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Mancala
Année : 1988
Système : Apple IIGS ...
Développeur : P.Z.Karen Co. Development Group
Éditeur : California Dreams
Genre : Board Game
Par Jean-Christian Verdez (04 mars 2019)

Les Échecs, les Dames, le Shogi, le Go, le Solitaire... À peu près tous les jeux de cartes ou de plateaux ont eu droit à des adaptations sur ordinateurs et consoles. À vrai dire, on peut presque voir ça comme un exercice pour programmeur en manque d'inspiration : des règles déjà clairement définies, pas besoin de compétence en graphismes ou en musique, aucune nécessité de créer quoi que ce soit qui n'ait pas déjà été réfléchi dans le jeu d'origine... Tels des portages multi-plateformes dénués de problèmes de droits d'auteurs, ces versions numériques ont toujours été là, dans les ludothèques de toutes nos machines préférées, depuis la nuit des temps et encore aujourd'hui... Le Mancala ne fait évidemment pas exception.

La première incursion de cet ancestral jeu de société dans le royaume de l'informatique remonte à 1961, sur le fameux ordinateur DEC PDP-1. Baptisé Kalah, ce programme encore plus vieux que Spacewar! était évidemment très rudimentaire. Par la suite, on retrouve des jeux de mancala sur le Commodore PET, le TRS-80 et d'autres ordinateurs de l'époque, sous divers noms...

Awari (1973) sur Commodore PET, et Kalah (1983) sur Commodore 64

Il serait vain de tenter de citer ici toutes les versions existantes car il en existe beaucoup trop. De même, consacrer des articles distincts à chacun de ces jeux n'aurait pas beaucoup d'intérêt non plus, puisque le contenu serait pratiquement toujours le même. Aussi, j'ai pris le parti de vous proposer un article qui aborde le mancala de façon générale, tout en se focalisant sur une version bien précise, celle développée en 1988 par P.Z.Karen Co. Development Group, l'équipe polonaise de Logical Design Works (LDW). Ceci pour plusieurs raisons :

  • C'est une version visuellement agréable, sans doute la première à avoir cet avantage (désolé, fans de Commodore).
  • Les jeux vidéo proposant du mancala par la suite le feront presque tous au sein de compilations intégrant d'autres jeux de société (échecs, go...)
  • Cette version tourne sur l'Apple IIGS et toutes les occasions sont bonnes pour évoquer les jeux vidéo de l'Apple IIGS (non mais c'est vrai quoi d'abord).

Avant des oeuvres telles que Tunnels of Armageddon ou Blockout, qui restent probablement ses jeux les plus connus et ambitieux, la société LDW avait déjà signé quelques productions casuals (TrianGO, Vegas Gambler, et bien sûr Mancala), toujours très correctement présentées et soignées. De tels jeux sembleront de prime abord inintéressants aux yeux des hardcore gamers, mais l'amateur du genre saura toujours apprécier les versions numériques de son board game favori sur sa machine favorite, en particulier en 1988, année où il n'est pas toujours facile de trouver un adversaire humain, Internet n'étant pas encore développé.

Et puis de tels softs sont aussi l'occasion de découvrir des variantes, voire des jeux aux règles complètement nouvelles. En l'occurrence, si les Dames et les Échecs sont familiers à la plupart d'entre nous, il n'en va peut-être pas de même avec le Mancala. Aussi, un petit rappel s'impose.

À gauche, un plateau d'Awalé (la variante la plus répandue de mancala). À droite, des joueurs en pleine partie, à Kumasi au Ghana. (les images proviennent du site mancala.wikia.com)

Le Mancala est le nom donné à tout un ensemble de jeux de société d'origine africaine aussi appelés "jeux de semis". La variante la plus connue et qui nous intéresse aujourd'hui est l'Awalé, mais il en existe bien d'autres selon les régions du monde où le mancala s'est propagé au fil des siècles (l'Awalé étant lui-même connu sous de multiples noms en fonction des pays et des langues où il est pratiqué : Oware, Awari, Wari, etc.) Le jeu est à ce point accessible que si vous n'avez pas de plateau, il vous suffit de petites graines ou cailloux, et d'improviser de petits trous dans le sol pour y jouer. Quant aux règles, elles sont très simples, comme nous allons le voir plus bas.

Le plateau de jeu comporte 12 trous (six pour chaque joueur), et en début de partie, chaque trou est rempli de 4 graines pour un total de 48 graines. La plupart du temps, il y a aussi deux trous supplémentaires destinés à accueillir les graines capturées par les joueurs au fil de la partie, ce qui permet de tenir les comptes (et accessoirement de ne pas perdre les graines). Comme on peut s'en douter, l'objectif final est de capturer plus de graines que l'adversaire.

Voici les règles principales :

  • Choisissez un des trous de votre côté, prenez les graines qui s'y trouvent, et "semez-les" dans les trous voisins, à raison d'une graine par trou, en tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Si nécessaire selon le nombre de graines à semer, placez des graines chez votre adversaire, voire faites plusieurs tours de plateau mais sans jamais re-remplir le trou initial.
  • Une fois fait, si la dernière graine a été posée chez votre adversaire, comptez le nombre de graines qui se trouvent dans le trou correspondant : s'il est égal à 2 ou 3, vous capturez les graines en question, puis regardez si le trou précédent contient lui aussi 2 ou 3 graines (que vous capturez le cas échéant)... Et ainsi de suite.
  • Dès qu'un trou ne contient pas 2 ou 3 graines, ou si vous êtes revenu sur les trous situés de votre côté du plateau, la capture s'arrête et c'est à l'adversaire de jouer.

La partie s'achève lorsqu'un joueur a capturé plus de la moitié des graines (25 ou plus), ou s'il reste 6 graines ou moins sur l'ensemble du plateau, ou si un joueur ne peut plus jouer faute de graines de son côté. À ce sujet, il existe une règle consistant à "nourrir" l'adversaire, c'est-à-dire qu'il faut obligatoirement jouer un coup qui sème des graines chez lui s'il n'en a plus (il faut qu'un tel coup soit possible, bien sûr).

À gauche, début de partie. Je m'apprête à choisir les graines du deuxième trou (en bas) et à les semer dans les trous voisins, à raison d'une graine par trou, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. À droite, le résultat : le deuxième trou est vide et les cases voisines ont toutes une graine supplémentaire. Notez que si j'avais eu plus de graines à semer, j'aurais continué chez l'adversaire...

Mancala permet de jouer à deux, ou bien d'affronter l'ordinateur dans 3 modes de difficulté. Il est aussi possible de commencer avec 3 ou 5 graines par trou au lieu de quatre, ce qui va modifier les stratégies possibles. Au chapitre des options, notez la présence d'un mode démo (l'ordinateur joue contre lui-même), qui permet de se faire une idée du déroulement d'une partie. Vous avez aussi la possibilité d'éditer entièrement la position des graines sur le plateau de jeu, par exemple pour créer des problèmes personnalisés.

À gauche, une partie déjà bien avancée. En bas, je suis sur le point de jouer les 4 graines de l'avant-dernier trou : je vais les placer dans le trou à droite, puis dans les cases adverses au-dessus. Comme la dernière graine sera placée dans un trou qui en comptera alors 3, je capturerai les 3 graines. Le trou précédent en aura 2, que je capturerai aussi. Idem pour le trou le plus à droite. Résultat, 7 graines capturées ! À droite, le résultat.

Une dernière option, assez surprenante, permet de modifier le sens de rotation des semis. Normalement, il se fait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Mais Mancala propose la possibilité de changer le sens de rotation à chaque nouveau tour ! Cette spécificité bouleverse complètement les stratégies habituelles de l'Awalé, puisqu'il faut anticiper les coups de l'adversaire dans les deux sens. À utiliser lorsque l'on est déjà bien familiarisé avec les règles traditionnelles.

Le mode d'emploi de Mancala sous-entend que le jeu est sorti sur Apple IIGS, mais aussi C64, Apple IIe, Macintosh, PC, Atari ST et Amiga... Pourtant, en dehors du C64, une (certes rapide) recherche via Atarimania, Planetemu et autres Hall of Light ne m'a pas permis de trouver les jeux correspondants. Mancala aurait-il vu ses différents portages annulés ? Ou bien les jeux en question sont-ils juste devenus introuvables aujourd'hui ? Heureusement, ces plates-formes ont elles aussi des jeux similaires, dont certains portent précisément le nom Mancala (notamment un jeu de 1993 sorti sur Amiga) bien qu'il s'agisse de développeurs et éditeurs différents. Entre ça et les versions plus récentes, l'amateur de Mancala/Awalé ne sera pas dépourvu d'opportunités pour jouer.

Comparatif entre la version Apple IIGS, et son portage sur C64 en 1989

Quant à cette version de 1988, elle est simple et efficace, bien réalisée étant donné l'aspect forcément statique de ce type de jeu. Si vous aimez le mancala, vous aimerez Mancala.

Jean-Christian Verdez
(04 mars 2019)
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