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Haunted House
Année : 1981
Système : Atari VCS ...
Développeur : Atari
Éditeur : Atari
Genre : Survival Horror
Par François Fischer (31 octobre 2019)

Avec ce titre nous allons remonter aux sources d'un genre, celui du survival horror ou jeu d'horreur, dans la langue de Molière : en 1981, bien avant Sweet Home ou Alone in the Dark, Haunted House, programmé par James Andreasen, débarque sur Atari VCS avec ses 4 ko d'angoisse à l'état pur...

La boîte du jeu et une publicité d'époque : faut jamais se fier aux illustrations...

Dans la ville de Spirit Bay se dresse un vieux manoir abandonné. On raconte que le dernier propriétaire, Zachary Graves, y serait décédé en d'étranges circonstances et que son fantôme hante désormais les lieux, accompagné de créatures grotesques en quête de proies humaines. Simple légende urbaine ? Peut-être. Une chose est sûre : des quelques inconscients partis en exploration dans la demeure, aucun n'est jamais revenu. Et il y a pire : depuis peu, des manifestations paranormales se multiplient dans le voisinage du manoir. Quelque soient les maléfices survenus en ce lieu, ils gagnent en ampleur, allant jusqu'à menacer la sécurité des habitants de Spirit Bay.

Occultiste amateur et victime en puissance, vos recherches vous ont appris que le manoir recèle une urne sacrée capable d'emprisonner les entités malfaisantes. Cependant, cette urne a été brisée par Graves avant sa mort, puis ses morceaux éparpillés à travers les étages de la maison maudite : ce n'est qu'en reconstituant l'urne au péril de votre vie qu'il sera possible de sauver la ville et de mettre un terme à la malédiction de Graves. A la tombée de la nuit, alors qu'une tempête fait rage, vous pénétrez dans le manoir : sage et unique précaution, vous avez pris soin d'emporter tout un stock d'allumettes afin de trouver votre chemin dans les ténèbres...

Mais puisqu'on vous dit qu'Alone in the Dark lui doit tout ! Notez l'image de droite : le décor vire brièvement au blanc lorsqu'un éclair illumine la nuit. On est bien d'accord, là, que le remake de Resident Evil sur Game Cube c'est que des copieurs !

Si le terme "suspension d'incrédulité" vous est familier, sachez qu'il va falloir mettre le paquet pour apprécier Haunted House à sa juste valeur. Car les décors du manoir font dans le genre sobre. Très sobre. Un peu trop, même : c'est le point négatif du titre, une unique forme dénuée du moindre mobilier sert de modèle à l'ensemble des pièces, variant simplement par la couleur. Quant à votre personnage, il se réduit à une paire d'yeux scrutant les ténèbres - procédé somme toute astucieux puisqu'il permet au joueur de s'identifier sans peine à ce regard expressif suintant la trouille. Ce no man's land esthétique est en partie compensé par une très bonne ambiance sonore : bruits de pas, grincements et claquements de portes, sifflements du vent, grondements du tonnerre...

Dispersés aléatoirement en début de partie, les fragments d'urne peuvent aussi bien se trouver tous au même niveau qu'être disséminés à travers les quatre étages de la demeure. Dans tous les cas, ils ne peuvent être détectés qu'en présence d'une source de lumière, d'où l'utilité des allumettes : celles-ci sont disponibles en quantité infinie (l'un des challenges posés par le jeu consiste à en utiliser le moins possible pour terminer l'aventure), mais la lumière qu'elles diffusent n'ayant qu'une faible portée, chaque centimètre carré d'une pièce devra être passé au peigne fin, sous peine de louper l'un des précieux fragments.

A gauche, voilà ce qui arrive quand vous perdez votre source de lumière. A droite, j'ai reconstitué l'urne, mais le fantôme de Graves me barre la route vers la sortie du manoir !

Dès qu'un monstre arrive à votre proximité, l'allumette s'éteint et vous n'avez plus qu'à prendre la fuite : exceptée la première variante du jeu (destinée au joueur débutant), dans laquelle vous distinguez toujours la configuration des lieux, vous êtes alors plongé dans le noir total et ne pouvez vous fier qu'à votre seul instinct de survie, à moins d'avoir mémorisé le plan du manoir et être ainsi capable de retrouver votre chemin à l'aveugle.

Le joueur n'est pas totalement démuni contre le bestiaire du manoir : dissimulé dans les étages, un sceptre permet de repousser les fantômes et autres forces obscures. Il faut malheureusement s'en défaire au moment de transporter les fragments d'urne, car tout comme dans Adventure vous ne pouvez porter qu'un objet à la fois. Une partie standard consistera le plus souvent à dénicher le sceptre en priorité, l'utiliser pour repérer les fragments en toute sécurité, puis recomposer l'urne le plus vite possible et quitter le manoir en retournant à la porte d'entrée. Enfin, les variantes avancées du jeu introduisent des portes fermées à clé qui compliquent singulièrement votre tâche, d'autant plus que le fantôme de Graves est, lui, parfaitement capable de les traverser...

Le test paru à l'époque dans Tilt (cliquez sur les images pour les voir en grand). A défaut de pouvoir prendre des photos d'écran satisfaisantes, l'illustration des premiers tests reposait sur le support marketing du jeu, ici une image découpée dans une publicité Atari.

A l'occasion de sa sortie française, Haunted House a fait l'objet d'un test dans le tout premier Tilt Magazine (septembre-octobre 1982) reconnaissant au jeu une ambiance réussie mais regrettant l'absence de score pour comparer la performance du joueur avec celle de ses petits camarades, d'où un sévère 3/6 en note d'intérêt. C'est que nous sommes encore dans l'ère du "tout arcade" et le jugement porté par les testeurs sur le titre s'en ressent...

Fantôme à vendre

L'Atari Flashback 2 accompagnée du très dispensable Return to Haunted House

A l'instar de l'illustre Combat, Haunted House a connu un revival en plusieurs étapes. Il a tout d'abord eu droit aux honneurs de l'Atari Flashback première du nom, en 2004. Proche d'une Atari 7800 dans son design, la console sous-traitée par Atari à AtGames fait un malheur auprès des nostalgeeks, malgré les nombreux défauts de conception qui lui sont alors reprochés.

L'année suivante, on le retrouve sur l'Atari Flashback 2 - machine au design plus proche de la légendaire VCS et davantage appréciée des fans - accompagné d'une suite inédite, Return to Haunted House. Contrairement à ce qui a pu se faire pour Combat II, il ne s'agit pas d'un prototype resté des décennies durant dans un tiroir, mais d'un homebrew mis au point par des fans. A cette occasion, le moteur graphique d'Adventure a été préféré à celui du jeu d'origine, car censé permettre une architecture plus complexe (les deux au fond de la classe en train de rire bêtement, allez donc faire un tour chez le surgé). De même, les sprites d'Adventure ont été redessinés en ennemis plus proches de la thématique jeu d'horreur. C'est ainsi que les fameux dragons du titre culte de Warren Robinett deviennent ici de terribles faucheuses ! Si l'initiative d'inclure des fan games aux côtés d'un catalogue consistant de jeux officiels est plus que louable, ce Return to Haunted House fait de bric et de broc n'évoque que trop vaguement son prédécesseur : c'est bien là son unique et fatal défaut.

Haunted House dans son remake de 2010 : un bon petit jeu à condition de ne pas en attendre monts et merveilles...

En 2010, Atari sort un remake de Haunted House en 3D pour Windows, Wii, et Xbox 360 (via le Xbox Live Arcade) . Trente ans après les événements du premier jeu, le héros est porté disparu dans le manoir de Graves et l'un de ses descendants (fille ou garçon, au choix du joueur) prend la relève pour partir à sa recherche. Les décors du manoir y sont évidemment plus élaborés et le gameplay légèrement enrichi (le héros peut employer diverses sources de lumière comme son smartphone, détruire les ennemis autres que les fantômes avec le feu et même faire face à quelques boss), mais le coeur du jeu reste le même, à savoir collecter des items (dont les fragments d'urne à nouveau disséminés), indices, clefs et échapper aux monstres. Clin d'oeil amusant, lorsque le personnage se retrouve dans l'obscurité, il se réduit à la même paire d'yeux exorbités que dans le jeu de 1981 !

Tout cela fait de ce Haunted House 3D un jeu fort sympathique qui a néanmoins subi le feu des critiques, se souciant peu de savoir qu'il s'agissait d'un hommage à un titre antédiluvien. Comparé aux AAA sortis la même année, il ne pouvait que se faire descendre en flammes...

Magnavox, rise from your grave !

Ralph Baer posant parmi ses inventions, dont l'incontournable Odyssey

La génération spontanée n'existe pas plus en biologie que dans le domaine des jeux vidéo : Haunted House puise ainsi son inspiration dans l'un des titres développés par l'incontournable Ralph Baer sur la console Odyssey, sortie en 1972. Ce jeu, également intitulé Haunted House, fonctionnait à l'aide d'un overlay à plaquer sur l'écran de TV (le cellophane restait en place par l'effet de l'électricité statique émise par l'écran) et représentant une magnifique maison hantée de style victorien.

L'Overlay de Haunted House, ou comment pallier les limites techniques de l'époque par un procédé aussi simple qu'efficace

Le joueur doit y faire progresser un détective, incarné par un point lumineux, à la recherche d'un trésor et gagne des cartes "indices" (de vraies cartes accompagnant la console et ses cartouches) comme il parcourt les pièces du manoir. Là où ce Haunted House devient excellent c'est que l'autre joueur, incarnant le fantôme, a préalablement - et dans le dos de son petit camarade - dissimulé son propre point lumineux dans l'un des éléments du décor. Si le détective s'en approche, le fantôme en surgit pour l'effrayer et lui faire perdre une partie de ses cartes. Les deux joueurs alternant le rôle du détective et du fantôme, c'est le détective qui a récolté le plus de cartes "indices" au cours de sa progression qui remporte la partie.

Là encore, nous avons affaire à un très bon jeu d'ambiance, servi par la qualité du cellophane comprenant de nombreux éléments fluorescents mis en surbrillance au fil de la progression du détective, et couronné par l'effet de surprise du fantôme surgissant. J'imagine bien le sympathique frangin gueulant brusquement "BOUH !!!" à son petit frère ou sa petite soeur, tout comme j'imagine les hurlements et pleurs du cadet terrifié et la gueulante des parents qui devait suivre. Ah oui, les jeux vidéo, c'était mieux avant...

François Fischer
(31 octobre 2019)
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