Source des images :
The Video Game Museum
pour les deux captures de la version Snes, Legendra
pour celles de la version DS.
Introduction
Dragon
Quest : La Fiancée Céleste, développé par ArtePiazza
et édité par Square Enix, est le second
remake du cinquième épisode de la série de RPG Dragon
Quest. L'original est sorti en septembre 1992 au pays du soleil levant
sur Super Famicom et n'a jamais officiellement quitté
les frontières japonaises ; notons qu'il s'agissait du premier DQ réalisé
sur cette console, les quatre précédents étant des jeux NES.
En mars 2004, un premier remake est sorti sur PlayStation 2, mais se cantonna
lui aussi à l'archipel nippon. Enfin, la version qui nous intéresse
est quant à elle disponible sur Nintendo DS depuis le 17 juillet 2008 dans
son pays d'origine, le 17 février 2009 aux États-Unis et le 19 en
Europe, avec traduction en cinq langues à la clé (celle de Molière
incluse). On notera que le numéro a été sucré dans
la version européenne, probablement pour ne pas déconcerter le public
local par une sortie des différents épisodes dans le désordre
(Dragon Quest 8, qui s'était lui aussi vu retirer son matricule dans nos
contrées, ayant été disponible avant les remakes du 4 et
du 5).


Deux captures de la version originale sur SNES, à
titre de comparaison
Rappelons
que la série Dragon Quest, à l'origine oeuvre de l'ancien développeur
Enix, est une véritable institution au Japon tout comme celle des Final
Fantasy (de Squaresoft) dont elle a longtemps été la principale
concurrente, avant la fusion de ces deux sociétés le 1er avril 2003.
Le premier Dragon Quest, sorti en 1986, est par ailleurs considéré
comme le père fondateur du RPG « à la japonaise ».
Le début
de l'histoire - Présentation générale

L'écran-titre
(in english)
Le jeu commence par la naissance du héros, qui n'a pas de nom déterminé
(vous devrez lui en donner un). Fils du roi Pétros (Papas en VO), celui-ci
aura la malchance de perdre sa mère immédiatement après être
sorti de ses royales entrailles. Nous retrouvons ensuite le personnage principal
et son père six ans plus tard ; ils se trouvent alors sur un bateau qui
doit les ramener chez eux après un long voyage en des contrées lointaines.
Ce n'est que le point de départ d'une aventure de longue haleine, qui se
révèlera riche en surprise et en rebondissements et verra le héros
devenir adulte. Sachez seulement qu'il assistera à la mort de son père,
qui aura cependant le temps de lui apprendre que sa mère est toujours en
vie...

La
première particularité essentielle de Dragon Quest 5, qui le distinguait
à l'époque de ses prédécesseurs et de la majorité
voire totalité des autres RPG, est son système de recrutement de
monstres. Je m'explique : à un certain moment du jeu, vous ferez connaissance
avec le vieux berger Ciobair, qui vous apprendra comment faire ami-ami avec eux.
À partir de ce stade, vous aurez une chance, lorsque vous combattrez certains
ennemis, de pouvoir les inclure dans votre groupe après les avoir vaincus.
Cette chance dépend du monstre lui-même, certains étant plus
enclins à vous rejoindre que d'autres et un certain nombre n'étant
tout simplement pas possible à recruter. Lorsqu'ils seront avec vous, vous
serez libre de les équiper et de les faire combattre à vos côtés.
Il existe une très grande variété de monstres différents,
chacun possédant ses sorts, ses pièces d'équipement favorites,
son niveau minimum et maximum (qui est de 99 pour le héros et les autres
personnages humains, mais peut être plus bas pour les monstres) et l'expérience
dont il a besoin pour progresser. Certaines espèces sont assez classiques,
d'autres plus surprenantes... Notez également que les plus faciles à
recruter ne sont pas forcément les moins intéressants. Ainsi, le
très célèbre petit slime (gluant en VF) que tout amateur
de la série connaît bien, est au niveau 1 et globalement très
faible lorsqu'il rejoint votre équipe ; cependant, il peut monter jusqu'au
99, acquiert des sorts intéressants et peut porter des armes et armures
qui le rendront efficace, notamment le fameux boomerang, capable de toucher tous
les ennemis en un seul coup.
Notons
aussi que vous acquerrez, à peu près au moment où vous rencontrerez
Ciobair, un chariot assez grand pour contenir jusqu'à quatre monstres et/ou
personnages. Ceux-ci pourront à tout moment prendre la place d'un des membres
du groupe, et interviendront s'ils mordent tous la poussière ; de plus,
ils gagneront de l'expérience tout comme eux. Cependant, le chariot est
trop volumineux pour passer l'entrée de la majorité des donjons.
Enfin, si vous acceptez de recruter un monstre alors que votre groupe et votre
chariot sont tous deux au complet, il se rendra directement au refuge de Ciobair
qui peut accueillir quelque 70 individus.
Révéler
la seconde caractéristique notable de ce jeu pourrait relever du spoiler,
et j'ai donc hésité avant d'en parler ici. Cependant, elle semble
être donnée par pas mal de tests sur la toile, et même la jaquette
du jeu la révèle à demi-mot... Il s'agit en fait du système
de générations de DQ5, qu'il partage avec quelques autres RPG (notamment
Phantasy Star 3, Romancing SaGa 2 et Fire Emblem 4) ; cet aspect est cependant
moins poussé que dans ces derniers puisqu'il se limite ici à mettre
en scène le père et les enfants du héros. Le premier disparaîtra
assez vite de la circulation ; les seconds, un fils et une fille, n'apparaîtront
qu'au début du dernier tiers du jeu (estimation grossière) auquel
ils apportent d'ailleurs beaucoup ; je reviendrai là-dessus plus loin. Le
héros sera en effet amené à se marier vers la moitié
du jeu ; il aura d'ailleurs le choix entre trois (plus ou moins) charmantes prétendantes
- une de plus que dans l'original qui n'en proposait que deux.

Sur la carte du monde |
Un
donjon. Le héros est encore petit |
Différences avec l'original
En
quinze ans, les choses ont eu le temps d'évoluer dans le petit monde du
RPG nippon et La Fiancée Céleste a bénéficié
de ces progrès. Voici, sommairement, les différences qu'il présente
avec son illustre modèle :
-
La possibilité d'avoir quatre personnages/monstres dans son équipe
et autant dans son chariot contre trois dans DQ5 ; mine de rien, cela facilite
pas mal les choses...
- Une épouse potentielle supplémentaire, au caractère assez...
« déterminé ».
- Une refonte de l'interface, qui en avait bien besoin. Désormais, chaque
objet dispose de son petit dessin associé et d'ailleurs fort bien fait ;
si chaque personnage a toujours son propre inventaire personnel limité
à douze objets, le sac fait son apparition et vous permettra d'en stocker
autant que vous voudrez. Dans la série originale, il n'a été
disponible qu'à partir du sixième épisode. Par ailleurs,
vous pourrez obtenir des informations sur tous les objets que vous trouverez en
les examinant ; vous saurez ainsi si telle arme peut être utilisée
en combat pour produire un effet ou si telle armure protège du feu. En
somme, l'interface est désormais beaucoup plus graphique et moins austère,
donc plus agréable même si son usage reste encore quelque peu fastidieux
par moment.
- Comme de juste, un sérieux lifting graphique. On retrouve un style assez
représenté dans les RPG de l'époque Playstation,
à savoir des personnages en 2D évoluant dans des décors en
3D. Il s'agit ici de 3D type DS, du rustique, mais le résultat est plutôt
mignon. Les deux écrans sont mis à contribution tant dans les villes
et donjons que sur la carte ou pendant les combats ; dans le premier cas, ils affichent
tout deux le décor et vous donnent une meilleure vue d'ensemble, d'autant
que vous avec la possibilité de faire tourner la caméra (parfois
à 360°, parfois non). Lorsque vous vous déplacez sur la carte
du monde, l'écran du haut l'affichera dans son intégralité,
vous permettant de savoir où vous vous trouvez d'un seul coup d'oeil. Enfin,
durant les combats, l'écran du haut reprendra les caractéristiques
principales de votre groupe et celui du bas vous présentera les ennemis
auxquels vous faites face (sous forme de sprites joliment détaillés
et animés) ainsi que les ordres que vous pouvez donner.
- Le TNT, l'un des mini-jeux dont je parle en détail un peu plus bas.
- Enfin, et je serais presque tenté de dire qu'il s'agit de l'ajout le
plus important : la possibilité de faire parler les membres de votre groupe
en appuyant sur le bouton B. Ceux-ci feront alors divers commentaires en fonction
des lieux et de leur personnalité, ce qui contribue grandement à
les rendre sympathiques et attachants. Les deux enfants du héros bénéficient
beaucoup de cette adjonction : leurs propos et leurs réactions typiques
de leur jeune âge les rendent réellement adorables.

En compagnie des monstres |

Les mêmes en combat |
Gameplay
La
Fiancée Céleste reprend tel quel le système de combat de
DQ5, et ce dernier n'étant plus tout jeune, il ne faut évidemment
pas s'attendre à quelque chose d'ultra sophistiqué. Les personnages
gagnent donc de l'expérience et de l'argent en combattant, acquièrent
de nouveaux sorts et aptitudes en montant de niveau et possèdent une pelletée
de statistiques qui donnent une idée précise de leur force de frappe,
défense, résistance à la magie, etc. Cependant, les combats
« normaux » (comprenez ceux qui ne vous opposeront pas aux boss) pourront,
surtout vers la fin, constituer de vrais petits défis. Contrairement à
nombre d'autres RPG, La Fiancée Céleste vous amènera à
exploiter pleinement les capacités de vos personnages même face à
des ennemis communs, rendant ces derniers plus intéressants. En particulier,
les différents sorts renforçant vos troupes et affaiblissant l'ennemi
se révèleront d'une aide précieuse à de nombreuses
reprises, tant, là encore, contre les boss que contre les monstres standards.
Un système diablement efficace donc, et dans l'ensemble plus amusant que
ce que le grand âge du jeu original pourrait laisser croire. Enfin, pour
ceux que cela inquiète, sachez que le leveling n'est que rarement nécessaire ;
tout au plus est-il parfois conseillé (ne serait-ce que pour se payer certaines
rutilantes armes et armures coûtant les yeux de la tête).
Les
conséquences d'une défaite en combat ne sont pas négligeables,
mais vous épargnent toutefois un game over définitif. Lorsque cela
survient, vous vous retrouvez à la dernière église dans laquelle
vous avez sauvegardé (une autre constante de la série), délesté
de la moitié de votre fortune. Afin de protéger vos précieux
deniers, vous pouvez les placer dans une banque ; ils seront alors à l'abri
des coups durs. Par ailleurs, un seul personnage ou monstre de votre équipe
sera relevé ; les autres étant toujours inconscients, vous devrez
les faire remettre sur pieds par le prêtre (contre rémunération)
ou le personnage survivant s'il dispose du sort adéquat.
En
sus de la baston, il existe quelques mini-jeux divertissants dans La Fiancée
Céleste. Je citerai en premier lieu l'habituelle quête des mini-médailles,
récurrentes dans la série. Les mini-médailles peuvent se
trouver un peu partout dans le monde : dans un coffre, un pot, un tonneau, sur
certains boss... Vous rencontrerez au cours de vos aventures le roi Dominicus,
qui en fait collection et vous les échangera contre des pièces d'équipement
puissantes et introuvables ailleurs. Sachez qu'il sera impossible de tous les
obtenir au cours d'une même partie, le nombre total de mini-médailles
étant trop réduit pour cela. Choisissez donc bien!
En
dehors des médailles, on trouve également un casino dont les jetons
permettent, là encore, de se procurer des objets et armes rares pas piqués
des hannetons... Pour peu qu'on en accumule suffisamment, car les résultats
sont bien entendu aléatoires. Même s'il est possible de tricher en
sauvegardant après chaque gain et en rechargeant après chaque perte,
la patience (ou la veine de cocu) sera de rigueur ! Histoire de vous détendre,
vous pourrez aussi vous adonner au très amusant jeu des « Gluants à
gogo », qui consiste à viser les gluants qui viennent vous narguer
au moyen du stylet, et dans le bon ordre. Vous jouerez à ce jeu pour le
score, mais également pour quelques objets potentiellement utiles qui vous
seront remis si vous atteignez certains paliers. En parlant de gluants, vous pourrez
aussi assister à une course de ses sympathiques petites bestioles et parier
sur l'un d'eux, et même faire participer un gluant si vous en avez un dans
votre équipe, à la seule condition que celui-ci soit de niveau 20
ou supérieur.

Le casino (si !si!) |

Le jeu de TNT |
Enfin,
le dernier jeu, le TNT (pour « Trésors, Nombres et Traquenard »),
est une sorte de jeu de l'oie grandeur nature dans lequel vous jouerez le rôle
du pion. Après chaque lancé de dés, vous arriverez donc sur
une case sur laquelle peut se trouver un monstre, de l'or ou un objet. Les plateaux
de TNT se trouvent un peu partout dans le monde ; pour y accéder, vous avez
besoin de tickets TNT, que vous découvrirez, à l'instar des médailles,
en fouinant par ci par là.
N'oublions
pas enfin la présence d'un donjon bonus, débouchant sur un boss
costaud. Ne l'ayant pas (encore) vraiment exploré, je ne pourrai cependant
en dire plus.
En
conclusion...
La
Fiancée Céleste est le paradoxe fait jeu : bien que reposant sur
des bases on ne peut plus traditionnelles, il m'a fait l'effet d'une véritable
bouffée d'air frais. Il s'en dégage en effet une sympathie, une
bonhomie qui le rendent extraordinairement agréable à parcourir ;
Dragon Quest 5 est un jeu qui sait donner vie au monde qu'il anime et octroyer
une personnalité au moindre PNJ qui passe. De fait, tout ce que disent
ces derniers changera au fur et à mesure que la situation évoluera
suite à vos actions, et chacun a sa petite histoire, ses occupations, ses
états d'âme et ses soucis dont il manquera rarement de vous entretenir.
Tout en entretenant un - certes modeste - souffle épique durant toute l'aventure,
La Fiancée Céleste nous ramène constamment à la vie
quotidienne de tout ce petit monde, qui se révèle au final tout
aussi intéressante que le scénario principal un poil plus héroïque.
Celui-ci navigue d'ailleurs lui-même entre l'épique et l'anodin,
nous faisant assister à des évènements plus banals (mais
éminemment plaisants) entre deux donjons. Les commentaires de vos coéquipiers
achèvent d'enfoncer le clou : ils sont extrêmement nombreux (ils
porteront d'ailleurs fréquemment sur la réplique du dernier PNJ
auquel vous avez parlé), bien écrits et contribuent dans une très
large mesure à l'attachement que l'on porte à ces petits tas de
pixels, le système de générations n'y étant pas non
plus étranger. Je ne peux à ce titre passer sous silence l'excellent
travail des traducteurs, qui outre des dialogues impeccables nous offrent une
tonne de jeux de mot à se taper sur les cuisses (comment ça, j'exagère ?)
avec les sobriquets des monstres : vous croiserez ainsi des prestidigitatueurs,
des gourdzillas, des crâmeurs et autres perverruches, sans oublier les vahinéfastes.
Ce ne sont là que quelques exemples, qui vous donnent une idée de
l'ingéniosité qu'ils ont pu déployer... Ils se sont aussi
fait plaisir en traduisant les noms des lieux que vous traverserez : ainsi, ne
soyez pas surpris de visiter un jour le village de Saint-glinglin. En parlant
de voyages, sachez que vous aurez plusieurs moyens de transports à votre
disposition ; en-dehors du bateau et du tapis volant (j'en passe et des meilleurs),
la très pratique téléportation est de la partie, vous permettant
de vous rendre instantanément dans toutes les villes et une partie des
donjons que vous avez déjà visités.
Le
jeu est de plus étonnamment bien rythmé compte tenu de son âge,
et ne vous laisse pour ainsi dire jamais sans indications - à de rares
exceptions près, résidus de son époque d'origine. La progression
reste donc fluide et agréable du début à la fin. En parlant
de fin, je l'ai personnellement atteinte après 50 heures de jeu pétant,
mais je m'étais pas mal baladé et fait beaucoup de leveling vers
la fin, pour optimiser mes personnages ; j'avais aussi passé « un certain
temps » sur le casino... Comptez donc une trentaine d'heures environ si vous
ne vous attardez pas.
En
somme, La Fiancée Céleste possède une ambiance sobre et puissante
qui confère beaucoup de charme à un univers et à un scénario
somme toute assez banals. Qu'on se le dise, la grande force de ce jeu réside
dans son atmosphère irrésistible, qui fait oublier sans aucun problème
les quelques lourdeurs qu'il peut parfois nous imposer.
Minimage

Les deux adorables bambins du héros approuvent.