Le PC a mis longtemps à s’imposer en tant que machine de jeu.
Très longtemps. A l’époque des 16-bits, il fait même figure de parent pauvre en la matière à
cause de ses carences sonores et de ses modes graphiques peu engageants. Pourtant, grâce au disque dur qu’il est pendant
longtemps le seul à utiliser systématiquement, le PC est une plate-forme de rêve pour l’aventure graphique,
et il faut admettre que c’est grâce à lui que le genre est entré dans une nouvelle dimension. Avec le
CD-ROM, apparu vers 1993, le clou est enfoncé. Désormais tout ou presque est permis, et le jeu d’aventure va
connaître ses plus belles heures, avant de sombrer peu à peu dans un oubli regrettable qu’aujourd’hui beaucoup
de sites d’abandonware combattent.
Pendant cette période bénie pour les amateurs de dépaysement,
d’enquêtes policières et de scénarios bien ficelés, la série Gabriel Knight s’impose comme
l’une des abouties qu’on ait vues avec des histoires passionnantes bourrées de références culturelles,
basées sur des recherches très pointues, et une foule d’innovations techniques, le tout dans une cohérence
ludique miraculeuse. Ces trois jeux, qui ont la particularité de représenter chacun un style graphique différent
(2D, vidéo digitalisée et 3D), doivent leur éclatante réussite à une femme : Jane Jensen,
romancière et scénariste (ne pas confondre avec la chanteuse du groupe Jane Jensen and the Dolls) qui a accompli
un travail de titan. Grâce à cette dame, rare représentante de son sexe dans les grands noms du jeu vidéo,
et aux budgets énormes de développement débloqués par Sierra, des millions de joueurs ont pu se
régaler tout en enrichissant leur culture personnelle.
Gabriel Knight : Sins of the Fathers (1993)
Beaucoup considèrent ce premier volet comme le meilleur de
la série grâce à ses graphismes en parfaite adéquation avec le scénario et son casting de
voix très réussi (en VO), où figurent Mark Hamill (Luke Skywalker) et Tim Curry (The Rocky Horror
Picture Show). Il s’agit d’un jeu d’aventure de facture assez classique qui brille par son scénario, d’une exceptionnelle
richesse et très documenté. On y fait connaissance avec Gabriel Knight, un libraire plutôt pauvre et désenchanté,
assez porté sur l’alcool, et hanté par un cauchemar récurrent dans lequel il voit une femme brûlée
vive sur un bûcher. Ne connaissant pas le visage de la femme en question, il décide de mener son enquête
sur les origines de cette scène et va peu à peu, à mesure que le scénario avance, faire des découvertes
étonnantes sur ses propres origines. Il sera notamment amené à découvrir qu’il descend d’une
lignée de Schattenjägers, des chasseurs de fantômes et de démons. Son enquête révèlera
également que la scène qu’il voit en rêve a quelque chose à voir avec une série de meurtres
perpétrés à la Nuvelle Orléans, dans le quartier Français, sur fond de rites Vaudou.
En dehors de Gabriel Knight lui même, l’aventure fait intervenir
son amie Grace Nakimura, un policier nommé Mosly et le Docteur John, qui assistent le héros dans son enquête.
L’histoire fait largement appel à la culture Vaudou, sujet sur lequel Jane Jensen s’est longuement documentée
pendant l’écriture du scénario.
Sins of the Fathers se joue de la même façon que tous les jeux d’aventures sortis à la même époque,
à savoir que les commandes textuelles sont proscrites au profit d’un usage toujours plus exclusif et instinctif de
la souris. Les actions apparaissent sous la forme d’icones et les objets se cliquent directement dans le décor ou dans
l’inventaire. La progression du joueur est évaluée en permanence par un score qui atteint 342 en fin d’aventure.
Celui-ci permet de se situer dans la globalité de la progression, et certaines actions décisives, en le faisant
brusquement augmenter, motivent le joueur. La navigation d’un endroit à l’autre se fait au moyen d’une carte de la
ville, comme souvent dans ce type de jeu, et le héros dispose d’un magnétophone qui permet de réécouter
les dialogues, ceux-ci étant bourrés d’indices permettant de résoudre les énigmes.
Les graphismes et animations pré-calculées sont magnifiques,
installant une ambiance visuelle très prenante soutenue par les dialogues parlés, qui, en 1993, sont encore
rares dans ce type de jeu. La musique (au format MIDI) est le point faible du jeu, surtout comparé aux deux épisodes
suivants. Dans le boîtier, on trouve une superbe bande dessinée qui présente les personnages et l’histoire.
Gabriel Knight 1 est un jeu difficile, peut-être un peu trop pour le public visé.
Ce type de jeu, très onéreux à produire, doit satisfaire le plus grand nombre de joueurs, et par moments
les développeurs ont un peu exagéré la difficulté des énigmes et puzzles. C’est sur ce
point que le jeu a reçu quelques (rares) critiques. Même pour un joueur chevronné, une quarantaine d’heures
sont nécessaires pour en venir à bout, ce qui représente un nombre de lieux, d’objets, de personnages
et d’énigmes considérable pour un jeu bénéficiant d’une telle qualité graphique. Ce perfectionnisme,
cette façon de ne pas sacrifier le contenu en soignant l’enveloppe visuelle du jeu, va devenir la marque de fabrique
de la série, obligeant la concurrence (notamment LucasArts) à revoir ses critères de qualité à
la hausse, pour le plus grand plaisir des joueurs.
Gabriel Knight 1 fait donc partie des titres indispensables pour
tout amateur de jeux d’aventure, même si chacun des trois épisodes est indépendant et peut se jouer sans
connaître les deux autres.
Gabriel Knight 2 : The Beast Whithin (1995)
A gauche : Von Glower (Peter Lucas) et Gabriel Knight (Dean Erickson)
La dithyrambe était déjà de mise pour le premier
épisode, mais là ça dépasse tout. Gabriel Knight 2 est plus qu’un monument, c’est une montagne.
Il existe peu, très peu de jeux d’aventures dotés d’un scénario aussi riche, d’un tel interêt,
d’une telle qualité artistique. Les mots manquent pour qualifier ce chef d’oeuvre. Et pourtant, Sierra a pris un énorme
risque, et aurait pu se planter en beauté...
The Beast Whithin est entièrement réalisé à bases de séquences
vidéo, représentation très en vogue sur PC à l’époque de sa sortie, et permise par les
capacités de stockage du CD-ROM (ici au nombre de 6 !). Les personnages sont incarnés par des acteurs et l’ensemble
a des allures de film interactif. On ne dira jamais assez combien la plupart des jeux ainsi réalisés ont été
injustement critiqués. D’ailleurs, peu avant The Beast Whithin, la première tentative de Sierra en la matière,
Phantasmagoria, avait obtenu l’appréciation à la mode : "très joli mais peu d’intérêt,
pas assez d’interactivité, l’utilisation de séquences vidéo n’apporte rien".

Le pire était donc à craindre pour ce jeu, mais dès le début de l’aventure
on s’aperçoit qu’il n’en est rien. L’interface est comparable à celle du premier épisode. L’utilisation
de séquences FMC (Full Motion Capture : les personnages sont filmés puis détourés et incrustés
dans des décors photographiés) n’a pas conduit les concepteurs du jeu à essayer de faire disparaître
les habituels icones, objets et inventaire indispensables à l’interactivité, et c’est tant mieux. Les innovations
techniques hasardeuses en matière d’interface sont évitées, et on se sent en terrain familier, ce qui
permet de se plonger très vite dans l’histoire.
Munich comme si vous y étiez.
Gabriel Knight, en tant que nouveau Schattenjäger, se retrouve
propriétaire du château de Ritter, en Allemagne. A lui la belle vie de chatelain après les années
de galère, et il se plait beaucoup dans ce pays. Hélas, il ne va pas rester longtemps tranquille, sa fonction
étant plutôt importante en Bavière où le surnaturel fait partie du quotidien. On lui raconte qu’un
loup-garou rode dans la région. Son enquête le conduit à Munich, et dans un jardin zoologique où
il retrouve l’agenda d’un certain Von Glower. Celui-ci s’avère diriger un club privé, très fermé,
d’hommes fortunés qui organisent des parties de chasse. Von Glower se montre particulièrement accueillant envers
Gabriel, et rapidement celui-ci soupçonne la petite assemblée de n’être en réalité qu’une
bande de loup-garous qui cherche à compter dans ses membres le Schattenjäger en personne.
L’histoire, qui donne le tournis tant elle est complexe, part ensuite dans d’autres directions.
On découvre que le Roi Louis 2 de Bavière, que l’on disait fou, était certainement un loup-garou et qu’il
entretenait une relation étrange avec le compositeur Richard Wagner, qui aurait écrit pour lui un opéra
dont on a perdu la trace... et que Gabriel finira par retrouver. Pendant la scène finale du jeu, cet opéra est
donné pour la première fois, ce qui donne l’occasion d’entendre une pièce d’inspiration Wagnerienne composée
spécialement pour le jeu par le musicien Robert Holmes (livrets de Jane Jensen, bien sûr).
Grace Nakimura
Il ya dans ce scénario de quoi alimenter au moins deux ou
trois jeux tant les lieux sont nombreux, les situations variées, et la quantité d’informations énorme.
Encore une fois, Jane Jensen se distingue par sa culture et l’aspect très documenté mais aussi imaginatif du
scénario. Grace Nakimura est toujours présente. Le joueur est d’ailleurs amené à la diriger pendant
une partie de l’aventure. Beaucoup de lieux, comme le musée Wagner ou les rues touristiques de Munich sont conformes
à la réalité. C’est dans cet équilibre entre fiction et vérité que réside
la plus belle réussite du jeu.
Pour ce qui est de la transcription en "réel" de l’univers de Gabriel Knight, les avis sont plus partagés.
De nombreuses voix ont critiqué la performance de l’acteur Dean Erickson, qui incarne le héros. Il faut comprendre
qu’un jeu de ce type ne bénéficie pas d’un budget comparable à celui d’un vrai film et que les acteurs
qui y figurent sont en général des seconds couteaux (ce qui ne veut pas dire mauvais). De plus, les séquences
sont souvent tournées sur un fond bleu, et les décors ajoutés après, ce qui n’aide pas les acteurs
à paraître crédible. Tout cela n’est pas une excuse pour Dean Erickson qui affiche tout au long du jeu
une attitude à la Fonzy, petit sourire en coin et regard absent, qui ne cadre ni avec l’aspect dramatique de l’histoire,
ni avec le personnage de Gabriel Knight tel qu’il avait été développé dans le premier épisode.
C’est dommage car les autres acteurs sont excellents, notamment Joanne Takahashi, qui incarne
Grace Nakimura avec un tel charme que la partie du jeu où elle tient le devant de la scène est un régal
en dépit des énigmes qui sont à ce moment là particulièrement énervantes (son personnage,
et les relations qu’elle entretient avec Gabriel évoquent Dana Scully de la série X-Files, à son zénith
en 1995, époque de la sortie du jeu). Peter Lucas, qui incarne l'ambigü Von Glower, fait également preuve
d’une belle prestance. Quant aux loup-garous en image de synthèse, ils sont plutôt réussis. En version
Française, les voix sont de bonnes qualités.
Scène finale : Qui est le loup-garou à droite ?
Le jeu est prenant et assez difficile, surtout dans la dernière
partie, mais la difficulté est abordable à tout joueur. Il est probable que l’ampleur de la production ait poussé
les développeurs à éviter les énigmes pour experts afin de garantir l’adhésion d’un large
public. Ce phénomène s’est généralisé à toutes les séries de jeux d’aventure
qui sont passées par la case "vidéo", comme Zork, dont l’épisode Zork Nemesis, sorti à
la même époque, est un des rares à ne pas être monstrueusement difficile.
Gabriel Knight 2 : The Beast Whithin est un très grand jeu
d’aventure que l’on peut recommander à n’importe quel joueur, même s’il n’est pas un fan de la série.
Les séquences vidéo sont en mode entrelacé (une ligne sur deux est affichée) pour faire face aux
limitations des ordinateurs de l’époque, mais cela ne nuit pas trop à leur qualité. Si vous le trouvez
en occasion, assurez vous bien qu’aucun des 6 CD n’est détérioré (surtout les derniers, que l’on n’utilise
pas avant plusieurs dizaines d’heures de jeu), ce qui est souvent la cause d’une revente à bas prix.
Gabriel Knight 3 : Blood of the Sacred, blood of the damned (1999)
En France : Gabriel Knight 3 : Enigme en pays Cathare
Cela n’est pas voulu depuis les débuts de la série,
mais chaque épisode de Gabriel Knight se démarque des deux autres sur deux points : sa technologie graphique,
et le sujet documentaire dont il s’inspire. Ainsi, ce dernier épisode abandonne les séquences vidéo,
trop onéreuses et plus du tout à la mode en 1999, pour la 3d texturée, devenue incontournable. De même,
après la culture Vaudou et les loup-garous, ce sont maintenant des vampires que Gabriel Knight va, entre autres choses,
affronter.
L’histoire s’inspire d’un roman de Jane Jensen intitulé Holy
blood, holy Grail. L’action se passe en France. Gabriel Knight et Grace Nakimura ont été invités
à Paris par le prince James Stewart et la princesse Patricia, derniers représentants de la dynastie Stewart,
jadis déchue du trône Ecossais et exilée en France. La princesse craint que son enfant soit atteint par
une malédiction qui frappe la dynastie depuis des générations et provoque chez tous ses enfants de graves
problèmes de santé. Elle prétend que ce sortilège est le fruit de mystérieux "visiteurs
de la nuit", qu’il appartient à un Schattenjäger de combattre. D’inexplicables traces de morsure trouvées
sur le bébé semblent lui donner raison, et Gabriel accepte la mission. Plus tard, l’enfant est kidnappé.
Lancé à la poursuite des ravisseurs, Gabriel est assommé, dans une gare, et se réveille dans un
train arrivé au village de Rennes-le-Château. Là, il retrouve le policier Mosly, apparu dans le premier
épisode, qui prétend faire partie d’un groupe de chasseurs de trésors partis à la recherche du
trésors des Templiers, dont l’existence est mentionnée dans un parchemin découvert en 1891.
Rennes le Château est célèbre pour le mystère
de l’abbé Saunière : l’abbé fut le bienfaiteur du village, en construisant la tour Magadala et en rénnovant
son église. Le style des travaux décoratifs qu’il fit dans l’église est toutefois étrange : hommage
appuyé à Marie Madeleine, deux Jésus (un dans les bras de Marie, l’autre dans ceux de Joseph), un bénitier
en forme de diable... On raconte que l’abbé aurait financé les travaux avec de l’argent obtenu mystérieusement
et qu’il serait mort sans qu’on en ait connu la source, mais une légende prétend qu’il aurait fait des fouilles
en différents endroits, dont l’emplacement forme sur la carte du village un pentagramme. C’est sur ces bases véridiques
que commence l’enquête, et comme d’habitude Jane Jensen mêle réalité et fantastique avec le talent
qu’on lui connait. Plus on avance, plus l’histoire s’étoffe et fait intervenir tout ce que la culture Française
compte de mystères, de légendes, de surnaturel : templiers, francs-maçons, vampires, et d’autres choses
encore. Gabriel Knight et Grace Nakimura sont toujours présents et le joueur est amené à les diriger
successivement.
Le jeu se joue à la souris et au clavier et la vue alterne
première et troisième personne. En cliquant sur un objet, un menu apparait avec les différentes actions.
La caméra se dirige au clavier. Même si le photo-réalisme du précédent épisode fait
défaut, on se plonge totalement dans l’ambiance grâce à une multitude de détails. Le village de
Rennes le Château prend vie sous les yeux du joueur, au point de donner envie de s’y rendre, comme c’était déjà
le cas pour Munich dans le précédent épisode. Pour arriver à cette restitution convaincante, Jane
Jensen a ramené de son voyage d’étude en France des centaines de photos qui ont servi aux développeurs
à créer les modèles 3d du jeu.
Le moteur graphique, développé spécialement pour l’occasion, s’appelle G-Engine et peut afficher des
résolutions allant jusqu'à 1024x768. Le son utilise des musiques lues sur le CD et des voix digitalisées,
pour lesquelles des comédiens ont été sollicités, notamment l’incontournable Tim Curry qui fait
son retour dans le rôle de Gabriel, pour la plus grande joie des puristes. Grace est interprétée par Charity
James, et les vétérans du fantastiques David Warner (Tron, Time after Time) et Samantha Eggar (Chromosome
3) sont également présents au casting qui comporte plus de 30 personnages.
Le jeu se déroule sur trois jours, séparés en
17 unités de temps qui ponctuent la progression du joueur. Comme toujours dans la série, la progression est
conditionnée par des actions clés, ce qui peut entrainer des moments de blocage si on a pas pensé à
les exécuter. Cela peut-être l’examen d’un objet, l’interrogation d’un personnage, ou la résolution d’un
puzzle. Comme d’habitude, le déplacement sur de longues distances se fait en cliquant sur un grande carte, ou de nouveaux
lieux peuvent être sélectionnés lorsqu’un pas a été franchi dans la progression.
Le grand avantage de ce troisième épisode sur les deux
premiers, c’est la liberté de mouvement que le moteur 3d implique. C’est une amélioration que la série
nécessitait (même si cela nous prive de la présence de Joanne Takahashi), car en dépit de la qualité
unanimement saluée des scénarios, certaines critiques s’étaient élevées contre la linéarité
de la progression. La chose est cette fois moins marquée, même si on est loin de Shenmue
et sa ville virtuelle, et les graphismes sont satisfaisants. Les visages changent d’expression lors des conversations et la
lumière varie en fonction des déplacements.
A partir d’un certain stade dans l’aventure, Grace nakimura dispose d’un ordinateur nommé SYDNEY qui propose plusieurs
fonctions comme l’analyse de photographies en quête de formes géométriques dissimulées, la traduction
de textes anciens, et peut aussi donner des indications au joueur en difficulté, ce qui évite d’être complètement
bloqué.
Comme les deux précédents épisodes, le jeu a
une durée d’environ 40 heures et se termine pas une série de phases d’actions qui constituent le point d’orgue
de l’aventure, ainsi qu’une difficulté plutôt ardue à surmonter. Une fois terminé, il ne présente
guère d’intérêt à être refait, mais encore une fois la profondeur et l’aspect documentaire
du scénario suffisent à combler les joueurs les plus exigeants. La difficulté est élevée,
mais pas inabordable pour l’aventurier occasionnel.
Jane Jensen
Considérée
par ses fans comme la "conteuse ultime", l’Américaine Jane Jensen est, mieux que personne, capable de donner
vie à ses histoires en puisant son inspiration dans le réel. Une fois établis, le cadre de l’action de
ses scénarios et romans, ainsi que ses personnages semblent disposer d’une vie propre et on pourrait croire qu’elle
se contente de les suivre. A l’évidente influence d’Anne Rice et Stephen King, elle adjoint des recherches systématiques,
méticuleuses, menées directement sur le terrain, et la volonté de se démarquer le moins possible
des histoires et légendes qu’elle étudie.
Avant d’être écrivain, Jane Jensen obtient un diplome
en informatique à l’université Anderson, Indiana. Ses études terminée, elle entre chez Hewlett
Packard où elle sera employée pendant 6 ans avant, en 1991, de commencer à travailler pour Sierra. Ses
premiers travaux dans l’univers du jeu vidéo seront la documentation du jeu Police Quest 3, puis elle participe au
design d’EcoQuest : Search for the Cetus. Gabriel Knight : Sins of the Fathers est le premier projet sur lequel elle s’implique
totalement. L’histoire lui est inspirée par un livre sur la culture Vaudou, et elle développe autour du thème
une trame originale. Elle écrit ensuite un roman intitulé Millenium Rising, mais une suite à Gabriel
Knight est envisagée. Le succès de la formule la pousse à fournir un travail énorme pour l’épisode
suivant : cinq mois de recherches, neuf mois d’écriture avec à la clé un voyage en Allemagne. L’idée
de faire le jeu en vidéo avec des acteurs est avancée par les gens de Sierra, mais Jane est emballée,
et aujourd’hui encore elle se montre enthousiaste envers cette représentation qui cadre avec se volonté de réalisme.
Même les critiques envers l’acteur qui incarne Gabriel dans le jeu la laissent froide, au contraire, elle prend volontiers
sa défense et trouve le jeu magnifique. Néanmoins, et même si le jeu est un énorme succès,
l’évolution des jeux en 3d et la liberté de mouvement qu’ils permettent obligent Sierra à adopter cette
technique pour le troisième épisode. Cette fois, c’est en France que Jane se rend, où elle découvre
le mystère de Rennes-le-Château, qui lui inspire à la fois un roman, Holy Blood, Holy Grail, et
le scénario du troisième épisode de Gabriel Knight.
Plus que designer de jeux, elle se considère comme une romancière,
et la qualité de son travail se ressent avant tout sur la richesse des scénarios. Il est vrai que la série
Gabriel Knight n’a pas apporté d’innovation ludique déterminante.
Conclusion
Gabriel Knight 2 et 3 sont des jeux gigantesques qu’il est nécessaire
d’acheter pour y jouer. Le premier épisode, cependant, est considéré, à tort ou à raison
ce n’est pas notre problème, comme abandonware. On peut le trouver chez lost-treasures,
ainsi que la bande dessinée d’introduction scannée. Attention, tout ceci est très lourd à télécharger
pour les non possesseurs d'une liaison haut-débit. Cette série de jeux d’aventure honore l’univers du jeu vidéo
grâce à son indéniable valeur littéraire. Dépourvue de violence gratuite, elle enrichit
le joueur et lui fait découvrir d’innombrables choses, tout en lui procurant un vrai plaisir ludique. Une grande oeuvre,
tout simplement.
Laurent