Il y a des consoles ou des jeux comme ça,
que tout le monde trouve pitoyables, que personne n'apprécie, que chacun
essaye de démolir en jouant dans la surenchère verbale acide pour
faire rire les petits camarades, alors que parallèlement une petite poignée
de joueurs perdus dans ce monde cruel et sans pitié, tentent désespérément
de protéger leurs favoris des critiques et de les revaloriser contre vents
et marées... Ainsi, certaines personnes défendent comme elles peuvent
la GX-4000 d'Amstrad, d'autre s'acharnent à expliquer à qui
veut les écouter pourquoi la GP32 de GamePark est la console du
bien, moi j'ai jeté mon dévolu il y a déjà fort longtemps
sur un soft nommé Dragon's Lair the Legend.
Alors là vous allez me dire "mais attends
coco, là tu nous parles de Dragon's Lair! the Dragon's Lair
! Ce jeu créé par Don Bluth en 1983 et sorti en arcade sur support Laser Disc. Ce jeu incroyable,
certes très dirigiste, mais qui proposait des graphismes et des animations égalant les meilleurs
dessins animés". Et moi de répondre que non, il est ici question d'un jeu sorti sur
Game Boy (et puis je ne m'appelle pas coco, d'abord). Les plus attentifs se souviendront alors que Dragon's
Lair s'est trouvé adapté de façon plus ou moins heureuse sur pratiquement tous les
supports, et qu'en 2000 Capcom a réussi le mini exploit d'adapter le jeu original sur la
petite portable de Nintendo.

Dragon's Lair sur Game Boy Color
Mais non. Le jeu dont nous allons parler cette fois est
sorti en 1990, à une époque où la Game Boy encore toute jeune n'existait que dans
sa version noir & blanc. Parmi toutes les adaptations du jeu original, certaines proposaient une vision
assez lointaine du concept de base. Par exemple, la version Super Nintendo se trouve être
en réalité un jeu de plates-formes assez classique reprenant les différents monstres
et protagonistes de l'histoire. La version Nes semble un peu plus fidèle au premier abord
du fait qu'il y a beaucoup moins d'ennemis qui fusent de partout, mais cela reste du jeu de plate-forme.
Et Le Dragon's Lair Game Boy de 1990 ne fait pas exception en proposant lui aussi une approche différente
de la vision première de Don Bluth. C'est sans doute même le jeu le moins "Dragon's
Lair" de tous les portages existant à ce jour... En réalité,
on pourrait se demander si le fait d'avoir nommé ce jeu Dragon's Lair n'est pas le résultat
d'une obscure utilisation de licence sur un jeu qui n'avait au départ rien à voir. La chose
n'aurait rien de surprenant, d'autant que l'on sait que la Game Boy est une console habituée à
ce genre de tromperie. Citons pour mémoire Bomber King 2 vendu en occident sous le nom plus
parlant de Blaster Master Boy, ou encore Nekketsu Kouha Kunio-Kun:
Bangai Rantou hen, un jeu appartenant à la série des Kunio (comme Renegade, World Cup,
Street Gangs...) qui s'est comme par magie retrouvé par chez nous modifié
et vendu sous un alias plus attrayant, à savoir Double Dragon II.


"Bangai Rantou hen" à gauche, "Double Dragon 2" à droite.
euh... à moins que ce ne soit le contraire ;)
A vrai dire, je ne serai qu'à moitié étonné
d'apprendre un jour que Dragon's Lair GB fait lui aussi peut-être partie de ces usurpateurs (si
quelqu'un connaît le fin mot de l'histoire, qu'il n'hésite pas à se manifester). Ce
n'est peut-être pas le cas, mais de toute façon vu la différence entre ce jeu et la
version d'origine, le nom est assurément une utilisation abusive. Enfin bref, revenons plutôt
à nos moutons...


Dragon's Lair version GB est donc un jeu de plates-formes,
mais à l'inverse de ses homologues Nes et SuperNes, le but n'est pas d'avancer en tuant tous les
ennemis. Ici, il faut récupérer un maximum de petits cristaux éparpillés à
travers tout le jeu. Il n'y a pas véritablement d'ennemi à l'écran: les diverses
créatures (rhinocéros, oiseaux, insectes géants, fantômes, etc.) qui peuplent
ce vaste monde sont à considérer comme de simples plates-formes mobiles. On peut toutefois
mourir très facilement, en tombant par exemple dans l'eau ou sur une rangée de pics pointus...
Le jeu est séparé en tableaux, mais on remarque
toutefois un scrolling intermittent dans la mesure où chaque tableau fait environ un écran
et demi de large. Drôle de choix... La première épreuve que va devoir surmonter le
joueur réside surtout dans le fait que le personnage est vraiment affublé d'un déplacement
poussif. Il est très fréquent de rater un saut et de perdre une vie. En fait, si le bonhomme
se maniait aussi bien que n'importe quel héros de jeu de plates-formes, Dragon's Lair se terminerait
sans doute en une seule courte partie ! histoire d'allonger la durée de vie, les concepteurs ont
cru bon de laisser au début du jeu le choix au joueur de partir soit par la gauche, soit par la
droite, en sachant que de toute façon il faudra explorer les deux voies puisque des cristaux s'y
trouvent cachés par dizaines. Autrement dit, il vous faudra à un moment donné revenir
sur vos pas pour continuer l'aventure. Technique de prolongement artificielle de la durée de vie,
assez décevante car le jeu n'avait vraiment pas besoin de ça. D'ailleurs le coup du 'recommence
depuis le début' sera utilisé à une ou deux autres reprises puisqu'une mauvaise
chute (le plus souvent, une conséquence de ce damné maniement approximatif) vous fera dégringoler
à un écran inférieur vous obligeant à retraverser jusqu'à la moitié
du jeu ! Ah que les développeurs de jeux sont facétieux parfois !



Bien que certaines salles soient délicates à
franchir, notamment à cause de plates-formes qui se déplacent très vite tout en suivant
un chemin parfois complexe, la difficulté n'est pas du tout exorbitante. Seuls les passages en
wagon peuvent s'avérer un peu frustrants au début. En effet, ce dernier se déplace
tout seul, et comme il faudra sauter pour attraper les cristaux se trouvant à proximité,
l'atterrissage en douceur sur le wagon n'est pas toujours évident (le personnage n'est pas orientable
durant un saut). Toutefois, comme l'aire de jeu peut se parcourir à loisir dans les deux sens,
il peut se révéler plus judicieux de ne pas chercher à attraper tous les cristaux
d'un coup, et de refaire le trajet en sens inverse pour profiter d'un angle de saut plus favorable. Encore
une fois, sitôt le maniement du héros assimilé les choses deviendront beaucoup plus
simples, et les 10 vies initiales devraient suffir à terminer le jeu.
En tout cas, s'il y a bien une chose de fabuleuse dans
ce jeu, ce sont à mon humble avis les musiques. Le jeu ne contient en tout et pour tout que deux
thèmes, mais quels thèmes ! Le premier, assez joyeux, accompagne l'écran-titre. Le
second, plus sombre mais aussi plus long (presque sept minutes avant de boucler), soutiendra le déroulement
du jeu jusqu'à la fin de l'histoire. Plusieurs variantes s'enchaînent pour éviter
la monotonie, et le morceau s'achève sur un passage que l'on aurait bien imaginé être
une impro de piano si les capacités sonores de la console n'avaient pas été aussi
limitées. Le style global n'est pas sans rappeler plusieurs compositions de Tim
Follin, notamment les deux principaux thèmes de Solstice
qui suivent le même schéma. Assurément les mélodies Game Boy parmi mes préférées.
Graphiquement, bien que le jeu ne soit constitué
que d'un seul et unique niveau, on différencie plusieurs zones, comme la forêt, les mines,
la prison, le cimetière, etc. De plus, pour un écran monochrome proposant 4 nuances, Dragon's
Lair reste beau et lisible. L'intérêt global du soft est en revanche plus discutable : du
début à la fin il faudra accumuler les cristaux. Il n'y a pas de rebondissement, pas de
nouvelles choses à faire, certains passages se ressemblent beaucoup dans la façon de les
franchir... Bref, pour peu que l'on ne soit pas attiré par l'envie de récupérer un
maximum d'items, on aura tôt fait de s'ennuyer dans un univers qui, étant dépourvu
d'ennemis, est un peu vide.



Bilan, un jeu qui n'est pas dépourvu de problèmes,
qui se révèle de plus extrêmement court une fois qu'on maîtrise bien les déplacements.
Ceci dit il y a parfois certaines choses qui ne s'expliquent pas: Les défauts sont là, on
ne peut décemment pas le nier sans passer pour quelqu'un de mauvaise foi, et la simple utilisation
du nom Dragon's Lair est limite scandaleuse (ce qui pousse à être d'autant plus sévère
avec le jeu). Pourtant en jouant, tout ça n'a plus d'importance. C'est comme si toutes ces imperfections
étaient parfaitement voulues et cohérentes. On s'y fait, on accepte les règles, et
on joue le jeu... Et puis ne serait-ce que pour les musiques, ce soft est génial. De toute façon,
Dragon's Lair the Legend c'est mon chouchou à moi. Alors le premier qui critique, je le
mords.
Jean-christian Verdez