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Kangaroo
Année : 1982
Système : Arcade, Atari VCS
Développeur : Sun Electronics
Éditeur : Sun Electronics, Atari
Genre : Arcade / Plate-forme
Par JPB (17 novembre 2014)

Vous qui me lisez depuis pas mal de temps, vous savez que j'ai plongé dans le monde des jeux vidéo à Clermont-Ferrand, en 1980. Écumant les cafés et salles de jeux de la ville, je notais mentalement à quel endroit se trouvait tel ou tel jeu, pour y rejouer si l'envie m'y prenait - à condition, bien sûr, qu'il n'ait pas été remplacé par un autre. Vous savez donc que j'adorais les jeux d'arcade.
Alors imaginez ma réaction quand un matin pendant les grandes vacances de 1983, mon voisin de palier me propose d'aller passer l'après-midi chez son oncle, qui répare des jeux vidéo dans un local de l'autre côté de Clermont... Le rêve !

Sortis du bus du côté de l'usine Michelin, pour ceux qui connaissent, je me laisse guider par mon voisin jusqu'à un local qui ne paie pas de mine... On entre, mon copain fait les présentations, et le Monsieur nous explique comment mettre des sous dans les bornes qui fonctionnent : vu qu'aucune des trappes n'est fermée, on n'a qu'à actionner manuellement le monnayeur !
C'est une vraie salle de jeux qui s'offre gratuitement, et rien qu'à nous deux... Oui, c'est le rêve, pas de doute ! Devant mes yeux étincelants, des titres comme Kangaroo, Lady Bug, Pole Position, Turbo, Time Pilot, et d'autres que je connaissais déjà, n'attendent qu'une chose : que j'y joue !

Le flyer d'Atari. Cliquez sur une image pour une version plus grande.
Merci au site Arcade Flyer Archive !

Aujourd'hui, j'ai choisi de vous parler de Kangaroo. Un jeu qui m'a plu tout de suite, avec ses personnages sympas et son gameplay tout simple. Je me demande d'ailleurs si je n'ai pas commencé par ce jeu ce jour-là...

"Je vous défends de toucher mon petit d'homme !"

Dans Kangaroo, vous incarnez Maman Kangourou qui doit sauver ses enfants capturés par d'ignobles singes. Enfin, comme le montre l'introduction, c'est un peu de sa faute aussi, à Maman : si elle avait regardé où elle mettait les pieds, elle ne serait pas tombée bêtement dans le trou.
Comme vous le savez probablement, le kangourou est un marsupial porté sur la boxe, et Maman Kangourou décide d'aller récupérer sa progéniture en mettant une bonne raclée aux primates : pour cela, elle s'équipe de gants de boxe du plus bel effet, et se lance dans sa quête. Kidnapper ses enfants ! Jamais ils n'oseront recommencer !!

Maman Kangourou du haut tombe dans le trou...
Maintenant, c'est à vous de l'aider.

Maman Kangourou se dirige au joystick, vers la gauche ou la droite : elle sautille dans la direction vers laquelle vous la déplacez. Si vous poussez la manette vers le haut, elle saute sur place ou grimpe à une échelle ; si vous baissez la manette, elle se couche ou descend une échelle. Incliner la manette en diagonale haute fera sauter Maman Kangourou en avant dans le sens que vous aurez choisi.
Se baisser ou sauter sur place est indispensable pour éviter les pommes que vous lancent les singes, j'y reviendrai.
Sauter en avant est obligatoire pour franchir les vides entre deux plates-formes.

L'Attract Mode vous indiquera tout ce dont vous avez besoin pour jouer.

Le bouton, enfin, sert à envoyer un direct fracassant, qui met provisoirement hors de combat les singes qui s'approcheraient trop près de vous ou permet de cogner un projectile ennemi - s'il est pile au niveau des poings.

"Ne la touche pas, sale p*** !"

Chaque niveau se compose de 4 tableaux, qui sont reproposés à l'infini dans le même ordre, mais forcément de plus en plus difficiles.
Le premier tableau fait mine de tutorial. On y apprend tout ce qu'on doit savoir pour le franchir ainsi que les tableaux suivants

Le début du premier tableau.
Le singe va tirer !

Tout d'abord, on retrouve toujours la disposition habituelle : Maman Kangourou est en bas ; son enfant est en haut de l'écran, les yeux bandés, occupé à faire des sauts dans sa cage.
En haut à gauche de l'écran, le bonus commence à 2000 points et décroît lentement.

Ici, trois échelles permettent d'accéder aux plateformes intermédiaires. Il faut les emprunter et pour cela, déplacer Maman Kangourou vers la droite. Mais attention : un singe s'approche avec une pomme dans la main, préparez-vous à réagir : s'il lance la pomme au niveau du sol, il faut sauter par dessus ; s'il la lance au niveau du visage, il faut se baisser. Une fois que c'est fait, n'hésitez pas à envoyer un direct au singe, mais surtout ne le laissez pas vous toucher - ou ce sera "match nul" et vous perdrez une vie.

Vous pouvez sauter pour toucher les fruits disposés çà et là, histoire d'augmenter votre score (100 points).
Si vous sautez pour toucher la cloche, les fruits réapparaîtront, chaque fois rapportant plus de points (200, puis 400, et enfin 800 points - la cloche disparaît ensuite). Libre à vous de refaire le parcours à l'envers pour récupérer tous les fruits, plusieurs fois de suite grâce à la cloche ; mais il faut voir si le jeu en vaut la chandelle car les singes sont assez imprévisibles, et les points bonus diminuent régulièrement.

Je n'ai pas réussi à éviter la pomme.
Enfin, mon enfant est sauvé !

Au final, vous devez arriver jusqu'à toucher votre enfant (attention : arriver dans la cage ne suffit pas) pour remporter le tableau, avec les points bonus restants. Les tableaux suivants sont bâtis sur le même principe, sauf le troisième qui est un peu particulier, je vous en parle un peu plus loin.

"Si vous relâchez ma fille maintenant, ça s'arrêtera là."

Vos ennemis : les singes ! Il y en a de trois sortes.

Les premiers se promènent dans le tableau : ils descendent le long de l'arbre à droite de l'écran, jusqu'à atteindre la plateforme sur laquelle vous vous trouvez. Ils se dirigent alors vers vous, plus ou moins longtemps, avant de lancer leur pomme à une hauteur aléatoire. Ensuite soit ils repartent tout de suite vers la sécurité de l'arbre, soit ils continuent d'avancer un moment vers vous avant de faire demi-tour. Cogner sur un singe, même juste avant qu'il ne tire, rapporte 200 points.
Par la suite, vérifiez qu'un singe qui vous a tiré dessus a bien les mains vides ; ils sont en effet capables de vous lancer plusieurs pommes, pas forcément à la même hauteur d'ailleurs.

Un primate allongé pour le compte.
Attention au trognon qui tombe !

Le second reste en haut de l'écran, et lance à intervalles réguliers un trognon de pomme, qui rebondit horizontalement jusqu'à atteindre la verticale de Maman Kangourou, et qui tombe ensuite verticalement - attention, des fois il rebondit en arrivant au contact d'une plateforme, c'est complètement aléatoire. Il faut éviter le trognon ou taper dessus au bon moment pour gagner 200 points. Le singe tout en haut est en revanche inaccessible.
Tous les singes peuvent lancer une pomme verticalement, si Maman Kangourou se trouve en-dessous d'eux : c'est le cas notamment au quatrième tableau.

Le troisième type d'ennemis ne vous attaque pas : il s'agit des singes du tableau 3, qui se placent l'un sur l'autre et qui retiennent un des enfants prisonnier tout en haut. Il sont immobiles et vous devez les frapper à répétition pour que, petit à petit et singe éjecté par singe éjecté (400 points chaque fois), la cage arrive au niveau du sol - mais on peut sauter sur la cage s'il ne reste qu'un singe en-dessous. Méfiance car certains primates se rajoutent à la colonne de temps en temps.

Le tableau 3 et ses singes superposés à boxer.
À droite, 4 singes sont déjà suspendus aux lianes.

Dans ce tableau, le souci vient des singes qui montent petit à petit à la corde de l'arbre, sous le gros tas de pommes : quand il y en a trop qui sont suspendus là, la branche craque et toutes les pommes volent en tous sens. Il est à mon sens impossible d'arriver à toutes les éviter... Donc, régulièrement, il faut aller boxer les singes suspendus aux lianes pour éviter ça, ou alors être super rapide et sauver son enfant avant.

À chaque tableau, au bout d'un moment, s'invite à la fête un autre personnage qui va vous en faire voir : le gorille, Big Ape. Il n'est pas dangereux en lui-même, car vous ne risquez pas de mourir au contact. Du coup, vous pouvez l'envoyer valser d'un direct bien placé (800 points quand même !) mais attention car si c'est lui qui vous touche avec ses immenses bras "télescopiques", il vous pique vos gants de boxe, vous laissant démuni et incapable de frapper vos ennemis pendant quelques instants.

Big Ape m'a piqué mes gants. Si j'appuie sur
le tir, je sors un drapeau blanc !
Le tableau 2. Comme vous le voyez,
le gorille a une sacrée allonge !

Ce n'est pas aussi grave que perdre une vie : on peut continuer à bouger, et même atteindre l'enfant kidnappé sans gants. Mais on ne peut plus compter que sur l'esquive, et dans certaines situations, ce n'est pas suffisant.

"Pourquoi le cyclope a-t-il enlevé mon fils ?"

Kangaroo est l'exemple-type du jeu de plateformes. Partir du bas de l'écran pour arriver tout en haut, franchir des obstacles ou du vide en sautant, et éventuellement éliminer les ennemis, à première vue rien que de très banal. Mais resituons-nous dans le contexte : Kangaroo est sorti en 1982. Quels sont ses prédécesseurs ? Space Panic (1980), premier jeu de plateformes ; Donkey Kong (1981) et ses innombrables clones ; Bagman (ou Le Bagnard, début 1982)... Les jeux de plateformes ne sont pas encore vraiment à la mode, on reste dans le shoot'em up ou la course. Donc, Kangaroo sort en juin 1982 et n'a pas beaucoup de concurrents dans son domaine, même s'il est difficile de concurrencer un monument comme Donkey Kong ; pour le reste, c'est affaire de goûts du joueur.

La branche est cassée, les pommes
commencent seulement à pleuvoir.
Dans quelques secondes, il y en aura
au moins le triple.
Le tableau 4. Plusieurs chemins possibles
et les singes qui arrivent de partout.
Une horreur pour tout gérer.

Kangaroo propose des graphismes colorés et très sympas. Les couleurs des objets sont vives, les éléments du décor facilement reconnaissables, et le look des protagonistes est attachant. En plus on n'a pas beaucoup de problèmes de collision de sprites, comme c'était souvent le cas à l'époque.

L'animation des personnages est très propre. Les étapes du saut de Maman Kangourou, comme les mouvements que font les singes quand ils avancent ou lancent une pomme, sont bien déliées et correctement réalisées. C'est un petit dessin animé qui se déroule sous les yeux du joueur.
Les petites animations particulières, comme le coup du drapeau blanc que brandit Maman Kangourou quand elle n'a plus ses gants de boxe, donnent une saveur humoristique supplémentaire.

Le son est très travaillé. Pas tellement au niveau des bruitages, assez classiques, mais plutôt côté musiques. Car il y en a beaucoup :
- une pour l'intro => Maria Alla Turca de Beethoven ;
- une en cours de jeu => American Patrol de F.W. Meacham ;
- un petit jingle quand Maman Kangourou est positionnée sur une échelle ;
- Westminster Quarters quand on touche la cloche, musique appropriée s'il en est ;
- et enfin une pour la victoire => Oh ! Suzanna de Stephen Foster.
Bref, côté oreilles Kangaroo nous gâte. Pendant des années, j'ai gardé en mémoire la mélodie qu'on entend pendant qu'on joue, jusqu'au jour où j'ai pu retrouver ce jeu sur M.A.M.E. Comme ce fut le cas avec les petits jingles de Moon Cresta, ce fut un grand moment de pouvoir entendre à nouveau ces sons que je n'avais pas oubliés !

Le maniement est très simple, comme je l'ai expliqué en début d'article. Pas de mauvaises surprises de ce côté, Maman Kangourou répond parfaitement aux sollicitations du joueur. Une remarque : ne pas oublier qu'elle est incapable de descendre la moindre dénivellation, même si elle paraît insignifiante : il faut toujours sauter pour passer d'un niveau à un autre.
Ce que n'a sans doute pas oublié David Kirk, qui détient le record officiel obtenu le 13 mars 1983 avec 921 800 points.

"Je vais retrouver ma fille, elle est dans cet avion !"

Que dire des conversions officielles ? Qu'elle sont peu nombreuses et chapeautées par Atari.
Il existe une version pour Atari 2600, et une version pour Atari 5200. La troisième version, pour Atari 8-bits, est identique à celle de la 5200, à part quelques nuances de couleurs, mais n'a semble-t-il pas été commercialisée. Pour les machines concernées, on peut dire qu'elles sont de bonne qualité.

Version 2600.
Version 5200.

Il y a certainement eu des clones sur les machines de l'époque, mais j'avoue que je n'en ai pas trouvé. Par contre, j'ai découvert que, comme pour Donkey Kong, un dessin animé a été commandé pour l'émission Saturday Supercade aux USA. Un cartoon du même acabit que celui de Donkey Kong justement, avec les personnages du jeu réunis dans un zoo. Je vous laisse regarder la présentation à cette adresse.

Kangaroo doit être suffisamment connu pour avoir eu droit à des conversions officielles d'Atari. Cependant, j'avoue ne l'avoir jamais revu en arcade après cette journée mémorable. De notre côté, mon voisin et moi, on a passé une bonne partie de l'après-midi dans cette salle. Il fallait du temps pour rentrer en bus, alors on a dû partir vers 16H30 ; mais c'était fantastique ! Je n'y suis jamais retourné : l'occasion ne s'est jamais représentée et j'ai déménagé quelque temps plus tard. Mais je n'ai jamais oublié cette après-midi d'exception.

(P.S. : essayez de trouver les films traitant de kidnapping d'enfants, dont j'ai mis quelques citations en titres de paragraphes...)

JPB
(17 novembre 2014)
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