
et d'esquiver la plupart des coups. L'accent a également
été mis sur les feintes (chaque coup peut être
interrompu en appuyant sur le bouton de garde) et les combos aériens.
Finalement les combats sont donc plutôt tactiques, et peuvent
durer 10 secondes comme plus d'une minute. Cependant la palette
de coups relativement limitée (une grosse vingtaine par personnage)
le place derrière un VF en termes de profondeur.

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Tout
le monde à l'école ! |
Ces
vidéos sont certainement très utiles, mais en japonais... |
Sega
ayant bien compris que Last Bronx n'est pas facile
d'accès, ils ont doté la version
Saturn d'un deuxième disque avec un mode entraînement
poussé et spécifique à chaque personnages et
plusieurs vidéos commentées. Malheureusement nous,
pauvres occidentaux, n'avons pas eu droit à ce deuxième
disque, ni aux autocollants ou au poster moche offerts. En revanche
on a eu droit à une boîte moche, ça compense.
De plus, presque tous les logos présents ont été
remplacés par des logos Sega, à l'exception de celui
de la JAL.

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À
gauche, la boîte japonaise. À droite, la version
européenne. Dommage... |
Cette
version Saturn a bénéficié d'autres
ajouts : un mode Histoire différent du mode Arcade (toujours
présent par ailleurs) dans lequel Red Eye n'est plus le dernier
boss, ce rôle étant donné au principal rival
de votre perso, des séquences animées (dont une très
sympathique intro), et un boss bonus clin d'oeil à Dural.
Last
Bronx tranche également avec VF2 au
plan technique : s'il a été développé
sur Model 2, l'ambiance est radicalement différente, les
combats se déroulant dans un environnement urbain (parkings
souterrains, aéroports, etc.) et souvent de nuit, dans des
arènes fermées mais sans possibilité de ring
out. Les animations ont été réalisées
à l'aide de la motion capture, ce qui augmente le réalisme,
et si on n'échappe pas à la légère impression
de flottement que cette technique provoquait à l'époque,
le résultat est saisissant, d'autant plus que le jeu tourne
à 60 images/seconde.
Malheureusement
la version Saturn est en basse résolution (contrairement
à VF2), ce qui rend les graphismes un peu
ingrats de nos jours, mais c'est vite oublié une fois que
le jeu est en mouvement. Le résultat global est un titre
sombre, duquel se dégage une certaine mélancolie.
Les musiques, d'ailleurs, par leur orientation un peu jazzy, concourent
à cette impression, et donnent aux combats un rythme un peu
languissant qui tranche avec la violence des coups.
Assez
difficile d'accès et très particulier dans son approche
(on est presque au niveau d'une simulation), Last Bronx
est un titre extrêmement intéressant. Il a eu son petit
succès au Japon, entraînant même la création
de mangas (classique), de dramas pour la radio (!), et d'un métrage
live (!!!). Mais il faut croire que si le contexte était
assez vendeur, le parti-prisau plan de la jouabilité ainsi
que sa difficulté élevée ont nui à son
succès auprès des joueurs et a dissuadé Sega
de lui donner une suite. Mais, signe de son aura, il a quand même
eu droit à un remake sur PS2 dans la gamme Sega
Ages, ce qui n'est pas si mal.
Shenron
Annexe : Un petit topo sur les persos :
1
- Yusaku est le chef du gang de motards "Neo Soul". Bizarrement, alors
qu'il est mis en avant à la fois sur les illustrations et dans les vidéos,
il n'est pas le héros du jeu, d'autant plus que son sansetsukon, espèce
de grand nunchaku à trois branches, n'est pas forcément facile à
manier. Il se bat dans un aéroport.
2 - Joe est
le leader du gang "Shinjuku Mad". Il est le rival de Yusaku, et manie,
lui, le nunchaku, ce qui en fait un personnage rapide et idéal pour débuter.
Petit, trapu, assez bourrin et le front dégagé, il fait un peu penser
à Vegeta.Il se bat dans le niveau "Dark Rooftop"
3 - Zaimoku
est le chef des "Bennes à ordure de Katsushika", possède
une allure de pirate et utilise une masse en bois (un peu comme celle de Hammerin'
Hary). Très massif et très lent, il est le seul à disposer
de contres, ce qui le rend redoutable. Il se bat sur des docks.
4 - Kurosawa
est le chef des Roppongi Hardcore Boys. Mélange entre un furyo et un salaryman
éméché, il utilise un bokuto (une épée en bois),
mais un pied de chaise aurait aussi bien fait l'affaire, tant la violence de ses
coups est excessive : il affectionne particulièrement les coups à
terre et sur la nuque, ce qui le rend assez sympathique à jouer. Il se
bat dans un parking souterrain.
5 - Nagi,
surnommée "la lesbienne enragée (sic)" dirige le clan
Dogma, et manie les saïs. Elle est peu puissante mais forcément rapide,
et a donc tendance à grignoter la barre de vie par des attaques vives.
Elle se bat sur le Tears Bridge.
6 - Yoko est
le boss des "G-Troops", et c'est autour d'elle que tourne le scénario
de la version arcade originale. Dotée d'un uniforme paramilitaire, elle
utilise des tonfas, et recherche son frère Ken, co-fondateur du gang. Personnage
équilibré, elle possède des enchainements faciles à
mémoriser qui permettent d'alterner les coups hauts et les coups bas. Pour
la petite histoire, elle piqué ses fringues à Apharmd, de Virtual
On.
7 - Tommy
dirige le gang "Helter Skelter" de Shibuya (le quartier de la jeunesse
tokyoïte), et c'est justement là qu'il se bat, avec son bô.
Pas bien rapide, pas très fort, Tommy a son allonge pour seul avantage,
mais il n'est pas palpitant à jouer.
8 - Lisa est
le leader du gang (et groupe de musique) des Orchids, et utilise deux bâtons
en métal pour se battre. Assez similaire à Nagi dans ses caractéristiques,
son style est cependant bien plus extravagant, ce qui la rend assez prévisible.
Elle se bat dans le Moonlight Garden, et, pour la petite histoire, est convoitée
par Tommy.
9
- Red Eye est le boss du mode Arcade, porte un treillis et manie
les tonfas, on devine donc vite qu'il s'agit du frère de
Yoko (en plus, c'est plus que suggéré dans l'intro
animée). Ses coups sont quasi-identiques à ceux de
sa soeur, en un peu plus rapides. Il se bat sur le toit d'un immeuble.