
Certains jeux ont introduit
des nouveautés qui ont été copiées par la suite. D’autres,
comme Kung-Fu Master, marquent carrément la naissance d’un genre. En l’occurrence
le beat’em up, appelé ainsi par analogie au shoot’em up, sauf qu’il n’est
pas ici question de tir, mais de combat, l’action étant similaire sur le
fond : tenir bon face à des vagues d’ennemis surnuméraires. Comme
beaucoup de jeux d’arcade d’origine japonaise dans les années 80, Kung-Fu
Master se démarque des produits américains par des graphismes plus
colorés et - à défaut d'un vrai scénario - un contexte
qui justifie l’action.
Vous êtes Thomas,
un maître du Kung-Fu qui profitait tranquillement de son après-midi
de repos mensuelle en compagnie de Sylvie, sa petite amie dont les éventuelles
origines françaises restent à éclaircir. Voilà que
de vilains spécialistes en arts martiaux vous sont tombés dessus
et ont kidnappé Sylvie. Vous n’avez rien pu faire contre des ennemis aussi
nombreux. Après un petit passage par le dojo pour réviser les techniques
de combat à adopter seul contre 3860 adversaires en même temps, vous
voilà parti libérer la belle, enfermée au sommet d’un bâtiment
de 5 étages dont chacun est gardé par un boss, ses hommes de main,
et diverses créatures belliqueuses.
Kung-Fu Master jette
les bases du beat’em up et va devenir après sa sortie un des jeux les plus
copiés au monde, par des titres au gameplay similaire, mais aussi pour
sa représentation graphique du combattant asiatique dans le cadre d’un
jeu vidéo.

Kung-Fu Master s’inspire
d’un roman hong-kongais intitulé Spartan X qui a donné lieu
à une adaptation filmique avec Jakie Chan en 1984 (connu sous les titres
de Spartan X, Kwai Tsan Tseh, ou Million Dollar Heiress,
ou encore Wheels on Meals). Au Japon, c’est donc sous le titre de Spartan
X que le jeu a été exploité. Vous y dirigez Thomas dans des
décors charmants, empreints d’une atmosphère orientale qui incite
plus à la méditation qu’au combat, et qui scrollent horizontalement,
dans un sens ou l’autre selon les niveaux. Les ennemis arrivent par la droite
et la gauche, simultanément, ce qui est le composant de base du challenge
que propose le jeu. Thomas peut donner des coups de pieds, de poings, sauter et
donner des coups de pied sautés. Tout le secret de la chose réside
dans le timing des attaques : il faut en permanence estimer l’ordre d’arrivée
des ennemis et donner les bons coups, du bon côté, en faisant preuve
d’une grande coordination entre le bouton de tir et le joystick, puisqu’il faut
très souvent se retourner et donner un coup instantanément. A noter
qu’un coup donné retarde la possibilité de se tourner d’une fraction
de seconde, ce qui suffit souvent à être débordé.
Spartan X (1984), le film avec Jackie Chan,
inspiré du même roman que Kung-Fu Master
Le fait de donner un
coup de pied ou de poing change deux choses : un coup de pied porte plus loin
mais rapporte moins de points par ennemi terrassé, et le coup de poing
est plus payant mais oblige à laisser les ennemis s'approcher. On peut
également se baisser et frapper en restant accroupi, ce qui est plus sécurisant
mais fait perdre du temps, car le but est avant tout d’avancer vers l’étage
suivant. Lorsque Thomas est pris, tout n’est pas perdu puisqu’en bougeant rapidement
le joystick de droite à gauche, on peut se libérer, mais le niveau
d’énergie en prend un coup à chaque fois.
Il y a différentes
sortes d’ennemis : les plus courants sont des combattants qu’on abat d’un seul
coup, mais on en trouve d’autres qui lancent des couteaux, nécessitent
deux coups pour flancher, ou d’autres encore qui sautent. Un coup de pied sauté
est alors nécessaire pour les contrer, mais il faut avoir de bons réflexes
pour ne pas s’élancer trop tard.
Bien que le décor soit chatoyant, il n’est
pas moins bourré de pièges : pots en terre pleins de serpents qui
tombent du plafond, boules de feu d’où surgit un petit dragon, ou petites
bombes qui explosent en plusieurs morceaux également dangereux.
L'annexe compilée par Sodom en fin d'article vous donnera plus de détails
sur le gameplay de Kung-Fu Master
A la fin de chaque niveau,
il y a un boss, ce qui fait de Kung-Fu Master un jeu très complet et riche
pour son époque. Dans l’ordre, ceux ci se présentent sous la forme
:
- D’un spécialiste
du bâton de combat
- D’un lanceur de boomerang
- D’un géant
- D’un magicien
- De Mr X, le leader du gang qui a kidnappé Sylvie.
Thomas doit combattre
tous ces boss en cherchant leur point faible, ce qui est encore une caractéristique
des jeux Japonais qui s’est généralisée depuis. Lorsque l’on
atteint le dernier boss, si Thomas sort vainqueur du combat, le jeu recommence
du début. Les tous premiers jeux d’arcade étaient en général
infinis ou voulus comme tel, leur action ne s’inscrivant dans aucune quête
particulière. Arriver au dernier niveau provoquait souvent un bug, car
cela n’était pas prévu par les développeurs. L’époque
de Kung-Fu Master a vu les jeux recommencer à partir du début en
cas de victoire sur le boss final, comme si de rien n’était, sans même
faire remarquer au joueur qu’il avait réussi un exploit. Ce n’est que plus
tard que sont apparus les génériques de fin, une fois admise l'idée
que l’on puisse terminer un jeu.
Kung-Fu Master est un
gros succès historique du jeu d’arcade. Sa jouabilité parfaite et
sa difficulté élevée en ont fait une proie pour les chasseurs
de high-score. Aucune suite n’a été donnée au jeu, sauf sur
NES, avec à la clé des graphismes améliorés
et un plus grand nombre d’ennemis différents. Des adaptations sur tous
les systèmes 8-bits ont été réalisées, et on
trouve même une version de Spartan X sur Playstation. Sur Amiga
et ST pas de version de Kung-Fu Master à signaler,
mais il est évident qu'esthétiquement, le célèbre
IK+ lui doit beaucoup.
En France, le jeu a donné en 1987 à Agnès Varda l’idée
d’un film intitulé Kung-Fu Master, dans lequel Jane Birkin se sent attirée
par un garçon de 14 ans qui passe son temps à jouer au jeu donnant
son titre au film.
Kung-Fu Master est un
classique du jeu vidéo qui ne se démode pas, dont les graphismes
ne paraissent pas trop dépassés aujourd’hui, et dont la bande sonore
s’avère simple mais très efficace avec des thèmes musicaux
sympathiques, et pour la première fois dans un jeu vidéo de vrais
cris de kung-fu. Irem Corp a fait son chemin depuis, avec notamment R-Type,
un autre hit gigantesque, et Data East, l’éditeur, s’est en partie reconverti
dans les flippers avec beaucoup de succès, au point de s’approprier les
licences de grosses productions hollywoodiennes, comme Back to the Future ou même
Star Wars.
Laurent