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Gabriel Knight - La série
Année : 1993
Système : PC
Développeur : Sierra On-line
Éditeur : Sierra On-line
Genre : Fiction Interactive / Point'n click / Aventure
Par Laurent (06 novembre 2001)

Le PC a mis longtemps à s'imposer en tant que machine de jeu. Très longtemps. À l'époque des 16-bits, il fait même figure de parent pauvre en la matière à cause de ses carences sonores et de ses modes graphiques peu engageants. Pourtant, grâce au disque dur qu'il est pendant longtemps le seul à utiliser systématiquement, le PC est une plate-forme de rêve pour l'aventure graphique, et il faut admettre que c'est grâce à lui que le genre est entré dans une nouvelle dimension. Avec le CD-ROM, apparu vers 1993, le clou est enfoncé. Désormais tout ou presque est permis, et le jeu d'aventure va connaître ses plus belles heures, avant de sombrer peu à peu dans un oubli regrettable qu'aujourd'hui beaucoup de sites d'abandonware combattent.

Pendant cette période bénie pour les amateurs de dépaysement, d'enquêtes policières et de scénarios bien ficelés, la série Gabriel Knight s'impose comme l'une des abouties qu'on ait vues avec des histoires passionnantes bourrées de références culturelles, basées sur des recherches très pointues, et une foule d'innovations techniques, le tout dans une cohérence ludique miraculeuse. Ces trois jeux, qui ont la particularité de représenter chacun un style graphique différent (2D, vidéo digitalisée et 3D), doivent leur éclatante réussite à une femme : Jane Jensen, romancière et scénariste (ne pas confondre avec la chanteuse du groupe Jane Jensen and the Dolls) qui a accompli un travail de titan. Grâce à cette dame, rare représentante de son sexe dans les grands noms du jeu vidéo, et aux budgets énormes de développement débloqués par Sierra, des millions de joueurs ont pu se régaler tout en enrichissant leur culture personnelle.

Gabriel Knight: Sins of the Fathers (1993)

Beaucoup considèrent ce premier volet comme le meilleur de la série grâce à ses graphismes en parfaite adéquation avec le scénario et qui vieillissent bien, ainsi que son casting de voix très réussi où figurent Mark Hamill (Luke Skywalker) et Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show). Il s'agit d'un jeu d'aventure de facture assez classique qui brille par son scénario, d'une exceptionnelle richesse et très documenté. On y fait connaissance avec Gabriel Knight, un libraire plutôt pauvre et désenchanté, assez porté sur l'alcool, et hanté par un cauchemar récurrent dans lequel il voit une femme brûlée vive sur un bûcher. Ne connaissant pas le visage de la femme en question, il décide de mener son enquête sur les origines de cette scène et va peu à peu, à mesure que le scénario avance, faire des découvertes étonnantes sur ses propres origines. On apprendra ainsi qu'il descend d'une lignée de Schattenjägers, des chasseurs de fantômes et de démons. L'enquête révèlera également que la scène qu'il voit en rêve a quelque chose à voir avec une série de meurtres perpétrés à la Nouvelle Orléans, dans le quartier français, sur fond de rites Vaudou.

En dehors de Gabriel Knight lui même, l'aventure fait intervenir son amie Grace Nakimura, un policier nommé Mosly et le Docteur John, qui assistent le héros dans ses recherches. L'histoire fait largement appel à la culture Vaudou, sujet sur lequel Jane Jensen s'est abondemment documentée pendant l'écriture du scénario.

Sins of the Fathers se joue de la même façon que tous les jeux d'aventures sortis à la même époque, à savoir que les commandes textuelles sont proscrites au profit d'un usage toujours plus exclusif et instinctif de la souris. Les actions apparaissent sous la forme d'icones et les objets se cliquent directement dans le décor ou dans l'inventaire. L'avancée du joueur est évaluée en permanence par un score qui atteint 342 en fin d'aventure. Celui-ci permet de se situer dans la globalité de la progression, et certaines actions décisives, en le faisant brusquement augmenter, lui apportent un bonus de motivation. La navigation d'un endroit à l'autre se fait au moyen d'une carte de la ville, comme souvent dans ce type de jeu, et le héros dispose d'un magnétophone qui permet de réécouter les dialogues parsemés d'indices.

Les graphismes et animations pré-calculées sont magnifiques, installant une ambiance visuelle très prenante soutenue par des dialogues parlés qui, en 1993, sont encore rares dans ce type de jeu. La musique est au format MIDI, ce qui a son charme mais peut décevoir si on la compare à la bande sonore des deux épisodes suivants. Dans le boîtier, on trouve une superbe bande dessinée qui présente les personnages et l'histoire.

Ce premier Gabriel Knight est un jeu difficile, peut-être un peu trop pour le public visé. Ce type de jeu, très onéreux à produire, doit satisfaire le plus grand nombre de joueurs possible, et par moments les développeurs semblent l'avoir oublié. C'est sur ce point que le jeu a reçu quelques (rares) critiques. Même pour un joueur chevronné, une quarantaine d'heures sont nécessaires pour en venir à bout, ce qui représente un nombre de lieux, d'objets, de personnages et d'énigmes considérable pour un titre bénéficiant d'une telle qualité graphique. Ce perfectionnisme, cette façon de ne pas sacrifier le contenu en soignant l'enveloppe visuelle du jeu, va devenir la marque de fabrique de la série, obligeant la concurrence (notamment LucasArts) à revoir ses critères de qualité à la hausse, pour le plus grand plaisir des joueurs.

Gabriel Knight fait donc partie des titres indispensables pour tout amateur de jeux d'aventure, même si chacun des trois épisodes est indépendant et peut se jouer sans connaître les deux autres.

Gabriel Knight 2: The Beast Whithin (1995)

La dithyrambe était déjà de mise pour le premier épisode, mais là ça dépasse tout. Gabriel Knight 2 est plus qu'un grand jeu, c'est un monument. Il existe peu, très peu de jeux d'aventures dotés d'un scénario aussi riche, d'un tel interêt, d'une telle qualité artistique. Les mots manquent pour qualifier ce chef d'oeuvre. Et pourtant, Sierra a pris un énorme risque et aurait pu se planter en beauté...

The Beast Whithin est entièrement réalisé à bases de séquences vidéo, représentation très en vogue sur PC à l'époque de sa sortie, et permise par les capacités de stockage du CD-ROM (ici au nombre de 6 !). Les personnages sont incarnés par des acteurs et l'ensemble a des allures de film interactif. On ne dira jamais assez combien la plupart des jeux ainsi réalisés ont été injustement critiqués. D'ailleurs, peu avant The Beast Whithin, la première tentative de Sierra en la matière, Phantasmagoria, avait obtenu l'appréciation à la mode : « très joli mais peu d'intérêt, pas assez d'interactivité, l'utilisation de séquences vidéo n'apporte rien ».

Le pire était donc à craindre pour ce jeu, mais dès le début de l'aventure on s'aperçoit qu'il n'en est rien. L'interface est comparable à celle du premier épisode. L'utilisation de séquences FMV (Full Motion Video) n'a pas conduit les concepteurs du jeu à essayer de faire disparaître les habituels icones, objets et inventaire indispensables à l'interactivité, et c'est tant mieux. Les innovations techniques hasardeuses en matière d'interface sont évitées, et on se sent en terrain familier, ce qui permet de se plonger très vite dans l'histoire.

Gabriel Knight, en tant que nouveau Schattenjäger, se retrouve propriétaire du château de Ritter, en Allemagne. À lui la belle vie de chatelain après les années de galère, et il se plait beaucoup dans ce pays. Hélas, il ne va pas rester longtemps tranquille, sa fonction étant plutôt importante en Bavière où le surnaturel fait partie du quotidien (quoi, vous ne le saviez pas ?). On lui raconte qu'un loup-garou rode dans la région. Son enquête le conduit à Munich, et dans un jardin zoologique où il retrouve l'agenda d'un certain Von Glower. Celui-ci s'avère diriger un club privé, très fermé, d'hommes fortunés qui organisent des soirées libertines et des parties de chasse. Von Glower se montre particulièrement accueillant envers Gabriel, et rapidement celui-ci soupçonne la petite assemblée de n'être en réalité qu'une bande de loup-garous qui cherche à compter dans ses membres le Schattenjäger en personne.

L'histoire, qui donne le tournis tant elle est complexe, part ensuite dans d'autres directions. On découvre que le roi Louis II de Bavière, que l'on disait fou (ou autiste), était vraisemblablement un loup-garou et qu'il entretenait une relation intime avec le compositeur Richard Wagner, qui aurait écrit pour lui un opéra dont on a perdu la trace... et que Gabriel finira par retrouver. Pendant la scène finale du jeu, cet opéra est donné pour la première fois, ce qui donne l'occasion d'entendre une pièce d'inspiration Wagnerienne composée spécialement pour le jeu par le musicien Robert Holmes (livrets de Jane Jensen, bien sûr).

Il ya dans ce scénario de quoi alimenter au moins deux ou trois point'n'clicks tant les lieux sont nombreux, les situations variées, et la quantité d'informations énorme. Encore une fois, Jane Jensen se distingue par sa culture et l'aspect très documenté mais aussi imaginatif du scénario. Grace Nakimura est toujours présente. Le joueur est d'ailleurs amené à la diriger pendant une partie de l'aventure. Beaucoup de lieux, comme le musée Wagner ou les rues touristiques de Munich sont conformes à la réalité. C'est dans cet équilibre entre fiction et vérité que réside la plus belle réussite du jeu.

Pour ce qui est de la transcription live de l'univers de Gabriel Knight, les avis sont plus partagés. De nombreuses voix ont critiqué la performance de l'acteur Dean Erickson, qui incarne le héros. Il faut comprendre qu'un jeu de ce type ne bénéficie pas d'un budget comparable à celui d'un vrai film et que les acteurs qui y figurent sont en général des seconds couteaux (ce qui ne veut pas dire mauvais) qu'on fait tourner au pas de charge sur un fond vert, les décors étant ajoutés après. Ce n'est pas une excuse pour Dean Erickson qui affiche tout au long du jeu une attitude à la Fonzy, petit sourire en coin et regard absent, qui ne convient ni avec l'aspect dramatique de l'histoire, ni avec le personnage de Gabriel Knight tel qu'il avait été développé dans le premier épisode. C'est dommage car les autres acteurs sont excellents, notamment Joanne Takahashi qui incarne Grace Nakimura avec un tel charme que la partie du jeu où elle tient le devant de la scène est un régal en dépit des énigmes qui sont à ce moment là particulièrement énervantes (son personnage, et les relations qu'elle entretient avec Gabriel rappellent Dana Scully de la série X-Files, qui était à son zénith en 1995 lorsque le jeu est sorti). Peter Lucas, qui incarne l'ambigü Von Glower, fait également preuve d'une belle prestance. Quant aux loup-garous en image de synthèse, ils sont assez réussis.

Le jeu est prenant et assez difficile, surtout dans la dernière partie, mais tout joueur peut en venir à bout. Il est probable que l'ampleur de la production ait poussé les développeurs à éviter les énigmes pour experts afin de garantir l'adhésion d'un large public. Ce phénomène s'est généralisé à toutes les séries de jeux d'aventure qui sont passées par la case vidéo, comme Zork, dont l'épisode Nemesis, sorti à la même époque, était le premier à ne pas être monstrueusement difficile.

Gabriel Knight 2: The Beast Whithin est un très grand jeu d'aventure que l'on peut apprécier même sans être un fan de la série. Les inserts filmés sont en mode entrelacé (une ligne affichée sur deux) pour faire face aux limitations des ordinateurs de l'époque, mais on s'y fait. Si vous le trouvez en occasion, assurez vous bien qu'aucun des 6 CD n'est détérioré (surtout les derniers, que l'on n'utilise pas avant plusieurs dizaines d'heures de jeu), ce qui est souvent la cause d'une revente à bas prix.

Gabriel Knight 3: Blood of the Sacred, blood of the damned (1999)
Gabriel Knight 3 : Énigme en pays Cathare

Cela n'est pas voulu depuis les débuts de la série, mais chaque épisode de Gabriel Knight se démarque des deux autres sur deux points : sa technologie graphique, et le mythe dont il s'inspire. Ainsi, ce dernier épisode abandonne les séquences vidéo, trop onéreuses et plus du tout à la mode en 1999, pour la 3D texturée, devenue incontournable. De même, après la culture Vaudou et les loup-garous, ce sont maintenant des vampires que Gabriel Knight va, entre autres choses, affronter.

L'histoire s'inspire d'un roman de Jane Jensen intitulé Holy blood, holy Grail. L'action se passe en France. Gabriel Knight et Grace Nakimura ont été invités à Paris par le prince James Stewart et la princesse Patricia, derniers représentants de la dynastie Stewart, jadis déchue du trône Ecossais et exilée en France. La princesse craint que son enfant soit atteint par une malédiction qui frappe la dynastie depuis des générations et provoque chez tous ses enfants de graves problèmes de santé. Elle prétend que ce sortilège est le fruit de mystérieux « visiteurs de la nuit », qu'il appartient à un Schattenjäger de combattre. D'inexplicables traces de morsure trouvées sur le bébé semblent lui donner raison, et Gabriel accepte la mission. Plus tard, l'enfant est kidnappé. Lancé à la poursuite des ravisseurs, Gabriel est assommé, dans une gare, et se réveille dans un train arrivé au village de Rennes-le-Château. Là, il retrouve le policier Mosly, apparu dans le premier épisode, qui prétend faire partie d'un groupe de chasseurs de trésors partis à la recherche du trésors des Templiers, dont l'existence est mentionnée dans un parchemin découvert en 1891.

Rennes-le-Château est célèbre pour le mystère de l'abbé Saunière : l'abbé fut le bienfaiteur du village, en construisant la tour Magadala et en rénovant son église. Le style des travaux décoratifs qu'il fit dans l'église est toutefois étrange : hommage appuyé à Marie Madeleine, deux Jésus (un dans les bras de Marie, l'autre dans ceux de Joseph), un bénitier en forme de diable... On raconte que l'abbé aurait financé les travaux avec de l'argent obtenu mystérieusement et qu'il serait mort sans qu'on en ait connu la source, mais une légende prétend qu'il aurait fait des fouilles en différents endroits, dont l'emplacement forme sur la carte du village un pentagramme. C'est sur ces bases véridiques que commence l'enquête, et comme d'habitude Jane Jensen mêle réalité et fantastique avec le talent qu'on lui connait. Plus on avance, plus l'histoire s'étoffe et fait intervenir tout ce que la culture Française compte de mystères, de légendes, de surnaturel : templiers, francs-maçons, vampires, et d'autres choses encore. Gabriel Knight et Grace Nakimura sont toujours présents et le joueur est amené à les diriger successivement.

Le jeu se joue à la souris et au clavier et la vue alterne première et troisième personne. En cliquant sur un objet, un menu apparait avec les différentes actions. La caméra se dirige au clavier. Même si le photo-réalisme du précédent épisode fait défaut, on se plonge totalement dans l'ambiance grâce à une multitude de détails. Le village de Rennes le Château prend vie sous les yeux du joueur, au point de donner envie de s'y rendre, comme c'était déjà le cas pour Munich dans le précédent épisode. Pour arriver à cette restitution convaincante, Jane Jensen a ramené de son voyage d'étude en France des centaines de photos qui ont servi aux développeurs à créer les modèles 3D du jeu.

Le moteur graphique, développé spécialement pour l'occasion, s'appelle G-Engine et peut afficher des résolutions allant jusqu'à 1024x768. Le son utilise des musiques lues sur le CD et des voix digitalisées, pour lesquelles des comédiens ont été sollicités, notamment l'incontournable Tim Curry qui fait son retour dans le rôle de Gabriel, pour la plus grande joie des puristes. Grace est interprétée par Charity James, et les vétérans du fantastique David Warner (Tron, Time after Time) et Samantha Eggar (Chromosome 3) sont également présents au casting qui comporte plus de 30 personnages.

Le jeu se déroule sur trois jours, séparés en 17 unités de temps qui ponctuent la progression du joueur. Comme toujours dans la série, la progression est conditionnée par des actions clés, ce qui peut entrainer des moments de blocage si on a pas pensé à les exécuter. Cela peut-être l'examen d'un objet, l'interrogation d'un personnage, ou la résolution d'un puzzle. Comme d'habitude, le déplacement sur de longues distances se fait en cliquant sur un grande carte, ou de nouveaux lieux peuvent être sélectionnés lorsqu'un pas a été franchi dans la progression.

Le grand avantage de ce troisième épisode sur les deux premiers, c'est la liberté de mouvement que le moteur 3D implique. C'est une amélioration que la série nécessitait (même si cela nous prive de la présence de Joanne Takahashi), car en dépit de la qualité unanimement saluée des scénarios, certaines critiques s'étaient élevées contre la linéarité de la progression. La chose est cette fois moins marquée, même si on est loin de Shenmue et sa ville virtuelle, et les graphismes sont satisfaisants. Les visages changent d'expression lors des conversations et la lumière varie en fonction des déplacements.

À partir d'un certain stade dans l'aventure, Grace nakimura dispose d'un ordinateur nommé SYDNEY qui propose plusieurs fonctions comme l'analyse de photographies en quête de formes géométriques dissimulées, la traduction de textes anciens, et peut aussi donner des indications au joueur en difficulté, ce qui évite d'être complètement bloqué.

Comme les deux précédents épisodes, le jeu a une durée d'environ 40 heures et se termine pas une série de phases d'actions qui constituent le point d'orgue de l'aventure, ainsi qu'une difficulté plutôt ardue à surmonter. Une fois terminé, il ne présente guère d'intérêt à être refait, mais encore une fois la profondeur et l'aspect documentaire du scénario suffisent à combler les joueurs les plus exigeants. La difficulté est élevée, mais pas inabordable pour l'aventurier occasionnel.

Jane Jensen

Considérée par ses fans comme la « conteuse ultime », l'Américaine Jane Jensen est, mieux que personne, capable de donner vie à ses histoires en puisant son inspiration dans le réel. Une fois établis, le cadre de l'action de ses scénarios et romans, ainsi que ses personnages, semblent disposer d'une vie propre et on pourrait croire qu'elle se contente de les suivre. À l'évidente influence d'Anne Rice et Stephen King, elle adjoint des recherches systématiques, méticuleuses, menées directement sur le terrain, et la volonté de se démarquer le moins possible des histoires et légendes qu'elle étudie.

Avant d'être écrivaine, Jane Jensen obtient un diplome en informatique à l'université Anderson, Indiana. Ses études terminée, elle entre chez Hewlett Packard où elle sera employée pendant 6 ans avant, en 1991, de commencer à travailler pour Sierra. Ses premiers travaux dans l'univers du jeu vidéo seront la documentation du jeu Police Quest 3, puis elle participe au design d'EcoQuest: Search for the Cetus. Gabriel Knight: Sins of the Fathers est le premier projet sur lequel elle s'implique totalement. L'histoire lui est inspirée par un livre sur la culture Vaudou, et elle développe autour du thème une trame originale. Elle écrit ensuite un roman intitulé Millenium Rising, mais une suite à Gabriel Knight est envisagée. Le succès de la formule la pousse à fournir un travail énorme pour l'épisode suivant : cinq mois de recherches, neuf mois d'écriture avec à la clé un voyage en Allemagne. L'idée de faire le jeu en vidéo avec des acteurs est avancée par les gens de Sierra, mais Jane est emballée, et aujourd'hui encore elle se montre enthousiaste envers cette représentation qui cadre avec se volonté de réalisme. Même les critiques envers l'acteur qui incarne Gabriel dans le jeu la laissent froide, au contraire, elle prend volontiers sa défense et trouve le jeu magnifique. Néanmoins, et même si le jeu est un énorme succès, l'évolution des jeux en 3D et la liberté de mouvement qu'ils permettent obligent Sierra à adopter cette technique pour le troisième épisode. Cette fois, c'est en France que Jane se rend, où elle découvre le mystère de Rennes-le-Château, qui lui inspire à la fois un roman, Holy Blood, Holy Grail, et le scénario du troisième épisode de Gabriel Knight.

Plus que designer de jeux, elle se considère comme une romancière, et la qualité de son travail se ressent avant tout sur la richesse des scénarios. Il est vrai que la série Gabriel Knight n'a pas apporté d'innovation ludique déterminante.

Pour résumer, cette série de jeux d'aventure honore l'univers du jeu vidéo grâce à son indéniable valeur littéraire. Dépourvue de violence gratuite, elle enrichit le joueur et lui fait découvrir d'innombrables choses, tout en lui procurant un vrai plaisir ludique. Une grande œuvre, tout simplement.

L'avis de JCV (08/05/2003)

Ce qui est intéressant de constater avec cette trilogie, ou du moins ce qui m'a toujours le plus frappé, c'est que techniquement parlant elle représente à merveille les 3 tendances empruntées par le jeu d'aventure durant les années 90 :

- Sins of the Father incarne le point & click sous sa forme la plus connue et reconnue : 2D, personnages dessinés, etc. Sans doute la représentation graphique la plus appréciée des amateurs de vieux jeux d'aventure.
- The Beast Within, qui reste de loin mon épisode préféré, met en scène des acteurs filmés incrustés dans des décors photoréalistes et alterne avec des séquences vidéo. Ah, la branche la plus critiquée du point & click, péjorativement réduit au sobriquet de « Film Interactif » (arf, j'en entends déjà certains qui murmurent « acteurs mauvais, interactivité nulle, etc. »). Pourtant GK2 est l'un des jeux les plus réussis dans ce domaine, notamment (ainsi que le précisait l'article sur la série) grâce à un scénario d'une extrême richesse. Pour tout dire, le seul passage un peu faible du jeu, c'est quand votre personnage doit visiter les musées : il faut absolument cliquer partout pour espérer continuer l'aventure, et ce passage, même s'il permet de profiter de musiques classiques réussies pendant ce qui s'apparente à une sorte de visite virtuelle de musée (et de mémoire assez intéressante), est extrêmement long et prends vite une allure de cours d'histoire... Pour le reste, c'est le bonheur.
- Enfin, avec Blood of the Sacred, Blood of the Damned, Sierra abandonne la vidéo, trop peu rentable, au profit de la 3D. Réconciliation avec les anti-vidéos, liberté de mouvement accrue, et toujours un scénario très fourni.

Bref, on a avec GK un aperçu de ce qui s'est fait de mieux dans chacun des trois genres, et qui plus est en traitant 3 thèmes différents. Cela a permis de rendre chaque épisode unique, et d'éviter de tomber dans le piège des « suites a enchères ». Est-ce d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le quatrième épisode, tellement espéré par les fans, n'est toujours pas à l'ordre du jour malgré des rumeurs persistantes et de nombreuses spéculations ? (comme par exemple lorsque Jane Jensen a demandé aux fans de la série de lui envoyer un mail pour lui expliquer pourquoi ils souhaitaient un 4ème volet - j'ai une copie du message dans un coin de mon DD si vous voulez). Et puis, si la raison généralement avancée concernant l'extinction du genre est que le jeu d'aventure point & click n'est tout simplement plus vendeur, un titre comme Runaway a récemment démontré le contraire. Du coup, cette volonté de Sierra de vouloir retrouver ses anciennes années de gloire (et cette firme en aurait bien besoin) se fera peut-être via le (re)développement de jeux d'aventures... J'ose espérer qu'un GK4 y aurait sa place.

Pour finir, j'en reviens à l'article afin d'y ajouter une petite précision :

En 1998 est sorti un coffret en édition limitée, Gabriel Knight Mysteries. Il s'agit d'une compilation des deux premiers épisodes. Alors certes, d'autres coffrets regroupant les 2 jeux ont vu le jour - notamment dans des éditions budget - mais celui-ci propose en plus divers bonus : Gabriel Knight Soundtrack qui contient quelques musiques issues de l'univers des secondes aventures de Gabriel et Grace, les manuels, sur CD, des 2 premiers GK et la nouvelle graphique de Sins of the Father (déjà fournie avec la première version du jeu). Pour finir, on trouvera la nouvelle Sins of the Father de Jane Jensen (400 pages !), et une autre nouvelle graphique de 16 pages servant de prologue à Blood of the Sacred, blood of the Damned, qui à ce moment là n'était pas encore sorti.

Laurent
(06 novembre 2001)
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