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La
boîte du jeu (merci au site Hall of Light !) |
C’est
sur 16-bits que sont apparus les premiers simulateurs
d’avion de combat ressemblant un tant soit peu à ce que
ce genre de jeu est devenu aujourd’hui, et qui ont pendant longtemps,
grâce à leurs possibilités ludiques supérieures,
rendu obsolètes les simulateurs de vol simplement basés
sur la navigation. Fighter Bomber, sorti à
la même époque que Falcon, F19
Stealth Fighter et F/A-18 Interceptor,
a connu un succès considérable mais on a souvent
tendance à l'oublier, peut-être parce que son éditeur
Activision ne s’est pas fait une spécialité de
ce genre de simulation. Le studio de développement Vektor
Grafix, qui s'était précédemment fait remarquer
avec deux jeux de tirs en 3D fil de fer sur ST et Amiga
inspirés de la saga Star
Wars, est à l'origine de cette réussite.
En
plus d'un jeu, c’est d’une petite encyclopédie des chasseurs
et bombardiers modernes qu’il s'agit. Le joueur doit d'abord
choisir son avion parmi les 6 modèles proposés
: F111F,
F-15
Eagle, Tornado,
F4
Phantom, Saab
AJ37 Viggen et Mig 27 Flogger.
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| Avion
du joueur. |
Le
menu permettant de se renseigner sur chacun de ces appareils
est magnifique, l'un des plus agréables qu'on ait vu
à l'époque dans un jeu de ce type. Chaque avion
est représenté vu de profil, superbement dessiné,
mais on peut aussi le voir en 3d tel qu’il apparaîtra
par la suite dans le jeu. Une fiche technique est également
accessible : elle donne un historique succinct de l’appareil,
ses origines, le but dans lequel il a été conçu
et ses caractéristiques. L'ensemble est très clair,
ni trop long ni incomplet. On passe de longues minutes à
décortiquer et admirer chaque avion avant de faire son
choix.
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| Avions
ennemis. |
Ensuite
il faut choisir le type d'avion piloté par l'ennemi.
Là, d'autres modèles sont disponibles, 7 au total
: Mig
29 Fulcrum, F14
Tomcat, F16
Falcon, F5E-Tiger
II, Sukhoï
27 Flanker, Mirage
2000 et Mig
31 Foxhound. On regrette que cette fois les informations
précédentes ne soient pas disponibles et surtout
qu'’il ne soit pas possible de piloter le fameux Su-27 (et ses
changements d'assiette impossibles) ou le Mirage 2000, histoire
de voir ce qu'’il valent comparés aux autres.
Ensuite,
un menu présentant les différentes phases de jeu
apparaît. On commence par une phase de vol libre permettant
de se familiariser avec les commandes de l'appareil et les phases
de jeu les plus courantes (appontage, décollage, vol
à haute altitude, poursuite du tanker de ravitaillement,
etc.), et le jeu proprement dit commence. D'entrée, la
réalisation graphique étonne par sa qualité.
La représentation du cockpit est très claire et
les vues extérieures de l’appareil, si elles ne sont
pas d'une utilité flagrante, font la part belle à
un moteur graphique 3D assez performant. Le cockpit est simple
et efficace. Un HUD qui indique en permanence le cap, l'altitude,
la vitesse et le type d'arme en cours d'usage, et plus bas deux
écrans paramétrables peuvent afficher un radar
de proximité (pour détecter les appareils ennemis)
ou un radar de positionnement sur la carte. Quelques voyants
témoignent de l'utilisation de commandes de base : aérofreins,
freins de roues, contre-mesures (pour leurrer les missiles air-air
ennemis), train d'atterrissage et régime moteur. Rien
de bien compliqué.
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| Le
jeu est émaillé de superbes illustrations. |
Le
pilotage de l’appareil, quel qu'’il soit, ne donne pas dans
le réalisme à tout craint. La prise d’un virage
n’entraîne aucune perte d'altitude et on peut monter et
descendre à convenance, même de façon radicale,
sans aucun "voile noir" ni "voile rouge",
ces pertes momentanées de la vue qui peuvent affecter
le pilote en cas d'accélération ou décélération
verticale trop brutale, et qui aujourd’hui sont systématiquement
présentes dans les simulateurs de ce type. La maniabilité
change un peu selon le type d’avion choisi et le cockpit est
à chaque fois différent, mais dans l'ensemble
l'avion ne décroche jamais et peut prendre n'importe
quel taux de montée ou descente sans être endommagé.
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L'approche
du Mt Rushmore. |
En
ce qui concerne les décors en 3D, il faut bien sûr
les replacer dans le contexte de la sortie du jeu. Sur 16-bits,
il n’y a eu que très peu de jeux en 3D qui pourraient
encore faire illusion de nos jours en raison de la puissance
des processeurs de l'époque, ridicule comparée
à ceux d'aujourd'hui. Le simple fait que les objets soient
en faces pleines et de différentes couleurs, et non en
"fil de fer", suffisait à combler le joueur
et il n’était pas question de "gonfler" sa
machine pour permettre le calcul conjoint de décors complexes,
du modèle de vol des avions et de l'intelligence artificielle
des ennemis, comme c'’est le cas aujourd’hui. Tout reposait
sur les 7 Mhz du 68000 et on était loin de parler d’accélération
3D.
Aussi,
on appréciera à sa juste valeur le fait de trouver
dans Fighter Bomber des décors qui ressemblent
tout de même à quelque chose et ne sont pas tout
le temps les mêmes. De vastes étendues vertes,
des plans d’eau et des routes sont visibles, d'où émergent
des pyramides qui représentent des montagnes, des immeubles
lors du survol de villes à basse altitude, ainsi que
des éléments de décors plus complexes,
dont celui qui a fait l’objet du plus grand soin est le Mont
Rushmore, cette colline dans laquelle les têtes de 4 présidents
Américains sont sculptées. Son survol à
basse altitude, qui a lieu dès les premières minutes
de jeu, offre un joli spectacle. Les vues extérieures
de l'appareil offrent un niveau de détail inégalé
à la sortie du jeu. On peut voir le train d’atterrissage
sortir ou entrer, les volets et ailerons bouger, et même
la post-combustion à l'arrière des réacteurs.
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La vue extérieure la plus
spectaculaire. |
L'animation,
en revanche, est décevante. Saccadée en permanence,
elle ne nuit toutefois en rien à la facilité du
maniement et la prise en main de l'appareil. Au contraire, pourrait-on
dire, elle a tendance à rendre les choses plus faciles
puisque l'avion donne l’impression d'être sur des rails
une fois pris l'altitude et le cap voulus. Le son, quant à
lui, reste une donnée secondaire dans ce type de jeu
mais remplit ici correctement son office (sauf sur la version
PC), avec des bruits de réacteurs réalistes
et quelques voix digitalisées.
Une
fois le vol libre maîtrisé, il est temps de passer
aux nombreuses missions que contient le jeu. Elles sont classées
en 4 séries de 5 missions : couverture, tactique, stratégique
et défense. On commence par l’armement de l'avion, dans
un menu qui est à l'époque de la sortie du jeu
le plus complet qu'on ait vu. Missiles air-sol (Mavericks),
air-air (Sidewinders) ou bombes, tout y est avec encore une
fois des fiches techniques détaillées, et pour
faciliter les choses une option d'armement automatique qui rappelle
que les amateurs de simulations orientées arcade ne sont
jamais oubliés dans ce jeu.
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Après
le briefing, c'est l'heure de décoller. |
Ensuite,
le briefing de la mission montre les objectifs et les éventuelles
phases de ravitaillement. C'est une des grandes innovations
du jeu : le ravitaillement en vol est possible. Il fait d’ailleurs
l'objet d’une mission d'entraînement, car la chose est
plutôt délicate : il faut retrouver le tanker,
se placer dans son sillage, ajuster sa vitesse, et se brancher
dans la pompe de ravitaillement située derrière
lui (si vous n'y arrivez pas vous pouvez même l'abattre,
histoire de lui apprendre à garder le cap !).
Le
ravitaillement en vol permet des missions sur de très
grandes distances, et plutôt longues, ce qui rend plutôt
étonnante l’absence d'accélération du temps.
On passe donc, dans les missions les plus avancées, un
certain temps à attendre, mais dans l’ensemble on ne
s'ennuie jamais, les combats contre des ennemis sortis de nulle
part entrecoupant agréablement les objectifs. Pour revenir
au briefing, celui-ci est très complet. Il permet d'examiner
les cibles et de reconnaître n'importe quelle zone du
"théâtre" des opérations au moyen du moteur
3D du jeu, et chaque mission est expliquée par un texte
qui décrit les objectifs et scénarise le tout.
À l'issue des missions, qu'elles soient réussies
ou non, ce même menu de briefing permet de comparer sur
une carte l'itinéraire prévu, et celui effectué.
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L'approche du tanker pour le ravitaillement
en vol. |
Fighter
Bomber ne se veut en aucun cas un simulateur réaliste
et a visiblement été conçu pour être
le plus ludique possible, tout en permettant au joueur d’être
réellement impliqué dans le déroulement
des opérations. Il ne faut donc pas oublier que le jeu
a été édité par Activision et non
Microprose. Les commandes ne sont pas innombrables, et ne nécessitent
pas des dizaines d'heures de jeu pour être mémorisées.
Les missiles, une fois la cible verrouillée, font mouche
à tous les coups, et on n’en est que rarement à
court. D'ailleurs si c'est le cas, le combat peut facilement
être évité ou remporté par l'usage
du canon qui est très efficace et aux munitions illimitées.
L'intelligence artificielle des avions ennemis n'est pas vraiment
élaborée : ils se contentent la plupart du temps
de tourner autour de l’avion du joueur, à une vitesse
bêtement élevée, ce qui est tout sauf crédible.
L'intérêt du jeu se situe donc ailleurs que dans
le réalisme, plutôt dans les missions qui comportent
chacune un scénario intéressant, et dont la difficulté
progresse peu à peu. À partir du troisième
niveau les choses deviennent assez ardues. Les missions sont
longues (parfois une bonne heure de jeu), et les objectifs nombreux.
Il faut user de toutes les catégories d'armes, notamment
les bombes, dont le système de visée n'est pas
simple à utiliser (il faut se mettre en descente et pointer
l'appareil sur l'objectif).
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Armement
de l'appareil avant la mission. |
En
plus des missions prévues, il faut signaler l'éditeur
de missions. Celui-ci, plutôt bien fait, constitue la
cerise sur le gâteau, et achève de faire de Fighter
Bomber le simulateur de vol le plus complet disponible
à sa sortie.
En
résumé on a donc un jeu qui propose un large panel
d'avions et d'armes à utiliser, des missions variées
et renouvelables à l'infini, et une réalisation
de très bon niveau. Cette richesse, associée à
un plaisir ludique permanent et pas trop exigeant, a permis
au jeu d'Activision d'obtenir un gros succès et une reconnaissance
critique unanime. Le jeu est resté longtemps en tête
des préférences des joueurs sur 16-bits,
en concurrence serrée avec Falcon. Il
aura fallu l’apparition de F29 pour qu’il prenne
un sérieux coup de vieux. Le premier simulateur réalisé
par le studio DID (auteurs par la suite de l’énorme F22
– Total Air War), longtemps attendu, l'enverra aux
oubliettes par sa jouabilité géniale, ses graphismes
superbes et surtout son animation totalement fluide. Cela n'empêchera
pas Activision d'éditer un data-disk pour Fighter
Bomber, intitulé Fighter Bomber Advanced
Missions. Une vingtaine de nouvelles missions d'’une
difficulté monstrueuse, pratiquement impossibles au delà
de la cinquième, même pour qui avait terminé
le jeu original.
À
signaler également une adaptation sur Spectrum,
un peu allégée sur les avions disponibles, mais
au gameplay assez fidèle.
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La
version Spectrum. |
Ce
jeu mérite d'être redécouvert et constitue,
en même que les titres précédemment cités
qui lui sont contemporains, une étape importante dans
l'évolution des simulateurs de vol. Il est assez regrettable
que de nos jours, aucun simulateur de ce type ne soit conçu
avec une telle ouverture vers les joueurs, novices ou experts,
en dehors de Combat Flight Simulator de Microsoft
qui se déroule durant la deuxième guerre mondiale
et n'offre pas les mêmes sensations. Le réalisme
et la complexité sont désormais les maîtres
mots, rendant obligatoire la pratique exclusive et continue
d'un seul titre, sous peine d'en oublier le fonctionnement.
Peut-être leurs concepteurs devraient-ils se faire une
mission sur Fighter Bomber pour retrouver la
formule universelle.
Laurent