Quand
on parle de la NES/Famicom, on pense tout de suite à des jeux comme Mario,
Zelda, Batman, Castlevania,
ou encore les Tortues Ninja. Pourtant, il existe certains jeux tout aussi bons,
mais qui pour diverses raisons restent dans l'ombre de ces chefs-d'oeuvre. Faxanadu
fait partie de ceux-ci, car il se place sans conteste dans le top 10 des meilleurs
jeux de la Nintendo 8 bits. La défunte revue Player One dans son sixième
numéro l'avait noté seulement 78%, ce qui est étonnant quand
on sait à quel point les jeux étaient surnotés à cette
époque... Mais passons.
Faxanadu est une sorte de "gaiden" (épisode hors-série)
des séries Xanadu et Dragon
Slayer sur PC-Engine, mais hormis le logo et l'éditeur, la ressemblance
s'arrête là. Alors que Xanadu et Dragon Slayer sont des RPG purs
et durs, Faxanadu appartient à la catégorie arcade-aventure (ou
Action-RPG pour les p'tits jeunes ; il me semble en effet qu'on n'utilise plus
beaucoup le terme arcade-aventure de nos jours...) Le soft, signé Falcom
(un des plus grands éditeurs de RPG au Japon, mais dont la plupart des
titres n'ont jamais été traduits, sauf certains volets de YS), est
sorti en 1987 au Japon, mais il faudra attendre 1990 pour le voir débarquer
dans l'hexagone (avec les textes en anglais hérités de la version
américaine). Eh oui, cela surprendra peut-être les moins vieux d'entre
vous, mais il y avait un temps où les jeux et les consoles mettaient facilement
3 ou 4 ans pour arriver en Europe, voire plus... quand ils arrivaient ! Quel
fan de RPG à l'époque n'a pas attendu - en vain - des versions européennes
de Final Fantasy VI ou de Seiken Densetsu 3/Secret of Mana 2? On a eu droit aussi
à quelques cas assez comiques, comme la version Saturn de King of Fighters
95, arrivée en France alors que le 96 était déjà disponible
au Japon... et pour couronner le tout, dans une version plus lente !
Faxanadu est un des jeux qui m'ont le plus marqué dans ma vie de joueur.
En quoi se différencie-t-il de ses concurrents? C'est ce que nous allons
essayer de voir.
Note: les photos de cet article sont tirées indifféremment des
versions nippone et occidentale du jeu - rien ne change, hormis la langue utilisée
lors des dialogues
L'écran-titre.
Le retour du héros.
Une histoire d'elfes et de nains.
Vous êtes un aventurier originaire de la cité des Elfes, et vous
rentrez chez vous après un long voyage. Hélas, à votre arrivée,
vous remarquez que tout a bien changé ! Le village des Elfes, qui connaissait
autrefois paix et prospérité, n'offre plus que désastre et
désolation. Un météorite s'est abattu sur l'Arbre du Monde,
transformant l'eau de la fontaine des Elfes, source de vie, en un terrible poison
avant de se tarir. Les Nains qui habitaient dans l'Arbre sont devenus fous. Pour
ramener la paix, il faut pénétrer dans l'Arbre du Monde et vaincre
le Démon qui y a élu domicile. Beaucoup d'hommes sont partis l'en
déloger, mais aucun n'est revenu. Vous êtes le dernier espoir des
Elfes.
Ca commence
comme un Livre Dont Vous Etes le Héros. Il convient toutefois d'apporter
une précision importante. Malgré le fait qu'on parle d'Elfes et
de Nains, ceux-ci n'ont pas grand-chose à voir avec l'image traditionnelle
qu'on en a, popularisée par J.R.R Tolkien et sa trilogie du Seigneur des
Anneaux. Bien sûr, on est sur NES, donc les sprites ne sont pas fortement
détaillés, mais tout de même. Les Elfes sont comme des humains,
de toutes tailles et tous gabarits (vous avez déjà vu des Elfes
bedonnants, vous ?) En observant attentivement les visages lors des scènes
de dialogue, on peut entrevoir des oreilles (très) vaguement pointues,
mais cela s'arrête là. Quand aux Nains, ils sont certes de petite
taille, mais là non plus, ça ne va pas plus loin. Pas de barbe,
et surtout le fait qu'ils vivent dans un arbre, c'est du jamais vu ! Pour ceux
qui ne sont pas habitués à l'heroic-fantasy classique, les Elfes
ont pour habitude de résider dans les bois tandis que les Nains vivent
dans les entrailles de la terre des montagnes, avec une sacro-sainte horreur de
la verdure...
Des monstres au design... spécial.
Un des rares endroits sans
ennemis: un village.
Lors de votre arrivée au village, seul et sans armes (bonjour l'aventurier !),
vous pouvez questionner quelques habitants, qui vous conseilleront d'aller rendre
visite au Roi. Vous rencontrerez au passage deux monstres: évitez-les en
sautant par-dessus, car de toute façon, vous ne pouvez pas les tuer pour
le moment (ce serait quand même bête de mourir juste au début
du jeu !) Le Roi vous expliquera la situation, vous remettra un peu d'argent afin
de pouvoir faire quelques emplettes (à commencer par une arme !) et c'est
parti ! Comme
je suis sympa, je vous donne un truc. Le Roi va vous faire don de 1500 pièces
d'or. Dépensez-les toutes, puis retournez le voir: il vous offrira encore
1500 pièces ! Cela ne fonctionne évidemment pas une troisième
fois :)

En haut, un Nain.
Un donjon dans un arbre, c'est normal.
En route pour l'aventure !
La première
chose à faire sera de sortir du village, afin d'accéder au bas du
tronc de l'Arbre du Monde. Avant de quitter la cité, il convient de faire
le point sur ce que vous pouvez y entreprendre, tant dans celle-ci que dans les
autres villes du jeu que vous traverserez pendant votre exploration de l'Arbre.
Comme dans tout bon A-RPG qui se respecte, vous pourrez bien sûr acheter
armes, armures, et équipement (principalement des clés et des potions,
le jeu ne proposant pas une tonne d'objets différents), mais aussi récupérer
de la vie chez le boulanger ( !) ou au cabinet médical du coin. L'infirmière
étant plutôt jolie, je privilégie toujours cette dernière.
Vous pouvez également acheter des sorts magiques, plus ou moins utiles.
En fait, sur la petite demi-dizaine de sorts que compte le jeu, seuls deux d'entre
eux me semblent vraiment indispensables. A noter d'ailleurs que vous pouvez acheter
l'un des deux sorts les plus puissants de l'aventure presque au début,
juste avant le second village ! Le hic, c'est que la somme demandée est
absolument exorbitante (à ce niveau du jeu, les ennemis tués ne
rapportent pas beaucoup d'argent), et que si vous tenez absolument à l'obtenir
à ce moment-là (on ne peut pas la racheter plus loin dans le jeu,
vous serez obligé de retraverser tout l'Arbre en sens inverse, ce qui est
très long), il faudra sans doute passer deux bonnes heures à tuer
du monstre...
Entre les deux, mon choix est fait...
Et enfin, vous
pouvez aussi (non, vous devez) aller voir le gourou. Un gourou? Qu'est-ce qu'il
raconte, lui? Un de ces charlatans barbus qui annoncent la fin du monde et l'arrivée
salvatrice des extra-terrestres en vous retirant tous vos sous? Non, pas ce genre
de gourou-là ! C'est par leur biais (je dis «leur» car il y
en a un par village, plus quelques-uns isolés dans les donjons) que vous
pourrez sauvegarder votre partie, au moyen de codes... euh... assez tortueux...
du genre aMH?8A?,INwbg3AU 4IUx0JfA. Vous allez donc vous retrouver rapidement
avec des pages noircies de codes, extrêmement fastidieux à entrer
à chaque fois que vous rallumez la console. Ce sont également les
gourous qui vous accorderont différents titres en fonction du nombre de
vos points d'expérience (pas moins de 16 grades, allant de Novice à
Lord, en passant par Chevalier ou Warrior). Concrètement, cela n'affecte
guère qu'un paramètre : le nombre de pièces dont vous disposez
à chaque nouvelle partie. Car, oui, et c'est un défaut du jeu parfois
assez frustrant, vous recommencez TOUJOURS avec une somme pré-définie,
et non pas avec l'argent que vous possédiez avant d'éteindre la
console.
Les gourous vous fourniront parfois aussi des objets indispensables dans votre
quête.
Face-à-face avec un gourou.
Avec ça, vous êtes blindé !
Simon Belmont, on t'a reconnu !
Pour pouvoir
sortir de votre village natal, vous aurez besoin d'une clé (qu'on achète
chez le... serrurier bien sûr !) Il s'agit d'un principe spécifique
à Faxanadu (je ne dis pas que c'est le seul jeu à en faire usage,
mais c'est particulièrement développé ici.) Chaque fois que
vous désirez entrer dans un nouveau tronçon de l'Arbre, ou dans
un donjon (ceux-ci faisant partie intégrante de l'Arbre), il vous faudra
une clé bien précise (cinq modèles différents). Mais
attention: dans la majorité des cas, une clé ne sert qu'une seule
et unique fois - et deux fois pour les donjons afin de ne pas se retrouver bloqué
à l'intérieur. Comme vous ignorez évidemment de quelles clés
vous allez avoir besoin plus tard, et que votre équipement est limité
(pas plus de 8 objets), vous allez peut-être parfois devoir parcourir un
chemin assez long pour revenir en arrière jusqu'à trouver un magasin
qui vend la clé dont vous avez besoin. Bien entendu, le problème
ne se pose pas pour le premier village.
Des monstres très énervants !
Ceux-ci aussi, mais moins.
Vous quittez
donc votre cité après vous être débarrassé de
l'ennemi qui gardait la porte. Vous vous retrouvez au pied de l'Arbre, en compagnie
de quelques monstres, et ne devrez pas tarder à commencer à grimper
au bout de quelques écrans. Le système d'écrans justement,
est identique à celui de Zelda 1. Le décor n'avance pas au fil de
votre progression, il est enfermé dans une zone fixe, et vous changez d'écran
lorsque vous atteignez le bord de celui-ci. Ainsi, les monstres ne vous poursuivront
pas. Et entre nous, c'est plutôt une bonne chose. Pourquoi? Parce que Faxanadu
n'est pas un jeu facile au niveau des combats de base (alors qu'étrangement,
la plupart des Boss sont relativement simples), surtout au début. On remarquera
d'ailleurs un bestiaire dans l'ensemble assez varié (une trentaine de monstres
pour tout le jeu, plus sept Boss). Les ennemis sont parfois assez énervants,
que ce soit dans leurs manières de se déplacer ou dans leurs types
d'attaque (l'un d'eux, qui ressemble un peu à Kung Lao de Mortal Kombat
2, peut vous toucher à distance où que vous soyez !) Mais surtout,
votre pire ennemi, ce sera peut-être vous-même... La maniabilité
est bonne dans le sens où le pad répond nickel, mais alors... vous
voyez comment se déplace Simon Belmont dans Castlevania et ses problèmes
d'arthrite, qui font parfois s'arracher les cheveux au pauvre joueur entre deux
plates-formes ? Et bien là, c'est pareil... en pire. Votre héros
est d'une rigidité incroyable, surtout dans les sauts qui demandent un
millimètrage incroyable. Il est impossible de tomber dans le vide (dans
le pire des cas, on tombe de trois écrans), mais quand il faut réaffronter
tous les monstres (qui reviennent dès que vous quittez un écran),
dur... Un conseil : dans les parties plate-forme, éliminez d'abord toute
la vermine avant de sauter quelque part. Avec un peu de temps, on s'y habitue,
mais ça reste tout de même parfois assez énervant.
Aaarghh ! Non, pas les plate-formes !
Balrog/Vega de Street Fighter II :)
Fontaine, je ne boirai pas de ton eau !
Votre première véritable mission consistera à retrouver les
trois Fontaines de Vie (une d'entre elles est vraiment bien cachée !),
et à leur redonner vie. Lorsque vous aurez réussi, vous pourrez
pénétrer dans le tronc de l'Arbre, et c'est là que les choses
sérieuses commenceront vraiment.
C'est surtout là que vous découvrirez la partie du jeu qui fait
de Faxanadu un soft d'anthologie. Toute la partie se déroulant dans le
tronc est noyée dans un brouillard permanent à couper au couteau
(de cuisine), mais surtout... Oh mon Dieu, la musique ! La NES n'a jamais été
réputée pour ses qualités sonores (même si j'adore
ce type de sonorité, et que certains jeux bénéficient d'une
excellente bande-son comme Batman ou Double Dragon II), mais là, les programmeurs
de chez Falcom se sont surpassés ! Dans l'ensemble, toutes les musiques
du soft sont extraordinaires, mais celle du brouillard mérite sans nul
doute le titre de "musique la plus angoissante" jamais entendue
dans un jeu NES ! Certes, il s'agit d'un tout, d'une ambiance générale
où la difficulté et les graphismes ont aussi leur rôle, mais
c'est la musique qui marque le plus. Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai découvert
le jeu, et j'avoue qu'à l'époque, ce passage m'avait quasiment fait
peur ! A ce jour, aucune autre musique dans quelque jeu que ce soit n'a réussi
à me faire le même effet. Il règne une véritable ambiance
«malsaine» qui projette littéralement le joueur dans le jeu.
La sensation d'angoisse ne disparaîtra qu'une fois la partie du tronc terminée,
c'est à dire pas tout de suite, car du fait de son côté labyrinthique
et de la mauvaise visibilité qui y règne, vous en aurez pour un
bout de temps...
Ce n'est pas un bug, c'est juste que vous volez !
Le brouillard, brrr...
Puisqu'on parle de visibilité, un mot sur les graphismes. Faxanadu n'est
pas le plus beau jeu de la NES. Il ferait même plutôt pâle figure
à côté d'un Castlevania III par exemple. Les graphismes n'en
restent pas moins tout à fait corrects, et surtout possèdent une
touche inimitable. Tant dans le design général que dans les couleurs
(dominance de marrons, ocres, et verts; violets et gris pour le tronc), tout dans
ce jeu contribue, en plus de la musique, à recréer une ambiance
générale assez éloignée des univers d'heroic fantasy
habituels. J'ai eu beau chercher un jeu dont le design pouvait ressembler à
Faxanadu, je n'en ai pas trouvé. Une ambiance à part, qui ne peut
pas vraiment se décrire avec des mots. Faxanadu ne s'explique pas, il se
joue.
Une fois passé
le passage (éprouvant) du tronc, vous passerez aux branches, avant-dernière
partie du jeu. Il vous faudra absolument trouver l'épée répondant
au nom de Dragon Slayer (clin d'oeil au jeu éponyme), la plus puissante
du jeu, ainsi que l'armure et le casque qui vont avec. Puis enfin, vous affronterez
le dernier donjon (assez pénible), et le Boss final, qui est une déception.
On ne connaît même pas son nom, et si vous disposez de la magie adéquate,
vous l'éliminerez en quelques secondes. Dommage... L'avant-dernier Boss,
le Roi des Nains, est bien plus dur à battre et bien plus réussi.
On enchaîne direct sur la fin du jeu, pourrie.

Si vous pouviez entendre la musique !
T'es pas beau toi !

Le dernier Boss, nul.
Et vous repartez vers de nouvelles aventures !
Conclusion
Dans l'ensemble,
Faxanadu se démarque du reste de la production par une ambiance unique
et extraordinaire, à laquelle les musiques et le design global doivent
beaucoup. Le scénario est certes basique, mais plus original que ce qu'on
a l'habitude de voir sur 8 bits. Dans l'ensemble, le gameplay tient la route,
si on excepte le problème de la rigidité du héros, et du
système de codes franchement prise de tête. Le jeu est dur, tant
par la force des ennemis que par le côté exploration, mais reste
accessible si on persévère.
Faxanadu est un jeu injustement méconnu. Certes, il n'a pas l'aura d'un
Zelda ou d'un Castlevania, mais dans le genre arcade-aventure, il s'agit d'une
véritable perle, qui a au moins le mérite de transporter le joueur
dans un autre monde, ce qui est loin d'être donné à tous les
jeux.
Faxanadu se
doit de figurer dans la ludothèque de tout possesseur de NES qui se respecte.
Les boîtes et notices occidentales et japonaises
(pour une fois, l'occidentale est plus belle !)
LVD