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Castlevania - La série
Année : 1986
Système : Game Boy, GBA, MSX, NES, N64, PC Engine, Playstation, Saturn, SNES
Développeur : Konami
Éditeur : Konami
Genre : Action / Plate-forme / Beat'em all

CASTLEVANIA : un voyage au pays des chasseurs de vampires...

- Annexes / 2ème Partie : Le point de vue de Tonton Ben sur Castlevania: Rondo of Blood -

L'intro animée, à couper le souffle.

Arrêtons-nous quelques instants sur l'épisode le plus mystérieux de la série, afin de mieux comprendre son poids et son impact. Rarement un jeu n'aura connu un succès et une estime si forte, alors que, au bout du compte, peu de joueurs auront eu l'occasion de s'y essayer. Alors, aujourd'hui, pour toutes celles et ceux qui s'interrogent sur les tenants et aboutissants de Dracula X: Rondo of Blood, nous allons plonger au cœur de ce titre fantastique.

Cet écran titre en a fait baver plus d'un!
Le menu principal.

Par une nuit sans lune, un groupe de fanatiques sacrifient une jeune vierge sur le cercueil de leur maître, le comte Dracula. Avec sa résurrection séculaire, des hordes de monstres s'abattent sur les villages avoisinant le château. En tant que descendant de la famille Belmont, et héritier du fouet béni, Richter part à l'assaut, avec pour objectif de libérer quatre jeunes filles retenues prisonnières: Tera, l'une des nonnes du couvent local; Iris, la fille du docteur; Annette Renard, la promise de Richter; et Maria Renard, sa petite sœur. Dracula X: Rondo of Blood se présente donc comme le premier épisode sur support cédé, et bénéficie des avantages de la galette. Ainsi, toute l'histoire est résumée par une superbe introduction animée dans le plus pur style japonais, avec, comble du raffinement, une narration des évènements en allemand, le tout sous-titré en japonais. Je ne me rappelle pas avoir connu une autre expérience semblable.

Rendez-vous avec la Mort!
La ville en flammes... et ce n'est pas le boss!

Et le jeu démarre sur un prologue, la première rencontre entre Richter et la Mort, une excellente mise en condition: rien de tel qu'un boss d'entrée pour se chauffer les doigts! Une fois cet incident de parcours passé, Richter débarque dans la ville d'Ajiba en flammes, en proie aux légions du seigneur des ténèbres. L'aventure peut vraiment commencer. Elle va se dérouler sur sept niveaux, ce qui pourrait paraître faiblard, comparé aux quatorze de Super Castlevania IV sur Super Nintendo; il n'en est rien, puisque quatre niveaux secrets sont à découvrir. C'est là que se trouve le génie de cette version: contrairement à Castlevania III : Dracula's Curse sur NES qui proposait un choix de parcours, ici, dans chaque stage, un chemin alterné caché mène à une version prime du niveau suivant. Cette particularité est valable également pour les niveaux secrets, puisque là aussi, si vous souhaitez poursuivre le chemin alternatif, il faudra découvrir le passage secret; sinon, vous retournerez au parcours normal.

Donne la papatte!
Le hall d'entrée, un grand classique.

Les passages en question ne sont pas trop difficiles à trouver, mais demanderont un minimum d'attention et d'exploration, car certains d'entre eux sont multiples: il ne faut pas oublier que quatre jeunes filles sont à secourir, elles sont toutes retenues dans quatre cellules, fermées à clé (qu'il faudra trouver et conserver), et dispersées dans le jeu. Non seulement leur libération permettra d'admirer la véritable fin du jeu, mais la première des jeunes filles secourues, Maria, viendra se joindre à Richter dans sa quête! Il est en effet possible, à partir de ce moment, de sélectionner Maria ou Richter, qui possèdent tous deux des caractéristiques différentes. Première constatation: avec Richter, l'on revient aux sources de Castlevania en matière de jouabilité. Comprenez par là que notre vaillant héros possède une démarche assez lente, que son fouet n'est plus dirigeable, qu'il ne peut plus avancer à genoux, qu'il ne peut plus s'accrocher à certains anneaux, et qu'enfin, les sauts sont bien moins contrôlables qu'avec Simon dans Super Castlevania IV. En contrepartie, Richter peut se servir de ses sous-armes d'une nouvelle façon: une pression sur Start, et l'on provoque un "Item Crash", une espèce d'effet spécial et spécifique à chaque sous-arme. Terriblement efficace. Richter conservera cette possibilité dans Symphony of the Night. À noter l'apparition d'une nouvelle sous-arme: la Bible, qui sert de champ de protection.

Un équilibre précaire.
Exemple d'Item Crash avec le crucifix!

Si Richter est lent, il encaisse bien les coups, et se bat avec le fameux fouet; Maria, elle, se montre moins résistante aux attaques, mais pratique le double saut, avance plus rapidement et se sert de la nature pour occire l'ennemi. Son attaque de base consiste en un lâcher de colombes, façon boomerang, très efficace. Les sous-armes classiques sont remplacées par quatre animaux divins dans la mythologie chinoise: le phœnix, le dragon, le chat et la tortue. La Bible est devenu un livre de chant, et la montre, un œuf. En outre, là où Richter peut effectuer une espèce de salto arrière d'esquive, Maria peut rouler et glisser à terre, très pratique pour passer très rapidement dans certaines pièces; elle possède en plus une attaque secrète où elle projette un double d'elle-même en armure. Étrange. Maria se révèle très efficace, et facilite énormément la progression dans le jeu. Une espèce de mode facile, terriblement bien pensé.

Le bestiaire n'est pas en reste, et l'on assiste à une variété impressionnante de bestioles à vaincre! Tous les ennemis classiques sont présents (goules, squelettes, hommes-mouches...), et des petits nouveaux ont fait leur apparition, parfois en un exemplaire. Certains sont même assez gros et violents pour constituer une espèce de sous-boss. La plupart d'entre eux seront de retour dans Symphony of the Night. Les boss, quant à eux, sont magnifiques! Grands, fourbes, résistants, là encore, Richter et Maria devront affronter les classiques et quelques petits nouveaux. Selon le chemin emprunté, la confrontation sera différente! Méfiez-vous, certains d'entre eux ont la fâcheuse habitude de porter un coup décisif juste avant de trépasser: si la barre de vie du héros est trop limite, le coup est fatal. Vicieux.

Des décors de toute beauté!
Oups, le pont s'effondre!

Alors que Super Castlevania IV avait donné un sérieux coup de fouet, pardon, de jeune à la série avec des graphismes colorés, des sprites énormes, et des effets sensationnels, Konami a rehaussé ses critères de qualité avec une version PC-Engine CD-ROM démentielle, à la réalisation époustouflante, et qui va lui tailler une réputation de jeu culte. Premier choc visuel, les graphismes sont d'une finesse fort appréciable, là où Super Castlevania IV présentait une pixellisation encore assez marquée. Les sprites sont très bien dessinés, et bénéficient d'une animation parfaite: de la démarche déterminée de Richter, aux mouvements rapides des boss, tout n'est que souplesse et volupté. Le scrolling est parfait, et dessert des décors sublimes aux effets multiples: effets parallaxes, effets de distorsion, changements de couleurs... Si l'on n'assiste pas à la même débauche technique qu'avec la version Super Nintendo (qui avait servi de démonstration des capacités du mode 7 de la machine), c'est tout simplement parce que la qualité et la beauté des décors se suffisent à elles-mêmes! Chaque niveau présente jusqu'à trois à quatre variétés d'environnements visuels (ce qui rappelle un peu la découpe classique des niveaux en sous-sections), si riches de détails... La conception artistique du jeu est à son apogée, et l'ambiance gothique qui s'en dégage touche le joueur au plus profond de sa sensibilité.

La libération de Maria... tout en cinématique!

Mais tout ceci ne serait rien si l'ambiance musicale n'était pas à la hauteur... Et là, le support cédé prend tout son sens. Non seulement les thèmes sont toujours aussi envoûtants, et les nouveaux sont particulièrement réussis, mais la qualité symphonique élève le plaisir de jeu à un stade jamais atteint jusqu'ici dans la série. Le tout est entrecoupé de bruitages convaincants, et surtout de voix qui accompagnent les nombreuses scènes cinématiques du jeu. Un régal pour les yeux, et du bonheur pour les oreilles. La PC-Engine possédant une unité de sauvegarde, Dracula X: Rondo of Blood propose, à travers un menu principal, de conserver sa progression. Tout niveau découvert est accessible par la suite, rendant plus facile la quête aux passages secrets pour atteindre le 100% de recherche, et pour amasser également suffisamment de pièces d'or, afin de débloquer les techniques, ces parties enregistrées qui dévoilent la meilleure façon de vaincre un boss. Des petits plus qui rallongent la durée de vie du jeu, et qui seront également repris dans Symphony of the Night.

Alors que Dracula X: Rondo of Blood se classe déjà aisément, par tous ses atouts, dans le top trois de la série Castlevania, le titre va acquérir son aura mystique et son statut quasi divin par un phénomène finalement assez trivial: le problème de l'exportation du support, et, accessoirement, du jeu. Alors que la console de Nec et ses déclinaisons font un carton monstre au pays du soleil levant, jusqu'à avoir leur émission télévisée exclusive hebdomadaire, les machines s'exportent très peu, à cause de leur prix, d'erreurs de marketing, et, il faut bien le dire, d'un catalogue de jeu élitiste, car très peut de titres sont traduits. Ami lecteur, tu veux en savoir plus sur le sujet? Cours vite dévorer le dossier systèmede la PC-Engine !

Gaffe à l'armurerie volante!
Un autre exemple d'Item Crash, avec Maria.

Quelles sont les conséquences pour Dracula X: Rondo of Blood? Le jeu n'est tout simplement jamais sorti des frontières du Japon, et étant donné que la console s'est éteinte l'année suivante, il est très rapidement devenu impossible, pour nous autres européens, de se procurer un exemplaire de la console, et surtout du jeu qui va avec. Je vous rassure, les américains ont connu les mêmes déboires. Ce qui signifie que la plupart des joueurs de la série Castlevania ne connaissent Rondo of Blood qu'à travers quelques photos distillées dans des magazines de jeux vidéo d'import de l'époque. C'est un constat: l'un des plus beaux titres de la saga se trouve être l'un des plus rares, tous jeux confondus. Pour ne rien arranger, le jeu ayant été pressé à un nombre assez restreint d'exemplaires, il est également devenu collector dans son pays d'origine. J'ai entendu dire qu'il avait un moment compté parmi les dix titres les plus recherchés au Japon.

Avec les prodiges de l'émulation, et la réussite d'un émulateur en particuler, Magic Engine, la demande du jeu s'est accrue; les rares exemplaires à disposition sur les sites d'enchères dépassent aujourd'hui allègrement les 120 euros. Des copies circulent, mais sont ardues à trouver; qui plus est, Konami a fait en sorte d'entretenir le mythe et s'est attelé à ce qu'aucune ne soit directement disponible sur le net. Avec la sortie sur PSX de Castlevania Chronicles, c'est-à-dire la réédition de la version X68000, les espoirs quant à une nouvelle sortie internationale de Rondo of Blood se sont manifestés (Igarashi avait suggéré cette possibilité, ainsi qu'une nouvelle édition de Castlevania III : Dracula's Curse); les fans attendent toujours...

Duel au sommet avec la Mort...
Attention au dragon squelette!

Dracula X: Rondo of Blood se caractérise donc non seulement par une réalisation impeccable, mais aussi par un plaisir de jeu incroyablement riche; sa rareté en fait en quelque sorte l'épisode secret, une espèce de Saint Graal de la série. J'ai eu l'immense plaisir de la découvrir récemment; je n'ai pas été déçu. Et contrairement aux idées reçues, Dracula XX sur Super Nintendo n'a absolument rien à voir avec cette version. Les niveaux ne sont pas du tout les mêmes, aussi bien sur le plan graphique que sur leur architecture. Seule la suite directe de Rondo of Blood a su transcender cette expérience: Symphony of the Night.

Afin de ne pas trop en dévoiler sur ce titre, des éléments ont été volontairement omis; pour les plus curieux, la page suivante du dossier dévoile l'ensemble des niveaux du jeu (ATTENTION : SPOILERS).

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