Une des figures charismatiques de l'industrie du jeu vidéo. L'Anglais Jeff Minter, par le biais
de sa société Llamasoft, s'est rendu coupable d'avoir écarté de diverses obligations
domestiques un nombre incalculable de personnes avec ses jeux qui ont une fâcheuse tendance à
être du genre que quand on commencé à y jouer, eh ben on peut plus s'arrêter.

Au début des années 80, l'industrie
du jeu vidéo sur micro-ordinateurs est essentiellement une affaire britannique. Rares sont les
programmeurs à connaître une certaine renommée qui ne soient pas anglais. On ne souviendra
que de l'américain David Crane (fondateur d'Activision) comme exemple d'exception. Avec le succès
du VIC 20 aux USA, on aurait pu penser que les choses changeraient, mais le programmeur
le plus performant et créatif dont cette machine ait permis l'avènement est Jeff Minter
(né en 1962), toujours un Anglais, qui est devenu rapidement une petite célébrité
dans le nouveau monde, où il fait près de 20 ans plus tard l'objet d'un véritable
culte, entretenu par son travail pour Atari au début des années
90.

Anticipal et Batalyx
Jeff Minter se distingue des ses congénères
programmeurs porteurs de catogan par un authentique état d'esprit hippie, assumé et revendiqué
dans le moindre de ses faits et gestes, les années qui passent n'y changeant rien (au contraire
c'est pire). Les caractéristiques de ses jeux sont un humour décalé très seventies,
une jouabilité immédiate, et des noms de jeux à rallonge complètement délirants.
Il y a des fans et d'autres qui ne supportent pas, mais tout le monde en a entendu parler.
En dehors des classiques Megagalactic Llamas
Battle at the Edge of Time et Revenge of the Mutant Camels créés sur 8-bits (C64,
CPC, Spectrum...), Llamasoft a édité
sur ST et Amiga une série de "synthétiseurs
de lumière", des logiciels à utiliser toutes lumières éteintes en écoutant
de la musique douce, de préférence du Pink Floyd dont Jeff est un fan de toujours, qui dispensent
une série d'animations colorées censées être relaxantes. C'est kitsch, inutile,
prétentieux, roublard et unique en son genre, bref des produits qui ressemblent tout à fait
à leur auteur. Ces OVNI logiciels se nomment Psychedelia, Trip-a-Tron ou Colorspace et renvoyent
à l'âge de pierre la bonne vieille boule de discothèque.

Attack of the Mutant Camels et Psychedelia
Durant la majeure partie de sa carrière,
Jeff Minter s'est évertué à ne rien faire comme les autres et miser sur tous les
perdants possibles, le paradoxe étant que sa célébrité ne s'en est que renforcée.
Il développe sur ST et Amiga alors que les deux machines sont en perte de vitesse, se lance à
corps perdu dans le développement de l'improbable console Konix, et après
le fiasco de ce projet, rien ne le retient de s'associer à grand renfort de publicité aux
premiers jeux sortis sur Jaguar, ajoutant un autre flop à son actif, en
développant Tempest 2000 qui reste un des 2 ou 3 meilleurs jeux sortis sur cette console.
Jeff Minter, qui s'auto-surnomme Yak, a longtemps
tenu un site Internet où il se laissait aller durant d'interminables textes à son humour
très particulier, parlant de ce qu'il aime, de sa femme, de ses moutons, des yacks et des derniers
jeux qui lui ont plu, et diffusant en toute quiétude des versions pour émulateurs de ses
anciens jeux. Il en résulte une complicité totale avec ses fans.

1989 : Jeff Minter et la console Konix

Tempest 2000, édité par Atari sur PC.
Après
l'échec d'Unity, un ambitieux projet de shoot'em up sur Game Cube soutenu par Lionhead (le studio
dirigé par Peter Molyneux) qui est hélas abandonné courant
2004, on retrouve Jeff au lancement de la Xbox 360 fin 2005 : c'est lui qui a programmé Neon, le
synthétiseur de lumière que la console affiche lorsqu'elle lit des fichiers audio. Peu après,
Llamasoft annonce le développement en vue d'une commercialisation en ligne sur Xbox 360 (via le
service Xbox-Live Arcade) de Space Giraffe, un shoot'em up au visuel toujours très lumineux et
space dont le gameplay s'inspire de celui de Tempest (avec des changements importants, comme la possibilité
de laisser venir les ennemis jusqu'au premier plan où se trouve le vaisseau du joueur pour les
éliminer en les percutant), mais qui baigne dans une ambiance très spéciale : des
phrases pleines d'humour et de références à divers jeux ou oeuvres d'art célèbres
apparaissent sans cesse à l'écran, les bruitages citent volontiers des titres rétro
célèbres ou donnent la parole aux animaux de Jeff, et les graphismes utilisant le moteur
graphique de Neon sont si chargés qu'on comprend à peine ce qui se passe !

Space Giraffe : la girafe spatiale du héros, située au premier plan,
est reconnaissable à sa longue queue.
Pensé pour être joué "à l'intuition" en se basant à la fois
sur le son et l'image, déroutant au premier abord mais passionnant sur le long terme, Space Giraffe
est le titre le plus abouti qu'ait créé Jeff Minter (et aussi le moins cher), le jeu vidéo
synesthétique par excellence. Hélas à sa sortie en août 2007 il ne trouvera
pas son public et sera sévèrement noté par certains magazines, chose très
mal vécue par son auteur (ce qui n'empêche pas la rédaction de Grospixels de compter
plusieurs grands fans du jeu !). Jeff mettra quelques mois à remonter la pente et se remettre au
travail...
Laurent