Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Archipelagos
Année : 1989
Système : Amiga, Atari ST, PC
Développeur : Logotron
Éditeur : Logotron / Astral
Genre : Action / Réflexion
[voir détails]
Par JPB (12 février 2003)

Il n'y a qu'un faible pourcentage de jeux, parmi la masse énorme de logiciels créés sur micro, qui a amené un concept complètement nouveau et original. Attention : je ne parle pas ici de la période des tout nouveaux jeux vidéo, à l'aube de leur arrivée parmi nous en arcade : en effet, chaque jeu était un nouveau concept en soi (Pong, Space Invaders, Pac-Man, Donkey Kong...) Cette originalité a été ensuite déclinée en plusieurs genres, qui reprenaient avec plus ou moins de bonheur les idées de leurs ancêtres.

En revanche, sur micros proprement dit (et hors conversion de jeux d'arcade), on ne peut citer que quelques jeux totalement originaux par machine. Sur Amiga par exemple, je n'en vois pas beaucoup, et ceux qui m'ont le plus impressionné sont The Sentinel, Populous, et à la même époque à peu près, Archipelagos.
Combien d'entre vous connaissent le nom de ce jeu ? Combien se souviennent des écrans ? Et combien y ont joué sur plus de 50 archipels ? Certainement pas tant que ça.

Scans de la boîte, version Amiga.

Au commencement...

... il y avait les Anciens.
Qui vivaient tranquillement, il y a bien des années, sur une planète quelque part dans l'univers. Ils avaient réussi à développer le pouvoir de la pensée au stade ultime, ce qui leur permettait de créer absolument tout par leur seule pensée. Ils imaginèrent dix mille archipels paradisiaques, et hop : les archipels apparurent. Les Anciens décidèrent de s'y installer pour profiter au mieux de la vie. Un jour, levant les yeux sur la planète nébuleuse qui orbitait autour de leur monde, ils imaginèrent qu'elle était peuplée. Aussitôt, des océans et des terres apparurent sur cette planète. Hélas, les Anciens avaient signé leur arrêt de mort.

Des années plus tard, des visiteurs de cette planète débarquèrent sur la planète des Anciens dans des vaisseaux qu'ils avaient construits. Ils tuèrent tous les Anciens jusqu'au dernier et, pour preuve de leur colonisation, érigèrent sur chacun des archipels un immense Obélisque noir. Le corps des Anciens se transforma en pierre et leur sang se répandit sur les îles, pervertissant la végétation. Leur forfait accompli, les visiteurs repartirent sur leur planète.

Et vous voici, vous, l’âme désincarnée d’un Ancien. Bien décidé à rendre aux dix mille archipels leur essence paradisiaque d’autrefois, en supprimant toute trace du passage des visiteurs.

Présentation de la version Amiga.

La première île

Le but du jeu est simple : détruire l’Obélisque qui se trouve sur chacun des 10000 archipels. Pour cela, il faut auparavant avoir détruit toutes les pierres ; mais pour détruire les pierres, il faut qu’elles soient reliées par voie de terre à l’île qui contient l’Obélisque. Au besoin, il vous faudra donc créer des portions de terre pour relier les îles entre elles, ou pour enlever le poison apporté par les différents éléments, afin que chacune des pierres soit en contact direct avec l'Obélisque quand vous la détruirez.

Dans ce jeu, tout se déroule à la première personne. Vous voyez par vos « yeux » et vous agissez directement sur votre entourage. Penchons-nous sur le monde qui s’offre à vous dans le premier archipel.

Le premier monde, de la mise en jambes.

Une simple île. Dessus se trouvent l’Obélisque, deux pierres, et c’est tout.

Ici, déjà, un problème de moins : comme il n'y a qu'une seule île, les pierres sont forcément toutes en contact avec l’Obélisque, et donc pas besoin de créer de la terre.

Obélisque droit devant. Arborescent à droite.

En dehors des objets cités plus haut qui sont immobiles et sans danger, vous rencontrerez le premier de vos ennemis sur la droite de l’écran : c’est un arbre Arborescent. Il s’élève dans le ciel, puis se replonge dans la terre, et fait un bond vers vous en semant du poison sur son passage. Plus vous êtes loin de lui, plus le bond qu’il fait est important.

Là, il se rapproche de vous, l’air de rien. Il va peut-être falloir bouger, non ?

Ça va vite...
... mine de rien...
... et ici, le temps passe vite.

Le déplacement est extrêmement simple : vous cliquez sur une case de terre verte, et vous vous y rendez. Vous ne voyez pas la case sur laquelle vous stationnez, car vous flottez à un mètre du sol : votre vision porte quelques mètres vers l’avant (on ne peut pas incliner la tête). Vous n’avez pas le droit de vous rendre sur une case de sable, d’eau ou de poison : quand je dis vous n’avez pas le droit, j’entends que le déplacement est empêché par le jeu. Mais, dans ce cas, il serait donc impossible de mourir, puisqu'on ne peut pas se tromper ?
Non.
Car si la case sur laquelle vous vous trouvez change de composante (n'importe quel élément qui ne soit pas de la terre), là oui, vous êtes mort. Par exemple, si un Arborescent s’approche suffisamment de vous, il polluera avec le poison qu’il sème autour de lui la case sur laquelle vous vous trouvez, et là... Fin du jeu.

Des spores, source d'énergie. La planète dans le ciel indique le nord.

Il est possible de récupérer de l'énergie, en absorbant les spores qui poussent ici et là. Mais pour l'instant, vous n'avez pas besoin de créer de la terre puisque les deux pierres se trouvent sur la même île. Plus tard par contre, il vous faudra relier les petites îles qui contiendront des pierres à l'île principale où se trouve l'Obélisque, afin de détruire ces pierres isolées. Dans les niveaux avancés, sachant qu'il faut relier toutes les pierres à l'Obélisque, et que les Arborescents s'en donnent à cœur joie pour vous ralentir, il vous faudra créer énormément de terre, ce qui veut dire qu'il vous faudra beaucoup d'énergie, et donc vous devrez ingérer de très nombreux spores.

De gauche à droite : une pierre, un spore, l'obélisque et un Arborescent.

Au boulot : il faut repérer les pierres à détruire. Vous verrez l’indicateur de pierres restantes en bas à droite de l’écran : ainsi vous saurez toujours où vous en êtes. Un petit coup de souris pour regarder autour de vous, là... stop ! Une pierre. Si vous cliquez à environ 3 cases d’elle, vous allez vous en rapprocher suffisamment pour pouvoir la détruire, mais pas assez pour ne plus la voir. Voilà.

Une pierre, avant sa destruction et après. Notez l'indicateur qui a changé.

Il suffit de cliquer sur la case de la pierre pour qu’elle soit réduite à un petit tas de gravas. Et en plus, ça vous a donné de l’énergie supplémentaire, symbolisée par la barre verte en bas de l’écran. Plus qu’une pierre à présent : la détruire ne prendra que quelques instants, du moment que vous êtes prudent et que vous ne vous précipitez pas tête baissée dans l’Arborescent. C’est maintenant qu’il faut être rapide. Une fois toutes les pierres détruites, un chronomètre se met en marche (la barre rouge au bas de l'écran) et ne vous laisse que 90 secondes pour arriver à détruire l'Obélisque. Ici, sur la première île, rien de plus facile. Mais croyez-moi, dans certains archipels, il est impossible de rejoindre l'Obélisque à temps si la dernière pierre que vous détruisez est trop loin. Ceci ajoute un aspect stratégique supplémentaire...

L'Obélisque...
... s'enfonce lentement...
... dans le sol.

Ça se complique...

N'oublions pas avant tout que les Arborescents vont voir leur nombre augmenter avec la superficie des archipels. Vous en viendrez vite à être complètement encerclé par ces maudits arbres.

Des Arborescents de plus en plus nombreux.

Et non seulement la géographie et la surface des archipels va devenir sensiblement plus compliquée avec les niveaux, mais plusieurs objets vont progressivement apparaître pour vous corser la vie.

Tout d'abord, à partir du niveau 13, le Nécromancien commence à ronger les îles. Il va engloutir l'île sur laquelle il se trouve, morceau par morceau, depuis le bord. Attention à ne pas traîner trop près de lui, la case de terre sur laquelle vous vous trouvez risque de se transformer en sable. Mort instantanée.

Un regard un peu vide... Et pourtant...

Pour s'en débarrasser, il suffit de créer un petit pont de terre vers la mer : le Nécromancien va s'y précipiter et rester coincé au loin.

Le Nécromancien...
... ronge le bord des îles...
... petit à petit.

Ensuite, à partir du niveau 20, vous verrez les premiers Œufs de Sang. Ils éclosent quand une tempête éclate, et déversent la mort sur l'île. Soit ils vont répandre du poison sur toute l'île, soit ils vont la ronger complètement par l'extérieur, un peu comme le Nécromancien. Évidemment, il ne fait pas bon rester dans les parages. Quitter toute l'île sur laquelle a lieu le cataclysme est même fortement recommandé.

Un Œuf de Sang qui attend son heure...

La tempête a lieu en général le soir. Un Œuf de Sang va éclore à chaque tempête. Évidemment, sur certains archipels, il y a une quantité non négligeable d'Œufs...

Plusieurs Œufs de Sang...
... attendent la tempête...
... pour éclore chacun leur tour.

Pour finir, à partir du niveau 25, les Âmes Tourmentées commenceront à errer sans but sur les archipels. Elles recherchent de la nourriture, à savoir... votre âme. Évitez-les à tout prix. Vous les repèrerez facilement : elles ressemblent à des tourbillons et lancent de longues plaintes. Si elles vous touchent... Adieu !

Une Âme en quête de nourriture.

La réalisation

Rien à redire, surtout pour l'année 1989. Le mélange de la 3D et des sprites est bien harmonieux et permet de s'immerger dans l'action sans se poser de questions. Les couleurs sont très agréables, le ciel clair, l'eau bleue, l'herbe verte... C'est joli et même paradisiaque près des palmiers !

La musique est envoûtante, signée David Whittaker (Shadow of the Beast) et colle parfaitement au jeu.

Un Œuf de Sang a éclos sur cette grande île, qui se recouvre entièrement de poison !

Les commandes, simplifiées au maximum, ne laissent pas la moindre place au doute.
- la souris déplace le curseur en forme de croix, qu'on ne peut déplacer que dans une petite portion de l'écran afin de ne pas faire de déplacements trop grands. Toucher le bord droit ou gauche de l'écran entraîne la rotation lente de la vue.
- en cliquant avec le bouton gauche sur une case, on se déplace jusqu'à elle. Comme le joueur est une âme flottante, il est ainsi possible de franchir des étendues dangereuses (eau, sable ou poison) : seul compte l'état de la case d'arrivée. Ou alors, on détruit l'objet qui s'y trouve (spore, pierre ou Obélisque).
- cliquer sur le bouton droit fait disparaître le curseur et permet de contrôler plus rapidement la rotation. Un nouveau clic droit fait réapparaître le curseur et rend les contrôles traditionnels.
- la touche F1 crée de la terre. Il y a deux niveaux : la première fois, on crée du sable à partir de l'eau, puis le second appui crée de la terre à partir du sable. Il est aussi possible de désinfecter de la terre empoisonnée en créant de la terre sur une case rouge.
- la touche F2 active la carte, pour se repérer. Le joueur est représenté dans la partie zoom par le point noir central. En mode carte, le jeu est mis en pause.
- la touche F3 permet de faire un demi-tour instantané.

La soirée s'annonce mouvementée.

Les mondes sont créés plus ou moins aléatoirement, cependant tous les 5 archipelagos sont scannés. Par exemple, l'archipel 25 représente l'Europe, et le 35 est le logo de Logotron (la tortue).

L'intérêt est suffisamment prenant pour justifier de s'accrocher. Comme The Sentinel, une fois comprises les règles du monde, on peut se lancer à fond dans la bagarre, et essayer de découvrir de nouveaux paysages... et ainsi voir jusqu'où on peut aller.

Archipelagos fut testé :
- dans le Tilt n°66 de Mai 1989 (Hit, 17/20) ;
- dans le Gen4 n°11 de Mai 1989 (97%).

Archipelagos reçut les prix suivants :
- le Tilt de Bronze 1989 de la Meilleure Animation Sonore ;
- le 4 de Bronze 1989 du Meilleur Jeu Original.

JPB
(12 février 2003)
Un avis sur l'article ? Une expérience à partager ? Cliquez ici pour réagir sur le forum
(24 réactions)