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Fatal Racing
Année : 1995
Système : PC
Développeur : Gremlin Interactive
Éditeur : Gremlin Interactive
Genre : Jeu de Course
[voir détails]
Par Barbo (27 novembre 2002)

Il est des jeux qui marquent la vie d’un joueur, mais qui par la faute d’un flop injuste donnent l’impression que le joueur en question est le seul à connaître leur existence.

Fatal Racing est un jeu qui n’a pas connu le succès qu’il méritait, probablement parce qu’il était sorti un peu tôt. La presse de l’époque a en effet émis des critiques sur la gourmandise de son moteur graphique, le jeu nécessitant un Pentium 150 (un monstre pour l’époque) pour qu’il donne vraiment toute sa mesure, c’est-à-dire en SVGA avec les détails à fond.
Depuis, Gremlin Interactive (qui apparemment n’existe plus et semble avoir été racheté par Infogrames) n’a jamais donné de suite à Fatal Racing, et au final le jeu est passé à côté de l’histoire des jeux vidéos, d’autant plus que je n’ai pas vu d’articles sur le Net qui lui soient consacrés, seuls les sites d’abandonware se chargeant de le sauver des oubliettes (notamment l’excellent Home Of The Underdogs [NB : Attention, on ne peut plus télécharger le jeu sur ce site, seule une review est disponible, ainsi qu'un lien vers un site de vente]). En tant que grand amateur de jeux de course (Dieu sait si j’en ai fait), je trouve cela franchement injuste : Fatal Racing reste pour moi l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) jeux de course arcade à ce jour, et sa sortie me paraît réellement une date importante dans l’histoire du genre. Aussi vais-je expliciter les caractéristiques du jeu et le pourquoi de mes pensées.

Fatal Racing est donc un jeu de course totalement orienté arcade, misant presque tout sur le fun et les cascades. Le scénario, on ne peut plus classique, vous place dans un championnat auquel participent les huit plus grands constructeurs automobiles au monde (tous fictifs dans le jeu). Tout comme dans un championnat de Formule 1, chaque constructeur peut faire participer en course deux voitures strictement identiques ; ce sont donc seize véhicules qui peuvent prendre part à une course. Seize circuits sont disponibles, répartis sur deux championnats. Vous devez remporter le premier championnat pour avoir accès au deuxième (un troisième championnat avec huit nouvelles courses est aussi disponible, mais uniquement par l’intermédiaire d’un cheat code, ce qui est un peu dommage). L’attribution des points est très précise, allant de 25 points pour le vainqueur jusqu’à 1 point pour le 15ème (zéro pour le seizième et dernier pilote). Chaque pilote a droit à 1 point supplémentaire par destruction de véhicule adverse. De plus, un autre point supplémentaire est attribué au pilote ayant effectué le tour de piste le plus rapide. Enfin, il y a un classement des constructeurs de la même façon qu’en Formule 1 (addition des points des pilotes de chaque écurie).

Fatal Racing se distingue par le design tortueux de ses circuits : beaucoup de dénivelés, loopings, tremplins, virages relevés et autres aspérités qui font que les courses sont tout sauf monotones. Ne vous fiez pas au simplisme de certains tracés, ils ne nuisent en rien à l’intensité de l’action. Les graphismes, même s’ils sont datés et ne bénéficient d’aucune accélération 3D (à l'époque de la sortie du jeu, mais par la suite un patch 3dFX est sorti, disponible ici), sont néanmoins agréables à l’œil (surtout en SVGA). Les environnements sont très sympas et participent au fun général, et les voitures sont également bien dessinées. Le choix des textures est généralement judicieux, et l’animation, bien qu’elle ne soit pas toujours très fluide, procure de bonnes sensations.

Le virage façon « molécule d’ADN » et le saut d’un tremplin en diagonale : deux exemples du caractère déjanté de Fatal Racing.

L’ambiance survoltée du jeu est servie par d’excellents commentaires (en français s’il vous plaît, pour peu qu’on ait la version française évidemment) intervenant à de nombreuses reprises (nombre de tours restants, passage dans un looping, 1 tour de retard de pris ou rattrapé, destruction du véhicule, collision avec un autre véhicule, record du tour...), un peu répétitifs mais jamais lassants car s’intégrant parfaitement à l’action, ce sont les meilleures voix off que j’ai entendu jusqu’à présent dans un jeu de course et l’un des plus gros points forts de Fatal Racing (vous avez également droit à des commentaires dans les menus de choix des circuits et des voitures). Toujours du côté sonore, les musiques sont au format MIDI, ce qui ne les empêche pas d’être très sympas même si elles tournent assez rapidement en boucle. Les bruitages, sans atteindre des sommets sont très convaincants et participent également à l’ambiance.

Une autre particularité du jeu concerne les informations affichées à l’écran . Celles-ci foisonnent (nombre de tours et position, mais aussi nom du prédécesseur et du poursuivant, meilleur tour, nombre de voitures restantes, tracé du circuit...) et sont parfois surprenantes, notamment l’écart au centième de seconde près entre vous et votre prédécesseur, et entre vous et votre poursuivant, le tout raffraîchi en permanence. Je crois bien que c’est le seul jeu de course ayant cette caractéristique. En plus de cela, de nombreux messages s’affichent plus ou moins régulièrement en cours de course, le tout ponctué des commentaires dont je vous ai parlé plus haut.

Malgré certains bugs du moteur graphique (à mon avis parfois volontairement laissés car ils vous facilitent un peu la vie lors de certaines situations délicates), la gestion des collisions est excellente, et celle des dommages est aussi très convaincante. Le véhicule ne se déforme pas lors des chocs, par contre de la fumée sort de son capot au fur et à mesure que vous accumulez les collisions (vous aurez même droit à des flammes si votre indicateur est dans le rouge) et votre vitesse maximale se réduit. Il est donc indispensable de passer aux stands pour réparer (ce que ne manque pas de vous rappeler le commentateur au moment venu) sous peine d’assister à la destruction de votre véhicule et de repartir des stands avec un tour de retard. Vous disposez de trois voitures pour finir une course. Les destructions sont assez rares pour nous, par contre elles sont légion entre les véhicules dirigés par l’ordinateur, surtout dans les niveaux de difficulté élevés. Quoi qu’il en soit, il faut quand même faire attention, car les courses sont longues (15 à 20 tours en moyenne, beaucoup plus dans le championnat caché, où les destructions sont fréquentes).

A gauche, un arrêt aux stands. A droite, le destin qui vous attend si vous n’y allez pas ...

La jouabilité n’est pas en reste, puisque les huit véhicules proposés disposent de sept caractéristiques différentes (vitesse maximale, accélération, braquage, adhérence, freins, résistance aux chocs et poids), ce qui permet de varier les sensations de conduite et la maniabilité, proposant ainsi différents défis. Ajoutez à tout cela six niveaux de difficulté (de Girlie pour « les conducteurs du dimanche et possesseurs de Lada » jusqu’à Impossible pour « les spécialistes ou bêta-testeurs chez Gremlin », dixit la notice du jeu), le fameux championnat caché (complètement taré, il faut absolument l’essayer !), soit un total de 24 circuits, ainsi qu’un mode réseau jusqu’à seize joueurs et une option de sauvegarde et lecture de replays des plus complètes, et vous obtenez une durée de vie tout à fait honorable.

Un extrait du championnat caché : vous avez dit extrême ?

Quelques défauts sont à signaler, tout de même : les graphismes manquent un peu de variété, bien qu’ils ne lassent pas. Le look des voitures n’est lui non plus pas très varié, avec toujours la même forme de carrosserie. D’autre part, les critiques de l’époque faites au moteur graphique du jeu sont belle et bien justifiées : sur mon K6-2-350 (sorti trois ans après le jeu, quand même...), des saccades sont à signaler à certains endroits précis de certains circuits [NB : Par contre sur un Duron 900 c'est très fluide, surtout avec le patch 3dFX, mais ça ne tourne pas sous XP sans bidouilles ; bien que cela ne soit pas gênant, c’est la preuve des difficultés d’optimisation rencontrées par les développeurs de Gremlin. Enfin, il faut reconnaître que l’originalité n’est vraiment pas de mise côté modes de jeu : championnat, course simple, contre-la-montre, bref que du classique.
Tout cela est cependant loin de ternir le tableau, tant l’omniprésence du fun fait oublier sans difficulté ces bémols.
On terminera par une particularité sympathique bien qu’un peu gadget à mon avis : la possibilité de donner des ordres à votre coéquipier via les touches F5 à F8 (provoquer des carambolages, bloquer les poursuivants, etc...). Mais en général, votre coéquipier prend lui-même ces initiatives et vous en informe par message radio, refusant souvent vos ordres car ils ne sont pas en adéquation avec les décisions qu’il prend. Par contre, cette caractéristique peut voir son intérêt décuplé lors d’une partie en réseau si les joueurs s’affrontent par équipes de deux.

Conclusion

Fatal Racing est un jeu de course délirant, d’une ambiance intense, que tout amateur de jeux de course se doit d’essayer. En ce qui me concerne, J’ADORE. Néanmoins, il reste un point à éclaircir : l’excellence d’un jeu ne suffit pas à faire de la sortie de ce jeu une date charnière dans l’histoire des jeux vidéos. Alors, pourquoi Fatal Racing mériterait-il une place particulière dans la chronologie des jeux de course ?

Tout simplement (il faut le constater quand même :) ) parce que le jeu donne l’impression que les gens de Gremlin ont procédé de la même manière qu’Ubi Soft pour le jeu Pod, à savoir qu’ils semblent avoir essayé de nombreux jeux de course pendant plusieurs heures avant de mettre sur pied le design du jeu. Mais il y a une nuance de taille : avec Pod, Ubi Soft était finalement parti dans une direction bien précise, le jeu pouvant dans son ensemble s’apparenter à une sorte de version futuriste de Virtua Racing (les circuits délirants et la 3DFX en plus, bien sûr). Gremlin a au contraire digéré et assumé toutes les influences que nombre de jeux semblent avoir eu sur eux : des graphismes rappelant Daytona USA (paysages montagneux) mais aussi Ridge Racer (immeubles), des voitures similaires à certains véhicules de Ridge Racer, des circuits inspirés de 4D Sports Driving (les tremplins) et Megarace (virages relevés, bosses et loopings), une gestion des dommages qui peut faire penser à Stunt Car Racer, des commentaires analogues à ceux de Screamer (plus élaborés toutefois), des arrêts aux stands de réparation comme dans Hi-Octane, un classement des pilotes et des constructeurs caractéristique de tout bon jeu de F1 (on citera F1GP pour l’époque) : Fatal Racing est une véritable compilation de presque tout ce que le jeu de course en 3D a proposé de mieux jusqu’au milieu des années 90, un melting-pot parfaitement homogène qui, agrémenté de multiples détails que vous découvrirez vous-même en vous le procurant, en fait pour moi le jeu de course le plus abouti en son temps, avant que les cartes 3DFX et l’arrivée de Gran Turismo ne viennent bousculer la donne durant la seconde moitié des années 90. Voilà pourquoi Fatal Racing fait pour moi figure de symbole et mérite une place bien plus importante dans l’histoire des jeux vidéos que son simple statut d’abandonware.

Fatal Racing est une bombe ludique, qui n’a selon moi qu’un seul vrai défaut : celui de n’avoir jamais fait l’objet d’une suite. Le reste est quasiment parfait. Messieurs de Gremlin Interactive, chapeau bas. Très bas, même :).

Barbo
(27 novembre 2002)