Bourre-pif
démentiel
Lorsque Sega sen va-t-en guerre en 1998
avec sa rutilante Dreamcast, à
la reconquête du marché du jeu vidéo et de sa
splendeur passée, un de ses principaux atouts est la carte
darcade SKVS-NAOMI (SKVS pour Sega Katana Video System, ou lultime
réminiscence du délicieusement tranchant nom de code
de la Dreamcast : Katana). Véritable Dreamcast
over-gavée de RAM, la carte darcade NAOMI permet en effet
de renouveler le parc vieillissant de cartes Model 3 tout en permettant
des conversions rapides et fidèles vers la console de salon
Dreamcast. Un double atout assurément majeur pour
Sega qui fait dune pierre deux coups : il redynamise en
effet le secteur de lArcade qui fut sa légende et son
gagne-pain tout en la faisant entrer dans le salon des joueurs équipés
dune Dreamcast, dès lors très convoitée
par les hardcore-gamers. Mais pour que cette belle théorie
devienne réalité, il faut des jeux et des bons.
Cest ainsi que fin 1998 Capcom, manifestement très impliqué
dans le projet Dreamcast avec notamment son monstrueux Resident
Evil Code : Veronica, annonce en grande pompe
Power Stone. Mais kézaco ? Tout simplement le
renouveau de la baston 3D rien que ça !


Usant de la surpuissance de la NAOMI/Dreamcast, Power Stone
se permet une réalisation de très haute volée
foisonnement de couleurs, polygones et effets spéciaux
mais aussi et surtout un gameplay très interactif et
totalement speedé quon aurait difficilement pu faire
aboutir ailleurs que sur Dreamcast. Power Stone
est en effet un jeu de baston 3D où lon ne passe pas
lessentiel de son temps au corps à corps mais plutôt
à courir et sauter comme un fou dans un somptueux décor
3D fourmillant dobjets plus ou moins volumineux, mais toujours
susceptibles de ratatiner la face de l'adversaire. Quon en juge :
chaises, tabourets, tables et jarres en tout genre à balancer
aux 4 coins de lécran, bâtons, tuyaux, épées,
bancs (!), piliers (!!) à ramasser comme armes blanches, poteaux
à contourner à pleine vitesse pour tournoyer et percuter
lennemi. Mais ce nest pas fini : on trouve aussi
des pistolets, lance-flammes, lance-missiles et autres lance-rockets
terriblement destructeurs. Il ne faudrait pas non plus oublier les
bombes et autres cocktails molotov. Les objets volent, les corps sautent,
les hurlements fusent ! Les deux adversaires se chassent et se
pourchassent pour un délire de tous les instants : les
crises de fou rire sont légion, permanentes, terriblement destructrices
mais tellement jouissives ! Il faut voir votre adversaire esquiver
tous vos missiles et finalement se prendre un misérable pot
de fleur dans la tronche pour le croire ! Un autre grand classique :
se ramasser toute une étagère de jarres sur le groin
et se retrouver avec la tête coincée dans un pot, ou,
mieux, courir derrière son adversaire qui saute par-dessus
une chaise et vous lexpédie du même geste en pleine
figure
Bref, vous laurez compris : Power Stone est
un maraveur de tous les instants, on sen prend plein la truffe
depuis les 4 coins de lécran.


Il ne faudrait tout de même pas négliger le combat au
corps à corps : tout un tas de coups de savate et mornifles
sont à votre disposition ; à vrai dire il arrive
même souvent que lon soit tellement obnubilé par
les interactions avec le décor que lon en oublie cet
aspect plus classique et la sanction est alors sans appel : une
bonne tatane dans les dents et vous voilà comme deux ronds
de flanc
Mais il existe un autre aspect crucial : les gemmes.
Au début dun combat, chaque adversaire en possède
une, et après quelques instants une troisième apparaît.
Vous imaginez la suite : il faut la récupérer,
ainsi que celle de votre adversaire qui la perdra après un
coup bien placé. Car, en possession des 3 gemmes, votre personnage
se transforme en un super guerrier qui latte très très
fort au corps à corps et fait encore plus mal à distance
grâce à ses supers pouvoirs tout simplement apocalyptiques.
Ce déchaînement de force, non content dêtre
jouissif, permet aussi des retournements de situation de tous les
instants. Il est heureusement possible de gérer la situation
face à un perso transformé en évitant les coups,
mais lexercice est ardu reste que cest possible
et que Power Stone nest donc pas quun
distributeur de bourre-truffes gratuit mais (plus ou moins) réfléchi !
Pour ceux qui en douteraient avec raison à la lecture de cet
article


Concernant les modes de jeu, Power Stone fait beaucoup
plus dans le classique, avec un inévitable mode story qui propose
de senfiler les ennemis les uns après les autres avant
un ultime boss bien méchant, avec, à la clé,
des personnages à débloquer il est à noter
cependant que les persos ne sont pas très nombreux. On trouve
aussi, bien sûr, un mode Versus. Mais si le jeu est des plus
classiques dans ses modes de jeu, il ne lest assurément
pas dans son gameplay totalement taré on la vu.
Il est alors crucial de saisir que, avec toutes ces possibilités
dinteraction, Power Stone nest clairement
pas un jeu de baston classique et cest en ceci quil
renouvelle le genre mais un titre qui ferait plus penser à
un jeu daction/beatem all à la Die
Hard Arcade
en un contre un ! Aussi paradoxal
que cela puisse paraître, cest vraiment limpression
que dégage le jeu, dautant plus que sa suite Power
Stone 2 tend encore plus vers cette idée de joyeux
bordel à plusieurs, avec son mode 4 joueurs simultanés
lâchés dans une arène totalement folle et, de
surcroît, dynamique (bateau qui sombre puis combat sur un iceberg,
avion en perdition puis scène de combat de haute voltige en
chute libre, etc. !!).


Il est clair que Power Stone n'a été
quun modeste succès dans sa version console, en raison
notamment dune sortie dans les premiers mois de vie de la Dreamcast
lidée de base était justement de booster
les ventes de la machine -, sa carrière en Arcade fut plus
que satisfaisante, contribuant à faire progresser le jeu de
baston dans une nouvelle direction, certes un peu confuse mais parfaitement
jouissive. Un essai largement confirmé par Power Stone
2, monument de fun et daction en multiplayer.
Corentin M.