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Sonic Heroes
Année : 2004
Système : GameCube, Playstation 2, Xbox
Développeur : Sega
Éditeur : Sega
Genre : Plate-forme
Par Odysseus (26 mai 2004)

Testé à partir de la version Game Cube (PAL)

Les faits

Voilà maintenant 3 ans que Sega, géniteur du hérisson bleu, n'a pas fait parler sa mascotte dans de nouvelles et palpitantes aventures vidéoludiques, mis à part quelques rééditions de ses anciens succès et autres adaptations sur GBA.

C'est au début de l'année 2004 que l'une des plus importantes sociétés de développement de jeu vidéo fait revoir le jour à un héros de jeu vidéo un peu oublié du grand public, mais toujours présent dans les esprits des joueurs de la première heure. Annoncé comme plus qu'une « simple »suite, ce nouvel opus sera multi plates-formes et connaîtra une distribution internationale. La plupart des joueurs se montrent impatients mais restent cependant prudents quand à cette annonce. Car ces derniers temps, à quelques exceptions près, Sega brille plus par une certaine incapacité à se renouveler via l'adaptation de ses anciens hits que par une réelle et concrète nouvelle vague de créativité qui l'aurait emporté.

L'image ci-dessus ne représente qu'une infime partie du premier niveau

Encore aujourd'hui, alors que ce personnage et son univers ont atteint une certaine maturité dans le temps, nombre de joueurs restent fermement admiratifs et passionnés par ce qui a été, plusieurs années durant, une sorte de gage de qualité, que ce soit dans le gameplay, la réalisation ou plus généralement le plaisir de jeu. Accompagnant avec force promotion l'arrivée de chaque nouvelle console Sega, Sonic a connu plusieurs adaptations, conçues comme autant de modèles pour l'ensemble de la production ultérieure en matière de jeux d'action.

Ainsi, la société nippone est parvenue à conquérir un large public, mêlant plusieurs générations de joueurs. Mais elle est également parvenue à faire de Sonic l'égal d'un Mario, son rival de toujours. Cependant, après de nombreux échecs commerciaux, notamment via l'arrêt total et définitif de la Dreamcast, accompagné d'un changement de politique visant a axer l'essentiel de sa production sur la réédition de titres qui ont fait sa gloire passée, cette société en est venue a délaisser un temps sa mascotte, aujourd'hui aussi célèbre si ce n'est plus que certains des personnages cartoonesques les plus populaires, notamment ceux issus des univers Disney. C'est donc sur un pari risqué mais néanmoins jouable que Sega débute le développement de ce qui, de prime abord, semble être le troisième épisode de Sonic Adventure, débuté sur Dreamcast quelques années auparavant.

D'ores et déjà intitulé Sonic Heroes, ce nouvel opus fait évidemment la part belle au hérisson bleu le plus rapide de l'histoire des jeux vidéo, sans omettre d'y inclure certains de ses compagnons de la première heure, à savoir l'incontournable Tails, le maléfique docteur Eggmann ou encore l'éternel rival qu'est Knuckles. À ceux-là il est également nécessaire d'ajouter d'autres personnages, tels qu'Espio ou Vexx issus de l'épisode de Sonic exclusif au 32X, mais également le robot, Amy et Dark, provenant des premiers opus de Sonic Adventure sur Dreamcast. Au final, ce ne sont pas moins de 12 personnages qui sont présents et jouables, offrant ainsi des perspectives de jeu plus qu'alléchantes.

Rapidement, Sega dévoile qu'une interaction entre les différents protagonistes sera l'une des nouvelles bases d'un gameplay promis comme un sensible renouvellement, tout en précisant que les bases du genre seront conservées. L'attente est de plus en plus intense et en devient quasiment palpable ; ça y est Sonic Heroes est arrivé !

La « Sonic Team » dans toute sa superbe

Que nous réserve donc ce nouvel opus ?

De prime abord, ce nouveau Sonic à la sauce troidé semble visuellement très proche des deux Sonic Adventure, tant sur le plan technique qu'au niveau du design général, mais à y regarder de plus près, on peut rapidement s'apercevoir qu'il y a, finalement, peu de liens entre ces trois titres nouvelle génération. En effet, si Sonic Heroes reprend les grandes lignes de ce qui a fait le succès mérité de cette série, à savoir une maniabilité instinctive et un gameplay misant avant tout sur le vitesse d'exécution des commandes et du jeu, l'architecture des niveaux s'est enrichie de nombre d'éléments novateurs. Tous font appel à ce nouveau système de jeu, avant tout basé sur le système d'équipe et donc de collaboration entre les différents protagonistes. Sega a donc misé sur un système simple, que l'on pourrait apparenter, sur le fond, à The Lost Vikings, et qui a maintes fois fait ses preuves, mais dont l'approche s'est révélée désastreuse pour certains titres moins inspirés. Ce n'est heureusement pas le cas de Sonic Heroes, qui exploite à la perfection ce système d'équipe et en tire une multitude de possibilités que le joueur pourra exploiter ou non via un panel assez impressionnant d'approche des niveaux.

En effet, chaque équipe est construite sur une base similaire, à savoir trois personnages, chacun possédant des caractéristiques qui lui sont propres. À titre d'exemple, la Sonic Team propose au joueur Sonic, Tails et Knuckles. Sonic est le personnage le plus rapide de son équipe, capable d'aller bien plus vite que ses deux compagnons, leur offrant ainsi la possibilité d'accéder à certaines zones impraticables pour eux. Tails, lui, peut voler durant une courte durée, transportant alors Sonic et Knuckles, tandis que ce dernier peut détruire certains obstacles insurmontables pour ses petits camarades. C'est donc sur un système similaire que son calquées toutes les autres équipes, à savoir un personnage rapide, un personnage volant et un personnage puissant. Notez que, selon les zones traversées dans chaque niveau, des icônes correspondant à un type de personnage vous indiquent quel membre de votre équipe est le plus à même de parvenir à surmonter tel ou tel obstacle, telle ou telle situation. Ces indications se font via un simple système de couleurs accordées selon la catégorie à laquelle appartient chaque personnage (bleu pour le rapide, rouge pour le puissant et jaune pour le volant).

Cependant, il est important de noter que ce principe ne se limite pas à ces quelques démonstrations, bien au contraire.

Attaque tornade de Sonic en pleine action ! Notez la petite jauge de vie des adversaires qui se vide au fur et à mesure des assauts.

Chaque personnage, en plus de posséder les capacités ci-dessus citées, est en mesure d'exécuter des mouvements indépendamment des fonctions qui lui sont attribuées. Par exemple, Sonic, en plus d'être très rapide, pourra s'il le désire mettre en œuvre sa fameuse « homing attack », qui consiste à rebondir d'un ennemi à l'autre, parfois au-dessus d'un précipice, mais aussi, et là c'est un nouvel élément de gameplay qui vient s'ajouter à la liste, rebondir de paroi en paroi, en s'y agrippant quelques instants, pouvant de cette façon surmonter certains obstacles voire traverser des zones dangereuses sans prendre de risques inutiles. Mieux encore, lors de combats particulièrement acharnés, par exemple face à des robots protégés par un bouclier, Sonic pourra, en tournoyant simplement dans les alentours de ses ennemis, créer une tornade qui emportera tout sur son passage ou pourra même, le cas échéant, l'aider à se propulser sur des barres asymétriques et autres poteaux.

Toujours à titre d'exemple, Tails sera le seul personnage en mesure d'affronter les adversaires volants, en propulsant ses compagnons directement sur les machines du docteur Robotnik tout en conservant sa position sur la hauteur. Quant à Chaotix, de l'équipe du même nom, il a la possibilité de se rendre invisible et de pouvoir ainsi traverser toute une zone sans être remarqué, ce qui est utile si l'on souhaite éviter les affrontements.

En plein ride, vous devrez éviter les assauts des deux trains se situant sur les autres rails, le tout à une vitesse hallucinante !

Enfin, chaque équipe de Sonic Heroes dispose d'une attaque spéciale, exécutable conjointement, et qui permet de se débarrasser d'un grand nombre d'adversaires ou bien d'affaiblir de façon conséquente un boss de fin de niveau. La particularité de ces attaques est que celles-ci ne sont disponibles qu'en fonction du remplissage d'une barre d'énergie. Pour ce faire, il vous suffira d'abattre le plus d'ennemis possibles mais aussi de réussir certaines actions particulièrement ardues. Enfin, un système à la fois simple et accessible permet d'augmenter les différentes capacités spéciales de chacun des protagonistes en présence via la collecte de gemmes de couleurs, chaque couleur correspondant à l'un des trois types de personnage. Ainsi, vous pourrez multiplier jusqu'à trois la vitesse de déplacement de Sonic ou bien encore faire grimper au maximum la puissance de frappe de Knuckles. Cependant, toutes ces nouveautés de gameplay ne seraient rien sans leur mise en œuvre, c'est-à-dire l'exploitation de ces dernières au sein des différents niveaux que traverseront nos différentes équipes.

Comme nous l'avons vu précédemment, Sonic Heroes reprend les bases de l'univers de Sonic et y ajoute un nombre conséquent de nouveautés sans pour autant le dénaturer. Les thématiques sont par conséquent très proches de Sonic premier du nom, paru sur Megadrive. Le joueur ayant fait ses premières armes à l'époque de cette dernière ne sera donc pas dépaysé, loin s'en faut, et retrouvera avec plaisir le design de ses premiers émois vidéoludiques, sans pour autant tomber dans la nostalgie.

L'entrée du temple du niveau 1-2 : sublime. Et top du top, cette séquence est totalement jouable !

Le premier niveau, directement inspiré de son homonyme de Sonic 1, est en quelque sorte un petit hommage à l'épisode 16-bits qui a vu naître celui qui deviendra très rapidement l'emblème de tout un mode de pensée du jeu vidéo. C'est avec un plaisir certain que l'on retrouve loopings et autre passages acrobatiques, palmiers et rochers sur fond marin coloré et chatoyant. Car des premières aventures de Sonic, Sonic Heroes hérite également de la palette de couleur, légèrement acidulée, gaie et parfaitement adaptée à la l'univers cartoonesque de ce personnages flamboyant.

Néanmoins, l'architecture des niveaux dénote ici d'un travail remarquable, offrant ainsi au joueur la possibilité d'aborder la plupart des situations sous un angle différent. Car en effet, si les épisodes précédents limitaient le joueur aux actions possibles de Sonic et de quelques-uns de ses compagnons qui le rejoignèrent par la suite, Sonic Heroes offre un double défi : terminer les niveaux selon la démarche proposée par les développeurs ou bien les explorer à votre propre manière, selon votre humeur et vos envies.

Des niveaux bonus très psychédéliques.

Exit donc les quelques probables frustrations surgissant d'un palmier que l'on ne pouvait franchir, exit les rochers incontournables ou les falaises trop profondes, car dans Sonic Heroes, tout est matière à être exploré, étudié, dans le moindre détail, et jamais aucun élément ne viendra perturber votre liberté de mouvement dans un jeu à priori considéré comme particulièrement dirigiste. Tout au contraire, Sonic Heroes est pratiquement l'équivalent d'un GTA pour le jeu de plates-formes. Dès le premier niveau, il est aisé de remarquer à quel point la liberté d'action est étendue. Après quelques cabrioles bien senties, on se retrouve au cœur d'un looping à triple boucles, chacune amenant le joueur vers une direction différentes mais ayant tout de même un objectif similaire. Trois possibilités s'offre alors à vous, mais dans un temps imparti extrêmement court, laissant alors peu de place à la réflexion. Le niveau achevé, on se demande si l'on a pris la bonne décision, si l'on aurait pas mieux fait de prendre à droite plutôt qu'à gauche ou au milieu, et au final, c'est avec un plaisir à chaque fois renouvelé que l'on refait les niveaux déjà achevés.

Utilisez l'une des nombreuses formations possibles en équipe pour franchir des obstacles insurmontables en solo : ici, la Sonic Team se tient par la main pour planer au-dessus d'un ventilateur géant, lui permettant ainsi d'atteindre le bonus tout proche.

Pourtant, le génie du gameplay de Sonic Heroes ne se limite pas à cela, mais s'étend sur les dizaines de trouvailles, discrètes mais efficaces, qui font que ce titre est une oeuvre d'exception et non une simple suite. Toujours dans le registre des exemples, lors de votre visite dans le stage du casino, thème récurrent s'il en est de cette série, on retrouvera avec plaisir les différents éléments de gameplay qui ont fait son succès, à savoir quelques tableaux de flipper géants, deux ou trois roulettes, mais aussi, et c'est ici une chose nouvelle, un bingo (ou loto) géant. La particularité de celui-ci est que, durant toute votre traversée, vous devrez réunir les différents numéros présents sur votre plaquette de loto avant la fin du dit niveau, sans quoi vous serez tout simplement sanctionné par l'impossibilité d'accéder à la zone suivante, le tout, bien évidemment, à la dernière minute, ce qui ne manquera pas de surprendre le joueur et, accessoirement, de l'énerver.

Sonic Heroes, comme le démontre l'exemple ci-dessus, se démarque également de ses prédécesseurs par une dose relative de réflexion à fournir pour venir à bout de certains passages particulièrement ardus, en plus de la dextérité et des réflexes requis tout au long de l'aventure, le tout sur des laps de temps particulièrement courts, ce qui ne fait qu'accentuer le (bon) stress ressenti par le joueur. La construction du jeu est en elle même est similaire à tout les autres Sonic, c'est-à-dire que chaque niveau possède un thème particulier et se voit découpé en deux zones bien distinctes qui se terminent généralement par l'affrontement fatidique contre le docteur Robotnik. À la différence que, selon l'équipe jouée et le niveau achevé, Robotnik laissera la main à d'autres de ses sbires, voire à une équipe jouable, dirigée par l'ordinateur, et qui n'aura pour autre but que de vous faire échouer dans vos missions.

À l'occasion, on pourra donc se retrouver dans les cas de figure de la Team Rose contre la Team Sonic, ce qui promet des affrontements mémorables et néanmoins sympathiques.

Un affrontement magistrale face à l'une des œuvres démoniaques du docteur Robotnik.

Car ce qui fait que Sonic Heroes est également très particulier, ce sont aussi les corrélations constantes entre tout ces personnages, reliés les uns aux autres par un historique certes peu crédible mais cependant existant. Un mélange savoureux de différents caractères se dégage de cette histoire mais aussi, et surtout, un relationnel plus ou moins exacerbé durant les parties, notamment certaines phases de jeu, lors des dialogues entre les membres d'une même équipe, alors que ceux-ci traversent un rail ou bondissent au-dessus de la mer, le tout à l'échelle d'un jeu de plates-formes bien sûr.

Difficile donc de résister longtemps à ce tableau quasi idyllique, surtout lorsque celui-ci est soutenu par une bande-son particulièrement travaillée et dans la même veine que l'esprit rock'n roll des précédents opus, tout du moins des plus méritants. Ce sont sur des accords de guitare endiablés et des vibrements de basses explosifs que l'on traverses les différents niveaux à toute berzingue, bondissant d'un lieu à l'autre, affrontant des boss particulièrement coriaces... En bref l'esprit Sonic atteint ici une excellence totale en matière d'OST et mérite largement de faire partie intégrante des ténors du genre, encore bien plus lorsque l'on sait que l'ensemble des morceaux sont soutenus par des bruitages de grandes qualités, dont certains sont directement empruntés aux versions 16-bits, renforçant ainsi l'immersion au cœur de l'univers Sonic. Enfin, et si l'on tient à suivre les canons rédactionnels vidéoludiques, impossible de ne pas évoquer en fin de papier la durée de vie de ce soft qui n'est autre qu'absolument monstrueuse, à condition que celle-ci ne se limite pas au parcours unique et linéaire des niveaux proposés.

Imaginez pour vous en convaincre que pour chaque équipe de Sonic Heroes, quatre au total, et chacune composée de trois personnages, chaque niveau s'arpente d'une façon différente et subit des variations plus ou moins conséquentes selon les équipes sélectionnées, que par ailleurs la difficulté du jeu est nettement au-dessus des productions antérieures et qu'enfin le fameux « replay value » est si important qu'il va vous être très difficile de lâcher la manette.

Les ennemis eux-mêmes ne reviennent pas de la qualité générale de ce jeu.

Sonic Heroes réussit donc la pari délicat d'aller plus loin que la simple adaptation moribonde et propose aux joueurs un véritable nouveau challenge, tant sur le fond que sur la forme, tout en sachant conserver les éléments majeurs qui ont fait de Sonic ce qu'il est devenu depuis nombre d'années, à savoir un personnage incontournable, une figure mythique du jeu vidéo, une icône de l'art numérique, totalement indissociable de son univers si particulier, souvent copié, mais jamais égalé.

Quelques images pour finir en beauté :

Robotnik est effectivement en colère...
La team Rose au grand complet.
Kaboum ! Knuckles se lache
Pas le temps de s'arrêter pour siroter un cocktail, malheureusement...
Heu... comment vous dire ça ?... Courez !
Odysseus
(26 mai 2004)
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