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Sniper Elite
Année : 2005
Système : PC, Playstation 2, Xbox
Développeur : Rebellion
Éditeur : MC2
Genre : FPS
Par Niko844 (28 avril 2008)

Instrument de mort synonyme de discrétion et de précision, le fusil à lunettes a bouleversé le petit monde des FPS, au point d'en devenir indispensable. Exigeant du joueur sang froid et discrétion, il apporte un brin de subtilité à un genre bien souvent trop prompt au bourrinage, au-delà de son aspect pratique, celui-ci permettant d'atteindre des cibles éloignées ou de viser les points vitaux sans trop s'exposer. Un style de jeu qui a le don d'énerver bon nombre de joueurs pendant les joutes sur le net, mais dont l'efficacité est indiscutable.

À l'origine, Sniper Elite était voué à sortir sous le nom de Stalingrad : il aurait été question d'incarner un jeune sniper russe devenu le plus redouté des tireurs embusqués, le tout dans un scénario qui était destiné à respecter le déroulement historique de la bataille de fin 1942. Avec quelques idées fort alléchantes, comme un mode coopératif (ou la présence d'un bot si vous jouiez seul) ainsi qu'un système d'expérience. Malheureusement, le projet sera avorté, le studio français 4x studio (connu pour le jeu Iron Storm) ayant disparu. Quelques années plus tard, Mc2 France ressort le projet des cartons après avoir racheté Wanadoo Edition, qui en avait conservé la licence. Le jeu renaît donc de ses cendres avec les développeurs de Rebellion sous un nouveau nom : Sniper Elite.

Quelques images du jeu alors qu'il était développé par feu 4xstudio,

Prenant place après la seconde guerre mondiale et transposé à Berlin, Sniper Elite n'est pas un enième FPS « historique », mais un jeu à la 3ème personne qui, comme son nom l'indique, vous met dans la peau d'un sniper chevronné, infiltré dans le camp ennemi pendant la seconde guerre mondiale. Vous débutez le jeu alors que la guerre est terminée. Le problème, c'est que vous ne pourrez pas rentrer de chez vous, l'OSS (ancêtre de la CIA) ayant besoin de vous pour une mission capitale : empêcher les troupes de Staline de mettra la main sur les recherche nazies en armement. La guerre froide a déjà commencé...

Un environnement terne, apocalyptique... Pas de doutes, c'est la GUERRE !

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Sniper Elite ne ressemble à aucun autre jeu, et pour cause : en bonne simulation de tireur embusqué, il faut vraiment faire profil bas pour ne pas se faire dézinguer. On est bien loin des autres jeux proposant des phases de snipe, et encore moins du film Salingrad de Jean-Jacques Annaud dont il semble clairement s'être inspiré, qui donnait une image fun mais superficielle des tireurs embusqués. En effet, et le joueur le réalise très vite, le héros est contraint de passer la majeure partie de son temps à plat ventre, jumelles en mains, à faire des repérages pour trouver une bonne planque, tout en prenant bien soin de ne pas se faire remarquer. Pas très glamour, tout ça...

Pour sa résurrection, le soft abandonne ses emprunts au RPG pour se concentrer sur l'infiltration. À l'image d'un Splinter Cell ou d'un Metal Gear Solid, il faut prendre garde à ne pas faire de bruit, à ne pas laisser de traces de votre passages, et surtout à ne pas vous faire voir, grâce à un « indicateur de camouflage » dont l'efficacité paraît discutable tant les ennemis ont une vue perçante. On peut à loisir s'accroupir ou se mettre à plat-ventre pour mieux viser ou ne pas se faire voir, mais en revanche il est impossible de sauter ni même de grimper sur des endroits pourtant accessibles, ce qui est vraiment frustrant pour un jeu dont le personnage incarné se doit d'exploiter au mieux son environnement.

Il est important de s'assurer que la voie est libre avant de sortir de sa cachette.

Un gameplay volontairement lent, voire poussif pour les amateurs de gunfight qui pourront néanmoins abaisser le niveau de difficulté, voire modifier de nombreux paramètres renforçant le réalisme. Ces données, néanmoins, occupent une place importante dans l'immersion procurée par le jeu. Les plus déterminantes concernent principalement les phases de tir à lunette, qui se distinguent des FPS de par les nombreux paramètres pris en compte, à savoir une gestion de la gravité et du vent dans la trajectoire des balles, ainsi que des battements du cœur dans la stabilité de la visée. Du coup, on éprouve une réelle satisfaction lorsque l'on parvient à faire un tir réussi, parfois récompensé par un effet hérité de Max Payne dans lequel la caméra se place derrière la balle de sa sortie du canon à sa cible. Un brin sadique, cette mise en scène a le mérite de dynamiser les affrontements.

Il est possible de rendre le jeu plus ou moins réaliste, mais on perd en immersion ce qu'on gagne en simplicité.

Bien entendu, ces affrontements ne se limitent pas au fusil à lunette. Il arrive assez souvent de devoir faire usage d'armes plus adaptées au corps a corps et à moyenne distance. À l'instar d'un Halo, votre personnage ne pourra se trimballer avec tout l'arsenal qu'il a pu récupérer, Il faudra donc composer avec:

  • Un pistolet.
  • Quelques grenades (de tous les types).
  • Au choix : une mitraillette/mitrailleuse lourde/arme anti-char.

Ces affrontements, s'ils sont loin d'atteindre le confort, la précision ni le fun des phases de snipe, (les confrontations frontales se font rarement sans heurts) présentent néanmoins de bonnes idées. Vous devez entre autres attendre que la visée passe au rouge lorsque vous visez un soldat au pistolet à silencieux pour le terrasser d'une balle dans le dos, et vous pouvez même dynamiter les tanks à distance en tirant sur un bâton de TNT que vous aviez préalablement lancé ou posé à côté. Autre bonne idée, la possibilité de viser au fusil de sniper à tout moment, immédiatement, d'une simple pression sur le joystick droit, ce qui s'avère bien pratique lorsque l'on essuie des tirs ennemis. On déplorera des lancers de grenades ou de TNT peu intuitifs, et surtout un système de sélection d'armes peu pratique, ce qui est franchement ennuyeux lorsqu'un ennemi surgit de nulle part pour vous plomber les fesses sans sommations... Heureusement, votre boussole vous indique d'où viennent les tirs, ce qui n'est pas de trop lorsqu'un sniper bien caché vous a repéré !

Le système de visée peu pratique des armes en dehors du sniper pousse le joueur à la jouer fine.

Et croyez-moi, contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, ces derniers sont loin d'être stupides. Ils sont attentifs au bruit (profitez des explosions pour masquer le bruit de vos tirs) et n'ont guère de mal à vous repérer, se mettent à couvert tout en tirant dans votre direction pour vous passer l'envie d'en profiter pour les shooter, vous délogent de votre cachette à grand renfort de grenades et viennent parfois en aide à leur camarades blessés, cloués au sol par une de vos balles. Une particularité de l'IA qui, au delà de son originalité, permet d'appâter et d'assassiner facilement des soldats jusque-là hors d'atteinte.

Les stratagèmes les plus fourbes et cruels ne sont pas de trop pour éliminer les soldats, très futés.

Un déroulement qui s'avère plutôt varié, et qui exploite intelligemment le gameplay. Ainsi, on alterne avec des missions allant de la protection, l'assassinat, le sabotage ou le secourisme, le tout dans des niveaux au level-design dans l'ensemble d'excellente fracture laissant au joueur le loisir d'exploiter la grande taille des maps et les nombreuses cachettes qu'elles recèlent, d'expérimenter un maximum de stratégies pour mener à bien ses objectifs.

Les missions se révèlent être suffisamment variées et subtiles pour maintenir l'intêret du joueur.

Côté réalisation, le soft est loin de faire des étincelles : palette de couleurs peu variée et terne (contexte oblige), personnages plutôt bien modélisés, effets corrects mais sans plus, quelque textures médiocres... Côté son c'est un peu plus satisfaisant avec une musique et des bruitages tout à fait dans le ton. Le plus gênant dans le jeu reste les quelques bugs du style « le soldat qui se bloque contre un mur », mais ils ne m'ont jamais gêné dans ma progression.

La réalisation de Sniper Elite s'avère correcte mais guère impressionnante.

Là où le jeu est une véritable réussite, c'est bien dans sa capacité à immerger le joueur dans son univers tout en démystifiant l'image du tireur embusqué dans le jeu vidéo. En effet, même si l'on prend son pied à dégommer lâchement l'adversaire, on prendra plus de plaisir pendant les moments de répit et surtout après avoir fini une autre de ces fichues missions. Le soft, par son concept radical, la tristesse et la désolation qui se dégagent de ses décors, suscite un sentiment de solitude oppressant, un sentiment presque honteux tant le héros les personnages qu'il rencontre ne laissent jamais rien transparaître de leur humanité. Ici, les seul moments ou l'on s'amuse vraiment (ce qui est un peu le credo du JEU vidéo) se trouvent être les séquences ou l'on réalise un tir parfait, gratifiées par une mise en scène frimeuse, mais qui dynamise la progression dans les missions, lentes et stressantes.

Sniper Elite se démarque donc de la production actuelle, toujours prompte à caresser le joueur dans le sens du poil en l'assistant en permanence tout en lui donnant l'impression qu'il est surdoué. La représentation du champ de bataille n'est ici pas idéalisée, bien-pensante ni douteuse comme c'est souvent le cas. Ici, pas de fioriture ou de discours inutile : le joueur lambda doit donc sortir du confort des blockbusters écumés jusque-là et garder en permanence la tête froide pour s'efforcer de ne pas gaspiller toutes ses sauvegardes, limitées dans leur nombre, et terminer ses missions en pas trop mauvais état. Car entre 2 niveaux, pas d'équipement supplémentaire, et encore moins de medikits... Ceux désireux de voir la fin du jeu sans le dénaturer en trifouillant les paramètres s'attacheront donc tout du long à être le plus méticuleux et froid possible. Une conception efficace donc, à milles lieux de l'esbroufe visuelle propre au genre, et qui en dit bien plus sur la guerre que bon nombre d'autres jeux aux procédés racoleurs ou maladroits (comme des explosions dans tous les sens ou des soldats inexpressifs qui déblatèrent des inepties sur l'horreur de la guerre et la nature de l'homme).

La mise en scène, épurée mais soignée, laisse parler l'environnement, plus que les intervenants.

Non content d'offrir un mode solo très réussi, le soft propose de jouer en coopération à 2. Une bonne expérience qui permet d'échafauder de nouvelles stratégies et replonger dans l'aventure, même s'il est regrettable de ne pas pouvoir trop s'éloigner de son coéquipier, sous peine d'être tout simplement bloqué contre un mur invisible ! Néanmoins, pour peu que l'on ait à ses côtés un joueur qui maîtrise toutes les mécaniques du gameplay, c'est le pied total. Ajoutez à cela la possibilité d'affronter d'autres snipers sur le net avec, outre les classiques deathmatch et team-deathmatch, le mode assassinat dans lequel les assassins doivent supprimer une cible alors que l'équipe adverse tente de la protéger. Je n'ai pas pu m'y essayer, mais les quelques vidéos de gameplay que j'ai pu observer donnaient clairement le ton, à savoir un rythme beaucoup plus nerveux avec des joueurs qui n'hésitent pas à se rentrer dedans à la mitraillette, ce qui donne lieu à quelques situations comiques... Bref, les affrontements entre joueurs sont bien loin d'offrir les même subtilités que le mode solo. Bonne nouvelle pour les professionnels du mode solo : vous pouvez enregistrer votre score en fin de niveau et entrer en compétition avec les autres acharnés qui fréquentent le multi-joueurs en ligne. Vous l'aurez compris, Sniper Elite dispose d'une durée de vie énorme pour les esthètes du tir embusqué.

Les plus gros geeks du jeu peuvent comparer leurs scores sur le Xbox-Live.

En définitive Sniper Elite réussit le pari d'offrir au joueur la meilleure simulation de sniper à ce jour, mais non sans certains défauts. Les développeurs de Rebellion sont parvenus à un résultat très efficace qui devrait ravir les fans de fusil sniper et autre joueurs en quête de subtilité ou d'un jeu de guerre original, mais il faudra pour cela qu'ils s'habituent à un gameplay parfois frustrant en plus d'être exigeant. Alors certes, voilà un jeu ne rentrera pas dans les annales du jeu vidéo, mais dont l'approche d'un contexte surexploité a le mérite de trancher avec la concurrence, et dont l'originalité du gameplay procure au joueur de réelles sensations. Un titre en demi-teinte donc, mais dont la singularité et la bonne volonté font une expérience vidéo-ludique réellement intéressante.

Niko844
(28 avril 2008)
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