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Screamer - La série
Année : 1995
Système : PC
Développeur : Graffiti
Éditeur : Virgin Interactive
Genre : Jeu de Course
Par Barbo (28 décembre 2002)

Série majeure du jeu de course sur PC, Screamer a évolué d'une manière peu orthodoxe : alors que d'autres séries ont commencé en posant des bases originales avant de proposer des suites de qualité mais faisant souvent office de redites (Need For Speed par exemple), Screamer est né de façon plutôt opportuniste pour ensuite se détacher de ce statut et même amorcer un virage à 180° (c'est le cas de le dire, on parle de jeux de course :) ) avec le dernier opus en date, tout en faisant preuve de constance dans la qualité, ce qui est assez fort tout de même. Voilà qui méritait bien d'être décortiqué, n'est-ce pas ?

Screamer
(Quand le PC répond aux consoles)
Année : 1995
Développeur : Graffiti

Premier épisode de la série, Screamer est un jeu que l'on pourrait facilement taxer de commercial, tant il surfait sur la vague des deux jeux de course à la mode à l'époque de sa sortie : Daytona USA et Ridge Racer. Cependant, cette réalité ne doit en aucun cas éclipser la qualité incontestable de ce titre qui a fait le bonheur de nombreux joueurs de l'époque. Retour sur l'un des jeux les plus importants pour l'image du PC dans les années suivant sa sortie.

Screamer : le pourquoi du comment

Il est impossible de parler de Screamer sans évoquer en premier lieu le contexte dans lequel il est sorti.
Nous sommes donc en 1995. Le jeu de course en 3D a depuis quelque temps explosé en salles d'arcade avec en particulier deux jeux phares : Daytona USA d'un côté, Ridge Racer de l'autre. Ces deux jeux font l'objet de conversions très réussies, respectivement sur Saturn et Playstation. Avec ces deux adaptations, les deux consoles 32-bits du moment narguent méchamment le PC en terme de graphismes, sans oublier bien sûr le buzz provoqué par WipeOut de Psygnosis sur Playstation. Mais plusieurs éditeurs de jeux PC ne se laissent pas faire et sont bien décidés à montrer qu'eux aussi peuvent faire des jeux de course en 3D beaux, rapides et jouables. Bullfrog, Gremlin Interactive et Electronic Arts sont parmi les premiers à réagir, les deux premiers avec des jeux de course futuristes (respectivement Hi-Octane et Slipstream 5000) et le troisième avec une simulation mettant en scène des voitures tirées de la réalité, The Need For Speed. Mais dans le contexte présent, le titre qui a clairement tiré son épingle du jeu se nomme Screamer, car c'est ni plus ni moins LA réponse du PC aux bombes de Sega et Namco. Le jeu a été encensé par la critique et a connu un grand succès commercial.

Le tunnel du premier circuit et les tonneaux en l'air suite à un gros choc : deux références plus que flagrantes à Ridge Racer et Daytona USA.

La sortie de Screamer fut certainement un événement important dans l'histoire du jeu PC. Ce jeu fut en effet au centre d'une certaine démocratisation du jeu vidéo sur une machine dont la ludothèque était jusque là majoritairement composée de simulations, de jeux d'aventure, de rôle ou de stratégie, bref de jeux souvent complexes. Il est vrai que le PC a déjà pris son envol ludique quelque temps auparavant, et que divers jeux et adaptations de jeux " orientés console " y sont apparus. Mais cet envol est en grande partie du au FPS, genre dont le PC gardera longtemps l'exclusivité qualitativement parlant, et de ce fait les jeux " orientés console " créés ou adaptés sur PC ne firent pas beaucoup parler d'eux durant cette époque.

Avec Screamer, le PC a montré qu'il pouvait faire aussi bien que les consoles, mais il a surtout et enfin brisé cette image de machine à jeux complexes et adultes, en accueillant un titre dont les fondements sont nés en arcade et dont l'ambiance et la simplicité d'accès ont soudain rendu plus conviviale une machine qui à la base est difficile d'utilisation et austère : Windows 95 commence à apparaître mais c'est le DOS qui est encore largement majoritaire (Screamer est d'ailleurs un jeu DOS) ; durant les années qui suivent, la ludothèque du PC va gagner en variété, accueillant avec plus de considération des genres jusqu'alors chasses gardées des consoles : jeux de course arcade, de plates-formes 3D, ainsi que de nouvelles adaptations de succès sur console... Même si le phénomène a parfois eu des résultats mitigés en termes qualitatifs (les semi-réussites de Sega PC, par exemple), les efforts furent belle et bien réels et Screamer fut probablement l'un des principaux initiateurs dudit phénomène.

Maintenant que nous avons fait le tour du contexte, intéressons-nous au jeu lui-même.

Screamer : le jeu

Une fois le jeu configuré (par l'intermédiaire de SETUP.EXE, un nom de fichier bien connu de ceux qui ont beaucoup pratiqué le jeu sous DOS) et lancé, on a droit à une scène d'intro qui donne immédiatement la couleur, montrant une course avec des véhicules dirigés par l'ordinateur (à moins qu'il s'agisse de bêta-testeurs en réseau), le tout avec des vues de type " Caméra TV " et les crédits du jeu. Cette intro rappelle immanquablement celles de Virtua Racing et Daytona USA, avec toutefois un peu plus de variété, car la vidéo n'est pas la même à chaque démarrage du jeu : les développeurs italiens de Graffiti ont eu en effet la bonne idée d'enregistrer des courses effectuées sur les différents circuits du jeu, une idée reprise soit dit en passant par Gremlin pour l'intro de Fatal Racing.
Côté principe de jeu, Screamer ne fait pas vraiment dans l'originalité, ce qui n'a rien de choquant puisque ce n'est pas son but. Ici, l'objectif est de se fendre la gueule, point final. Le mode Normal Game n'est rien de moins qu'une course simple : choisissez un circuit, une voiture et roulez jeunesse...
Premier constat justement, les véhicules (sept au choix + un caché, dix au départ d'une course) : ils sont tirés de la réalité mais leurs vrais noms ne furent pas conservés, Virgin n'ayant pas acquis de licence auprès des constructeurs. Les amateurs de belles voitures devraient donc reconnaître la Lamborghini Diablo (nommée ici Shadow), la Ferrari F40 (Tiger), la Bugatti EB 110 (Hammer), la Porsche 911 (Panther) ainsi que la Chevrolet Corvette (Yankee). Par contre, j'ai des doutes quant à la Rising Sun, il s'agit apparemment d'une Nissan 200SX, mais je n'en suis pas tout à fait certain... A noter que vous pouvez choisir entre deux peintures pour chaque véhicule, mais ce choix est dépendant de celui de la boîte de vitesses (manuelle ou automatique). Dommage...

Le mode " Normal game " portant fort bien son nom puisqu'il est tout ce qu'il y a de plus... normal, passons donc au championnat.
Dans Screamer, le championnat est composé d'une série de quatre ligues de difficulté croissante, chacune se déroulant sur les six circuits du jeu ; vous devez gagner un certain nombre de points pour pouvoir passer à la ligue suivante, nombre qui augmente à chaque nouvelle ligue disputée. La première, Novice League, ne pose aucun problème, se destinant surtout à ceux qui découvrent le jeu en attaquant directement un championnat plutôt qu'en effectuant d'abord un rodage en Normal Game ou Time Attack. L'Amateur League demande un peu plus d'attention car les voitures dirigées par l'ordinateur se laissent larguer moins facilement. Il n'a cependant rien d'insurmontable si vous êtes un habitué du genre. La Pro League, par contre, est une autre paire de manches : les concurrents vous collent aux fesses et vous larguent à la moindre erreur commise ; et le fait est que l'on commet bien plus d'erreurs que précédemment, puisqu'on est constamment entouré par les voitures concurrentes et qu'il faut se faufiler entre elles, ce qui n'est pas évident dans un virage serré... De ce fait, vos qualités de pilote ne seront pas forcément suffisantes et le facteur chance aura parfois son mot à dire. Sachez donc que si vous voulez à tout prix finir la Pro League, vous risquez fort quelques crises de nerfs avant d'y parvenir, à moins peut-être d'utiliser la voiture adéquate. En ce qui me concerne, c'est avec la Panther que j'ai eu le moins de difficultés (attention, je n'ai pas dit le plus de facilité...).

Telle est la question ...

On pourrait alors croire que c'est fini, mais il n'en est rien. Il reste en effet une dernière phase, la Bullet League. Elle est un peu moins difficile que la Pro League mais est également loin d'être évidente puisque vous affrontez... un dragster ! Au départ d'une course ça paraît impossible tant l'accélération démesurée du bolide sème le doute (et notre voiture en même temps), mais on parvient tout de même à le rattraper au bout de quelques centaines de mètres. Le dragster n'est pas facile à battre mais comme il n'y a plus de trafic pour nous fermer la route, on s'énerve un peu moins... Et une fois la Bullet League remportée, on vous offre le dragster ! Rien de moins ! Sachez également qu'une fois ces quatre ligues remportées, tous les circuits du jeu sont disponibles en mode Normal Game et peuvent être parcourus en sens inverse (les noms des circuits sont également inversés dans ce cas précis).

La réalisation de Screamer est une grande réussite dans son ensemble. Les graphismes sont riches et très détaillés, bien plus variés que ceux des jeux dont il s'inspire directement. Les animations (avions, hélicoptères, téléphérique, tramway, grues...) et les environnements (gratte-ciels, ponts, port de commerce, tunnels...) rendent les courses très vivantes. A ce propos, Sunbeach Hill est certainement le circuit le plus réussi du jeu de par la variété des environnements parcourus en un seul tour.
Au niveau sonore, on notera en particulier des commentaires hilarants avec un speaker américain jouant son rôle de beauf à la perfection. De plus, quand on met le jeu en pause, un autoradio apparaît à l'écran, vous permettant d'insérer dans votre lecteur CD-ROM un CD audio de votre choix en accompagnement musical, ce qui est très appréciable.

Je serai un poil critique par contre en ce qui concerne la jouabilité : lorsqu'on freine franchement, le dérapage que fait la voiture est quelque peu hasardeux et il faut essayer tant bien que mal de la contrôler durant ce dérapage (sur certaines surfaces instables en bord de route on peut carrément faire un 360° !). Il n'y a donc pas vraiment de feeling, mais encore faudrait-il voir ce que ça donnerait dans le réel...

Enfin, si les options du jeu sont assez classiques, une mention spéciale doit cependant être faite aux modes Slalom et Cone Carnage qui consistent à boucler un tour de circuit avant que le temps imparti se soit écoulé, respectivement en passant entre des plots ou en en renversant (ces actions sont indispensables pour gagner des secondes, le temps imparti au départ étant très limité). La difficulté de ces deux modes varie selon le circuit et la voiture que vous choisissez, on n'en fait donc pas le tour en deux temps trois mouvements.

Les modes Slalom et Cone Carnage

Au final le bilan reste positif pour Screamer, qui a assez bien vieilli. Evidemment, avec le recul, on ne peut nier l'opportunisme de ce titre qui pour Virgin répondait clairement à une demande marketing (Hi-Octane, malgré son excellence, a le même syndrome, voir l'article sur Peter Molyneux à ce sujet), mais il ne faut pas non plus oublier le bouleversement ludique qu'a connu le PC au sein duquel Screamer a eu son mot à dire. Rien que pour ça, le jeu mérite incontestablement le respect.

Screamer 2
(Ou comment s'inspirer d'un grand succès pour réaliser un coup de génie)
Année : 1996
Développeur : Milestone

Sorti seulement un an après Screamer, Screamer 2 pourrait presque faire l'objet du même blâme que son prédécesseur, avec comme nouvel inspirateur Sega Rally. Encore une fois, ce serait une injustice tant le gameplay de cette suite est à se taper les fesses par terre jusqu'à en faire des étincelles (bon d'accord ça ne m'est jamais arrivé mais l'expression traduit bien mon enthousiasme... et puis peut-être que ça vous est déjà arrivé ??? OK, je m'arrête), d'autant plus que la comparaison est ici moins évidente qu'il n'y paraît.

Screamer 2 opère un sérieux changement de cap comparé au premier épisode : un nouveau développeur, Milestone (en réalité une équipe agrandie sur la base de celle de Graffiti, toujours 100% italienne, qui développera ensuite la série Superbike pour le compte d'Electronic Arts), des circuits aux environnements nettement moins urbains que ceux de Screamer, et surtout un gameplay au départ franchement déroutant, mais qui passé quelques minutes se révèle tout bonnement irrésistible et largement supérieur à celui de son aîné. Je me souviens d'ailleurs que Micro Kids Multimédia (ancienne émission sur France 3 consacrée aux jeux vidéos) avait testé et noté Screamer 2 ou 3 sur 6, expliquant cette note par une jouabilité quelconque, preuve flagrante que les testeurs ont juste passé cinq minutes sur le jeu (les ignares !). De toute façon, cette émission était devenue assez minable depuis que c'était cet abruti de Docteur Click qui la présentait.

Ce deuxième épisode essaie pourtant de garder un semblant de continuité avec le premier : l'intro, la majeure partie des options ainsi que les informations affichées à l'écran lors d'une course rappellent de toute évidence Screamer. Mais le reste est bien trop différent pour que l'on puisse parler de vraie suite. Le fun du jeu développé par Graffiti réside surtout dans son ambiance et sa réalisation ; Milestone a en parti délaissé ce principe pour se concentrer sur la jouabilité. Mais ne brûlons pas les étapes et commençons par le commencement.

Une fois passé l'intro, on vous demande de choisir une écurie : Zeus, WASP, Condor et Angel. Ce choix n'a essentiellement d'influence qu'en mode championnat et non sur les voitures que l'on peut choisir lorsqu'on joue pour la première fois (à part la peinture de carrosserie), on y reviendra plus loin. Le menu principal se présente sous la forme d'une sorte de hall de siège social d'entreprise avec des hôtesses d'accueil. Les modes de jeu proposés ne diffèrent guère de ceux de Screamer, on constate même la disparition des modes Slalom et Cone Carnage, ce qui est un peu dommage.

Mais ceux qui connaissent Screamer 2 savent parfaitement où est concentré l'intérêt du jeu. Si vous êtes de ceux qui, comme moi à une certaine époque, rentrent directement dans le vif du sujet en attaquant par le mode championnat, qui est la sève d'une bonne grosse partie des jeux de course, vous allez probablement déchanter, car vous vous heurterez en effet au barycentre du jeu, l'atout numéro un qui fait de Screamer 2 une expérience démentielle : sa jouabilité.
Celle-ci s'inspire de Sega Rally, à savoir qu'elle se base sur l'anticipation des virages et les glissades démesurées, à la différence près que les développeurs de Milestone ont exploité à fond ces deux principes dans Screamer 2 (Ratbag Software poussera le bouchon encore plus loin avec Powerslide deux ans après). Résultat : le feeling est décuplé là où il était difficile de l'évaluer dans Screamer, il me paraît même plus important encore que dans Sega Rally. De plus, les options de réglages de la voiture (direction, suspensions, pneus et freins) sont certes peu nombreuses mais ont néanmoins une grande influence sur le comportement routier de celle-ci, ce qui pimente encore plus le challenge.
Il est donc indispensable en premier lieu d'apprendre à maîtriser son véhicule par l'intermédiaire des modes Arcade ou Contre-la-montre pour ensuite être apte à participer à un championnat. Cet apprentissage est d'autant plus nécessaire que les circuits (sept au total) sont très tortueux ; les virages sont multiples et une bonne connaissance des tracés est obligatoire pour gagner des courses ou pour faire exploser le chronomètre. Une fois que l'on a acquis un peu de feeling, on peut attaquer le championnat.

Des tracés pour le moins sinueux

Le mode championnat de Screamer 2 est très proche de celui de Screamer, à deux nuances près : tout d'abord, on n'a plus à effectuer un certain nombre de points pour passer à la division suivante ; il faut simplement totaliser plus de points que ses adversaires. De plus, la météo intervient : à partir de la deuxième division, le brouillard et la nuit s'en mêlent, ce qui réduit considérablement le champ de vision ; voilà une autre bonne raison pour bien apprendre les tracés des circuits.
Le premier championnat ne pose pas trop de problèmes pour peu que l'on ait fait le rodage nécessaire, à l'exception du circuit de Finlande, enneigé et donc bien plus délicat. Par contre, les choses se compliquent dès la deuxième division : la météo fait des siennes lors de certaines courses et les concurrents sont plus coriaces. Dans la troisième division, c'est pire : le mauvais temps est toujours aussi présent et les voitures dirigées par l'ordinateur toujours plus coriaces ; ajoutez à cela l'un des circuits les plus difficiles du jeu (celui de Colombie, au tracé on ne peut plus sinueux et couvert de boue) et le tableau sera complet. Le quatrième championnat est d'une difficulté encore un peu plus élevée que celle du troisième avec de nouveaux adversaires : dans les trois premières divisions, on affrontait des véhicules des écuries concurrentes, véhicules disponibles dès le départ. Dans la quatrième division, on se frotte aux véhicules cachés de ces écuries, et la récompense de cette quatrième division n'est autre que le véhicule caché de l'écurie qu'on a choisi au début. Il faut donc se taper quatre fois la dernière division (une fois avec chaque écurie) pour débloquer tous les véhicules cachés du jeu, ce qui n'est vraiment pas une mince affaire (je n'ai jamais terminé le jeu qu'avec deux écuries, et non sans mal). Un septième circuit, The Tunnel (à réserver exclusivement aux experts) est également à débloquer, mais je ne sais pas comment (à part les cheat codes, bien sûr)...

La réalisation de Screamer 2 est très convaincante. Les graphismes sont excellents bien qu'ils manquent de fluidité, ce que le patch 3DFX a corrigé de fort belle manière, le jeu devenant alors aussi beau et fluide que son successeur Screamer Rally. Les environnements sont un peu moins vivants que ceux du premier volet, néanmoins on s'aperçoit à l'usage que certains d'entre eux fourmillent de détails (les circuits d'Egypte et de Californie en particulier). Les sensations de vitesse sont très bonnes et sont accentuées par les glissades dans les virages, surtout quand on frôle des pans de rochers ou des bâtiments.
Côté sonore, on perd les commentaires mais on a le droit à quelques musiques dance absolument irrésistibles (pour peu qu'on soit amateur du genre) signées Atomiser et Brutal Deluxe. Ces musiques n'ont pas pris une seule ride depuis la sortie du jeu et auraient leur place sans aucun problème dans une boîte de nuit. Si elles ne vous touchent pas, sachez que l'option d'insertion du CD audio de son choix dans le premier Screamer est à nouveau présente ici.
Je ne cacherai cependant pas ma déception quant aux quatre véhicules proposés : ils semblent inspirés de la réalité (on reconnaît facilement une Porsche parmi eux) mais manquent vraiment de personnalité et de classe comparés à ceux du premier opus. Cela dit, on n'imagine pas vraiment une F40 ou une EB 110 rouler sur du sable (Circuit égyptien) ou sur de la boue (Colombie)...

J'ai remarqué dans le forum de GrosPixels un débat quant au caractère arcade ou simulation de Screamer 2. Personnellement, je pencherais tout de même plus du côté arcade. Même si les possibilités de réglage et la dextérité nécessaire pour conduire son véhicule donnent un réel côté technique au jeu, cela me paraît insuffisant si l'on se réfère à ce qui me semble être le principe de base de la simulation : plagier le plus possible la réalité. Et ce ne sont pas les glissades démentielles sur le bitume californien ou sur les pavés suisses qui pourront affirmer le contraire (par contre, sur la boue ou la neige, faudrait voir...).

Je n'ai aucune information quant aux ventes de Screamer 2, mais il est très probable que le jeu a connu un grand succès, aidé par l'accueil favorable dont il a fait l'objet de la part de la presse spécialisée, et bien entendu par le nom du jeu lui-même. Dans le cas contraire, Screamer Rally n'aurait certainement pas vu le jour.

Aujourd'hui encore, Screamer 2 reste l'un des jeux de course les plus marquants sortis sur PC. Les développeurs de Milestone ont su digérer les influences de Sega Rally pour les recracher à leur façon et nous offrir des sensations de conduite inégalées depuis (à l'exception de Screamer Rally, bien sûr). Indispensable.

Screamer Rally
(Rebelote)
Année : 1997
Développeur : Milestone

Un an après Screamer 2, Milestone remet ça avec Screamer Rally. Cette fois-ci, aucun bouleversement n'est à signaler : qu'il s'agisse de la présentation, du moteur graphique, des modes de jeu ou de la maniabilité des véhicules, on ne peut pas dire que la nouveauté règne dans ce nouveau volet. Cela dit, toutes les qualités de Screamer 2 sont présentes, qualités auxquelles il faut adjoindre quelques nouvelles subtilités au niveau de la jouabilité, qui méritent d'être explicitées.

Les changements majeurs qu'apporte Screamer Rally par rapport à Screamer 2 sont les voitures et les circuits. On notera donc qu'il y a du mieux côté véhicules (quatre disponibles + une voiture cachée) : directement inspirés de vraies voitures de rallye, ils sont un peu plus sympas que ceux de Screamer 2. Mais ce sont surtout les circuits qui différencient Screamer Rally de son prédécesseur : ceux-ci sont en effet plus longs et plus difficiles à assimiler que dans Screamer 2. Il ne suffit plus de bien connaître le tracé pour faire exploser le chrono, il faut aussi connaître les diverses aspérités qui parsèment la piste (bosses, trous, tremplins). Ajoutons à cela de nombreuses pentes ascendantes ou descendantes plus raides que celles des circuits de Screamer 2, des pistes toujours aussi sinueuses et des sols encore moins adhérents, et l'on se retrouve au final avec des parcours pour le moins chaotiques. On peut cependant noter que le circuit enneigé de Screamer Rally (celui de Suède) est curieusement bien plus facile à maîtriser que celui de Screamer 2 (en Finlande).
A l'usage, on s'aperçoit que ces petites nouveautés associées à la maniabilité toujours aussi phénoménale des véhicules sont très judicieuses, surtout si l'on est amateur de contre-la-montres, car on a vraiment envie d'enchaîner les tours de circuit pour tout assimiler et améliorer son chrono de quelques centièmes ou dizièmes de seconde. Notons au passage que les développeurs ont quasiment délaissé les environnements urbains : il est essentiellement question de verdure (Chine, Canada, Pays de Galles, Italie), de deserts (Arizona) et de montagnes enneigées (Suède), la septième et dernière course (dans la quatrième division du championnat) se déroulant dans un stade.

Graphiquement parlant, Screamer Rally rappelle de toute évidence Screamer 2, à la nuance près que la 3DFX est ici directement exploitée (Screamer 2 ayant du se contenter d'un patch). Les graphismes sont donc superbes et l'animation ne souffre aucun reproche (à l'exception de la fameuse saccade inévitable à la fin de la lecture d'une piste audio du CD). Par contre, les musiques, sans être mauvaises me paraissent bien moins excitantes que celles de Screamer 2, mais l'option permettant d'insérer le CD audio de son choix étant toujours présente, ce n'est pas très grave.

Screamer Rally est donc un jeu de course très plaisant et un régal en matière de sensations, mais il m'a cependant moins marqué que Screamer 2, pour deux raisons. Tout d'abord, les innovations sont quasi-inexistantes en termes de gameplay, et du coup l'effet de surprise est passé ; et d'autre part, la difficulté est démesurée en mode championnat (dans Screamer 2, elle est un peu mieux dosée). La troisième division est déjà franchement difficile et la chance devra probablement s'en mêler si on veut finir premier. Quant à la quatrième division, elle semble réservée à une élite : dans cette dernière, parmi les cinq voitures dirigées par l'ordinateur, l'une d'entre elles lache systématiquement les quatre autres (dans Screamer Rally ce sont six voitures qui prennent le départ d'une course, contre quatre dans Screamer 2). Le problème est qu'il s'agit toujours de la même voiture tout le long de la division. Cela signifie en clair que si vous parvenez à gagner une course, c'est cette voiture qui finira toujours en deuxième position. Si vous ne gagnez pas cette course, c'est cette voiture qui gagnera, et ce quel que soit votre classement à la fin de la course. Le véhicule en question étant sacrément coriace, il est extrêmement difficile de gagner le championnat d'autant plus que la dernière course dans le stade est très dure : il n'y a pas de collines en bord de route, ce qui fait que les virages sont souvent difficiles à négocier car on les voit rarement arriver, il est donc très dur de trouver des trajectoires vraiment satisfaisantes, sauf pour les adversaires dirigés par l'ordinateur...

Le circuit Stadium de Screamer Rally : pour spécialistes uniquement !

Ces défauts n'ont cependant guère empêché Screamer Rally d'être très bien accueilli par la critique. D'autre part, de nombreux joueurs ont préféré Screamer Rally à Screamer 2, et inversement. Quoi qu'il en soit, Screamer Rally a les mêmes qualités intrinsèques que son aîné, à commencer par cette maniabilité décidément incroyable qui fait toujours l'unicité de ces deux titres plusieurs années après leurs sorties.

Screamer 4X4
(Nouveau départ)
Année : 2000
Développeur : Clever's

Screamer 4X4 fait-il vraiment partie de la série Screamer ? La question mérite d'être posée tant les changements sont radicaux et brisent toute continuité dans la série. Non seulement il est question de véhicules tout-terrains et non plus de bolides (soit dit en passant, Screamer 2 proposait deux 4X4 parmi ses voitures cachées), mais le plus important est que nous sommes ici en présence d'une simulation.

En effet, contrairement à 4X4 Evolution et autres Test Drive Off-Road qui hésitent entre arcade et simulation en orientant leur gameplay vers la course, le titre de Clever's (développeur originaire de Hongrie) est basé sur le franchissement d'obstacles naturels dans des paysages de campagne ou montagneux ; il s'agit donc à peu de choses près du tout-terrain tel qu'il est pratiqué dans la réalité. Les modes de jeu proposés n'ont plus rien à voir avec les précédents Screamer. Outre toute une série de championnats à remporter les uns après les autres pour débloquer des véhicules, des circuits (60 au total, répartis sur six environnements différents) et des pièces détachées pour les véhicules permettant à ces derniers de gonfler leurs capacités d'adhérence, de maniabilité et de franchissement, on trouve un mode Promenade pour rouler sans aucune contrainte, la course d'orientation qui vous propose de rallier l'arrivée uniquement à l'aide d'une boussole (cela diffère un peu du principe de base du jeu qu'on va voir plus loin), ainsi qu'un mode de course simple nommé ici Trophée. Enfin, un didacticiel plutôt bien fait nous explique le maniement du 4X4 ; il faut cependant y aller lentement avec le véhicule car le speaker a pas mal de choses à nous expliquer.
Le jeu propose dix véhicules dont seulement deux sont disponibles dès le début. Cela paraît peu comparé aux 70 tout-terrains de 4X4 Evolution, mais les véhicules sont tous assez différents les uns des autres : Land Rover Defender, Jeep CJ7, Mitsubishi Pajero, Raba H18... L'ensemble est donc plus varié que dans 4X4 Evolution qui augmente un peu artificiellement le nombre de voitures disponibles en proposant plusieurs versions d'un même véhicule (essence, turbo-diesel...).

Le principe de Screamer 4X4 est un peu particulier, car les circuits ne suivent pas vraiment des tracés bien définis : il sont simplement constitués de nombreux check-points qu'il faut rallier sous peine de recevoir des pénalités (ce qui n'est pas toujours aisé selon les situations, car les check-points sont assez étroits). On n'affronte pas de concurrents sur la piste : il s'agit de contre-la-montre comme dans les épreuves de rallye. Il est donc évident qu'on ne peut pas traîner en route (d'autant plus que l'ordinateur est très fort), pourtant il faut en même temps conduire du bout des doigts, la piste étant plutôt accidentée. Cela fait de Screamer 4X4 un jeu d'une difficulté élevée mais malgré tout très prenant car la gestion des collisions et les réactions très réalistes du véhicule font qu'on s'y croit vraiment et donnent envie de persévérer : il faut freiner dans les descentes sous peine de perdre le contrôle de son véhicule ou de rater un check-point, estimer le relief de la piste avant d'accélérer franchement (sinon même punition), le tout en surveillant la boussole en bas à droite de l'écran qui donne la direction à suivre pour atteindre le prochain check-point et le chronomètre indiquant notre temps et les temps intermédiaires effectués par le meilleur pilote. En clair, une pratique assidue du jeu et une solide connaissance des circuits sont réellement indispensables pour remporter des championnats, même le plus facile.

Côté réalisation, c'est du bon boulot. Les décors sont très sympa sans toutefois atteindre des sommets, et la modélisation des véhicules est très convaincante. Côté son, le copilote interviendra plus ou moins régulièrement au cours de la course, mais ses indications ne sont pas toujours cohérentes : parfois il annonce un passage compliqué alors que celui-ci ne pose pas de réelle difficulté, et vice-versa. Signalons enfin la possibilité de sauvegarder ses courses pour les revoir au ralenti, une option absente dans les trois premiers Screamer (sauf dans le premier, qui sauvegardait les replays de vos meilleurs temps).

Je ne pourrai pas en dire beaucoup plus sur Screamer 4X4, pour la bonne et simple raison que le jeu connaît quelques caprices de fonctionnement sur ma bécane, ce qui m'a empêché de me plonger à fond dedans. Mais quelques minutes de jeu sont amplement suffisantes pour se rendre compte qu'il s'agit d'un grand titre, quasiment unique en son genre, qui devrait certainement ravir les amateurs de vrai tout-terrain et même les autres bien que la rupture avec les précédents Screamer soit totale. A essayer absolument, d'autant plus que le jeu est sorti en gamme budget au mois d'Avril 2002.

Conclusion

Vous l'aurez compris, il n'y a rien à jeter dans la série Screamer. Chaque épisode a fait parler de lui à sa sortie, et force est de constater que Virgin a fait preuve d'un remarquable flair dans le choix des équipes de développements. Malgré ce constat idyllique, une question s'impose : quel avenir pour la série ? La question est tout à fait pertinente au vu de l'évolution du marché du jeu PC. Les jeux de rôle, de stratégie et de simulation commencent sérieusement à reprendre le quasi-monopole qui fut le leur avant l'explosion du PC, tandis que la majeure partie des autres genres se focalise de plus en plus sur les consoles. Devant un tel contexte, il est a priori peu probable qu'une compagnie comme Virgin se décide à éditer une nouvelle fois en exclusivité sur PC un jeu dont le potentiel commercial serait incontestable sur console s'il était de la trempe de l'un des Screamer. Il serait hâtif de tirer toute conclusion à ce sujet, néanmoins la fin de la série Screamer serait, à défaut d'une preuve définitive du revirement du marché du jeu vidéo, un énorme symbole au vu de la contribution de la saga à la franche ouverture du jeu PC au grand public vers le milieu des années 90.

Barbo
(28 décembre 2002)
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