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Gunlord
Année : 2012
Système : Dreamcast, Neo Geo
Développeur : NG:DEV.TEAM
Éditeur : NG:DEV.TEAM
Genre : Action / Plate-forme / Shooter
Par spacecowboy (18 février 2013)

« Jump, shoot, explore » : trois actions qui promettent des combats acharnés dans des niveaux non linéaires. Trois actions qui, telles trois notes de Chris Huelsbeck, sonnent juste aux oreilles des inconditionnels du monument vidéoludique Turrican.

Avant d'être un jeu, Gunlord est d'abord une anomalie dans la production actuelle. Une curiosité dont sont coutumiers les frères Hellwig. Tim et René Hellwig sont deux Allemands bien connus de la scène indépendante sous le nom de NG:Dev.Team, le studio de développement qu'ils ont fondé. Leur association fraternelle a acquis une solide réputation grâce à deux petits miracles intitulés Last Hope et Fast Striker. Du shoot'em up, horizontal pour le premier et vertical pour le second, qui s'exprime où on ne l'attend plus : sur Neo-Geo et sur Dreamcast.

Déserteurs des machines actuelles, les frères Hellwig rêvaient depuis toujours de programmer un jeu pour la famille Neo-Geo, qu'ils considèrent comme l'apothéose de la 2D. Leur ambition se concrétise en 2006 dans une grosse boîte portant le sceau magique AES. Last Hope est né, logé dans d'énormes cartouches bourrées de mégaoctets. L'objet fascine bien entendu.
Et même lorsqu'il sera porté sur des supports moins élitistes, la Neo-Geo CD et la Dreamcast, ce shmup inspiré du modèle R-Type ne perdra pas son statut de pièce de collection. On peut en dire autant de Fast Striker et de Gunlord.

Qu'il se présente au format Dreamcast, MVS ou AES, Gunlord est un bel objet. Pour d'évidentes raisons budgétaires, je ne pourrai évoquer que la version Dreamcast, dont le prestige doit sans doute être décuplé sous la forme Neo-Geo, comme le prix d'ailleurs... Peu importe, le boîtier Dreamcast est déjà luxueux avec sa jaquette flamboyante. Une fois celui-ci ouvert, notre regard se dirige naturellement vers un livret illustré de somptueux dessins qui représentent notamment les boss les plus charismatiques de l'aventure. Puis, on tombe sur le disque du jeu, orné d'une superbe image sur sa face non lisible. Enfin, l'édition limitée contient la bande originale sur CD. Un petit ajout sympathique qui n'est cependant pas indispensable, puisque les pistes audio présentes sur le disque du jeu sont directement lisibles sur un lecteur CD.

Laissons maintenant cet écrin de côté et allumons notre console. À peine le disque tourne que les développeurs entendent marquer leur différence en affichant le message « This is an independant videogame ». Voilà qui flattera ceux qui voulaient faire un achat responsable. Soit, il ne suffit pas de le dire, il faut aussi prouver son indépendance d'esprit. Ceci est fait dès l'introduction qui ravivera des souvenirs de l'époque 16 bits, avec ses images colorées à peine animées. Après une deuxième intro, on entre alors dans le vif du sujet.
Notre personnage se tient debout, son arme pointée vers l'avant. Il s'élance alors d'un pas décidé en balançant les épaules ; la filiation avec Turrican ne pourrait être plus évidente. Si notre combattant de pixels semble tellement volontaire, c'est parce qu'il a une raison personnelle de partir à la guerre : il est venu retrouver son épouse qui ne donne plus signe de vie depuis sa dernière mission.

Peut-être que le nom de Vanessa Gaiden vous dit quelque chose. La bien-aimée disparue tenait en effet le premier rôle dans Last Hope. Une fois son job terminé avec brio, elle avait probablement envie de revenir fêter ça auprès de son mec. Mais elle tarde à arriver, et Gordian Gaiden, qui se languit d'elle depuis trop longtemps, n'en peut plus : il va aller la retrouver, sa gonzesse ! Et tant pis s'il est assis sur le banc des accusés d'un procès dont on ne saura rien ; il lui est tellement facile de s'emparer d'une arme et de faire feu sur ses trois juges abasourdis. Mais alors qu'il enfile son costume spatial, il sent une présence maléfique qui l'attire. Au fond de lui, il sait qu'il doit suivre cette piste qui le mènera vers une entité diabolique (le Master) et toute sa petite armée.

Le bataillon malfaisant est composé de créatures variées aux attaques diverses : des monstres rampants, des insectes volants enfantés par des poches organiques suspendues aux plafonds, de gros robots armés, des canons... Pour se défendre, Gordian est équipé d'un armement qui rappelle celui de Turrican. Son tir de base se décline en trois spécialisations : multiple et large, droit et puissant, ou rebondissant. On choisit sa famille de tir en attrapant une pièce au vol parmi les bonus qui, parfois, vous donnent une énorme force de frappe temporaire. Peu importe la classe adoptée, le fusil est orientable dans toutes les directions (diagonales comprises) et ne cause pas de malus dans les sauts. Le message est donc clair : tirer partout et tout le temps. Toujours en référence à Turrican, il faut d'ailleurs souligner que dans Gunlord, ce tir principal est automatique lorsque l'on tient le bouton de sa manette enfoncé. Ouf, un petit rien qui change la vie...

Comment ne pas penser aussi à Turrican lorsque Gordian déclenche son rayon directionnel ? Il eut été difficile de rendre un hommage plus clair que ce « snakebeam » qui s'oriente au pad et qui immobilise presque totalement le personnage en lui permettant seulement de sauter à la verticale. Outil d'attaque et de protection, ce rayon élimine les ennemis et la grosse majorité de leurs tirs. Il traverse aussi la plupart des parois et présente une longue portée qui se rétrécira toutefois si vous ne laissez pas l'arme refroidir. Par ailleurs, Gordian dispose encore d'une réserve de bombes qui nettoient tout l'écran et que l'on trouve sous forme de bonus. Très utiles pour se sortir d'une situation désespérée.

Malgré cet arsenal, la progression est difficile. L'univers fourmille d'ennemis, grands ou petits, qui ont chacun la puissance nécessaire pour vous faire mal. Vos trois malheureux points de vie partiront donc rapidement, les pièges étant nombreux et le repos impossible. Même après un choc, vous n'aurez pas le répit habituel d'une invincibilité clignotante et vous pourrez donc perdre une vie complète sur le même obstacle. Une mort plutôt rageante, comme celle qui accompagne la chute dans les traditionnels trous sans fond.
Heureusement, il y a ces rares bonus de bouclier ou encore l'invulnérabilité que procure la roue. Gordian peut, en effet, se mettre en boule pour rouler sans risque et même poser des bombes. Un emprunt de plus au modèle, qui servira aussi à pénétrer dans les endroits exigus.

L'exploration est un aspect important de Gunlord. Elle n'est pourtant pas indispensable, puisque l'on peut se contenter de suivre les panneaux qui indiquent la sortie du niveau. Cependant, le jeu vous incite à vous écarter du chemin pour trouver des vies supplémentaires (représentées par un mini-Gordian) ou des pierres précieuses augmentant votre score. Si cette recherche est motivante, elle est aussi périlleuse. Combien de vies perdues en essayant de saisir un bonus à un endroit dangereux ! Sur ce point, Gunlord n'est pas fair-play et punit sans cesse le joueur curieux de découvrir des secrets cachés. Certes, il arrive parfois que les développeurs aient pitié de vous et vous offrent une vie supplémentaire pratiquement sur un plateau. Mais une seule alors, et pas une douzaine comme dans Turrican, plus généreux à l'occasion.

Néanmoins, le rapport risque/bénéfice de l'exploration tourne à votre avantage à mesure que vous apprenez à jouer de la bonne manière. Cette approche adéquate consiste à tirer, non seulement sur tout ce qui bouge, mais aussi sur tout ce que vous ne voyez pas encore bouger. C'est une constante du gameplay de Gunlord : on se jette toujours dans la gueule du loup. Pire, les ennemis encore invisibles n'attendent pas que vous les aperceviez pour vous mitrailler. Les attaques vicieuses de ce type vous agaceront jusqu'à ce que vous adoptiez l'attitude appropriée, dite du « maintenant, ça va chier » [NDMTF : J'adore cette stratégie !]. Après quelques heures de jeu, vous arroserez l'écran de tirs dans tous les sens, ce qui aura aussi pour effet de révéler la présence de plates-formes invisibles auparavant. En grimpant sur celles-ci, vous dénicherez souvent des bonus ou de grosses pierres précieuses. La recherche de tous ces secrets est donc intéressante si vous ambitionnez de réaliser un bon pourcentage de complétion, calculé sur la base des trésors et vies découverts.

Sur le plan technique, Gunlord n'impressionnera personne de nos jours, pas plus sur Dreamcast que sur Neo-Geo. Le titre ayant été développé pour le système de SNK, la version Dreamcast n'exploite pas du tout le potentiel de l'ultime machine de Sega. On peut pourtant difficilement le reprocher à la NG:Dev.Team, pour qui la Dreamcast sert principalement à démocratiser ses productions. Malgré tout, les spécificités matérielles de ce support abordable sont prises en compte. En témoigne la triple compatibilité avec la sortie vidéo VGA, la carte mémoire VMU et le stick arcade. Pour le reste, on se trouve devant un jeu tournant sur le standard Neo-Geo qui, en matière de 2D, en remontre à bien des machines concurrentes.

Pas vraiment conforme au style rencontré habituellement sur Neo-Geo, le résultat à l'écran est plutôt proche du rendu typique de l'Amiga. Ce n'est pas réellement une surprise, les ordinateurs de Commodore ayant été un support de choix pour les créateurs européens, dont l'Allemand Manfred Trenz. Dès lors que Gunlord s'inspire ouvertement de ces productions européennes, il est naturel qu'il en adopte le style. On admire ainsi des décors simples et subtils, dans lequels des sprites détaillés et propres sont animés à la fois sommairement et efficacement. La qualité graphique n'est donc pas renversante, mais il demeure très agréable de respirer ce parfum rétro. De plus, certaines scènes sont réellement spectaculaires, en particulier les combats contre les boss gigantesques qui rappellent ceux de Contra 3.
Hélas, le soin apporté aux graphismes n'est pas constant et baisse légèrement dans la seconde moitié du jeu. On peut dire la même chose des aires de jeu qui sont géantes dans les premier et troisième niveaux avant de se rapetisser dans les stages ultérieurs, excluant parfois toute exploration. En outre, la difficulté est étrangement mal réglée avec des passages « faciles » en plein milieu de l'aventure, alors que le début du jeu est plutôt corsé.

S'il y a bien un aspect dont la qualité ne varie pas au fil du jeu, ce sont les musiques. Toujours adaptées à l'atmosphère des niveaux, elles sont toutes fantastiques. Du synthé aventurier associé à des percussions africaines, on passe ensuite à des ambiances sombres et lourdes lorsque la tension monte. Ainsi, comme pour certains jeux d'une époque révolue, on pourrait prendre plaisir à rejouer à Gunlord uniquement pour écouter ses musiques pimentées de voix digitalisées. La réussite est donc totale sur le plan sonore, un aspect primordial pour ce type de jeu. D'ailleurs, si vous demandez à un fan de Turrican de vous citer l'atout principal de ce classique, il y a de fortes chances qu'il désigne les musiques. Nul doute que les thèmes composés par l'artiste Chris Huelsbeck ont mis la pression sur Rafael Dyll qui signe la bande-son de Gunlord. Et force est de reconnaître que l'élève s'est hissé au niveau du maître.

Après cette présentation générale, j'aimerais vous présenter les différents niveaux plus en détail. N'hésitez pas à ignorer cette deuxième partie de l'article si vous souhaitez vous garder la surprise de la découverte. Sachez certes que la difficulté est plutôt élevée, mais qu'elle ne devrait pas vous empêcher d'arriver au terme de l'aventure. En effet, bien que votre mort fasse réapparaître les ennemis éliminés auparavant, vous ne devriez pas rester bloqué bien longtemps dans un même niveau. Grâce aux nombreuses vies supplémentaires et aux continues vous ramenant à l'endroit exact de votre échec, vous devriez être en mesure de gagner la partie. Enfin, dans le mode original du moins, car le mode arcade est autrement plus compliqué. Dans ce mode pour les champions, les vies supplémentaires sont remplacées par des extensions de temps (limité uniquement dans ce mode) et les continues vous font recommencer au début du niveau.

Si vous décidez d'arrêter votre lecture ici, je vous remercie de votre attention. Si vous choisissez de la poursuivre, rendez-vous à la page suivante.

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