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Omikron : The Nomad Soul
Année : 1999
Système : Dreamcast, PC
Développeur : Quantic Dream
Éditeur : Eidos Interactive
Genre : Aventure
Par Marc G. (16 janvier 2004)

Il y a des jours comme ça où rester au lit semble la meilleure des choses à faire. Pourtant, la journée commence bien : congé aujourd'hui et un nouveau jeu à essayer. Cela fait longtemps que je l'attends celui-la. On peut même dire que j'ai bavé d'impatience : tout débute en mai 1997 lors de la création, par David Cage, d'une petite société nommée Quantic Dreams. Quantique, physique quantique. Mais qu'est-ce que cela signifie encore ? Vite, mon dico. Nous y voilà : « section de la physique décrivant des manifestations étranges et intrigantes survenant au niveau des particules ». Mouais, ils ont de l'humour ces petits Français (NdL : Surtout quand ils parlent des Belges). Cette équipe composée d'une quarantaine de personnes voit alors, la même année, son projet pris en charge par Eidos Interactive.

Développé sur Playstation et PC, The Nomad Soul est enfin commercialisé sur ce dernier en novembre 1999 après un développement marathon de plus de 2 années. Malheureusement, suite aux capacités techniques plus limitées que son homologue PC, la version prévue sur la console de Sony, pourtant à 80% de son développement, tombe, sous la pression d'Eidos, aux oubliettes. « Damned » s'écrie alors le consoleux que je suis, « je ne pourrais donc jamais m'essayer à ce jeu si prometteur ». C'était sans compter sur l'avidité légendaire du célèbre éditeur britannique. Si la Playstation est oubliée, cela se fait au profit d'un glissement vers la Dreamcast qui s'annonce alors bien plus prometteuse, la console de Sega étant à même de supporter la conversion de programmes PC sans trop de pertes. Cette version, commencée en octobre 1999, se voit enfin commercialisée en ce doux mois d'avril 2000. Le développement peut paraître rapide mais il faut savoir que seule la partie « bas niveau » du moteur a été reprogrammée en mode « natif » pour la machine à rêve. Ceci étant dit, j'allume enfin ma petite 128-bits favorite, j'y insère fébrilement le GD-ROM, en me passant bien de lire la notice, et c'est parti...

Ben merde alors

Une fois passée l'introduction, excellemment réalisée soit dit en passant, le jeu commence : un certain Kay'l, qui vient d'un univers parallèle au nôtre et qui a réussi à ouvrir un passage entre les 2 mondes, m'annonce que je suis le seul à pouvoir sauver sa communauté. Selon lui, il suffit que je prenne possession de son enveloppe charnelle, via ma Dreamcast, pour être transféré parmi les siens.

Poursuites, tirs et explosions dans tous les sens : une introduction décoiffante.

Curieux de nature, je m'exécute. De toute manière ce n'est qu'un jeu... Grave erreur. Apparemment, je suis très attendu : a peine ai-je posé les pieds sur Omikron que me voilà déjà étalé par un démon. Heureusement, les énormes Mechagardes de la police locale choisissent ce moment pour effectuer leur tournée. Cet accueil des plus chaleureux m'amène déjà à une question : « mais pourquoi n'ai-je pas cru Kay'l ? ».

Une arrivée des plus mouvementées qui se solde par un repos... forcé.

La perfection porte un nom : Omikron

Après avoir arpenté les rues d'Anekbah, le secteur ou je vis, et m'être imprégné un tant soit peu de la culture locale, j'en viens à la conclusion que cet univers n'est peut être pas si éloigné que cela du nôtre : un ciel gris continuellement tourmenté par d'immenses vaisseaux, un trafic relativement dense, de grands appartements où s'entasse une population nombriliste, une criminalité et une corruption de tous les instants ainsi que cette impression de pourriture omniprésente... Telles sont les premières impressions distillées par ce monde.


Anekbah me fait furieusement penser à nos mégalopoles : son architecture oppressante et son ciel déprimant en réjouiraient plus d'un.

En investiguant un peu plus, quelques informations viennent compléter mes maigres connaissances : la planète étant continuellement balayée par un climat polaire, la cité d'Omikron se voit construite sous un gigantesque dôme. Pour se débarrasser de certaines décisions « superflues », le pouvoir est ici délaissé à un ordinateur central : mariages, naissances, règlement d'ordre intérieur... tout passe par les circuits de cette machine. Le pouvoir exécutif est cependant placé dans les mains d'un régent qui s'occupe, entre autres choses, de faire régner la loi et l'ordre. Pour faire travailler tout cela, 2 énormes trusts exploitent les natifs de ce monde en leur proposant tous ce dont ils ont besoin : voitures, vêtements, nourriture, médicaments... Les autochtones se voient donc secondés tout au long de leur vie par ce système, certains ne connaissant même jamais le quartier voisin au leur. Vous avez dit super ?

J'aime, j'aime la vie...

Je dois dire que mon enveloppe première et ses possessions omikroniennes me satisfont pleinement : j'ai un super job au centre de sécurité du coin, un bel appartement, une ravissante épouse et, cerise sur le gâteau, un magnifique petit lézard. Mes passe-temps vont de la ballade en Slider, un véhicule futuriste, au souper romantique au McDonald local en passant par les combat illégaux se déroulant dans les arrière-boutiques les plus sombres de Qualisar, le quartier voisin. À propos de ce dernier, ses bars, sex-shop et autres peep-show me permettent certaines distractions interdites en temps normal.

Les danseuses exotiques de Qualisar : un des moments forts de l'enquête. Un monde somme toute des plus ordinaires.
Voici une partie des personnages que j'ai rencontrés lors de mon périple omikronnien. Certains ne sont absolument pas recommandables...

En plus de cet emploi du temps des plus chargés, je connais une foule de gens plus sympathiques les uns que les autres : collègues policiers, anarchistes exaltés, démons... Pour calmer tout ce joli petit monde, je dispose, outre mon exceptionnelle condition physique, d'armes et de potions diverses qui me permettent de booster mes capacités. Je pratique aussi régulièrement le close-combat et le tir sur cible, ce qui est somme toute normal pour un individu tel que moi.

Outre la recherche intensive, je pratique aussi le tir aux pigeons et la boxe thaïlandaise.

L'âme nomade

Ce qui est quand même bien pratique dans toute cette affaire, c'est que je ne suis qu'une âme. Certains privilèges m'ont donc été octroyés. Le premier, et non des moindres, est cette espèce de « sixième sens » que je possède. En effet, il n'est pas rare que j'aperçoive des anneaux flottant dans l'air là ou d'autres ne voient rien.

Les âmes comme la mienne ont le don du « troisième œil ». Grâce à lui, j'ai accès aux anneaux multifonctions. Ils apparaissent dans des lieux souvent insolites et me sont d'une très grande utilité : sauvegarde de toutes mes actions antérieures et apport d'indices lorsqu'une situation semble sans issue, chaque choix me coûtant évidemment un ou plusieurs anneaux. Le second, avec l'aide d'un sort et d'une certaine quantité de mana, me permet de prendre possession d'un autre organisme. Ce dernier devant cependant avoir certaines affinités avec le mien. Ce pouvoir me permet non seulement de m'infiltrer dans les endroits les plus étroitement surveillés ou difficilement accessible pour le commun des mortels, mais aussi de me donner certaines pièces du puzzle me permettant de répondre aux multiples questions que je ne cesse de me poser. En contrepartie, mes attributs physiques et mes possessions financières retombent systématiquement dans des profondeurs abyssales. Le dernier avantage m'ayant été conféré est l'immortalité : la première personne rentrant en contact avec mon corps lors de ma « mort » se voit investie de mon âme. Pratique mais néanmoins dangereux, car si celle-ci est un démon...

L'avantage de n'être qu'une âme : on peut passer d'un « support » à l'autre, pour peu que le niveau de mana soit suffisamment élevé.

Réalisation...

N'ayant que la version console en ma possession, je m'abstiendrai de critiquer la version PC. Je peux cependant affirmer sans trop me tromper que cette dernière est forcément un peu plus belle et fluide sur une configuration un tant soit peu musclée. The Nomad Soul n'a cependant pas de complexes à avoir sur la machine de la firme d'Haneda. Les graphismes tout en 3D sont excellents, même s'ils ne peuvent être comparer à ceux de Shenmue. En contrepartie, les habitants ne disparaissent pas et la surface des maps est nettement plus grande. Comme dans beaucoup d'univers 3D, certains bugs apparaissent : les personnages passent au travers des murs, les raccords de textures sont parfois étranges, mais rien de bien grave. L'animation, quant à elle, ralentit de temps à autres pour cause de chargement. Le tout reste étonnamment fluide et rapide malgré la taille et la population des villes visitées. Le seul point noir de cette partie concerne le déplacement de certains protagonistes : le syndrome du « balai dans le fondement » est encore passé par là... La bande son est, pour une fois, d'une qualité exceptionnelle : c'est à se demander si le jeu n'a pas été écrit pour les musiques tant ces dernières collent à l'ambiance. Plus fou encore, David Bowie himself, non content de participer à l'écriture de certaines chansons du titre, se retrouve transposé à l'écran de manière très convaincante. Un cachet unique donc.

Terminons par la jouabilité, celle-ci se trouvant être un peu spéciale : très bonne en mode aventure, bonne en mode Doom-like et peu maniable en mode baston. On sent que certaines de ces parties ont été rajoutées et que le soft aurait gagné à sortir quelques mois plus tard. Ah commerce, quand tu nous tiens... Au final de ce chapitre, une réalisation de qualité, malgré les phases de FPS et de baston, qui ne profitent malheureusement pas des caractéristiques spécifiques de la console du hérisson, les sirènes du portage ayant été les plus fortes.

Mister Bowie en personne : une personnalité qui convient parfaitement au jeu.

...scénarisation...

Parlons maintenant du scénario : la trame principale est évidemment l'éternel combat entre le bien et le mal. Dans le monde d'Omikron, vous êtes chargé d'enquêter sur une sombre histoire de meurtres perpétrés dans des conditions épouvantables... Ce canevas, somme toute classique, est cependant rehaussé par une subtilité scénaristique ressentie dès les premières minutes de jeu. Pour une fois, vous n'incarnez pas un quelconque héros bodybuildé ou un plombier moustachu. Dans Nomad Soul, vous êtes vous. Comme le dit si bien le titre du jeu, le personnage principal n'est autre qu'une âme. Le grand avantage de ce concept est évidemment la possibilité de changer continuellement d'enveloppe. Les divers protagonistes s'adressent donc directement à vous et non à un quelconque avatar, ce qui renforce grandement l'implication du joueur (Note : C'est exactement le processus inverse de celui utilisé dans Half-life, pour obtenir le même résultat - voir article sur Half-life).

L'aventure, qui vous mène de la métropole pourrie jusqu'aux enfers les plus profonds, est composée principalement par la recherche d'indices et d'éléments, le tout entrecoupé d'énigmes plus tordues les unes que les autres mais toujours très logiques, et saupoudré de diverses scènes d'actions. L'univers quant à lui, puise son inspiration aussi bien dans la littérature que dans le cinéma au travers de standards tels que Blade Runner (pour l'ambiance) et autres Total Recall (pour le dôme). Pour le design de la cité, ses différents quartiers font immanquablement penser à certaines de nos villes contemporaines : New York, Le Caire, Venise... L'apparence des habitants se combinant étroitement avec l'aspect de la portion visitée. Pour terminer, le traitement réaliste de ce monde permet le passage de quelques réflexions sur notre mode de vie contemporain : l'abrutissement des masses, la corruption du pouvoir dirigeant, l'esclavagisme moderne et j'en passe. Le système américain doit en exaspérer plus d'un chez Quantic Dreams. Des messages clairs et forts pour un futur qui ne nous sera peut-être pas inconnu...

La variété des endroits rencontrés comblera, j'en suis sur, la plus grande partie d'entre vous.

... et conclusion

Malgré un manque de finition dans les détails de réalisation technique, des phases de Doom-like et de baston en demi-teinte et un scénario des plus éculés (l'éternel discorde entre le bien et le mal), ce jeu, pour peu que l'on aime l'aventure/action, représente un des incontournables du PC et de la Dreamcast. Avec son univers immersif et son ton résolument adulte, le monde d'Omikron vous fera vivre, pendant plus d'une quarantaine d'heures, une histoire hors du commun qui vous mènera loin des sentiers battus. Un titre mélangeant habillement cinéma et musique prouvant, si besoin est, que l'alliance de ces 2 arts peut être parfois menée avec le plus grand des bonheurs. En un mot : indispensable. Le public ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il sont plus de 400.000 (dont 100.000 sur Dreamcast) à être tombés dans le piège. Il est d'ailleurs bien dommage que sa suite, baptisée Nomad Soul: Exodus ait apparemment été abandonnée...

Un artwork de la suite du mythique jeu d'aventure/action. Nomad Soul: Exodus aurait certainement été un succès considérable.
Marc G.
(16 janvier 2004)
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