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Powerstone
Année : 1999
Système : Arcade, Dreamcast
Développeur : Capcom
Éditeur : Capcom
Genre : Jeu de Combat (VS fighting)
Par Corentin M. (31 janvier 2005)

Lorsque Sega s’en va-t-en guerre en 1998 avec sa rutilante Dreamcast, à la reconquête du marché du jeu vidéo et de sa splendeur passée, un de ses principaux atouts est la carte d’arcade SKVS-NAOMI (SKVS pour Sega Katana Video System, ou l’ultime réminiscence du délicieusement tranchant nom de code de la Dreamcast : Katana). Véritable Dreamcast over-gavée de RAM, la carte d’arcade NAOMI permet en effet de renouveler le parc vieillissant de cartes Model 3 tout en permettant des conversions rapides et fidèles vers la console de salon Dreamcast. Un double atout assurément majeur pour Sega qui fait d’une pierre deux coups : il redynamise en effet le secteur de l’Arcade qui fut sa légende et son gagne-pain tout en la faisant entrer dans le salon des joueurs équipés d’une Dreamcast, dès lors très convoitée par les hardcore-gamers. Mais pour que cette belle théorie devienne réalité, il faut des jeux – et des bons. C’est ainsi que fin 1998 Capcom, manifestement très impliqué dans le projet Dreamcast avec notamment son monstrueux Resident Evil – Code : Veronica, annonce en grande pompe Power Stone. Mais kézaco ? Tout simplement le renouveau de la baston 3D – rien que ça !

Usant de la surpuissance de la NAOMI/Dreamcast, Power Stone se permet une réalisation de très haute volée – foisonnement de couleurs, polygones et effets spéciaux – mais aussi et surtout un gameplay très interactif et totalement speedé qu’on aurait difficilement pu faire aboutir ailleurs que sur Dreamcast. Power Stone est en effet un jeu de baston 3D où l’on ne passe pas l’essentiel de son temps au corps à corps mais plutôt à courir et sauter comme un fou dans un somptueux décor 3D fourmillant d’objets plus ou moins volumineux, mais toujours susceptibles de ratatiner la face de l'adversaire. Qu’on en juge : chaises, tabourets, tables et jarres en tout genre à balancer aux 4 coins de l’écran, bâtons, tuyaux, épées, bancs (!), piliers (!!) à ramasser comme armes blanches, poteaux à contourner à pleine vitesse pour tournoyer et percuter l’ennemi. Mais ce n’est pas fini : on trouve aussi des pistolets, lance-flammes, lance-missiles et autres lance-rockets terriblement destructeurs. Il ne faudrait pas non plus oublier les bombes et autres cocktails molotov. Les objets volent, les corps sautent, les hurlements fusent ! Les deux adversaires se chassent et se pourchassent pour un délire de tous les instants : les crises de fou rire sont légion, permanentes, terriblement destructrices mais tellement jouissives ! Il faut voir votre adversaire esquiver tous vos missiles et finalement se prendre un misérable pot de fleur dans la tronche pour le croire ! Un autre grand classique : se ramasser toute une étagère de jarres sur le groin et se retrouver avec la tête coincée dans un pot, ou, mieux, courir derrière son adversaire qui saute par-dessus une chaise et vous l’expédie du même geste en pleine figure... Bref, vous l’aurez compris : Power Stone est un maraveur de tous les instants, on s’en prend plein la truffe depuis les 4 coins de l’écran.

Il ne faudrait tout de même pas négliger le combat au corps à corps : tout un tas de coups de savate et mornifles sont à votre disposition ; à vrai dire il arrive même souvent que l’on soit tellement obnubilé par les interactions avec le décor que l’on en oublie cet aspect plus classique et la sanction est alors sans appel : une bonne tatane dans les dents et vous voilà comme deux ronds de flanc... Mais il existe un autre aspect crucial : les gemmes. Au début d’un combat, chaque adversaire en possède une, et après quelques instants une troisième apparaît. Vous imaginez la suite : il faut la récupérer, ainsi que celle de votre adversaire qui la perdra après un coup bien placé. Car, en possession des 3 gemmes, votre personnage se transforme en un super guerrier qui latte très très fort au corps à corps et fait encore plus mal à distance grâce à ses supers pouvoirs tout simplement apocalyptiques. Ce déchaînement de force, non content d’être jouissif, permet aussi des retournements de situation de tous les instants. Il est heureusement possible de gérer la situation face à un perso transformé en évitant les coups, mais l’exercice est ardu – reste que c’est possible et que Power Stone n’est donc pas qu’un distributeur de bourre-truffes gratuit mais (plus ou moins) réfléchi ! Pour ceux qui en douteraient avec raison à la lecture de cet article...

Concernant les modes de jeu, Power Stone fait beaucoup plus dans le classique, avec un inévitable mode story qui propose de s’enfiler les ennemis les uns après les autres avant un ultime boss bien méchant, avec, à la clé, des personnages à débloquer – il est à noter cependant que les persos ne sont pas très nombreux. On trouve aussi, bien sûr, un mode Versus. Mais si le jeu est des plus classiques dans ses modes de jeu, il ne l’est assurément pas dans son gameplay totalement taré – on l’a vu. Il est alors crucial de saisir que, avec toutes ces possibilités d’interaction, Power Stone n’est clairement pas un jeu de baston classique – et c’est en ceci qu’il renouvelle le genre – mais un titre qui ferait plus penser à un jeu d’action/beat’em all à la Die Hard Arcade... en un contre un ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est vraiment l’impression que dégage le jeu, d’autant plus que sa suite Power Stone 2 tend encore plus vers cette idée de joyeux bordel à plusieurs, avec son mode 4 joueurs simultanés lâchés dans une arène totalement folle et, de surcroît, dynamique (bateau qui sombre puis combat sur un iceberg, avion en perdition puis scène de combat de haute voltige en chute libre, etc. !!).

Il est clair que Power Stone n'a été qu’un modeste succès dans sa version console, en raison notamment d’une sortie dans les premiers mois de vie de la Dreamcast – l’idée de base était justement de booster les ventes de la machine -, sa carrière en Arcade fut plus que satisfaisante, contribuant à faire progresser le jeu de baston dans une nouvelle direction, certes un peu confuse mais parfaitement jouissive. Un essai largement confirmé par Power Stone 2, monument de fun et d’action en multiplayer.

Corentin M.
(31 janvier 2005)
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