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Crash Bandicoot 2 : Cortex Strikes Back
Anne : 1997
Systme : Playstation ...
Dveloppeur : Naughty Dog
diteur : Sony Computer Entertainment
Genre : Plate-forme / Action
Par MTF (28 fvrier 2016)

En matire de jeu de plates-formes, je suis surtout un habitu des jeux Nintendo, comme peuvent en tmoigner les quelques articles que j'ai pu crire pour le site. Pourtant, dans ce panthon tout personnel que je me suis construit au fur et mesure des annes, il est un nom venu de l'autre camp, de chez Sony particulirement, et qui ctoie les dinosaures, les singes et les plombiers : Crash Bandicoot 2: Cortex Strikes Back. Ce n'tait pas l mon premier contact avec le rongeur de Naughty Dog : un CD de dmos, glan dans je-ne-sais-quel magazine, me l'avait prsent mais j'tais alors loin d'tre convaincu. Il faut dire que je dcouvris la Playstation finalement assez tard, et Super Mario 64 et Banjo-Kazooie taient dj passs par l. D'autres, avec d'autres histoires, auront vu alors de la beaut et de la nouveaut ; je ne voyais l que de la redite et de la contrainte. Et puis, en voyant, toujours dans ces mmes magazines, des retours trs positifs sur le second pisode, je m'y risquai, et je l'aimai absolument. La forme, pourtant, ne changeait quasiment point, du moins en surface : mais j'y trouvais l, comme je vais le montrer, suffisamment de qualits pour passer outre la pompe et la reprise.
Dbarrassons-nous de l'histoire du jeu, qui ne trahira pas les prtextes que nous connaissons par ailleurs : peu aprs l'chec du docteur Cortex dans le premier pisode, celui-ci dbutant prcisment au moment o son dirigeable funeste s'crase sur l'le tropicale, le savant fou dcouvre une caverne habite par de curieux cristaux rostres. Ceux-ci sont la source d'un pouvoir phnomnal permettant de sauver le monde d'une future catastrophe qui menace l'univers ; nanmoins, il en faut davantage et ceux-ci sont rpartis sur l'ensemble du globe. Ni une, ni deux, Cortex demande son vieil ennemi de l'aider dans sa qute et le tlporte dans une sorte de station orbitale dans laquelle il aura accs, par la magie de la science imaginaire, aux environnements o ces gemmes se cachent. Pour rsumer : le joueur doit parcourir un peu plus de vingt niveaux pour accder au dernier boss et finir le jeu ; quant au pourquoi et au comment, je m'en dporte, les intresss iront voir le reste ailleurs. Quelque part, cela n'est pas plus mal : Crash Bandicoot 2 se moule, peut-tre malgr lui tant il aime interrompre notre partie par des cut-scenes l'intrt limit, dans une tradition ancienne de l'intrigue transparente. On apprciera nanmoins que les dveloppeurs n'aient pas ressorti, comme Mario ou d'autres, la carte de la demoiselle en dtresse : au contraire, la sur du Bandicoot, Coco, l'aidera ponctuellement dans sa qute.

Les cinmatiques sont limites souvent ces ttes parlantes... Sans trop rvler l'intrigue, sachez que le mchant est trs mchant, et que les gentils sont trs gentils.

Bon, cela est pas mal, mais l'aventure attend !

Attention, a tourne !

La srie des Crash Bandicoot s'appuie sur une srie de principes fondamentaux que l'on retrouve, quasiment tels quels, depuis le premier pisode de la srie. Il est dj un article ddi un pisode sur le site, je n'en dirai donc ici que le strict minimum. On aura qualifi la perspective employ par le jeu de deux dimensions et demie . Effectivement, Crash Bandicoot, premier du nom, arriva un moment particulier de l'histoire du jeu vido, et du jeu de plates-formes en particulier : celui du passage de la deuxime dimension la troisime. On sait effectivement que nombreuses furent les morts, mais aussi que nombreux furent les succs ; l'ingniosit, surtout, avec laquelle les dveloppeurs laborrent de nouvelles formes est reconnatre. Naughty Dog choisit ds lors de privilgier la fluidit de la progression et le rythme de l'aventure des environnements plus ouverts : le joueur navigue en effet sur un chemin prdtermin, allant gnralement du bas de l'cran vers son sommet, en vitant diffrents obstacles apposs sur sa route, en collectant les bonus et en dtruisant, avec l'attaque-tourbillon qui sera sa signature, les ennemis et les caisses qu'il rencontrera.
Le jeu tmoigne alors d'une belle sensation de profondeur, et troque la libert de la dcouverte pour un rythme effrn et mme, peut-on dire, scnaris : en substance, nous avons dj l tout l'esprit de la compagnie qui se dirigera vers des productions de plus en plus cinmatographiques, les Uncharted et les Last of Us. En parcourant certains niveaux effectivement, notamment ceux o Crash est pourchass par des rochers ou volue dans des usines inquitantes, on a cette sensation que la mise en scne prend le dessus sur le gameplay ou le plaisir de jeu. La chose est russie, tant et si bien qu'il m'a fallu revenir avec attention sur le titre en prvision de cet article pour m'en apercevoir : car s'il est quelque chose retenir de Crash Bandicoot, du personnage cette fois-ci et non du jeu, c'est qu'il est fun.

Si ce n'est quelques nouveauts, comme ces caisses vertes qu'il ne faut absolument pas toucher, le joueur sera en terrain connu.

On a peut-tre tendance l'oublier, mais Crash Bandicoot a reprsent son arrive dans la culture populaire l'irrvrence et la fougue adolescente, la puissance : tout comme Sonic en son temps, Crash Bandicoot jouait cette carte de la folie qui empruntait tant MTV qu' Jackass. Tous ses mouvements sont alors dirigs vers cet objectif : la tornade avec laquelle il dtruit les ennemis et clate les fameuses caisses de bois qui n'ont jamais t plus diverses, fait rfrence autant au diable de Tazmanie de la Warner qu' une technique de catcheur de la WWF ; ses grimaces rappellent tant celles d'un acteur du cinma muet que les explosions inquitantes de Daffy Duck, premire gnration. Jouer Crash Bandicoot, c'est avant tout jouer Crash Bandicoot : c'est le voir partir toutes berzingues face au danger, glisser avec assurance sur la glace fragile ou se faire mchamment cool harnach un jetpack (mais qui ne le serait point ?).
Les petites animations mortuaires avaient frapp l'poque. Le jeu n'a sans doute pas invent le principe, mais il aura nanmoins marqu en son temps : puisque l'on meurt souvent dans Crash Bandicoot 2, le moindre coup tant gnralement fatal, les dveloppeurs se sont amuss transformer leur hros en vritable personnage de dessin anim. Je parlais de Daffy Duck plus haut, on peut citer Tex Avery : et voir le personnage devenir sa mort angelot pipant du didgeridoo, gonfler comme un ballon aprs avoir t piqu par des abeilles ou transformer en pancake aprs le contact crasant, bien que chaleureux, d'un piston-broyeur, participe au grand plaisir que l'on ressent manette en main, au point d'en oublier certaines facilits de jeu.

Les vhicules, bien qu'ayant chacun son inertie, se manient trangement bien. Le jetpack est ainsi un plaisir manipuler, l'un des derniers cadeaux qui sera offert au joueur.

On va lcher les caisses

Il ne faut pas entendre ce terme de facilit d'une faon pjorative, au contraire : c'est prcisment parce qu'elles manquaient au premier pisode, je pense, que je l'avais repouss. Considrons les deux plus videntes : de prime abord, la varit des environnements. Le decorum tropical de Crash Bandicoot, premier du nom, crait une forme de monotonie chez le joueur, du moins, lui donnait l'impression de constamment parcourir cette jungle gnrique et ce bien que l'on explort des chteaux forts ou des laboratoires dments. Dans cet pisode en revanche, cette monotonie survient bien plus tard dans l'aventure, si jamais on la ressent.
Le prtexte des tlportations aide, bien entendu, cette impression mais encore une fois, force est de reconnatre que les dveloppeurs ont mang tous les rteliers : de la jungle, des mondes enneigs et verglacs, des complexes futuristes, des marcages, des ruines plonges dans l'obscurit... Il n'y a rien l de bien original, nous sommes bien d'accord ; mais ces scnes savent alterner avec assez d'intelligence pour s'arrter au moment o elles deviendraient rptitives, et on accueille au contraire la reprise des premiers mondes avec bienveillance, comme en une nostalgie sincre de retrouver, en plus difficile nanmoins, des mcanismes et des ennemis que l'on n'avait pas vus depuis plusieurs heures.

La glace aux jolis reflets et l'obscurit que brisent les lucioles... Le jeu est vraiment beau, mme des anns aprs.

La seconde de ces grandes facilits, c'est la revisite intgrale du systme de sauvegarde. Les mots de passe ne sont plus d'actualit, on le comprendra ; mais, surtout, les diffrents chekpoints enregistrent bel et bien notre progression dans le niveau et notamment les caisses que nous avons dtruites jusque-l. Ces caisses contiennent certes diffrents bonus, mais elles sont surtout ncessaires pour obtenir des gemmes secrtes dbloquant les derniers niveaux du jeu et accder la true ending ; et gnralement, il faut toutes les dtruire pour ce faire. Dans le premier pisode, vous vous deviez d'atteindre cet objectif en une seule et unique vie, la moindre erreur rinitialisant votre dcompte. Dans CB2, point de ceci, ce qui rend la compltion du jeu bien plus aise.
Plus aise certes, mais non ncessairement plus facile : car non seulement les caisses deviennent mieux caches, mais ce sont des sections entires des niveaux qui se dissimulent dans d'autres stages, dans lesquels il faut trouver des chemins de traverse pour tre magiquement tlport de ci, de l. Pour ainsi dire, Naughty Dog s'est rellement attard, de ce point de vue, davantage guider la progression du joueur, davantage lui prendre la main pour le pousser se surpasser : ct de a, le premier pisode parat bien plus empirique dans ses approches, mal dgrossi bien que plaisant. La copie a t rvise, corrige, offerte : il n'est plus rien retoucher.

On retrouve ces phases de profil et les chemins alternatifs... N'oubliez pas de revenir sur vos pas pour trouver toutes les caisses !

dire vrai, il n'tait gure possible de faire autrement, car le jeu sait se faire incroyablement difficile dans ses phases les plus avances. Quand bien mme ne chercherait-on point briser toutes les caisses ou collecter toutes les gemmes, les niveaux se font en eux-mmes trs pervers. Crash meurt en un coup, certes, mais on en a vu d'autres ; c'est surtout que les dveloppeurs ont pris un sadique plaisir crer des courses d'obstacles exigeant une belle matrise de la manette. Encore une fois, on notera l'amlioration au regard de l'anctre : et autant, jadis, la profondeur de champ n'tait pas toujours en faveur du joueur, la perspective tant particulire et embue parfois, autant, ici, les choses se sont clairement amliores. Chaque chute, chaque mort est de notre chef et l'on recommence alors avec rage et dtermination.
Je m'arrte un instant alors sur les situations que l'on aura affronter : encore une fois, elles tmoignent d'un beau renouvellement au regard du premier pisode. Outre donc des phases pdestres ou celles, revisites, o l'on doit chapper un rocher gant voire un ours polaire mal lch, on pourra monter sur une moto fluviale, s'harnacher un jetpack ou chevaucher un ourson blanc fonant aussi vite que possible entre les pingouins et les orques. Les environnements font aussi la part belle la varit : de la jungle la toundra en passant par l'usine futuriste, les marcages ou le complexe d'gouts, on en aura pour son argent. On a souvent compar Crash Bandicoot Donkey Kong Country, les caisses tenant lieu de baril, le tropical colorant tout, les noms de niveaux, hlas non traduits, faisant la part belle aux jeux de mots (The Eel Deal, Un Bearable, Cold Hard Crash...), mais je lui trouve galement un ct Battletoads avec le recul ; par les vhicules et les situations, les dcors, il n'est pas interdit d'y voir une influence, ne serait-ce qu'inavoue.

Chevaucher les oursons, d'accord ; mais Maman Ours aura peut-tre un mot ou deux vous dire...

Ukata !

Au dcor, ajoutons volontiers les musiques : et celles-ci, composes par Josh Mancell qui avait dj offici sur le premier pisode et reviendra dans la srie des Jak and Daxter, font sans doute partie des plus belles de la console. Il est parfois difficile de les dcrire, mais je dirais qu'elles oscillent rgulirement entre l'insouciance d'une aventure amusante, l'intrigant des mystres dvoiler et l'inquitant d'un danger proche. Tout particulirement, le thme du monde des gouts, aux percussions enttantes, ou encore celui du monde gel comptent parmi mes favoris, tout jeu ou support confondu. Le support CD y est sans doute pour quelque chose, et le seul dfaut que je peux vritablement trouver ces airs, c'est qu'on est souvent tent de poser la manette pour en profiter sans bruitages ou sons parasites.

On choisit le niveau grce ces anti-chambres. Au-dessus des portails, le jeu vous indique les gemmes ou cristaux que vous avez ramasss.

J'ai parl rapidement de la jouabilit plus haut, prcisons un choua les choses : outre ses mouvements antrieurs, Crash peut prsent se baisser et avancer croupetons, glisser, tomber lourdement au sol ou profiter d'un saut augment, autant en hauteur qu'en longueur. Ces mouvements seront utiliss ponctuellement, face certaines situations ou pour vaincre certains ennemis, mais surtout pour obtenir les derniers secrets ou encore et venons-en, pour vaincre les boss.
Les patrons du premier Crash ne brillaient gure par leur originalit ni, mme, par leur difficult. Crash Bandicoot 2 poursuit cette timide tradition, l'exception du combat contre le docteur N. Gin qui vous demandera de mettre bas un immense robot en lanant des pommes, le fruit ftiche de la srie. Ils bloqueront perptuellement l'accs au monde suivant, mais ne vous ralentiront gure : l'intrt du jeu est clairement ailleurs.

N. Gin est le boss dont on se souvient des annes plus tard...

Le plaisir de Crash Bandicoot 2 vient de son personnage avant tout, de sa joie de vivre comme je le disais, de la traverse des environnements et de la dcouverte de ses nombreux secrets. Nostalgie part, je pense sincrement qu'il s'agit l, l'instar de Donkey Kong Country 2, du plus agrable des pisodes de cette srie qui aura marqu son poque. Tout en lui est parfait, je n'ai pas de rels griefs son encontre, au contraire de ses autres reprsentants sur Playstation. L'pisode fondateur, bien qu'agrable, est un coup d'essai ; quant sa suite, Crash Bandicoot 3: Warped!, je trouve qu'elle faillit par excs, cherchant proposer bien trop de choses, de challenges, d'objets, de mondes pour ne pas en sortir dgot comme aprs un buffet de campagne.
L'quilibre, voil le matre-mot, je pense ; et bien, en dfinitive, que je ne puisse prter rellement ce jeu un quelconque gnie, il a le got de proposer une aventure passionnante, suffisamment longue pour tenir en haleine et suffisamment ardue pour nous pousser dans nos derniers retranchements. Agrable tant l'il qu' l'oreille, tant la main qu'aux doigts, il restera pour moi le meilleur reprsentant de ce sous-genre si spcifique de la plate-forme, et l'un des meilleurs jeux dans l'absolu.

MTF
(28 fvrier 2016)