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Soul Edge (Soul Blade)
Année : 1995
Système : Arcade
Développeur : Namco
Éditeur : Namco
Genre : Jeu de Combat (VS fighting)
Par Tonton Ben (24 janvier 2006)
Les superlatifs les plus exagérés ne suffisent pas à qualifier cette introduction chargée d'émotion, une démonstration artistique parfaitement maîtrisée. Les amateurs apprécieront la nudité de Sophitia, une exclu japonaise...

Namco, ce sont des ch'tits gars nippons que l'on a surtout connus pour des titres cultissimes dans le monde des jeux vidéo... Pac-Man, Rolling Thunder, Ridge Racer, Ace Combat... Ces gars ont tout fait. Et puis, ils se sont attaqués à la baston, avec la série mythique Tekken. En 1995, alors que Tekken2 vient de sortir en arcade, Namco sort quasiment par surprise un autre beat'em up à la thématique radicalement différente... Soul Edge.

« Transcending history and the world... A tale of souls and swords... Eternally retold... »

C'est sur ce mots que démarre une introduction époustouflante qui justifierait à elle seule l'investissement du jeu sur sa PSX, adaptation parfaite et même améliorée de la version arcade, sortie un an plus tard. Sur une composition chantée, trois minutes d'images de synthèse présentent l'ensemble du casting dans des situations tantôt mouvementées, tantôt apaisées. Visuellement époustouflante, l'intensité et l'excitation atteignent leur maximum grâce à la musique de cette scène, un thème qui reste pour toujours gravé dans les mémoires de celles et ceux qui y ont goûté. Cette introduction fait sans nul doute partie des meilleures jamais produites sur PSX, et soutient toujours la comparaison avec les œuvres actuelles.

Une sélection de personnages qui mise sur la qualité et non sur la quantité.
Le décor grec de Sophitia, fantastique !

À l'époque des grands découvreurs de continent, en plein essor du voyage maritime, dix guerriers sont à la recherche d'une épée mythique, la "Soul Edge", qui selon la légende, possède des pouvoirs immenses, mais qui semblerait bien être légèrement un tout pitit peu maudite sur les bords... Ces héros vont alors parcourir le monde afin de mettre la main dessus, et vont nécessairement se croiser et s'affronter. La grosse originalité de ce titre est donc de proposer des affrontements en troidé de personnages typiques de différentes cultures, et sachant tous manier une ou plusieurs armes spécifiques. Tout comme Samurai Shodown en son temps et en deuxdé, il se pose ainsi en précurseur dans ce domaine. Pour le détail des protagonistes, voir plus bas.

Soul Edge déborde d'effets graphiques, sur les coups portés comme sur ceux des décors.
Ainsi, la portée des attaques est visible grâce aux traînées de couleur.

Soul Edge se caractérise donc par un classique système d'affrontements en un contre un, deux manches gagnantes (par défaut, car chez Namco, tout est paramétrable). Les contrôles se fondent sur un panel de quatre boutons : carré pour un coup armé horizontal, triangle pour un coup armé vertical, rond pour les coups de pied, et croix... pour la garde ! Contrairement à la série Tekken, Namco a choisi pour Soul Edge le système de protection caractéristique de la série Virtua Fighter. Cependant, chaque coup paré fait baisser la barre de parade de celui qui se protège. Lorsque cette barre se vide complètement, l'arme se détruit, et le joueur doit continuer à se battre à mains nues !

À l'instar de la série Tekken, Soul Edge distingue les attaques basses et hautes.
Préparation du coup dévastateur de Siegfried !

Les déplacements se gèrent de façon classique, sur un plan fixe : arrière et avant pour les déplacements horizontaux, bas pour s'accroupir et pratiquer soit des attaques basses, soit une garde basse, et haut pour le saut (avec une petite diagonale pour la direction) ; les personnages sautent d'ailleurs démesurément haut. Un double mouvement vers le bas ou vers le haut provoque un changement de plan, les habitués de l'esquive apprécieront.

Tout comme dans Tekken, les variations d'attaque se font en associant une des huit directions du joystick avec un bouton d'attaque, voire aussi avec une double direction. En combinant les deux boutons d'attaque armée, on obtient, tout comme dans Samurai Shodown, un coup fort... mais lent. Les projections se font en associant le bouton de garde avec l'un des deux boutons de coup armé : deux choppes différentes sont à disposition (les dégagements se pratiquent de la même manière, à l'instar de Tekken), déclenchant des animations exceptionnelles qui motivent grandement à leur pratique éhontée.

Une partie de la carte du mode Edge Master, et le Colisée, le nouveau décor ajouté pour ce mode de jeu.

Que serait un jeu de baston troidé sans ses combos ? Dans Soul Edge, beaucoup de mouvements s'enchaînent, avec un timing plutôt tolérant. Les débutants peuvent donc sortir des séries de coups dévastateurs avec une facilité déconcertante, ce qui vaudra au titre une réputation de jeu de bourrin, préférant à Tekken les joies de la technique. Disons-le tout net, cette réflexion corporatiste ne tient pas debout une seule seconde, puisqu'en l'occurrence, Soul Edge répond bien mieux aux commandes que son grand frère, aussi bien sur le plan des déplacements que sur la garde, dont l'activation n'est pas aussi ambiguë (Tekken pratique la garde neutre par défaut, mais aussi la garde arrière ; or il arrive trop souvent que la garde arrière ne soit pas prise en compte dans les temps de réaction). Des super coups sont aussi disponibles, aux effets imparables, mais dont la préparation est suffisamment longue pour ne pas pouvoir prendre l'adversaire par surprise.

Un autre détail qui crée la forte identité visuelle de Soul Edge : les décors en mouvement, comme le radeau de Li Long ou le quai qui se balance de Cervantes.

Si, sur la technique de jeu, Soul Edge présente de nombreux atouts, c'est sur le plan visuel qu'il jette un pavé dans la mare ! La modélisation des personnages est époustouflante : les sprites sont énormes, détaillés... Chaque personnage possède trois tenues distinctes, qui ne se limitent pas à un simple changement de couleur. Mais c'est grâce à la magie de la troidé que Namco arrive à insuffler un réalisme convaincant à son titre. Les animations et postures, spécifiques à chaque école de combat, sont criantes de vérité, même si l'on est un peu surpris par l'aisance avec laquelle Siegfried manie sa lourde épée... comme une majorette. Il suffit d'admirer les mouvements d'attaque de Seung Mina au naginata, Hwang au cimeterre ou Mitsurugi au katana pour se rendre compte du travail effectué par les modélisateurs grâce à la Motion Capture sur de véritables professionnels du combat armé.

Quelques exemples de choppes et de projections, toujours très visuelles... Ok, je vous vois venir, bande de pervers !

Les décors ne sont pas en reste, même si l'on pourrait leur reprocher un certain vide cosmique entre l'aire de combat et les éléments de fond. Au passage, signalons la présence, à l'instar de Virtua Fighter dont Namco semble décidément avoir repris le meilleur, de "ring out", les sorties de l'enceinte de combat étant sanctionnées par la défaite. Mais là encore, l'orientation artistique couplée à des moyens techniques à la hauteur des ambitions des ch'tits gars de Namco, fait que nous assistons à des environnements de combat de toute beauté. Je songe notamment au radeau de Li Long en mouvement sur une rivière agitée, à la plate-forme flottante de Cervantes, sur fond de son galion mouillant dans un port portugais... Ou à la prairie de Rock, tapissée d'herbes folles qui, certes, poussent le moteur graphique dans ses limites, mais qui font tout de même leur effet. Quant au décor de la belle Sophitia, très Mont Olympe, il s'inscrit dans cette ligne artistique si réussie.

Le combat final de Taki contre Souledge s'annonce ardu, mais si vous l'emportez, une très belle fin animée vous attend.

Mais tout ceci ne serait pas aussi intense si Soul Edge n'était pas desservi par une bande son digne de ce nom. Pour le coup, on se régale, puisque les thèmes musicaux retranscrivent comme il faut ces moments épiques, et soutiennent parfaitement l'action, avec une intensité digne des meilleures bandes originales de flim. Les voix des protagonistes marquent l'identité de ces personnages au destin troublé et difficile, et appuient encore un peu plus le charisme très fort du casting de Soul Edge.

Comme si le jeu n'était pas assez complet, Namco a pris l'heureuse initiative d'inclure dans la version PSX le Edge Master Mode, une quête individuelle qui va narrer les frasques de chaque personnage dans sa quête de la Soul Edge. Sur la carte, des destinations doivent être validées, à travers des combats où les conditions de bataille comme de victoires sont modifiées. Ici, le personnage sera empoisonné, et verra sa barre fondre comme neige au soleil... Là, il ne pourra battre son, ou ses adversaires, qu'au moyen de techniques spécifiques... Le Edge Master Mode est un challenge vraiment relevé, allongeant la durée de vie du jeu de quelques dizaines d'heures ! De nombreux textes viennent étoffer les profils des protagonistes, chaque victoire récompense le joueur en lui offrant une nouvelle arme pour le personnage choisi, aux caractéristiques spécifiques, la dernière à récupérer étant bien sûr la Soul Edge, déclinée sous toutes les formes. En tout, pas moins de 70 armes supplémentaires sont à dénicher, et sont sélectionnables en mode versus !

Les coups portés de bas en haut font décoller l'adversaire d'une façon très prononcée.
Les costumes alternés sont si variés et si réussis ! Cervantes se la joue Don Diego de la Vega.

Histoire d'achever le tableau, des personnages cachés sont à débloquer par le Edge Master Mode, mais aussi à travers le mode Arcade, où les fins de chaque personnage sont... interactives ! Des manipulations sont à effecteur durant les cinématiques, qui sont en troidé, pour influer sur le déroulement final... du jamais vu.

Soul Edge (rebaptisé Soul Blade en occident sur PSX) est un jeu culte. Malgré son casting réduit, mais dont tous les membres se révèlent intéressants à jouer, ce jeu s'est immédiatement imposé comme une référence, dans un domaine pourtant déjà gardé par des monuments. Mais Soul Edge, au style artistique unique, à la jouabilité exemplaire, à la longévité phénoménale et à l'ambiance envoûtante, ne peut souffrir de la comparaison avec les autres jeux de baston troidé.

Et lorsque l'on sait que ses successeurs vont faire encore plus fort, en révolutionnant le genre...

En guise de conclusion, je vous laisse avec cette liste des combattants du jeu :

Hwang Sung Kyung, le coréen, est un apprenti de maître Seung dans l'art de l'épée longue. Mais la guerre contre le Japon éclate, et Hwang doit partir au front... Mais lorsqu'il entend parler de l'épée du Salut, la Soul Edge, Hwang déserte et part à sa recherche...

Rock a débarqué sur le nouveau continent alors qu'il était jeune garçon d'origine anglaise. Amnésique, il est le seul survivant d'un bateau anglais attaqué par des pirates espagnols, qui cherchaient la Soul Edge que son père avait trouvé. Désormais, Rock recherche la fameuse épée afin de retrouver la totalité de sa mémoire...

Taki est une chasseuse de démons hors pair. Avec ses talents de ninja, et à l'aide de sa lame Rekki-maru, elle pourfend les âmes corrompues à travers le Japon. Mais lorsqu'elle comprend que la Soul Edge affaiblit petit à petit les capacités de Rekki-maru, sa seule solution consiste à détruire l'arme légendaire...

Sophitia Alexandria est une jeune apprentie boulangère au sein de l'entreprise familiale, à Athènes. Un jour, alors qu'elle se baignait auprès d'une source sauvage, le dieu des forgerons, Héphaïstos, lui demande de retrouver la Soul Edge et de détruire cette incarnation du mal...

Heishiro Mitsurugi, ancien militaire de carrière, n'a désormais pour seule motivation que de trouver un adversaire à sa valeur. Jusqu'à ce qu'il découvre que les armes modernes, les fusils, peuvent changer le cours de la guerre en défaveur du Japon. Il part alors à la recherche de la Soul Edge, l'ultime lame capable de rivaliser avec la poudre...

Siegfried Schtauffen, d'origine germanique, est le fils d'un valeureux chevalier, qui lui a tout enseigné de l'art du combat à l'épée à deux mains. Alors que le géniteur est parti en croisade, Siegfried se laisse influencer par le banditisme, et détrousse les chevaliers qui ont fui les croisades... jusqu'à ce qu'il tue son propre père dans une embuscade. Siegfried devient fou, et cherche la Soul Edge afin de trucider le meurtrier de son père...

Seung Mina, fille de maître Mina, excelle dans l'art du Zanbatou. Mais dans cette société féodale, être une fille pose de sérieux problèmes lorsque l'on veut prouver sa valeur au combat. Retrouver la Soul Edge semble alors devenir la seule solution pour Seung Mina de s'affirmer, qui décide de fuguer...

Li Long a pour mission de combattre les pirates japonais qui envahissent l'Empire chinois de la dynastie Ming. Lorsqu'il apprend qu'un homme ressemblant fort à Mitsurugi aurait assassiné sa compagne, Li Long, aveuglé par la vengeance, poursuit le ronin...

Voldo est le fidèle vassal du marchand mégalomane italien Vercci, parti à la recherche de la Soul Edge. Alors que sa demeure fut pillée durant son absence, Vercci fit creuser une grotte secrète sur une île de la Méditerranée, où Voldo fut enfermé pour garder le trésor de Vercci pendant que celui-ci continuait sa quête. Des années après la mort de Vercci, devenu aveugle et fou, Voldo entend la voix de son défunt maître qui lui commande de continuer à rechercher la Soul Edge...

Surnommé ‘le pirate immortel', Cervantes de Leon s'est engagé dans la piraterie afin de défier la Couronne d'Espagne, responsables selon lui de la mort de son père. Engagé par le marchand Vercci, il aurait mis la main sur la Soul Edge à bord d'un bateau anglais arraisonné...

Souledge. Le mal absolu. Lorsque Cervantes est battu, l'épée maléfique prend le contrôle des restes de son corps, pour le combat final !

Tonton Ben
(24 janvier 2006)