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The Neverhood
Anne : 1996
Systme : Windows ...
Dveloppeur : The Neverhood inc.
diteur : DreamWorks Interactive
Genre : Aventure / Réflexion
Par Jean-Christian Verdez (25 juin 2009)

Animateur, dessinateur, musicien, ralisateur, Doug TenNaple fait partie de ces artistes qui ont plusieurs cordes leur arc, mais c'est surtout son travail dans les jeux vido qui va nous intresser aujourd'hui. TenNaple dbute en tant qu'animateur, de 90 92 sur la srie Attack of the Killer Tomatoes: The Animated Series, adaptation en dessin anim du film de 1988 nomm Return of The Killer Tomatoes (mais si, rappelez-vous, le truc pas possible avec un George Clooney qui depuis aimerait srement nous faire croire que ce film n'a jamais exist). En 1993, il se lance dans l'aventure vido ludique, et travaille notamment sur l'adaptation Megadrive du film Jurassic Park, mais aussi sur Stimpy's Invention, et The Jungle Book pour le compte de Disney Interactive. C'est ce moment qu'il fait la rencontre de David Perry, qui de son ct travaille sur la version Megadrive du jeu Aladdin, toujours pour Disney. Ainsi l'anne suivante, lorsque David Perry dcide de fonder sa socit Shiny Entertainment, il est rejoint par Doug TenNaple. Ce dernier cre alors l'un des personnages les plus connus du jeu de plates-formes occidental, Earthworm Jim sur consoles 16-bits. Les aventures du dsormais clbre ver-de-terre Jim seront rapidement suivies par une premire suite. Puis les routes de Perry et TenNaple se sparent ; le premier continue l'aventure Shiny en concevant entre autres le brillant MDK, tandis que le second fonde son tour sa propre boite, The Neverhood inc., afin d'y dvelopper le jeu ponyme, le dsormais culte The Neverhood.

La premire fois que l'on dmarre The Neverhood, on sent quasi immdiatement que l'on est face un jeu pas tout--fait comme les autres, nanti d'une trs forte personnalit. Dj, la musique qui nous accueille est d'un style plutt dixie assez atypique, mais surtout l'cran-titre est constitu de... pte modeler ! D'ailleurs TOUT le jeu se droule dans un monde en plasticine. L'originalit du rendu esthtique est donc des annes lumire des jeux concurrents, et prend magnifiquement contrepied la course au ralisme qui secoua les jeux d'aventure lors de l'avnement du "tout CD-rom" durant les annes 90. L o des jeux comme Phantasmagoria ou Gabriel Knight II: The Beast Within se rapprochent du cinma en filmant puis numrisant des dcors et acteurs rels, The Neverhood opte pour une solution beaucoup plus artistique : l'animation en image par image (ou "stop-motion", voire dans ce cas prcis "Claymation") dans un dcor compltement surraliste. Le rsultat est surprenant, trs dpaysant, et totalement gnial.

Cependant, ce n'est pas tout--fait la premire fois qu'un jeu utilise de la pte modeler pour dvelopper cette esthtique particulire. Souvenons-nous notamment du jeu de plates-formes Super Nintendo Claymates, ainsi que la trilogie de jeux de baston ClayFighters. D'autres jeux comme Trog en Arcade, ou Primal Rage voire Mortal Kombat, proposaient certains personnages gnrs partir de pte modeler ou assimil. Tout comme pour ces softs, les sprites de The Neverhood ont t crs depuis des personnages fabriqus en plasticine puis numriss image aprs image, crant ainsi une animation (un peu la faon des hros de Donkey Kong Country initialement rendus en images de synthse avant d'tre "convertis" en sprites). Mais ici, la capacit de stockage d'un CD aidant, les dcors ont subi le mme traitement visuel. Du coup, l'intgration des personnages dans les diffrents environnement est beaucoup plus convaincante que les autres jeux aillant utilis de la pte modeler, et les cinmatiques du jeu dans un format vido ressemblent de leur ct de vrais petits courts-mtrages.

Concrtement, The Neverhood est un jeu d'aventure avec une interface point'n click, parsem d'nigmes qu'il faudra rsoudre pour progresser. Au tout dbut de l'histoire, votre personnage (prnomm Klaymen) dort dans une pice ferme de l'extrieur. Aucune explication ne vous est donne sur vos objectifs, motivations, ou tout simplement sur ce que vous faites ici, du moins au dbut. Dans l'immdiat il faut simplement sortir. Cette premire nigme, enfantine, donne un aperu du ton jovial du jeu : lorsque vous actionnez le levier situ au fond de la pice, un gigantesque maillet vient dfoncer la porte pour vous permettre d'aller dans la salle d' ct. Le jeu est constitu d'une srie d'cran fixes, la plupart contenant gnralement une nigme rsoudre. Mais ces tableaux vus de profil correspondent surtout l'intrieur de batiments, ou leurs abords. Sitt que l'on s'aventure plus avant dans le monde de The Neverhood, le jeu passe en vue subjective. D'un simple clic, vous pouvez alors tourner sur vous-mme pour changer de direction ou bien avancer jusqu' un autre embranchement.

En vue subjective, la transition d'un cran/lieu vers un autre ne se fait pas simplement par l'apparition de l'cran suivant comme dans Myst : ici, une vido se dclenche durant laquelle la camra avance automatiquement vers le lieu suivant, assurant ainsi une immersion constante dans cet univers de glaise. Cela permet en outre de prendre conscience du travail fourni par les dveloppeurs : tout l'environnement o se droule l'histoire a t recr en une seule norme maquette ! Plus de trois tonnes de pte modeler auront t ncessaires l'laboration du jeu !

Deux screenshots des dplacements en vue subjective du jeu. Se dplacer dans un monde en pte modeler a quelque chose de fascinant ! On peut videmment regretter que les PC de l'poque naient pas t plus puissants et que The Neverhood n'ait donc pas pu bnficier des rsolutions HD que l'on connat maintenant... Mais l'ambiance fonctionne et le jeu fait toujours son petit effet aujourd'hui...
Deux images issue du making-of vido fourni dans les bonus. On y devine notamment la taille consquente de la maquette labore pour le jeu.

Mais The Neverhood n'est pas seulement la ralisation d'un fantasme de gens ayant un peu trop jou avec de la Play-Doh quand ils taient petits. L'histoire se constitue petit petit, grce une vingtaine de disquettes dissmines un peu partout et que vous devrez rcuprer durant le jeu. Chaque disquette raconte un petit bout de l'histoire qui constitue vos origines et pour tout dire, votre raison d'tre. Les vingt disquettes sont en outre ncessaires pour terminer le jeu. Elles sont simplement poses mme le sol, et ne sont donc pas trs dures trouver du moment que l'on a rsolu les nigmes permettant d'accder aux diffrents lieux de cette micro-plante. Pour aller l'essentiel de l'intrigue, disons qu'un certain Hoborg a cr le monde Neverhood, ainsi qu'un premier fils, Klogg. Ce dernier, le mchant de l'histoire, vole la couronne de son pre et devient tout puissant, et c'est l que vous intervenez. Les diffrentes nigmes que vous devrez rsoudre ne servent finalement qu' progresser jusqu' la demeure du roi. Il vous faudra alors faire un choix avec la couronne, conduisant deux fins diffrentes (une bonne, une mauvaise. Un conseil, sauvegardez juste avant et testez les deux !). En terme de gameplay, l'avance du joueur est finalement assez linaire et certaines nigmes exigeront parfois quelques aller-retours si vous n'avez pas t attentifs certains indices. Il est d'ailleurs fortement conseill de prendre des notes et de dessiner, mme grossirement, les symboles de certaines nigmes pour s'en souvenir plus tard. Plusieurs puzzles ayant des solutions variant d'une partie l'autre, ne comptez pas tout rsoudre l'aide d'une faq. En outre, comme de coutume avec les jeux d'aventure, vous ne pouvez jamais tre bloqu ou mourir suite un mauvais choix. Un petit conseil cependant : un endroit se situe un trou dans le sol, avec une pancarte "ne sautez pas sinon vous allez mourir" juste ct... Si vous tenez vraiment vrifier, sauvegardez d'abord, on ne sait jamais...

Paralllement, vous allez trs rapidement dcouvrir un lieu sur les murs duquel a t grave une histoire aux allures bibliques. noter que ce texte, "The Neverhood Chronicles", est extrment long puisque le mur o il est grav s'tale sur prs de 38 crans (qu'il vous faudra imprativement traverser puisque l'une des vingt disquettes se trouve tout au bout ! Ou comment parodier les longs aller-retours obligatoire de certains jeux en imposant soi-mme un long aller-retour dans une maison qui du mme coup semble 20 fois plus grande l'intrieur qu' l'extrieur). Il s'agit d'un pur bonus scnaristique sur la gnse du Neverhood, et vous n'tes pas oblig de tout lire pour finir le jeu. Cela vous permet toutefois d'en savoir un peu plus sur le monde de Klaymen et les origines de son crateur Hoborg et ses six frres, et donne une relle paisseur cet univers fictif...

Pour soutenir l'aspect visuel atypique de The Neverhood, les dveloppeurs ont fait appel pour la partie sonore du jeu, un musicien nomm Terry Scott Taylor, dont le style est l aussi assez singulier. Mlange de jazz, rock, dixie, bluegrass, le rsultat est vrai dire plutt difficile dcrire. Mme les paroles des chansons qu'on peut entendre dans les diffrents lieux visiter sont tranges. Tantt il s'agit d'un anglais volontairement mal articul, au point d'en devenir presque incomprhensible ( supposer que les paroles aient dj un sens la base), tantt il s'agit simplement d'onomatopes. Rsultat : une ambiance unique, et une bande-son que connat forcment tout fan de musiques de jeu qui se respecte (le double CD Imaginarium: Songs from the Neverhood est d'ailleurs toujours disponible l'achat). Sachez en outre que l'une des nigmes du jeu consiste caler une radio sur la bonne station, de faon ouvrir une porte. Pour se faire, il faut passer en revue une une toutes les frquences la recherche d'une chanson entendue plus tt dans l'histoire. En fait, une vingtaine de petits morceaux ont t crits rien que pour ce puzzle ! On est loin de certains jeux d'aventures o c'est la mme musique d'ambiance qui vous accompagne pendant des heures...

gauche, la pochette du double CD-audio 'Imaginarium' de Terry Taylor, qui regroupe les musiques des 3 jeux de The Neverhood inc. (The Neverhood bien sr, mais aussi Skullmonkeys et Boombots). droite, la pochette du jeu The Neverhood sur Playstation, version qui restera une exclusivit japonaise...

Si The Neverhood est pour beaucoup de monde un soft PC, on peut toutefois rappeler l'existence d'une version Playstation, qui n'est d'ailleurs curieusement jamais sortie du Japon. Rebaptis Klaymen Klaymen: Neverhood No Nazo, ce portage est malheureusement dcevant, la faute une particularit technique trs frustrante : chaque accs disque, c'est--dire quasiment chaque fois que vous cliquez quelque part pour progresser, un petit temps de chargement fait son apparition. De plus, chacun de ces loadings, la musique est rinitialise et le morceau en cours recommence jouer depuis le dbut. En dehors de a le jeu est toujours aussi bon, mais il est vident que la version PC est laaaaargement privilgier si l'on ne veut pas se gcher le plaisir cause des limitations techniques de la version PS.

La socit Riverhillsoft, auteur de ce portage playstation, a par ailleurs remploy le monde de Klaymen dans d'autres jeux n'ayant cette fois plus de rapport direct avec The Neverhood, les crateurs originaux de la srie, ni mme la technique de claymation. C'est le cas de Klaymen Gun-Hockey, sorte de variante sur le thme du Air Hockey o, vous l'aurez devin, les poussoirs sont remplacs par des armes avec lesquelles on tire rptition sur le palet pour le renvoyer. Le rsultat est pour tout dire assez trange... L non plus, le jeu n'est jamais sorti du pays du soleil levant.

Outre sa ralisation technique en stop-motion qui rappelle invitablement les films d'animation comme Wallace & Gromit, The Neverhood a un autre point commun avec le 7me art. En effet, le jeu est dit par Dreamworks Interactive qui, comme son nom l'indique, est la branche jeu vido de la fameuse socit de production fonde par Steven Spielberg en 94. Le ralisateur flirte dcidment rgulirement au jeu vido, puisque dans le mme temps sort chez LucasArts The Dig, projet de film crit par Spielberg devenu par la suite un jeu vido. Mais l'inverse de la firme de Georges Lucas, l'aventure Dreamworks interactive ne sera pas de trs longue dure. En effet, en 1999, aprs quatre petites annes d'existence, le studio Dreamworks est rachet par Electronic Arts et rebaptis EA Los Angeles. De la priode "pr-EA" on retiendra quelques jeux plus ou moins russis dans l'univers de Jurassic Park (comme le jeu de baston Warpath ou le RTS Chaos Island), ainsi que deux FPS probablement plus populaires, Clive Barker's Undying et le premier Medal of Honor. Enfin, pour l'anecdote, Spielberg et Dreamworks Interactive / EA Los Angeles se retrouveront en 2008 sur le jeu Wii Bloom Box, dont le cinaste est justement l'origine du game design.

De leur ct, Doug TenNaple et ses collgues de The Neverhood inc. donnent une suite aux aventures de Klaymen. Sorti en 1998 non pas sur PC mais sur Playstation, cette fois il s'agit plutt d'un jeu de plates-formes, baptis Skullmonkeys (Klaymen Klaymen 2 au Japon). Par ailleurs, Klaymen est un personnage cach du jeu de combat BoomBots, troisime et dernire production de The Neverhood Inc. Par la suite, les diffrents dveloppeurs se sparent, et TenNaple renoue avec le Comic Book et la srie anime. Par exemple, il cre GEAR, bande dessine mettant en scne ses trois chats, chats qui deviendront aussi les vedettes de son dessin-anim pour enfants Catscratch ("Chadbloc" en France).

Pour en finir avec les rapports tlvisuels et cinmatographiques, sachez qu'aujourd'hui (2009), soit treize annes aprs la sortie du jeu, l'adaptation de The Neverhood en long mtrage, produit par le studio d'animation Frederator Films et ralis par Doug TenNaple en personne, est toujours d'actualit. Ce serait une faon trs intressante de boucler la boucle.

Au bout du compte, The Neverhood a pour lui une ambiance excellente, autant sur l'aspect visuel, sonore, ou scnaristique. Les critiques de l'poque taient bonnes, mais les ventes n'ont pas suivi. 1996 marqua d'ailleurs le dbut de la fin de cette longue priode de gloire pour les jeux d'aventure, tendance qui sera par exemple confirme peu aprs par Grim Fandango, autre grand nom acclam mais nanmoins moyennement bien vendu. Rtrospectivement, on peut noter que Microsoft a publi sur son site officiel un article qui voque The Neverhood parmi une liste de cinq jeux qui ont t compltement sous-estims (voir ici). Paralllement, le jeu a toujours son lot de fans, et son ambiance mle ses ventes faibles lui donnent de fait un statut de perle vidoludique...

Jean-Christian Verdez
(25 juin 2009)
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