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Bosconian
Année : 1981
Système : Arcade, Amstrad CPC, C64, MSX, Playstation, PSP, ZX Spectrum
Développeur : Namco
Éditeur : Namco Midway
Genre : Arcade / Shooter
Par JPB (19 janvier 2015)
Le flyer. Cliquez sur une image pour une version plus grande.
Merci au site Arcade Flyer Archive !

L'autre jour, je relis un vieux Tilt (le n° 2 de décembre 1982, pour être précis) pour retrouver quelques infos, et je tombe sur la rubrique des jeux d'arcade. Le premier article commence par "Bosconian l'éprouvant". Le texte est complet et s'étend même sur la page suivante, en revanche pas la moindre photo d'écran ; enfin, à l'époque ce n'était pas étonnant : on était déjà bien contents d'avoir la description du jeu ! À la lecture de l'article, je devine que le dessin sur la seconde page est une représentation d'une des bases qu'il faut détruire... N'ayant jamais connu ce jeu, et ma curiosité titillée, je file sur M.A.M.E. et je lance une partie. Et finalement j'en fais une petite dizaine d'affilée... Après tout, il est intéressant ce jeu, ça serait bien qu'on en parle sur Grospixels ! Et voilà. C'est fait.

Les deux pages du Tilt n°2, cliquez sur l'une d'elles pour une version plus grande.

En voyant Bosconian pour la première fois, j'ai trouvé que ce jeu était un mix entre Asteroids (shoot'em up multidirectionnel) et Rally X, de Namco lui aussi (pour la présence d'un radar).

Blast off !

Quand on commence à jouer à Bosconian, les choses se font en douceur, car le but du jeu (détruire les bases vertes de l'ennemi) ne sera pas une promenade de santé. En premier, un petit jingle. Puis votre astronef apparaît au centre de l'écran principal en même temps qu'une synthèse vocale lance un "BLAST OFF !" accrocheur. Ensuite, le vaisseau commence à avancer tout doucement jusqu'à atteindre sa vitesse de croisière ; on ne peut pas accélérer ou freiner, seulement choisir une des 8 directions traditionnelles.

Le titre. La mention "Star Destroyer" apparaît,
c'est le seul endroit où vous la verrez.
Les scores.

Votre vaisseau - un Star Destroyer Fighter Ship - se présente sous la forme d'un astronef blanc, au cockpit rouge et au nez pointu. Sur l'écran principal, il tourne sur lui-même en restant au centre : c'est toujours l'écran qui défile dans la direction opposée au nez du chasseur.
Sa particularité est de tirer en même temps vers l'avant et vers l'arrière. On peut avoir ainsi jusqu'à 2 tirs devant et 2 tirs derrière l'astronef à l'écran, avant de pouvoir tirer à nouveau. Autre confort de jeu : en laissant le doigt sur le bouton de tir, on dispose d'un autofire bien pratique.
Petite remarque : en regardant bien, vous verrez que le tir est un petit peu décentré par rapport au nez du vaisseau. Pensez à ce détail quand vous voulez aligner un ennemi.

À droite de l'écran principal, on trouve en haut le high score et le score du joueur, et en bas le numéro du round.
Autre élément : l'indicateur de menace. Au début du jeu, on est au vert, mais ça ne dure pas longtemps : on passe rapidement en jaune et le jeu vous gratifie d'un "ALARM ! ALARM !" assez pêchu. La plupart du jeu se fera dans cet état, mais si vous traînez trop, vous vous retrouverez en menace rouge et là, dès l'annonce "CONDITION RED !", les ennemis deviendront plus nombreux et plus rapides.

Enfin, le plus important : le radar. Ce grand rectangle violet représente la surface complète de jeu : votre vaisseau s'y déplace sous la forme d'un petit carré blanc clignotant. Cela vous permet de voir sa position, sachant que quand on sort par une extrémité du rectangle radar, on revient par l'extrémité opposée. Le radar indique uniquement trois types d'objets : votre vaisseau, les bases et les formations ennemies.

Alarm ! Alarm !

Comme je l'ai dit au début de l'article, le but du jeu est de détruire toutes les bases Bosconianes ennemies de chaque niveau. Sur le radar, vous voyez tout de suite à quoi vous attendre : dès le début de chaque round elles sont toutes indiquées sous la forme de carrés verts, plus ou moins proches de vous. Dans chaque round, la disposition des bases sera toujours la même, d'une partie à l'autre ; les autres éléments sont eux placés aléatoirement.

Mais qu'est-ce exactement qu'une base ennemie ?
Eh bien, c'est un grosse construction verte, constituée de deux groupes de 3 canons répartis en cercle autour d'un élément central. Celui-ci est le point névralgique de la base et on peut la détruire en un seul coup si on arrive à tirer au milieu sur le générateur rouge. Mais les deux groupes de canons sont soit l'un au-dessus de l'autre, soit l'un à côté de l'autre, et du coup le centre d'une base est accessible respectivement soit horizontalement, soit verticalement.

Chacun des 6 canons rapporte 200 points...
... et détruire une base vous donne 1500 points !

Si vous regardez la capture écran ci-dessus, vous voyez que les deux groupes de canons (que j'ai déjà bien amochés) se situent l'un à côté de l'autre. Si vous voulez détruire cette base d'un coup, vous devez arriver par le haut ou le bas de l'écran et viser le générateur rouge. Mais si vous faites la chasse au score, il est plus intéressant de détruire les 6 canons un par un, vous cumulerez ainsi les points de la destruction de chaque canon et les points de la destruction de la base. C'est plus dangereux et plus long, mais ça rapporte.
Les bases sont disposées un peu au hasard dans l'espace, et leur orientation est variable (même si comme je le disais plus haut, on retrouve toujours les mêmes emplacements à chaque niveau). Méfiez-vous de leurs canons : ils vous visent et lancent de petits projectiles blancs tournoyants. On peut assez facilement les éviter, mais prudence ! car tant qu'ils restent à l'écran, ils ne disparaissent pas.

Spy ship sighted !

Les bases ne sont pas les seuls éléments que vous allez devoir gérer au cours de votre partie.

Parlons tout d'abord des vaisseaux ennemis. Ils sont de 3 sortes : les I-Type, les P-Type et les E-Type, qui rapportent respectivement 50, 60 et 70 points (je vous les montre en début d'article).
La plupart du temps vous affronterez deux ou trois adversaires solitaires à l'écran, mais régulièrement vous entendrez le message "BATTLE STATIONS !" L'indicateur de menace est alors remplacé par l'indicateur de formation, qui vous renseigne sur la disposition des vaisseaux ennemis (en ligne, en V, en plus ou en croix) ; surveillez aussitôt le radar, qui affiche un point rouge clignotant à l'emplacement de l'escadrille pour que vous puissiez vous préparer au combat. Une fois la formation à portée (donc sur l'écran principal), vous verrez un groupe de 5 astronefs se diriger droit sur vous : l'un d'eux est d'une couleur différente des autres, c'est le leader qui rapporte le double des autres vaisseaux traditionnels. Et si vous arrivez à détruire l'ensemble de la formation, vous récoltez 500, 1000 ou 1500 points selon le type d'ennemis.
Une escadrille démarre toujours d'une base. Les astronefs ennemis vous prennent en chasse et essaient de vous percuter (aucun vaisseau ennemi ne tire). Attention : dès que vous détruisez le leader, les autres s'éparpillent en tous sens ; du coup, si vous voulez réussir à éliminer la totalité d'une escadrille, essayez de détruire le leader le plus tard possible !

Un P-Type me prend en chasse près d'une base
et de deux mines. Les petits traits blancs sont
les tirs des canons.
Une escadrille de I-Type. Le leader (d'une autre
couleur) est au centre. Notez l'indicateur de
formation juste au-dessus du radar.

Il y a également un vaisseau espion, qui fait des apparitions sporadiques. Il est précédé d'une annonce "SPY SHIP SIGHTED !", et il rapporte un nombre aléatoire de points si vous le touchez. Ce qui est préférable, car s'il s'enfuit, vous passez en Condition Red !

En dehors des astronefs qui virevoltent dans l'espace, vous croiserez deux types de corps inertes.
Les premiers, ce sont des astéroïdes. Les détruire rapporte 10 points.
Les seconds, ce sont des mines. Attention : quand elles explosent, il y a un effet de zone qui peut vous détruire si vous en êtes trop près. Elles vous donnent 20 points.
Ces deux éléments peuvent être utilisés à votre avantage : les vaisseaux ennemis peuvent les percuter, tout comme ils peuvent être détruits par les tirs des bases. Si vous naviguez entre plusieurs corps inertes alors qu'une escadrille vous pourchasse, étant donné que les astronefs vous suivent mais ont du mal à négocier leurs virages, vous arriverez peut-être à recréer la fuite du Millenium Falcon dans l'Empire Contre-Attaque...

Il n'est cependant pas indispensable d'affronter les vaisseaux ennemis, solitaires ou en formation, ou de tirer sur les astéroïdes, à moins de vouloir augmenter le score. Le but du jeu, comme je le disais, est simplement de détruire les bases ennemies...

Condition Red !

Bien entendu, plus on avance dans le jeu et plus l'action devient frénétique.
Les bases évoluent rapidement. À partir du niveau 3, elles protègent leur point faible par une porte, qui s'ouvre de temps en temps. Tant que la porte est fermée, impossible de détruire la base en un coup, mais vous pouvez continuer d'abattre les canons. Et dès le niveau 4, quand la porte s'ouvre, un vaisseau E-Type jaillit du côté où évolue votre astronef.
Les vaisseaux ennemis quant à eux volent de plus en plus vite, et il y a bien davantage de tirs ennemis (eux aussi de plus en plus rapides). Les premiers niveaux du jeu sont vite oubliés et il devient vite difficile de survivre, heureusement qu'on a le double tir, une merveille dans certaines situations !

Le radar indique 8 bases. Il y a un peu de tout à l'écran : même le vaisseau espion en bas à droite.

Bosconian a des origines surprenantes : Le Cycle du Fulgur (the Lensman Series), qui est paraît-il très populaire au Japon.
À ce jour, il s'agit d'un cycle de 6 volumes écrits par Edward Elmer Smith entre 1937 et 1950. Il fut retenu pour participer au Prix Hugo du "Meilleur cycle de science-fiction de tous les temps" en 1966 ; pour info, il finit quatrième, derrière Fondation d'Azomov et devant le Seigneur des Anneaux de Tolkien !
Dans ce space-opéra, les "méchants" sont les Eichs, qui composent le conseil de Boskone.
Vous en saurez plus ici.

Mais revenons à des considérations plus terre à terre.
Graphiquement, le jeu est très sympa. Les vaisseaux ennemis, tant les chasseurs que les bases, ont un design particulier qui attire l'œil. Mention spéciale aux bases bosconianes, qui me rappellent l'Atomium belge, mais je ne pense pas qu'il y ait un quelconque rapport.

Au niveau de l'animation, elle est très fluide même avec de nombreux objets à l'écran. En conjonction avec les sprites très reconnaissables, on sait tout de suite quel est le type d'appareil et quelle trajectoire prendre pour l'éviter ou le détruire.

Le son est moyen, encore que pour l'époque il soit de bonne qualité ; c'est surtout le bruit répétitif du moteur qui devient un peu pénible au bout d'un moment. Par contre, les explosions sont bien rendues (surtout celles de mines), et chaque astronef ennemi disparaît en faisant un bruit différent. Les petits jingles sont bien faits mais je ne les trouve pas inoubliables, contrairement à beaucoup d'autres de la même époque (ceux de ceux de Scramble ou de Moon Cresta me viennent immédiatement à l'esprit).

Le hi-score est bien mis en évidence.
Le premier Continue de l'histoire des jeux vidéo !

Bosconian est le premier jeu à proposer un Continue. Si on ajoute des crédits et qu'on l'utilise, on se retrouve exactement là où on s'était arrêté, pas seulement au début du round (les ennemis détruits ne réapparaissent pas).

Battle Stattions !

Pour vous donner une idée au niveau chronologique de l'histoire des jeux vidéo, Bosconian est sorti en novembre 1981 au Japon, soit 1 mois après Galaga qui, il faut le reconnaître, a eu un succès bien plus important.
Une suite, Blast Off, est sortie en 1989 mais n'a pas dépassé les frontières du Japon. C'est un shoot'em up vertical traditionnel, en tout cas il est bien moins original que son aîné. La synthèse vocale 'BLAST OFF !' y est présente, un hommage à Bosconian.

Pas de doute : on est bien dans le même univers !

Le jeu n'a pas vraiment été adapté pour la maison. Pas assez de succès immédiat visiblement.
Il faut déjà attendre 1984 pour voir la première conversion sur MSX. Puis en 1987, une version appelée logiquement Bosconian '87 voit le jour sur Amstrad CPC, C64, ZX Spectrum. Bosconian ressort ensuite la même année sur Sharp X1 et l'année suivante sur Sharp X68000. Après, il faudra attendre 1995 et les premières compilations rétro Namco sur des systèmes plus récents tels que la Playstation - la dernière en date est "Namco Museum Battle Collection" sur PSP en 2011 - comme quoi le jeu est finalement reconnu.

En parallèle au jeu original, des clones sont apparus, tels que Draconian sur TRS-80 Color en 1984, Azarian sur Atari ST en 1987, ou XKobo en 1995 sous Windows.

Là ça se complique vraiment. Chaque base lance un E-Type en même temps.
Il faut prendre garde à ne pas se trouver sur leurs trajectoires...

Voilà un jeu injustement méconnu. Plus difficile à prendre en main qu'un shoot'em up plus classique, il offre cependant des parties rythmées et intéressantes. Une fois qu'on a pris le vaisseau et le concept en mains, Bosconian est très sympa et donne envie d'aller plus loin dans les tableaux ou de battre son score.
Êtes-vous prêts à tenter de battre celui de Ken McLeod, qui détient le record officiel obtenu le 24 février 1983 avec 2 913 150 points ?

JPB
(19 janvier 2015)
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