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Earthworm Jim 2
Anne : 1995
Systme : Megadrive, SNES ...
Dveloppeur : Shiny Entertainment
diteur : Virgin Interactive
Genre : Plate-forme / Action
Par MTF (15 mars 2021)

Il y a de cela huit ans (comme le temps passe !), je dclarais ici mon amour Earthworm Jim, jeu de plates-formes/action qui a marqu la gnration des consoles 16-bits et que l'on citait, trs rgulirement, comme l'un des jeux les plus drles, les plus beaux et les plus intressants de l'poque. Peu de cas est fait en revanche, me semble-t-il, du second pisode, sorti l'anne suivante et qui fut mme port sur Playstation et sur Saturn. Pour tout dire, on cite davantage le troisime pisode, Earthworm Jim 3D, mais parce qu'il reprsente une occurrence de mascotte ayant « rat » son passage la troisime dimension et non pour ses qualits propres !
Toutes choses gales par ailleurs, ce silence est peut-tre rvlateur d'une sorte de gne concernant le jeu lui-mme, sa bigarrure, son tranget, son avant-gardisme mme : Earthworm Jim 2 a beau se prsenter comme la suite du premier, il en est en ralit particulirement loign, tant et si bien qu'on aurait pu trs bien inclure un nouveau hros sans engager frontalement les situations de jeu. Mais tout aussi paradoxalement, le ver de terre se prtait extraordinairement bien cette exprience hallucine, dont je peine encore parfaitement faire le bilan : mais je suis sr et certain qu'il mrite un article, voire une rhabilitation en bonne et due forme.

quoi reconnat-on une aventure de Jim le ver de terre ? Aux vaches. Ce sympathique bovin est la mascotte, burlesque, de la srie.

A worm and his blob

La curiosit d'Earthworm Jim 2 se rvle ds qu'on tente d'en parler et concerne son identit mme. Si le tout premier Earthworm Jim est, sans mal aucun, un jeu de plates-formes/action l'instar d'un Mega Man ou que sais-je, le second a des airs plus tranges de « party-game » la Mario Party ou de compilation bizarre, en oubliant ses racines. Ainsi, sur la douzaine de niveaux que l'on arpentera, un gros tiers ou une petite moiti vous demanderont, effectivement, de sauter ci et l en dfouraillant tout ce qui bouge : aux cts de ceux-ci, on aura droit des niveaux de course pied, un exercice en 3D isomtrique, un autre la progression verticale, un dernier dont le maniement rappelle, lointainement, une sorte de Balloon Fight dgnr. On passe finalement davantage son temps jouer autre chose qu' un jeu de plates-formes, et tandis que ces pastilles permettaient, dans le premier pisode, de souffler entre deux niveaux, elles composent ici une part importante de l'conomie du jeu.
Les niveaux « traditionnels », de plus, sont rarement tranquilles et beaucoup tournent autour d'une astuce, d'un gimmick, qui empche de les consacrer comme relevant de la plus grande des normalits : on doit ainsi transporter des vaches pour les traire, creuser la terre meuble d'une fourmillre en temps limit, explorer un labyrinthe de paperasses ou encore chapper une salire dmoniaque. Seul le stage inaugural semble d'une relative banalit, et encore ! il n'est l que pour nous entraner aux nouveaux mouvements du ver de terre, qui troque sa tte-hlicoptre et son fouet, jadis si versatile, pour une sorte de blob verdtre qui remplira ces deux fonctions.

Deux niveaux fondamentalement distincts, tant dans leurs ambiances, leur maniabilit, leurs couleurs... Difficile de les croire issus du mme jeu !

D'ailleurs, ce blob ne sera pas le seul vritable changement car tous les modles ou presque ont t refaits par les graphistes, commencer par Jim lui-mme qui s'allonge et troque sa dmarche dcide pour une attitude plus dcontracte, bondissante et sautillante qui sied mieux, force est de le reconnatre, sa personnalit gnrale. Il est mme aux petits soins : il a maintenant sa disposition un bouclier temporaire, d'une grande efficacit, on lui donne bien davantage de munitions et d'armes distinctes, son identit plastique volue notablement et on ne peut qu'apprcier que l'quipe de dveloppement ait travaill aussi srieusement peine quelques mois aprs la sortie du premier pisode, d'ores et dj magnifique sur bien des aspects.
Toutes choses gales par ailleurs, et quand bien mme regretterais-je la disparition du fouet qui demeure une excellente ide de jeu et dynamisait vritablement l'pisode inaugural en lui donnant une saveur particulire, je n'ai franchement rien reprocher au maniement de Jim, quelle que soit la configuration envisage ; et mme ce passage trange en 3D isomtrique, qui aurait pu faire craindre le pire, est finalement assez efficace compte tenu de sa brivet.

Le parachute se manie bien mieux que l'hlicoptre d'avant. Peut-tre, ce niveau o l'helium fait gonfler la tte de Jim est celui au maniement le plus dlicat, tant il faut anticiper le gain ou la perte d'altitude.

De mmoire, je n'ai point souvenir d'un jeu proposant autant de varit, juxtaposant autant de phases diverses sans se vautrer, lamentablement, au moins une fois. Il y aura bien plus tard Rayman 3, qui s'amusera occasionnellement au principe mais sans jamais s'aventurer trop loin cependant de son noyau de plates-formes dures ; on peut ventuellement penser aux Tiny Toons Adventures: Buster Busts Loose sur Super Nintendo mais l encore, leurs mini-jeux taient encapsuls et subordonns une aventure plus traditionnelle.
Partant, la variation chevronne d'Earthworm Jim 2 me semble vritablement unique et pour son poque, et pour son genre, et pour l'histoire moderne du jeu vido. Il a des gots de prcurseurs du fameux Frog Fractions, des pousses avant-gardistes, exprimentales mme par endroit, mais qui n'auraient pu exister ailleurs. Par son identit parodique, par son grand-guignolesque et sa dsinvolture, il tait le candidat rv pour de telles exprimentations, timidement en germe par ailleurs dans le premier pisode. En fait, la curiosit ici n'est pas tant qu'il se risque la mosaque ludique, mais bien qu'il russisse son pari tant les exemples contraires abondent.

En dgageant de la terre meuble, on construit des mottes nous permettant de progresser, tandis que Puppy Love exige de nous des rflexes aiguiss.

Oh la vache !

De la mme faon, on aurait pu craindre que l'humour du jeu passe mal, ou du moins qu'il vieillisse rapidement. Bien entendu, cette question est par essence minemment subjective, et sans doute certaines personnes ne trouveront pas toutes ces frasques particulirement choisies. Il y a, pourtant, un peu de tout : de l'absurde, avec ces vaches poussant dans des fleurs et que l'on doit sauver de soucoupes volantes ; de la posie dcale, avec cette squence o Jim, transform en ttard, flotte tranquillement sur l'air de la « Sonate au Clair de Lune » de Beethoven dans ce qui ressemble des entrailles, voire un utrus gant ; du burlesque, avec ces niveaux o l'on doit faire rebondir sur un pouf des chiots cavalirement balancs par Psycrow, l'un des principaux antagonistes du premier jeu, sur l'air de « Funiculi Funicula ». On n'clatera sans doute pas toujours de rire, mais il me serait surprenant d'entendre que rien dans le jeu n'a, au moins, provoqu un rictus (mme nerveux) tant il se donne du mal.
Ces efforts cependant, tout louables soient-ils, finissent par diluer l'intrt gnral du jeu et le rendre moins percutant sur la longueur, diffuser son effet sans qu'un lment plus prcis ne parvienne retenir l'attention au-del de la curiosit qu'il reprsente. On joue certes avec intrt, et il est rare que la nouvelle surprise nous doive, mais on perd ds lors le liant, ne serait-ce que concernant le personnage, qui donnait tant de personnalit au jeu premier. On ne se sent point progresser dans la mesure o l'on nous demande toujours de s'adapter un nouveau type de gameplay ; et mme si celui-ci d'tre russi, on ressent davantage comme un pitinement qu'une monte en puissance.

Au rang des drleries, ajoutons un quiz parfaitement djant o la connaissance de la langue anglaise ne vous sera d'aucune aide, et une saynte, chaque fois diffrente, mettant en scne Jim et une balance de fortune...

Il est ds lors heureux que le jeu ne tienne pas uniquement grce ces seuls aspects ludiques, mais galement par ses aspects plus techniques que seraient l'image et le son et c'est ici, me concernant tout du moins, un quasi sans-faute. Graphiquement, j'en ai dj touch quelques mots, le jeu est d'une rare beaut et d'une belle fluidit, que ce soit d'ailleurs sur Super Nintendo ou sur Megadrive dont les versions sont presque identiques, nonobstant quelques dcors simplifis et une musique remanie selon les contraintes de chaque support. Certains niveaux sont fous d'originalit, comme « Iso 9000 » qui nous plonge dans un enfer bureaucratique rminiscent, je prsume, du film Brazil, ou « Level Ate » qui nous fait voyager sous des tranches de bacon gantes et des ufs au plat la cuisson parfaite avant de finir par un duel contre un steak pic sur une pizza glougloutante.
Musicalement, on explore mme des endroits insouponns, de la musique classique ou traditionnelle, italienne ou mexicaine, du garage rock ou de la musique de foire, et les bruitages accompagnent trs agrablement, entre onomatopes rigolotes et quelques voix digitalises d'assez belle qualit, cet univers color. Mais, de la mme faon que prcdemment, ce saupoudrage d'influences diverses adultre notablement l'effet gnral lors de nos parties, on tourne sans fin la tte sans se fixer, tout cela manque notablement de cohrence et de corps. trop embrasser, le jeu mal treint : et s'il est de beaux moments, qui mme depuis sa sortie me sont toujours rests en mmoire, le jeu m'a souvent laiss une impression thre, comme si je ne faisais jamais que le traverser mais sans rien retenir, au regard du premier opus qui russit bien mieux, mon got, imprimer sa marque, quand bien mme ne l'aimerait-on point.

J'ai beau tre vgtarien, ce niveau me met salement en apptit... Quant l'enfer bureaucratique, il se termine en rattrapant une porte aux jambes vloces, qui s'enfuit notre encontre !

Le jeu, je crois, a globalement souffert de ces imprcisions en son temps mais il est vrai aussi, pour reprendre ce que je disais jadis propos de Mega Man X3 ou de Donkey Kong Country 3, qu'il subit les consquences de la transition gnrationnelle. J'y vois galement un effet de son identit multiple, du vibrion qu'il est et qu'on ne sait pas vraiment comment prendre. Mme celles et ceux qui aiment l'univers, mon instar, sont souvent perplexes et mme si, individuellement, tous ces moments de jeu sont russis, voire audacieux, ils se diluent dans un magma d'ides bouillonnante o rien ne parvient vritablement surnager. C'est un ragot bizarre o chaque lment est des meilleurs, mais o la soupe, une fois avale, peine nous plaire. C'est, pour le rsumer une dernire fois, un brouillon gnial qui aurait d ncessiter un peu plus de concentration et d'encadrement.
D'anne en anne cependant, plus j'y pense et plus j'y joue, plus Earthworm Jim 2 grandit en moi, plus ces petits moments s'impriment dans ma mmoire, et plus je finis par l'aimer. Ce n'est pas un amour immdiat comme son prdcesseur, et ce n'est pas une passion brlante, mais plutt une libration sereine, comme un filet d'eau qui tomberait, goutte goutte, sur le sol de mon esprit et finirait par y faire son trou. Le jeu est tel, si unique et diffrent, que je ne pense pas que l'on puisse honntement le comparer au prcdent, ou d'autres jeux « d'action/plates-formes » sans, d'une part, le dsavantager, et d'autre part distordre son identit propre. dire vrai, je ne saurais mme pas vous dire s'il est un bon, ou un mauvais jeu. Il est bon dans ce qu'il fait, de cela, je ne doute pas ; mais est-il bon absolument ? Je n'en sais fichtre rien. Ce que je sais, en revanche, c'est qu'il mrite sa chance, peut-tre mme davantage que jadis, car il se bonifie avec le temps. Il y a des suites inutiles, il y a des jeux ennuyeux, il y a des titres oubliables : Earthworm Jim 2 n'est rien de tout cela. Et si a ne suffit pas en faire une uvre culte, a y ressemble tout de mme beaucoup.

Bob le poisson rouge est de retour pour se venger, alors que l'ultime confrontation face Psycrow vous demandera de le vaincre la course pied...
MTF
(15 mars 2021)