J'ai
découvert ce jeu lorsque j'ai acheté mon Amiga.
Auparavant, sur mon Atari ST, je jouais à Falcon
(que j'ai aussi récupéré par la suite sur
Amiga). Pourtant, malgré une simulation plus
poussée, Falcon ne m'amusait pas autant
que F/A-18 Interceptor, pour des raisons diverses
que je serais bien en peine de vous expliquer.
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La
boîte du jeu (merci au site Hall of Light !). |
F-18
est donc plus vieux d'un an que son principal concurrent, et
on le sait en informatique, un an c'est énorme - encore
qu'à l'époque les technologies évoluaient
moins vite que maintenant. Mais le but de ce petit article n'est
pas de faire une quelconque comparaison entre F-18,
Falcon, F-16 Combat Pilot,
Fighter Bomber,
ou d'autres jeux plus ou moins axés simulation sortis
par la suite sur Amiga. Non, je veux simplement partager
avec vous les souvenirs que me procuraient ce jeu, le pilotage
d'un chasseur comme dans Top Gun, le film culte de
l'époque.
You're
clear to takeoff !
Quand
on démarre le jeu, une belle image de présentation
apparaît. S'il y a 1 Mo de RAM dans l'Amiga,
une musique se fait entendre, qui justement, rappelle un peu
celle de Top Gun Anthem (par H. Faltermeyer et Steve
Stevens). Ce n'est pas une coïncidence : Bob Dinnerman
a demandé à Dave Warhol de composer une mélodie
qui rappelle celle du film. Le résultat est très
agréable à entendre. Aux premières notes,
j'ai le souvenir du jeu.
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L'écran
d'introduction. |
Au
bout d'un petit moment de chargement, on arrive aux crédits
du jeu, puis au menu.
Pour la petite histoire, apprenez que Bob Dinnerman a programmé
quelques années plus tôt le mythique Discs
of Tron pour le compte de Bally/Midway, et qu'il
s'impliquera par la suite dans la série des Jetfighter
sur PC).
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Les
crédits, et le menu. |
Le
plus simple pour commencer, c'est de demander un vol libre sans
ennemis. On peut alors commencer depuis 3 aéroports autour
de la baie de San Francisco, qui sont bien connus de ceux qui
ont auparavant volé avec le vénérable Flight
Simulator II de Sublogic : San
Francisco International Airport, Oakland
International Airport, San
Jose International Airport. On peut aussi décoller
du porte-avions USS
Entreprise, qui mouille à 20 miles nautiques des
côtes.
Petit
détail amusant : en choisissant le 0, qui n'est pas proposé,
l'avion se retrouve dans l'herbe, sur l'emplacement de la Edwards
Air Force Base, mais qui n'a finalement pas été
ajoutée dans le jeu par manque de temps.
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Le
F-16 à gauche, et le F-18 à droite. Cliquez
sur une image pour une version plus grande. |
Pour
ce vol libre, il est possible de piloter soit le F-16
Falcon, soit le F-18
Hornet, dont les performances sont très proches dans
ce jeu. Dommage : contrairement à Top Gun (ou
à Nimitz : retour vers l'enfer), on ne pilote
pas de F-14
Tomcat, aux ailes orientables... Quelle gueule il a cet
avion ! Mais bon, c'est déjà pas si mal : les
deux appareils du jeu sont relativement connus. Personnellement,
j'aurai toujours une préférence pour un appareil
qui a deux moteurs plutôt qu'un seul, mais ce paramètre
n'est pas géré ici...
Les
liens vers les avions, au paragraphe précédent,
vous emmèneront vers un site proposant fiches techniques,
plans, et de nombreuses photos.
L'appontage
En
dehors du fait qu'il est amusant et instructif de regarder les
figures aériennes réalisées par l'ordinateur,
puis de les reproduire en suivant l'avion de l'instructeur,
cette partie du jeu n'est pas essentielle à la suite.
L'épreuve qui permet de commencer les missions proprement
dites, c'est de réussir un appontage sur l'USS Entreprise.
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| Quand
faut y aller... |
Vue
arrière au décollage... |
Dans
cette mission, rien de plus facile (en théorie du moins)
: il suffit de décoller, de faire un petit cercle ou
un petit looping, et d'apponter. Mais voilà : même
si F-18 est un jeu d'action et pas une vraie
simulation, un appontage c'est tout de même délicat.
Tout d'abord, il faut viser le bout du pont du porte-avions,
où se trouvent les câbles qui se prennent dans
le crochet d'appontage ; ensuite, ce fameux crochet, il ne faut
pas oublier de le sortir, ou c'est le plongeon assuré.
Pour finir, il faut arriver ni trop vite, ni trop doucement,
sous peine de se crasher sur le pont (ou de s'abîmer contre
la coque du navire).
En général, avec les aérofreins, le train
d'atterrissage et le crochet d'appontage sortis, en mettant
entre 50 et 60 % de la puissance, ça doit être
bon ; ensuite il faut être très doux avec le manche
et ne surtout pas faire de mouvements brusques. De petites corrections
de cap et d'altitude, et si vous êtes concentré
y'a pas de raison que ça rate !
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| Un
petit tour en regardant sur le côté... |
...
et on se remet dans l'axe pour apponter. |
Dit
comme ça, ça paraît insurmontable. Mais
je vous promets que c'est tout à fait faisable. Le jeu
autorise des erreurs de pilotage qui feraient dresser les cheveux
sur la tête d'un vrai pilote... Comme je le disais un
peu plus tôt, F-18 n'est pas une simulation,
mais un jeu d'action axé simulation. Pour ceux qui connaissent,
il est bien plus proche d'un HawX que d'un
Lock On : Modern Air Combat...
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Voilà,
un appontage tout en douceur. L'avion s'est immobilisé
juste après les câbles. |
Donc
une fois que vous avez réussi à apponter, le jeu
débloque la première des 6 missions : l'interception.
Petite
remarque que j'avais découverte en lisant Nimitz,
retour vers l'enfer, de Martin Caidin, dont a été
tiré le film éponyme : quand je jouais à
F-18, j'appontais et je coupais les gaz pour
m'immobiliser sur le pont, ça me paraissait logique (on
se pose et on coupe le moteur, comme sur une piste normale,
quoi). Mais dans la réalité c'est tout le contraire
: lors d'un appontage, au moment où les roues de l'avion
touchent le pont, le pilote doit mettre la post-combustion à
fond. En effet, si pour une raison ou une autre le crochet ne
se prend pas correctement dans les câbles, c'est la seule
chose qui permettra à l'avion de pouvoir redécoller
sans s'abîmer dans l'océan. Vous imaginez la résistance
de ces câbles qui freinent un avion de plusieurs tonnes,
lancé à pleine puissance ?
La
zone d'opérations
Je
ne vais pas me borner à vous montrer les 6 missions une
par une. Sachez cependant que votre tâche sera tout d'abord
de faire une reconnaissance pour savoir si les points radar
apparus au nord de la baie sont amis ou ennemis, et de les intercepter
s'ils sont ennemis. Vous devrez aussi protéger l'avion
présidentiel Air Force One d'une attaque de Migs, et
sauver un pilote en détresse tombé à la
mer. On vous demandera aussi de détruire un missile air-sol
qui se dirige à toute vitesse vers la ville... Bref les
missions sont assez originales, même si elles sont peu
nombreuses.
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| La
Baie de San Francisco dans le jeu. |
Vue
aérienne, cliquez pour une version plus grande. |
Pour
combattre les terroristes, vous aurez à disposition des
missiles AIM-9 Sidewinder, des AIM-120 AMRAAM, et au canon la
mitrailleuse M-61 Vulcan. Si on vous tire dessus, des contre-mesures
radar et infrarouge (chaff / flares) sont à bord.
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| En
approche de l'incontournable Golden Gate.
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Les
locaux d'Electronic Arts ! |
Le
jeu est bien pensé, dans le sens où il reproduit
un lieu connu par la plupart des gens, avec les moyens de l'époque
bien entendu : la baie de San Francisco. Du coup, on a plaisir
à voler tranquillement hors missions, pour jeter un coup
d'œil à Alcatraz,
ou faire ce que tout pilote de chasse sur ordinateur a fait
une fois dans sa vie : passer à fond sous un pont (et
ici, entre le San
Francisco - Oakland Bay Bridge, le Hayward
- San_Mateo_Bridge, ou le Golden
Gate Bridge, vous serez servis).
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| À
fond la postcombustion sous le Oakland Bay Bridge ! |
La
Sutro Tower, je m'étais toujours demandé
ce qu'était ce gros pylône...
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Peu
de bâtiments sont reproduits, mais on reconnaît
bien quand même la Transamerica
Pyramid, le 555
California Street, la Sutro
Tower du côté de Twin Peaks, quelques autres
buildings un peu partout... et les locaux d'Electronic Arts
à San Mateo !
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| Le
555 California Street à gauche, la Transamerica
Pyramid devant.
Au loin le Golden Gate, et la petite île d'Alcatraz
sur la droite. |
Bref,
la baie de San Francisco est aussi bien reproduite qu'il était
possible. On verra plus tard qu'on peut faire mieux sur Amiga
(dans Killing Cloud par exemple) mais au prix
d'une nette baisse de l'animation.
La
réalisation
Je
vous ai déjà parlé de la concordance entre
les lieux réels et ceux disponibles dans F-18.
Comme vous avez pu le voir avec les captures, les objets 3D
sont simples mais reconnaissables. On est loin de la reproduction
de San Fierro dans GTA San Andreas,
mais on n'avait pas les mêmes machines non plus... Les
avions sont eux aussi réalisés avec peu de polygones,
mais on les reconnaît. En tout cas même avec de
la mauvaise volonté, il est impossible de se tromper
entre le F-16 et le F-18. Quelques autres objets sont présents
dans le jeu, comme les Migs ou les gros avions de ligne, ils
sont eux aussi fidèles aux vrais.
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| Le
Boeing 707 Air Force One du Président qui, grâce
à mon intervention, atterrit sain et sauf. |
L'animation
est très bonne, vu qu'il y a peu d'objets en même
temps à l'écran. L'impression de vitesse est suffisamment
bien rendue quand on vole à basse altitude, on s'amuse
bien à frôler le sol (j'adore quand, en vue extérieure,
on voit l'appareil qui se rapproche de son ombre à la
surface de l'eau...) Les combats aériens sont suffisamment
fluides pour qu'on se prenne au jeu, les Migs ennemis sont assez
retors et se battent bien.
Les
vues sont classiques, haut/bas et rotation à 360°
dans la cabine, quelques vues extérieures autour de l'avion,
et une vue depuis la tour de contrôle la plus proche.
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| Cible
verrouillée, Sidewinder lancé. |
Un bandit de moins ! |
Le
son est assez sympa. On ne peut pas dire qu'il soit exceptionnel,
surtout sur Amiga, on reste dans le très classique,
avec les bruits des tirs, des explosions, et des alarmes peu
de temps avant un danger. Par contre, dans le bruit des réacteurs
il y a par moment des effets de distorsion qui flattent l'oreille
(il semble que les sons des moteurs soient échantillonnés
depuis... Top Gun !) et le rendent très réaliste.
Bob Dinnerman s'est vraiment battu pour que le bruit des moteurs
ne soit pas un simple fond sonore monotone.
Le petit détail qui tue : le passage du mur du son, avec
petit effet visuel et sonore...
Les
commandes sont très simples. On retrouve les directions
habituelles au joystick (avec le bouton pour tirer), et les
traditionnelles commandes du palonnier sur deux touches (; et
:). Les touches de fonction servent à la puissance, le
G pour le train d'atterrissage et le Q pour le crochet d'appontage.
Avec ça c'est suffisant, les autres touches sont plus
anecdotiques (Shift + F pour larguer un module de survie et
Shift + E pour s'éjecter). Comme l'avion est très
maniable, avec un peu d'inertie, on se plaît vraiment
à piloter, en mission ou sans but précis. C'était
le but de Bob Dinnerman, qui voulait vraiment un jeu où
on pouvait rapidement prendre en main l'appareil.
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| Le
pilote aux commandes... |
...
et sans les commandes. |
Il
existe un bug lors de la dernière mission, dans laquelle
il est impossible de couler un sous-marin ennemi. Je l'ai constaté
moi-même, on peut tirer sur le sous-marin mais rien n'y
fait. Lors de son interview
en 2004, Bob Dinnerman explique que normalement, même
s'il n'y a pas d'effet d'explosion, le bâtiment ennemi
est quand même détruit, et qu'une fois toutes les
cibles anéanties il faut retourner à la base pour
valider la mission. "Je m'excuse pour cette défaillance
de mon cerveau, il y a 15 ans !" termine-t-il.
En
conclusion, F/A-18 Interceptor est un excellent jeu. Les simulateurs
de vol sortis plus tard sur Amiga seront plus beaux,
plus complets (rappelez-vous Birds of Prey
et ses 40 avions !) mais je garde celui-ci en tête pour
les bons souvenirs que j'ai passés en sa compagnie, grâce
à son modèle de vol simple et efficace et sa facilité
d'utilisation.
F/A-18
Interceptor fut testé :
- dans le Tilt n° 57 de Septembre 1988 (Hits, 17/20)
;
- dans le Gen4 n°5 de Septembre/Octobre 1988 (Gen d'Or,
92%).
F/A-18
Interceptor reçut les prix suivants :
- le Tilt d’Or 1988 du Meilleur
Simulateur de vol ;
- le Tilt de Bronze 1988 de la Meilleure
Animation ;
- le 4 d’Or 1988 de la Meilleure
Simulation de Vol 1988.
JPB