Il
n'y a qu'un faible pourcentage de jeux, parmi la masse énorme
de logiciels créés sur micro, qui a amené un concept complètement
nouveau et original. Attention : je ne parle pas ici de la période
des tout nouveaux jeux vidéo, à l'aube de leur arrivée parmi
nous en arcade : en effet, chaque jeu était un nouveau concept
en soi (Pong,
Space Invaders,
Pac-Man,
Donkey Kong...). Cette originalité a été ensuite
déclinée en plusieurs genres, qui reprenaient avec plus ou moins
de bonheur les idées de leurs ancêtres.
Par
contre, sur micros proprement dit (et hors conversion de jeux
d'arcade), on ne peut citer que quelques jeux totalement originaux
par machine. Sur Amiga par exemple, je n'en vois pas
beaucoup, et ceux qui m'ont le plus impressionné sont The
Sentinel, Populous,
et à la même époque à peu près, Archipelagos.
Combien d'entre vous connaissent le nom de ce jeu ? Combien
se souviennent des écrans ? Et combien y ont joué sur plus
de 50 archipels ? Certainement pas tant que ça.
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Images
de la boîte du jeu. |
Au
commencement...
...
il y avait les Anciens.
Qui
vivaient tranquillement, il y a bien des années, sur une planète
quelque part dans l'univers. Ils avaient réussi à développer
le pouvoir de la pensée au stade ultime, ce qui leur permettait
de créer absolument tout par leur seule pensée. Ils imaginèrent
dix mille archipels paradisiaques, et hop : les archipels apparurent.
Les Anciens décidèrent de s'y installer pour profiter au mieux
de la vie. Un jour, levant les yeux sur la planète nébuleuse
qui orbitait autour de leur monde, ils imaginèrent qu'elle était
peuplée. Aussitôt, des océans et des terres apparurent sur cette
planète. Hélas, les Anciens avaient signé leur arrêt de mort.
Des
années plus tard, des visiteurs de cette planète débarquèrent
sur la planète des Anciens dans des vaisseaux qu'ils avaient
construits. Ils tuèrent tous les Anciens jusqu'au dernier et,
pour preuve de leur colonisation, érigèrent sur chacun des archipels
un immense obélisque noir. Le corps des Anciens se transforma
en pierre et leur sang se répandit sur les îles, pervertissant
la végétation. Leur forfait accompli, les visiteurs repartirent
sur leur planète.
Et
vous voici, vous, l’âme désincarnée d’un Ancien. Bien décidé
à rendre aux dix mille archipels leur essence paradisiaque d’autrefois,
en supprimant toute trace du passage des visiteurs.
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Présentation
de la version Amiga. |
La
première île
Le
but du jeu est simple : détruire l’obélisque qui se trouve
sur chacun des 10 000 archipels. Pour cela, il faut auparavant
avoir détruit toutes les pierres ; mais pour détruire les
pierres, il faut qu’elles soient reliées par voie de terre à
l’île qui contient l’obélisque. Au besoin, il vous faudra donc
créer des portions de terre pour relier les îles entre elles,
ou pour enlever le poison apporté par les différents éléments,
afin que chacune des pierres soit en contact direct avec l'obélisque
quand vous la détruirez.
Dans
ce jeu, tout se déroule à la première personne. Vous voyez par
vos « yeux » et vous agissez directement sur votre
entourage. Penchons-nous sur le monde qui s’offre à vous dans
le premier archipel.
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Le
premier monde, de la mise en jambes. |
Une
simple île. Dessus se trouvent l’obélisque, deux pierres,
et c’est tout.
Ici, déjà, un problème de moins : comme il n'y a qu'une
seule île, les pierres sont forcément toutes en contact avec
l’obélisque, et donc pas besoin de créer de la terre.
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Obélisque
droit devant. Arborescent à droite. |
En
dehors des objets cités plus haut qui sont immobiles et sans
danger, vous rencontrerez le premier de vos ennemis sur la droite
de l’écran : c’est un arbre arborescent. Il s’élève dans
le ciel, puis se replonge dans la terre, et fait un bond vers
vous en semant du poison sur son passage. Plus vous êtes loin
de lui, plus le bond qu’il fait est important.
Là,
il se rapproche de vous, l’air de rien. Il va peut-être falloir
bouger, non ?
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| Ça
va vite... |
...
mine de rien... |
...
et ici, le temps passe vite. |
Le
déplacement est extrêmement simple : vous cliquez sur une
case de terre verte, et vous vous y rendez. Vous ne voyez pas
la case sur laquelle vous stationnez, car vous flottez à un
mètre du sol : votre vision porte quelques mètres vers
l’avant (on ne peut pas incliner la tête). Vous n’avez pas le
droit de vous rendre sur une case de sable, d’eau ou de poison :
quand je dis vous n’avez pas le droit, j’entends que le déplacement
est empêché par le jeu. Mais, dans ce cas, il serait donc impossible
de mourir, puisqu'on ne peut pas se tromper ?
Non.
Car
si la case sur laquelle vous vous trouvez change de composante
(n'importe quel élément qui ne soit pas de la terre), là oui,
vous êtes mort. Par exemple, si un arborescent s’approche suffisamment
de vous, il polluera avec le poison qu’il sème autour de lui
la case sur laquelle vous vous trouvez, et là… Fin du jeu.
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| Des
spores, source d'énergie. La planète dans le ciel indique
le nord. |
Il
est possible de récupérer de l'énergie, en absorbant les spores
qui poussent ici et là. Mais pour l'instant, pas besoin : vous
n'avez pas besoin de créer de la terre puisque les deux pierres
se trouvent sur la même île. Plus tard par contre, il vous faudra
relier les petites îles qui contiendront des pierres à l'île
où se trouve l'obélisque, afin de détruire ces pierres isolées.
Dans les niveaux avancés, sachant qu'il faut relier toutes les
pierres à l'obélisque, et que les arborescents s'en donnent
à cœur joie pour vous ralentir, il vous faudra créer énormément
de terre, ce qui veut dire qu'il vous faudra beaucoup d'énergie,
érer de très nombreux spores.
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De
droite à gauche : un arborescent, l'obélisque, un spore
et une pierre. |
Au
boulot : il faut repérer les pierres à détruire. Vous verrez
l’indicateur de pierres restantes en bas à droite de l’écran :
ainsi vous saurez toujours où vous en êtes. Un petit coup de
souris pour regarder autour de vous, là… stop ! Une pierre.
Si vous cliquez à environ 3 cases d’elle, vous allez vous en
rapprocher suffisamment pour pouvoir la détruire, mais pas assez
pour ne plus la voir. Voilà.
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| Une
pierre, avant sa destruction et après. Notez l'indicateur
qui a changé. |
Il
suffit de cliquer sur la case de la pierre pour qu’elle soit
réduite à un petit tas de gravas. Et en plus, ça vous a donné
de l’énergie supplémentaire, symbolisée par la barre verte en
bas de l’écran. Plus qu’une pierre à présent : la détruire
ne prendra que quelques instants, du moment que vous êtes prudent
et que vous ne vous précipitez pas tête baissée dans l’arborescent.
C’est maintenant qu’il faut être rapide. Une fois toutes les
pierres détruites, un chronomètre se met en marche (la barre
rouge au bas de l'écran) et ne vous laisse que 90 secondes pour
arriver à détruire l'obélisque. Ici, sur la première île, rien
de plus facile. Mais croyez-moi, dans certains archipels, il
est impossible de rejoindre l'obélisque à temps si la dernière
pierre que vous détruisez est trop loin. Ceci ajoute un aspect
stratégique supplémentaire...
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| L'obélisque... |
...
s'enfonce... |
...
dans le sol. |
Ça
se complique...
N'oublions
pas avant tout que les arborescents vont voir leur nombre augmenter
avec la superficie des archipels. Vous en viendrez vite à être
complètement encerclé par ces maudits arbres.
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| Des
arborescents de plus en plus nombreux. |
Et
non seulement la géographie et la surface des archipels va devenir
sensiblement plus compliquée avec les niveaux, mais plusieurs
objets vont progressivement apparaître pour vous corser la vie.
Tout
d'abord, à partir du niveau 13, le Nécromancien commence à ronger
les îles. Il va engloutir l'île sur laquelle il se trouve, morceau
par morceau, depuis le bord. Attention à ne pas traîner trop
près de lui, la case de terre sur laquelle vous vous trouvez
risque de se transformer en sable. Mort instantanée.
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Un
regard un peu vide... Et pourtant... |
Pour
s'en débarrasser, il suffit de créer un petit pont de terre
vers la mer : le Nécromancien va s'y précipiter et rester coincé
au loin.
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| Le
Nécromancien... |
...
ronge le bord des îles... |
...
petit à petit. |
Ensuite,
à partir du niveau 20, vous verrez les premiers Œufs de Sang.
Ils éclosent quand une tempête éclate, et déversent la mort
sur l'île. Soit ils vont répandre du poison sur toute l'île,
soit ils vont la ronger complètement par l'extérieur, un peu
comme le Nécromancien. Évidemment, il ne fait pas bon rester
dans les parages. Quitter toute l'île sur laquelle a lieu le
ême fortement recommandé.
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Un
œuf de sang qui attend son heure... |
La
tempête a lieu en général le soir. Un œuf de sang va éclore
à chaque tempête. Évidemment, sur certains archipels, il y a
énon négligeable d'œufs..
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| Plusieurs
œufs de sang... |
...
attendent la tempête... |
...
pour éclore chacun leur tour. |
Pour
finir, à partir du niveau 25, les Âmes Tourmentées commenceront
à errer sans but sur les archipels. Elles recherchent de la
nourriture, à savoir... votre âme. Évitez-les à tout prix. Vous
les repèrerez facilement : elles ressemblent à des tourbillons
et lancent de longues plaintes. Si elles vous touchent... Adieu
!
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Une
Âme en quête de nourriture. |
La
réalisation
Rien
à redire, surtout pour l'année 1989. Le mélange de la 3D et
des sprites est bien harmonieux et permet de s'immerger dans
l'action sans se poser de questions. Les couleurs sont très
agréables, le ciel clair, l'eau bleue, l'herbe verte... C'est
joli et même paradisiaque près des palmiers !
La
musique est envoûtante, signée David Whittaker (Shadow
of the Beast) et colle parfaitement au jeu.
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Un
Œuf de Sang a éclos sur cette grande île,
qui se recouvre entièrement de poison ! |
Les commandes, simplifiées au maximum, ne laissent pas la moindre
place au doute.
- La souris déplace le curseur en forme de croix, qu'on ne peut
déplacer que dans une petite portion de l'écran afin de ne pas
faire de déplacements trop grands. Toucher le bord droit ou
gauche de l'écran entraîne la rotation lente de la vue.
- En cliquant avec le bouton gauche sur une case, on se déplace
jusqu'à elle. Comme le joueur est une âme flottante, il est
ainsi possible de franchir des étendues dangereuses (eau, sable
ou poison) : seule compte l'état de la case d'arrivée. Ou alors,
on détruit l'objet qui s'y trouve (spore, pierre ou obélisque).
- Cliquer sur le bouton droit fait disparaître le curseur et
permet de contrôler plus rapidement la rotation. Un nouveau
clic droit fait réapparaître le curseur et rend les contrôles
traditionnels.
- La touche F1 crée de la terre. Il y a deux niveaux : la première
fois, on crée du sable à partir de l'eau, puis le second appui
crée de la terre à partir du sable. Il est aussi possible de
désinfecter de la terre empoisonnée en créant de la terre sur
une case rouge.
- La touche F2 active la carte, pour se repérer. Le joueur est
représenté dans la partie zoom par le point noir central. En
mode carte, le jeu est mis en pause.
- La touche F3 permet de faire un demi-tour instantané.
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La
soirée s'annonce mouvementée. |
Les
mondes sont créés plus ou moins aléatoirement, cependant tous
les 5 archipelagos sont scannés. Par exemple, l'archipel 25
représente l'Europe, et le 35 est le logo de Logotron (la tortue).
L'intérêt
est suffisamment présent pour justifier de s'accrocher.
Comme The Sentinel,
une fois comprises les règles du monde, on peut se lancer à
fond dans la bagarre, essayer de découvrir de nouveaux paysages...
et ainsi voir jusqu'où on peut aller.
Archipelagos
fut testé :
- dans le Tilt n°66 de Mai 1989 (Hit, 17/20)
;
- dans le Gen4 n°11 de Mai 1989 (97%).
Archipelagos
reçut les prix suivants :
- le Tilt de Bronze 1989 pour la Meilleure
Animation Sonore ;
- le 4 de Bronze 1989 pour le Meilleur
Jeu Original.
JPB