
Pulstar-Wars,
La Guerre du Clone
Mettons
les choses au clair tout de suite. Pulstar n’est pas l’épisode
Neo-Geo de la série des R-Type
et aucun développeur de chez Irem n’a participé à sa
réalisation. Pourtant, dès les premières secondes de jeu,
on se le demande réellement. De la vitesse du vaisseau aux "ennemis"
power up en passant par le module servant de bouclier ou encore la difficulté,
ce jeu transpire le R-Type. Certains parlent de plagiat, mais ne perdons pas de
temps à polémiquer là-dessus. Nous allons voir ici que Pulstar
est infiniment plus intéressant que cela.
Tout d’abord,
replaçons-nous dans le contexte. La veille de la sortie du jeu, les bons
space shooters disponibles sur Neo-Geo ne sont que ASO II (SNK, 1991), Last Resort
(SNK,1992) et View Point
(Sammy, 1992). Tous trois ont déjà quelques années et les
fans du genre n’ont plus grand chose à se mettre sous la dent. Sans
réels concurrents donc, Pulstar arrive discrètement juste avant
la vague de hits de 1996; ce qui, précisons-le, est un fait important ici
puisque même si View Point ouvre le chemin à une certaine évolution
graphique des shmups sur ce support dès 1992, cela ne devient pas chose
courante pour la suite et il faut finalement attendre ce titre de Aicom pour revoir
enfin les choses évoluer. Pulstar marque donc autant les esprits que View
Point en son temps. Le jeu a bonne presse mais ne se destine encore qu’aux
personnes pouvant se permettre de dépenser la fortune demandée pour
se le procurer dans les boutiques d’import. Ce n’est qu’un mois
plus tard que, fort heureusement, une beaucoup moins onéreuse et excellente
version Neo-Geo CD voit le jour. L’engouement général provoqué
pour ce "R-Type de luxe" atteint ici son sommet et reste encore aujourd’hui
très présent dans l’esprit des joueurs Neo-Geo.
Pulstar, Super Visual Shooting Game !
Pulstar se distingue
donc royalement des productions de l’époque comme, par exemple, Sonic
Wings 3 (Video System, 1995), et relance la mise en proposant des graphismes colorés
d’une finesse remarquable et, surtout, d’un niveau de détails
impressionnant. Tout comme View Point, l’animation des sprites donne un
effet 3D totalement bluffant. À la différence qu‘ici, plus
question de voir de faux polygones, tout est superbement lisse. On est vraiment
au niveau des images de synthèse de l’époque. Les ennemis
ainsi que les boss en sont plus vrais que nature. Bien sûr, tout est fait
pour contribuer à cet aspect tape à l’œil. Ils tournent
donc très souvent sur eux même et dans toutes les directions de façon
majestueuse, donnant droit à de véritables défilés
de mode shmupesques. Les séquences d’introduction du vaisseau, qui
utilisent ce même procédé, sont tout aussi magnifiques. Il
en va de même pour les effets spéciaux et les explosions à
profusion, particulièrement saisissantes. La petite touche 'anime', offrant
de courtes scènes d’une excellente qualité où évolue
une attachante jeune femme pilote, confère à cette symphonie visuelle
un charme certain. Bref, Pulstar est certainement l’un des plus beaux jeux
Neo-Geo jamais sortis.
Comme les
choses sont rarement faites à moitié sur ce support, on découvre
vite que Pulstar n’est pas que de la poudre aux yeux. C’est aussi
un shmup prenant, proposant une ambiance particulière, et se classant dans
le peloton de tête des "j’apprends tout par cœur avec mon
ami gameover". Oui, on en vient en effet à R-Type mais on observe
rapidement quelques différences qui finalement changent tout. Ce clone,
qui n’en a finalement que l’allure, dégage sa propre aura,
et c’est là que ça devient réellement intéressant.
Pulstar(t) ;-)
Pulstar est tellement
bien réalisé que ses différences, ne serait ce qu’au
niveau du gameplay, lui donnent une dimension toute particulière. Le vaisseau
est ici équipé de façon divine. C’est ainsi qu’un
champ d’énergie servant de bouclier gigantesque permet de foncer
sur les petits ennemis peu importe la direction; qu’un "lock on laser"
tout droit sortit de Rayforce (Taito, 1994) nettoie rapidement tout l’écran;
qu’une super attaque où le module principal se sacrifie dans une
explosion ravageuse peut être déclenchée au besoin; que la
direction de tir des modules auxiliaires peut être bloquée; ou qu’encore,
la puissance destructrice du tir simple se voit décuplée lorsqu’on
se défoule sur le bouton. S’ajoute à cela un deuxième
effet au traditionnel tir chargé, donnant droit à des lasers rebondissants,
des pluies de larges rayons dévastateurs et j’en passe. Quand, en
outre, tout ceci est ponctué par une difficulté terriblement élevée
-résultant d’une action intense où l'erreur n'a pas sa place-
obligeant une gestion sans faille de tout cet arsenal, on obtient un résultat
fantastique; un gameplay tout simplement exquis qui complète à merveille
celui d’un R-Type.
Précisons
cependant que Pulstar ne dévoile toute sa subtilité que lorsqu’on
y joue extrêmement bien. Entendons par-là, perdre le moins de vie
possible, sous peine de ne jamais obtenir l’équipement requis pour
passer certains niveaux. En effet, lorsque le vaisseau se fait toucher, les chances
de terminer les derniers stages deviennent aussi réduites que la puissance
et la vitesse du vaisseau lui-même, c’est à dire pratiquement
nulles. De ce fait, les parties sont tellement tendues que le niveau de stress
qui en résulte accroît encore plus le plaisir de jeu. On est tout
bonnement aspiré par l’écran et lorsqu’on arrive à
venir à bout d’un de ces niveaux, on ressent alors un soulagement
extrême, un plaisir de relâchement intense (il est alors conseillé
de se relaxer cinq minutes avant d'aborder le niveau suivant, la sérénité
étant toujours bien mieux récompensée ici).
Pulstar
avec un "p" comme…
Bien sûr,
tout ceci est relatif, puisque ce jeu ne s’adresse évidement pas
à tout le monde. Pulstar est destiné aux joueurs patients, dotés
de nerfs solides et qui n’abandonnent jamais. Effectivement, les premières
heures de jeu étant quelque peu rebutantes pour les non-initiés,
la persévérance est ici une aptitude majeure pour pleinement découvrir
le titre de Aicom. Aussi, elle sera récompensée à maintes
reprises puisque la progression, s’effectuant graduellement, dévoile
non seulement les nombreux power ups mais aussi huit niveaux tous peuplés
d’ennemis et de boss plus magnifiques les uns que les autres. Ces huit stages
sont tous basés sur un thème particulier. C’est ainsi qu’on
se balade à l’intérieur même d’un immense vaisseau
ennemi, dans la forêt périlleuse d’une planète lointaine
ou encore dans un champ d’astéroïdes. Ils sont vraiment diversifiés
et très agréables à parcourir. La difficulté étant
de mise, de nombreux effets de surprise les parsèment. Évidement,
ils ne laissent généralement aucune chance de survie si on ne les
anticipe pas. La bande-son, d’une qualité incroyable pour le support,
sublime tout ceci car elle colle parfaitement à chacun de ces stages et
participe pleinement à leur ambiance tantôt entraînante, tantôt
très glauque.
Les ennemis
rencontrés vont de la chenille géante au robot sur deux pattes en
passant par le dragon de feu ou encore l’araignée trancheuse de vaisseau.
Là aussi, c’est très diversifié. Les boss sont pour
la plupart immenses, l’un d’entre eux prend même plusieurs écran.
Certains ne causent pas vraiment de problèmes une fois leurs diverses attaques
mémorisées. Les autres sont comme le reste du jeu : difficiles à
passer, surtout si le vaisseau n’est pas correctement équipé.
A ce sujet, les power ups apparaissent très harmonieusement au fil de l’action.
Ainsi, le bouclier d’énergie est, par exemple, accessible quand un
grand nombre de petits ennemis assaille l’écran, de même que
le "lock on laser" quand il devient difficile d’atteindre toutes
les cibles sans prendre des risques suicidaires.
Pulstar, une étoile est née
Évidemment,
le jeu a ses défauts, mais ils sont franchement minimes à côté
de ses qualités. Notons-en tout de même quelques-uns, comme la configuration
des boutons faite à la va-vite qui occasionne l’explosion involontaire
du précieux module dans le feu de l’action; ou le stage 7, pas vraiment
convaincant visuellement par rapport aux autres; ou encore la frustration ressentie
lorsque l’on se rend compte qu’il faut recommencer le niveau voire
le jeu complet, certains points de sauvegarde ne servant finalement à rien.
Cependant, tout ceci s’efface rapidement face à toute la quintessence
du jeu. Cela dépend encore une fois du joueur qui doit faire preuve d’une
patience et d’une persévérance accrue pour accomplir la partie
parfaite. À noter qu’il est possible de paramètrer le niveau
de difficulté, sur une échelle allant de 1 à 8 (le niveau
choisi par défaut étant 4). Cependant, il est préférable
de ne pas succomber à la tentation de le baisser. Au contraire, c’est
en le montant que l’on peut profiter encore plus de l’intérêt
du jeu. Intérêt qui se retrouve d’ailleurs décuplé
en mode deux joueurs (tour par tour). La volonté de faire mieux que son
voisin devient ici une obsession qui, ajoutée au reste du jeu, donne un
résultat démentiel.
Au final,
bien plus qu’un hommage à R-Type, Pulstar est LE space shooter de
la Neo-Geo. Sa pseudo suite Blazing Star (Yumekobo, 1998) proposant une approche
très différente ne fait que lui laisser cette place hautement méritée.
Personnellement, je conseille plus que fortement à tout fan de shoot’em
up old school d'essayer ce jeu sous peine de manquer un moment d’une intensité
extrême, une expérience unique et un challenge hors du commun. Pour
les autres, je tiens encore à préciser que Pulstar est sûrement
ce qui se fait de plus difficile et ce n’est pas la possibilité de
commencer directement par les stages 2, 3 ou 4 qui arrange quoi que ce soit (au
contraire, c’est bien plus simple de débuter par le premier et d’accumuler
les power ups). Cependant, c’est bel et bien dans cette difficulté
que le plaisir de jeu prend tout son ampleur - au risque de me répéter,
patience et persévérance sont ici indispensables. Pulstar se déguste,
qu’on le veuille ou non, par petites bouchées. Cela lui confère
d’ailleurs une durée de vie extraordinairement élevée
pour le genre. Le jeu terminé, on y revient aussi avec plaisir, les graphismes
ayant très bien vieilli et les effets spéciaux n’ayant pas
pris une seule ride.
SFC,
un fidèle infidèle à ses heures ;-)