NB: le jeu est sorti simultanément sur plusieurs machines en 1983. Comme j'ai découvert
ce jeu "à l'époque" sur Apple II, c'est cette version qui sert ici de référence.
Vous êtes sans doute au courant, dans les jeux vidéo, les princesses
et autres créatures de rêve ont une fâcheuse tendance à se faire kidnapper pour un oui ou pour un
non, obligeant le héros du royaume à aiguiser divers outils contondants qui lui serviront à décimer
quelques bataillons de bestioles diverses et variées pour sauver sa bien-aimée. Certaines de ces demoiselles
ont brillamment fait carrière dans cette voie, et l'on peut citer pour mémoire la princesse Peach qui
à chaque nouvel épisode de Mario prend un plaisir sadique (car elle en fait exprès,
c'est sûr !) à faire courir le petit plombier moustachu dans tous les sens. Le jeu qui nous intéresse aujourd'hui
ne fait pas exception, et démontre même qu'il y a quelques milliers d'années, la technique de l'enlèvement
était déjà parfaitement au point !


Vous êtes Thor, et une jolie jeune demoiselle élégamment
nommée Cute Chick, vient de se faire kidnapper par un dinosaure ! Mais attention, pas n'importe quel dinosaure.
Un T-rex normal aurait bêtement mangé sa proie et tué dans l'oeuf un jeu vidéo fort sympathique,
mais ce dino-là a décidé de la garder pour son quatre-heures... C'est là votre dernière
chance, chevauchez votre fidèle destrier et partez sauver la demoiselle en détresse ! Ha non attendez, juste
un détail. On est encore à l'âge de pierre, et le seul moyen de transport à votre disposition pour
rattraper le saurien géant, c'est une Roue, fraîchement inventée.
Voilà un jeu au concept simplissime, mais qui reste toujours terriblement
addictif dès qu'on y goûte. Le personnage avance en continu, et c'est au joueur de sauter au bon moment pour
éviter les différents obstacles qui se dressent sur son chemin. Il est possible d'accélérer et
de ralentir, et donc de sauter sur une distance plus ou moins grande. Il faudra donc faire le choix le plus judicieux suivant
les circonstances. Bien entendu, le personnage ne peut pas rectifier sa trajectoire lorsqu'il est en l'air. Par ailleurs les
sauts ne sont pas immédiats et souffrent d'une très légère inertie qui les rend un peu plus réalistes
(pour autant que sauter avec un monocycle en pierre soit réaliste...). Il faudra donc en tenir compte et ne pas sauter
trop tard si l'on tente d'éviter des éléments rapprochés les uns des autres. Car BC's Quest
for Tires n'est pas un jeu très facile de prime abord, même s'il ne faut que quelques parties pour facilement
maîtriser Thor et progresser. Il faut bien calculer son élan pour éviter de heurter un obstacle après
avoir sauté par-dessus un autre (surtout quand les obstacles en question vont à des vitesses différentes).
D'une certaine manière, Quest for Tires est comparable à un jeu de course ; on roule en évitant le traffic
et à la moindre erreur d'appréciation des distances, c'est la collision. Tout est donc une question de concentration.
De façon plus précise, Quest for Tires s'est grandement inspiré de Moon Patrol
sorti en 1982, tout en améliorant le concept initial grace à une plus grande diversité dans les épreuves
que le héros doit affronter d'une zone à l'autre. Parallèlement, le jeu est aussi beaucoup plus court,
ce qui est dommage...


Bien entendu, la difficulté va croissante : au début du jeu,
seuls de timides cailloux parsèment votre route, puis des trous font leur apparition, ainsi que des étendues
d'eau qu'il faudra franchir en s'aidant des carapaces de tortues qui émergent temporairement de l'eau. Par la suite
la difficulté s'accroit encore lorsque le terrain plat évolue en côte et que les cailloux roulent vers
vous, puis se sont carrément des chutes de pierre qui tenteront de mettre fin à votre périple, et ainsi
de suite. Parfois il faudra attraper un oiseau pour être transporté de l'autre côté d'un lac de
lave, parfois certains passages tels que des grottes nécessiteront au contraire de se baisser, évitant ainsi
stalactites et autres coups de massue.
Il n'y a pas plusieurs modes de difficulté mais en revanche au début
de la partie, le joueur pourra choisir le nombre de roues en réserve, qui symbolise le nombre de vies (entre 1 et 9).
Il est aussi possible de jouer à plusieurs, en alternance, afin de voir qui fera le meilleur score... De temps en temps,
un petit phylactère apparaît à droite de l'écran : c'est Cute Chick qui vous lance un "Help"
de désespoir. Ce help est en quelque sorte le signal qui vous indique que vous venez d'atteindre un check-point, et
qu'en cas de perte d'une vie, vous recommencerez à cet endroit. Quant au héros, il nous gratifie d'un "zot"
en cas de chute, là aussi dans une bulle de BD, et bien que cette expression n'ait pas le panache du @!#?@! de Q-Bert,
elle accentue le look très bande dessinée du jeu, déjà bien présent grâce aux sprites
des différents personnages du jeu.


Car Quest for Tires s'inspire d'une bande dessinée, et plus précisément
d'une série de strips noir et blanc, nommé "BC" (pour Before Christ) et qui est l'oeuvre de Johnny
Hart. C'est d'ailleurs lui qui a réalisé l'illustration de la boite du jeu. Les différents personnages
sont des hommes préhistoriques plutôt philosophes, ce qui est évidemment très en décalage
avec ce qu'on s'imagine de nos lointains ancêtres. Cette série a été crée en février
1958 pour des journaux américains paraissant quotidiennement. On notera aussi pour les amateurs qu'elle a été
diffusée en France dans Charlie Mensuel dès 1971, et que deux albums sont à ce jour sortis traduits
dans la langue de Molière (en 1976 aux éditions "Septimus", et en 1988 aux éditions "J'ai
Lu"). Hart est par ailleurs l'auteur d'une autre série à succès, Wizard of Id, co-signée
par Brant Parker. Wizard of Id se verra en 1984 aussi converti en jeu vidéo, sous la forme d'un typing-game.

Lorsque BC tombe, la roue continue d'avancer en rebondissant comme un pneu!
Mais revenons à nos moutons. BC's Quest for Tires est sorti sur Apple
II en 1983 et a été développé par Chuck Benton de Sydney Development, pour Sierra. De façon
générale, des versions sont sorties sur à peu près tous les ordinateurs 8 bits (notamment sur
Atari 400/800, PC, C64, ZX Spectrum, MSX et Colecovision)... Techniquement, et bien que ce soit totalement subjectif, le jeu
m'avait fait son petit effet à l'époque. D'une part parce que les jeux à scrolling sur Apple II avec
une telle qualité graphique ne sont pas légion, mais en plus parce que le scrolling en question se paye le luxe
d'être différentiel ! Certes cet effet est en réalité une petite tricherie car les différents
éléments ne passent pas vraiment les uns devant les autres, et se contentent de s'afficher à des "altitudes"
différentes (dans le ciel par exemple, regardez les nuages et les sommets montagneux, qui sont sur des hauteurs bien
distinctes). Mais l'illusion est néanmoins bien rendue et le jeu prends alors un charme tout particulier sur cette
machine... Curieusement, certaines versions ont parfois un look un peu plus agressif, les personnages ont les sourcils froncés
et l'air déterminé alors que sur d'autres supports le héros a plutôt un air gentillement naïf.
Notez que ça ne change rien au jeu de toute façon.


À gauche la version ZX Spectrum, à droite la version Msx
BC 2, le retour.
BC's Quest for Tires a eu une suite, BC's Quest for Tires 2: Grog's Revenge,
sorti en 1984 sur Colecovision et C64. Grog est le nom d'un autre des personnages de la BD originale, et dans cet épisode
il devient votre principal adversaire. Le but du jeu cette fois, est de partir à la découverte du monde pour
découvrir le sens de la vie. Pour cela il doit visiter des montagnes dans lesquelles se cachent des palourdes (!).
Une fois qu'il en aura collecté suffisament, Thor pourra franchir le péage gardé par Peter (un autre
intervenant du strip BC) et traverser le pont qui mène à la montagne suivante. Mais Grog, petit bonhomme poilu
qui dévore à peu près tout ce qu'il trouve, collecte lui aussi les palourdes et c'est une course entre
les deux personnages qui commence... Grog's Revenge propose donc un challenge un peu différent du premier épisode.
L'écran se divise en deux parties distinctes, celle du bas montre la carte générale, ainsi que votre
position et celle de Grog. Il faut impérativement éviter de croiser ce dernier, sinon le jeu est terminé !
La partie supérieure de l'écran montre l'action proprement dite. Au hasard de votre route, vous croiserez des
pierres, des stalagmites et des trous, bien entendu, mais aussi des Tiredactyles (espèce fort peu connue de dinosaures,
que l'on pourrait décrire comme des ptérodactyles mangeurs de roues). Lorsque vous entrez dans une caverne,
le jeu passe en vue de dessus, et seul un triangle lumineux (la roue de Thor a l'option phare) vous permet de vous orienter.

Grog's revenge sur Colecovision
Pour conclure, BC's Quest for Tires est un jeu qui, à l'instar
des M'enfin, Astérix et autres North
& South, s'inspire brillamment d'un univers créé initialement pour une bande dessinée. Les
strips BC sont certes moins connus sous nos latitudes, idem pour les jeux qui en découlent, mais une petite partie
de temps en temps avec l'homme qui a inventé la roue, ça ne se refuse pas !
Jean-christian Verdez