Préhistoire
et naissance du VIC-20
Commodore
Business Machines (CBM) est une compagnie qui fut créée, par Jack
Tramiel, bien avant l'apparition des premiers mini-ordinateurs, à
une époque (les années 50) où les premières machines à calculer étaient
le summum de la technologie. En ces temps glorieux, les ordinateurs
étaient des machines énormes qui occupaient des pièces entières pour
une puissance de calcul dérisoire et fonctionnaient avec des relais
à lampes (les transistors n'existaient pas) où venaient nicher des
cafards (les fameux "bugs") perturbateurs. Seules les administrations
et l'armée faisaient usage de tels monstres, qui coûtaient bien trop
cher pour que de simples mortels puissent se les offrir et qui, il
faut bien l'avouer, n'étaient d'aucune utilité pour eux. Ce n'est
qu'après l'arrivée des transistors, qui ont permis la construction
de "mini-ordinateurs", logiquement suivis par les microprocesseurs
(qui ne sont qu'un nombre plus où moins important de transistors miniaturisés)
que les "micro-ordinateurs" sont devenus familiers, dans les entreprises
d'abord, puis auprès du public.
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C'est
à la fin des années 70 et au début des années 80 qu'ont été introduits
sur le marché des micro-ordinateurs pré-configurés, conviviaux, aptes
à être utilisés par le néophyte. Commodore s'est alors reconverti
dans la micro-informatique, avec la série de micro-ordinateurs PET.
En 1980, alors que les consoles sont déjà très répandues, peu de foyers
possèdent un micro-ordinateur, et la plupart des gens ne perçoivent
pas vraiment quelle pourrait être l'utilité de tels engins. Les fabricants
vont alors rivaliser d'efforts pour les convaincre qu'un ordinateur
est à la fois apte au divertissement, mais aussi à des fonctions pédagogiques
auprès de leurs enfants. Commodore ne fait pas exception, et le VIC-20,
lancé en 1980, est présenté dans les publicités comme un "ordinateur
copain", appellation mûrement réfléchie par les spécialistes maison
es marketing qui a pour but de convaincre à la fois les enfants et
les parents. C'est la première fois, et le cas fera école, qu'une
telle tentative d'anthropomorphisme est faite lors du lancement d'un
micro. Le VIC-20 est équipé
d'un microprocesseur Commodore 6502
cadencé à 1 Mhz, doté de 16 Ko de ROM et de 5 Ko de RAM, dont 3,5
disponibles sous Basic, qui arrivent vite à saturation mais peuvent
être portés à 32 Ko. Il peut afficher une résolution bitmap de 176x184
en 16 couleurs, ou 22 colonnes de caractères 8x8 (23 lignes apparentes).
Quant au son, il est très correct, avec 3 voies musicales et 1 de
bruitages.
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Bien
qu'ils soient tous capables de diverses applications, les ordinateurs
tels que le VIC-20 sortis
au début des années 80 se définissent avant toute chose comme des
consoles de jeu améliorées. Dotés d'un hardware
plus généreux, ils s'avèrent capable de graphismes bien supérieurs
que les consoles en vogue (Atari
VCS 2600 et Odyssey
2), leurs jeux étant mis en avant comme produit d'appel, avant
de passer aux applications professionnelles et éducatives qui justifient
leur prix bien supérieur. Le VIC-20,
à sa sortie, est donc un ordinateur aux performances satisfaisantes,
quoique légèrement en retrait par rapport à celles de son concurrent
direct, l'Atari 400. Le porte-parole
de la marque, William Shatner (le capitaine Kirk de Star
Trek !), le souligne bien dans une brochure publicitaire
appelée "The wonder computer of the 1980s" : "Pourquoi se contenter
d'une console de jeu ?", dit-il, tout en montrant du doigt un logo
VIC-20 (Ne manquez pas la
publicité vidéo visible sur Youtube).
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Deux
publicités pour le VIC-20, William Shatner est toujours
de la partie.
Cliquez sur une image pour une version plus grande. |
Si
le VIC-20 mérite son statut
d'ordinateur copain, c'est surtout grâce à la documentation qui est
fournie avec, un véritable modèle de clarté et de pédagogie. Les manuels
fournis expliquent le fonctionnement d'un ordinateur, la mise en œuvre
et l'installation du VIC-20,
et donnent d'excellentes bases de programmation en BASIC, langage
résident de la machine, comme c'est la cas pour tous ses confrères.
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Extrait
du manuel du VIC-20. On peut voir que rien n'est oublié.
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Le
VIC-20 connaît rapidement
après sa sortie un succès considérable, et laisse loin derrière lui
l'Atari 400, plus coûteux
et moins bien accueilli par la presse spécialisée. Ce sera le premier
micro à dépasser le million d'exemplaires vendus. Fort de ses 25 ans
d'expérience dans l'électronique, Jack Tramiel connaît des recettes
imparables pour diminuer le prix de revient de ses machines, à commencer
par ne pas sous-traiter la fabrication des composants, la multiplicité
des intervenants étant signe d'augmentation des coûts. Commodore fabrique
donc ses microprocesseurs, ce qui, grâce à un marketing habile, va
aider à donner à la compagnie une image respectable en tant que fabricant
d'ordinateurs, chose qui fait gravement défaut à Atari, que l'on associe
trop au jeu.
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Le
parallèle entre le succès du VIC-20
et l'échec de l'Atari 400
est fascinant et paradoxal. On a là deux micros qui sont présentés
comme des super machines de jeu ouvrant d'autres perspectives à long
terme, mais seul Commodore saura ne pas abuser de cette forme de marketing,
et se créer de toute pièce une aura de géant de l'informatique, alors
qu'encore une fois, la société a prospéré, à l'origine, dans les machines
à écrire, puis les calculatrices, le lancement du VIC-20
relevant plus qu'autre chose de l'opportunisme touche-à-tout.
Cela
n'empêche pas le VIC-20,
et après lui tous les autres ordinateurs de Commodore, d'avoir eu
du succès grâce en premier lieu à ses jeux, jusqu'à sa disparition
en 1984, après la sortie du Commodore
64 dont les graphismes et le son, exceptionnels pour l'époque,
lui donnent un coup de vieux fatal.
Les
jeux
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Emballage
de jeu sur cartouche, et screenshot du jeu Sidewinder.
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Les
jeux développés, en raison des capacités tout de même assez limitées
de la machine, favorisent en général le plaisir de jouer au "m'as-tu-vu-isme"
graphique. Ce sont en général de petits
jeux rapides et très fun qui font appel aux réflexes et à la coordination.
Il faut dire qu'à l'époque, les jeux vidéo ne procurent pas l'immersion
à laquelle on est habitué aujourd'hui, leur intérêt reposant en général
sur l'envie de battre le meilleur score, et faire partie d'une élite
enviée. Pas d'exploration, pas de résolution d'énigmes, pas de scénario,
les standards sont encore imposés par les jeux tels qu'ils se pratiquent
en salle d'arcade. Toutefois, il y a quelque exceptions, comme Pharaoh's
Curse, ainsi que quelques autres jeux de donjons, qui donnent
au joueur un défi plus long et passionnant à relever.
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Pharaoh's
Curse. |
Le
VIC-20 utilise en général
des jeux stockés sur cartouches ou cassettes. Au total, ce sont plus
de 200 titres qui sont sortis en cartouches, auxquels viennent s'ajouter
environ 500 titres sur cassettes, une ludothèque impressionnante avec
laquelle aucune console ne peut lutter. Les jeux occupent en général
très peu d'espace, ce qui rend leur utilisation sur cassette relativement
confortable, à une époque où les lecteurs de disquettes sont très
rares en dehors du domaine professionnel.
L'émulation
Les
bienfaiteurs de l'émulation VIC-20
se nomment Ward Shrake et Paul LeBrasse, qui entretiennent la mémoire
du VIC-20 sur leur site Digital
Archaelogy. Non contents d'avoir recensé tous les jeux du VIC-20
sortis en cartouches, ils en ont extrait les sources binaires, pour
permettre aux générations futures qui trouveraient un VIC-20
dans leur grenier d'y jouer, et celles-ci se sont retrouvées rapidement
disponibles sur le net. Bientôt sont apparus des émulateurs, et le
VIC-20 renaissait de ses
cendres. Les jeux en cassettes sont, quant à eux, en cours de réapparition,
d'autant plus que leurs éditeurs, pour un bon nombre d'entre eux,
ont autorisé leur diffusion.
Laurent