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Nintendo
Plus d'un siècle de génie commercial et de créations ludiques inoubliables : Naissance et évolution d'un géant.

1998 - 2003 : Nintendo seul contre tous.

Dans la seconde moitié des années 90, le public des jeux vidéo s'est considérablement élargi grâce au marketing efficace de Sony, à la créativité des éditeurs sur Playstation, et à l'explosion commerciale du PC. Au sein d'une industrie en plein bouleversement, Nintendo va devoir se battre pour conserver son rang.

1998

Tout au long de l'année, Sony tient le haut du pavé et Nintendo se contente d'un succès indéniable, mais standard, pour ses produits. Le marché des jeux vidéo est redevenu l'usine à milliards de dollars qu'il était, mais Nintendo n'en détient maintenant que la moitié des parts. à la fin de l'année, le géant de Kyoto revient un peu sur le devant de la scène avec de nouveaux produits excitants : The Legend of Zelda: Ocarina of time est le jeu le plus attendu de l'histoire de Big N, et tout le monde le salue comme un chef-d'œuvre, à une époque où les jeux vidéo commencent enfin à faire l'objet d'une approche critique sérieuse. Shigeru Miyamoto, l'homme derrière la saga, montre qu'il faut toujours compter avec lui et 2 millions d'exemplaires sont vendus entre le 23 Novembre et le 31 décembre. Rareware continue sur sa lancée avec Banjo Kazooie, aussi sur N64, un jeu de plateformes en 3d inspiré de Super Mario 64 mais d'une efficacité redoutable.

The Legend of Zelda: Ocarina of time et Banjo Kazooie, sur N64.

La Game Boy fait un énorme come-back en fin d'année, grâce à la Game Boy Camera qui permet de prendre des photos et les imprimer sur papier thermique avec le Game Boy Printer. L'esprit de Gunpei Yokoi n'est pas loin. Apparaît également une version très attendue des fans de la console avec un écran couleur : la Game Boy Color, qui maintient la compatibilité descendante avec l'ancienne version, et sort en même temps que des versions couleurs de Metroid 2 et The Legend of Zelda: Link's Awakening.

Mais d'un point de vue commercial, l'événement de l'année, pour Nintendo, est surtout le phénomène Pokémon. En septembre, deux versions du jeu (la bleue et la rouge) sortent sur Game Boy Color et permettent aux joueurs de faire communiquer leurs consoles par un câble pour des échanges en jeu, idée imaginée par Satoshi Taijiri, le créateur des Pokémon (qui a travaillé sur les premiers épisodes de Zelda). C'est le début de l'ère de ces petites créatures qui pendant un temps vont surclasser toutes les vedettes de l'écurie Nintendo en terme de popularité.

Deux Game Boy Color branchées par câble : dès que le jeu vidéo peut avoir une fonction sociale, Nintendo est intéressé, à condition que cela serve l'intérêt du jeu et que ce ne soit pas un facteur d'isolement physique. Big se montrera donc beaucoup plus méfiant, les années suivantes, envers le jeu en ligne et privilégiera le multi-joueur local.

1999

La Super NES termine sa carrière. 50 millions d'exemplaires en auront été vendus de par le monde, dont la moitié aux Etats-Unis, comme c'était déjà le cas pour la NES. Mais cette année est, pour Nintendo, placée sous le signe des Pokemon qui, entre la vente de cartes à jouer, de figurines, la série animée et le film, tous couronnés de succès, sont plus médiatisés que ne l'a jamais été Mario.

Le partenariat avec Rareware continue, qui développe Jet Force Gemini, Donkey Kong 64 et Perfect Dark. Big N, à qui aucun bon coup n'échappe, obtient également la licence de Star Wars Episode I Racer pour une adaptation N64. Les jeux développés ailleurs que chez Nintendo commencent à se faire rares, Resident Evil 2 de Capcom faisant figure d'exception. Il faut dire qu'entre temps, la Dreamcast de Sega est sortie et, grâce à son hardware excellent et les tergiversations de Sony quant au lancement de la Playstation 2, fait un malheur qui remet Sega en selle après l'échec de la Saturn.

Jet Force Gemini et Donkey Kong 64 indiquent que l'entente Nintendo/Rare est toujours bonne, mais est-ce vraiment le cas ? à noter que DK64 est livré avec l'Expansion Pak de la Nintendo 64 car il ne peut fonctionner sans. Il s'agit d'une petite carte qui, insérée dans un port spécifique de la console, en double la RAM (8Mo au lieu de 4). Les jeux peuvent (mais c'est optionnel dans la plupart des cas) s'appuyer dessus pour améliorer leur fluidité des jeux ou porter leur résolution d'affichage à 640x480 au lieu de 320x240.

Nintendo annonce sa nouvelle console, appelée Dolphin. Elle utilisera un processeur AIM Power PC cadencé à 400 Mhz, et le support DVD. Une nouvelle console portable est aussi annoncée, la Game Boy Advance, qui, en principe, proposera des jeux supérieurs à ceux de la Super NES, avec un processeur 32-bits, un affichage LCD couleur de haute qualité, et un encombrement comparable à celui de la Game Boy Color, pour un prix compétitif. De quoi mettre l'eau à la bouche, mais ces projets sont encore loin d'aboutir.

2000

On apprend que la Dolphin s'appellera finalement Game Cube, en raison de son design, et on n'est plus certain qu'elle utilisera le DVD, qui a du mal à percer au Japon (Sony a longtemps hésité à sortir la Playstation 2 à cause de ce problème). Quant à la N64, bien qu'étant fortement soutenue pour Noël 2000 avec un nouveau volet de Zelda (Majora's Mask) et Donkey Kong 64, elle arrive en fin d'une carrière honorable avec environ 30 millions d'exemplaires vendus (elle n'est jamais passée devant la Playstation, qui atteindra les 100 millions). Nintendo lui offre une nouvelle sortie avec un design incluant Pikachu, personnage phare des Pokemon, comme si les licences historiques de la firme n'avaient plus autant les faveurs du public.

The Legend of Zolda: Majora's Mask, et son concepteur Eiji Aonuma, protégé de Shigeru Miyamoto, davantage artiste que technicien.

Un autre personnage important se distingue pendant cette période : Eiji Aonuma (né en 1963). Diplômé en Beaux-Arts, recruté par Shigeru Miyamoto à la fin des années 80 pour dessiner les sprites de jeux NES tels que Mario Open Golf, Aonuma a ensuite dirigé le développement de Marvelous: Mohitotsu no Takarajima, un jeu d'aventure sur SNES fortement inspiré des Zelda. Même si ce titre est resté obscur, Aonuma a pu intégrer l'équipe de développement de Ocarina of Time. C'est lui qui, ensuite, a en grande partie conçu Majora's Mask, épisode très original et apprécié des fans. L'avenir en fera le nouvel homme fort de cette série.

2001

Une grosse année, avec le lancement de deux nouvelles consoles. La Game Boy Advance, sortie entre mars et juin selon les territoires, ignore les tendances puisque son hardware la destine avant tout à des jeux 2d. Elle affiche des graphismes plus colorés que la Super NES, hélas mal mis en valeur par son écran. Dépourvu de rétro-éclairage pour ménager les deux piles AA, il fatigue vite les yeux. Des gadgets éclairants seront mis en vente, mais on retiendra qu'avec cette console Nintendo inaugure une sale habitude consistant à sortir des consoles portables entâchés de défauts que même un stagiaire remarquerait (alors que la première Game Boy était un miracle de design). Heureusement, la trentaine de jeux présents au lancement ne déçoit pas, en particulier Super Mario Advance, une réédition de Super Mario Bros 2, et Castlevania Circle of the Moon qui reprend les idées et la structure de l'excellent Symphony of the Night sorti sur consoles de salon, en égalant sa qualité de réalisation.

La Game Boy Advance existe en plusieurs coloris. On peut en connecter jusqu'à quatre par un câble pour jouer à plusieurs.

En fin d'année, c'est la Game Cube qui arrive sur les étals. Depuis un an et demi, la Playstation 2 est présente sur le marché et rallie tous les suffrages. Ceux qui ne l'achètent pas pour jouer le font parce qu'elle inclut un lecteur de DVD, et on commence à considérer qu'une console de jeu, pour conquérir les leaving-rooms, doit proposer des fonctions multimédia. Nintendo écarte cette idée et craint le piratage (le DVD étant appelé à se généraliser aux ordinateurs, des graveurs sortiront rapidement). La Game Cube utilise donc un format de disque propriétaire, de petite taille, aux capacités de stockage limitées. La console, en revanche, est plus puissante que la PS2 grâce à son processeur et un circuit graphique ATI qui garantit une excellente qualité d'image (un des talons d'Achille de la N64).

Game Cube est livrée avec une manette, et sans jeu. Elle peut se connecter au Net, mais le modem (RTC ou ADSL) est en option. On note qu'elle est pourvue d'une grosse poignée à l'arrière, comme pour conseiller au joueur de l'emporter chez un ami plutôt que de jouer en ligne. Le pad ne diffère plus de ce que propose la concurrence, mais la croix directionnelle, inventée par Gunpei Yokoi vingt ans avant, est toujours là.

à sa sortie, la Game Cube ne propose aucun épisode de Mario, ni de Zelda, ce qui lui vaut un démarrage difficile. Elle ne peut compter que sur Luigi's Mansion, qui met enfin au premier plan le frère de Mario, et Super Monkey Ball, un jeu de Sega au concept idéal pour une console Nintendo.

Luigi's Mansion et Super Monkey Ball.

2002

La Commission Européenne condamne Nintendo à une amende de 149 millions d'euros pour des pratiques jugées contraires aux lois anti-trust, étalées de 1991 à 1998. Big N est accusé d'avoir artificiellement maintenu des prix élevés sur certains de ses produits, dans certains états européens, poussant des familles à dépenser des sommes exagérées en prenant (moralement) leurs enfants en otage. La sentence est prononcée en ces termes par Mario Monti, futur premier ministre italien connu pour sa rigueur. Ironie du sort : ses collègues le surnomment "Super Mario" !

Game & Watch Gallery et Metroid Fusion, sur Game Boy Advance.

Pendant ce temps, la Game Boy Advance est un succès indiscutable. Elle devance largement ses concurrentes, la NeoGeo Pocket et la Wonderswan, et devient la coqueluche des retro-gamers car les éditeurs la fournissent généreusement en compilations rétro (comme Game&Watch Gallery) et rééditions de jeux SNES (Super Mario Advance 2, converti de Super Mario World), avec souvent une difficulté légèrement adoucie et un système de sauvegarde adapté aux sessions courtes. Du côté des jeux originaux, on retient principalement Metroid Fusion et Sonic Advance.

Satoru Iwata est le quatrième boss de Nintendo (en 113 ans), et le premier à ne pas descendre du fondateur Fusajiro Yamauchi.

Le 31 mai, une page de l'Histoire de Nintendo se tourne : Hiroshi Yamauchi quitte la direction de Nintendo, à l'âge de 73 ans. Il restera encore trois ans au conseil d'administration. 12e fortune japonaise, il refuse toute pension de retraite mais conserve 10% des parts de Nintendo. En 2010, il fera don de 7.5 milliards de yens (83M$) pour la construction d'un centre de traitement du cancer à Kyoto. Satoru Iwata (né en 1959) le remplace à la tête de Nintendo. Cet ancien programmeur de Hal Labs, qu'il a ensuite dirigé, n'est entré chez Nintendo qu'en 2000. C'est un personnage d'apparence joviale, qui parle anglais et n'hésite pas à donner de sa personne dans des opérations de communication. Avec lui, Nintendo est sur le point de prendre un virage important...

2003

De grands jeux arrivent sur Game Cube : Super Mario Sunshine, F-Zero GX, Metroid Prime, Mario Kart Double Dash, The Legend of Zelda: The Wind Waker et Super Smash Bros Melee sont très bien accueillis, mais enregistrent des ventes au moins 3 fois inférieures à ce que faisaient les épisodes correspondant sur N64. Il faut dire que la console est loin d'être en position de force : la Playstation 2 est intouchable dans les charts et Microsoft est arrivé sur le marché avec sa Xbox, prêt à d'énormes concessions financières pour se faire une légitimité et agrandir son parc d'utilisateurs. Nintendo en a profité pour s'enrichir en lui vendant ses parts du studio Rare (ex-Rareware) pour 375M$, avec lequel les rapports s'étaient dégradés, mais hérite en contrepartie d'un concurrent sérieux puisque la Xbox et la Game Cube resteront au coude-à-coude pendant toute leur vie commerciale.

Pour fournir à la Game Cube autant de jeux en si peu de temps, Nintendo n'hésite plus à faire appel à des studios externes, parfois occidentaux (Metroid Prime est l'oeuvre des Texans de Retro Studios). Super Smash Bros Melee, développé par Hal Laboratory, restera jusqu'au bout le jeu Game Cube le plus vendu et durablement populaire, avec plus de 4 millions d'exemplaires en 2007 et 7 millions en 2010. The Legend of Zelda: The Wind Waker, supervisé par Eiji Aonuma, est une belle réussite dont les graphismes colorés, réfutant tout réalisme, toute violence, tranchent avec les tendances de l'industrie.

Avec Internet, les joueurs sont devenus surinformés et communiquent énormément entre eux. Avec le web 2.0 et les réseaux sociaux, on leur assure même que ce qu'ils disent mérite une diffusion aussi large que celle jusque-là réservée aux médias spécialisés. Dans ce contexte, Nintendo à du mal à faire passer son message. Peut-être est-il temps de s'adresser à un autre public ?

Heureusement, reste le marché des portables où la firme de Kyoto est imbattable : la Game Boy Advance fait l'objet d'une révision avec le modèle SP qui en corrige les défauts. Les ventes explosent aussitôt. La GBA SP fonctionne sur une batterie qu'on recharge en branchant la console sur secteur sans cesser de jouer, se plie en deux pour un encombrement minimum, et elle est dotée d'un rétro-éclairage, insuffisant mais appréciable. Toujours capable de lancer les jeux Game Boy et Game Boy Color, c'est une des meilleurs portables qu'on ait connue.

La Game Boy Advance SP.
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