"San
Francisco n'était plus la superbe ville qu'elle avait
été - et tout ça à cause des nuages
biochimiques. Un jour le brouillard de la baie était
arrivé sur la ville et n'avait plus bougé : il
avait dû se mélanger à des gaz toxiques
à un moment ou à un autre.
Le Nuage Meurtrier était arrivé.
En quelques jours, la moitié de la population était
morte ou agonisante ; le reste se précipita sur les toits.
La ville entière en était recouverte - le Nuage
était comme suspendu, à peu près 30 mètres
d'épaisseur, exterminant tous ceux qui s'en remplissaient
les poumons. Il n'avait pas l'air d'être prêt à
partir."
"Tout
cela est arrivé il y a quelques années et depuis,
la ville a changé - une toute autre façon de vivre
s'est développée. Après le Nuage, les autorités
se sont installées sur les hauteurs, construisant des
passages piétons et des voies de tramways dans le ciel,
au-dessus des vapeurs mortelles. On s'est vite habitué
à cette vie sur les hauteurs - si on peut appeler ça
une vie.
Ensuite tout a empiré. Une série d'assassinats
laissa la ville sans leader et le crime se mit à fleurir.
On commença même à dire que le Nuage n'était
pas un phénomène naturel ; que quelqu'un avait
tout arrangé pour une raison ou une autre. Mais les ressources
se faisaient rares - il ne restait plus qu'une poignée
de flics pour résoudre le mystère...
Et bien sûr, il fallait que je me retrouve parmi eux !"
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Image
issue de la documentation. |
Cette
introduction, tirée du manuel du jeu, met tout de suite
dans l'ambiance... non ?
"Je
suis un flic. Et un bon flic."
Après
l'image de présentation (superbe digitalisation de la
boîte du jeu), il faut choisir la langue pour passer l'inévitable
protection (page x, paragraphe y, mot z de la documentation).
Ensuite, on entre immédiatement dans le vif du sujet.
Vous incarnez donc un policier dans un monde mortel : sans compter
le Nuage, sachez que les Black Angels, qui veulent faire leur
loi sur la ville, s'en prennent aux flics aussi radicalement
que la bande à Boddicker dans Robocop.
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L'écran
d'introduction. |
Détaillons,
si vous le voulez bien, la première mission. Elle consiste
à récupérer 3 robots de surveillance, envoyés
par les Black Angels, qui patrouillent dans les quartiers de
Nob Hill et de Chinatown. Deux de ces robots sont endommagés
et ne serviront à rien, mais le troisième contient
des informations vitales pour l'arrestation du gang. Impossible
de savoir à l'avance quel est le robot utile, il faut
les ramener tous les trois.
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La
salle de briefing. |
Largage
des filets et des PUPs sur Chinatown. |
Donc,
lors du briefing, faites un zoom sur la ville pour vous centrer
sur les deux quartiers concernés. Dans chacun d'eux,
demandez le parachutage de filets (ici, pour capturer les robots)
et de PUPs (Pick-Up Pods, qui servent à ramener les suspects
au commissariat) : lors de la mission, vous pourrez les récupérer
sur place. Attention, leur nombre n'est déjà pas
élevé à la base, mais en plus on ne peut
pas tous les utiliser. Il faut faire preuve de discernement
et de beaucoup d'économie.
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Les
infos sur les robots à récupérer. |
Passage
obligé par l'armurerie. |
Enfin,
c'est le passage par l'armurerie, pour prendre des munitions,
du carburant supplémentaire, la combinaison de survie
en cas de sortie de l'appareil... Il faut faire attention, on
n'a qu'une certaine limite de poids transportable : les livres
restantes sont indiquées pour savoir s'il y a surcharge
ou pas. Le jet monoplace XB500 (VTOL, c'est à dire à
décollage et atterrissage vertical) est très perfectionné
mais ne peut pas embarquer énormément d'équipement.
Même la combinaison pèse son poids, il faut en
tenir compte !
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Les exploits d'un chevalier solitaire dans un monde dangereux...
Le chevalier et sa monture. |
Une
fois que le chargement des armes est effectué, il ne
reste plus qu'à assister à l'animation du jet
qui se tourne sur la plate-forme de décollage, puis l'arrivée
du flic qui s'installe aux commandes, et enfin le portage du
véhicule sur le toit du commissariat. Ensuite... Vous
êtes aux commandes !
Pollution,
je dis non !
Tout
d'abord, même si ça paraît bête, il
faut quand même mettre le contact...
Ensuite, par défaut l'appareil est en mode "hovercraft"
(VTOL), ce qui permet de prendre de l'altitude simplement en
levant le nez, ou au contraire de descendre en regardant vers
le bas. La première chose qui frappe le joueur (et c'est
voulu) c'est le Golden Gate qui dépasse à peine
du Nuage, on ne voit que le haut des piliers au loin... Et c'est
pareil partout, seuls les plus hauts gratte-ciel dépassent
de cette brume omniprésente.
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Le
Golden Gate au loin... |
...
San Francisco dans le brouillard. |
C'est
pas le tout, mais il faut penser à remplir la mission
: alors passage en mode "vol" (l'altitude ne change
plus en fonction de l'inclinaison) et à fond les turbines
vers les quartiers où patrouillent les robots. Le vol
au-dessus du Nuage est calme, mais au bout d'un moment il faut
bien plonger à travers pour se rapprocher du sol. Et
là, c'est le jour et la nuit : on bascule aux infrarouges,
car la visibilité est nulle. En utilisant le radar à
longue, puis à courte portée, le but est de trouver
les trois robots. Avant tout, faites un passage à l'endroit
où vous avez auparavant fait déposer un des filets
: en le survolant, celui-ci s'arrime à votre appareil
(vous pouvez en transporter 3 simultanément), et c'est
parti pour la chasse !
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Et
hop, on plonge sous le Nuage, vue infrarouge. |
À
la poursuite du premier robot. |
Une
fois que vous avez repéré un robot, activez le
filet et lancez-le sur votre cible. Le robot est ainsi immobilisé,
vous n'avez plus qu'à descendre de votre appareil pour
appeler un PUP, afin qu'il vienne le ramasser et qu'il l'emmène
au commissariat. Il ne vous reste plus qu'à faire pareil
avec les deux autres.
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Et voilà, le robot est ficelé, et un PUP
approche lentement pour l'embarquer. |
C'est beau, une ville sous la brume...
La
première mission n'est pas trop difficile, elle met les
choses en place pour la suite de l'aventure... Vous allez parcourir
la ville et le Nuage au cours de 10 missions, de plus en plus
difficiles, qui font avancer l'histoire petit à petit.
Ainsi, au cours de la deuxième mission, vous allez devoir
appréhender un suspect (Steven "Attila" Grenco)
qui extorque de l'argent aux commerçants de Chinatown
en échange de sa "protection". Il faut le trouver,
l'arrêter grâce au filet, et le ramener au poste,
mais ses complices peuvent être éliminés
s'ils vous posent problème. En rentrant au commissariat,
vous allez diriger un interrogatoire serré, dans lequel
vous négociez des remises de peine pour qu'il se mette
à table... Il est obligatoire de réussir, ou la
mission suivante ne sera pas accessible !
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Portrait-robot
de Grenco, et sa capture. |
Ensuite,
ce sera le tour d'Henri "Fritz" Leclerc qui rôde
dans Chinatown, puis d'Eugène "the Axeman"
Cody qu'il faut attraper pendant qu'il dirige une attaque sur
le commissariat n°3, dans un temps limité (avant
que le bâtiment ne soit détruit). Comme vous le
voyez, ça se complique.
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Leclerc
et Cody. Belles tronches de heu, ... non, oubliez ce que
je viens de dire. |
La
mission suivante sera une course contre la montre pour trouver
une bombe placée près d'un commissariat (sans
savoir lequel), la récupérer et la jeter à
l'eau en moins de 2 minutes... Ça devient franchement
stressant ! Ensuite vous devrez appréhender un autre
membre des Black Angels : Louis "the Converter" St
Paul, et lui n'est pas une proie facile - il est un peu raide
dingue. La septième mission consistera à
détruire la maison de Johnny "the Fall Guy"
Niagra, en train de préparer une attaque sur le commissariat
n°2, pour qu'il se rende. Attention à ses complices
qui sont de très bons pilotes.
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Maintenant
que je vois ces deux-là, je commence à regretter
les autres... |
La
huitième mission vous fera chaperonner un camion qui
transporte des munitions d'un commissariat à l'autre
: les Black Angels comptent bien se les approprier, mais il
faudra qu'ils comptent avec vous et une autre unité en
renfort.
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Protection
d'un camion et de son escorte. |
Quelques
instants plus tard, le combat fait rage ! |
Lors
des deux dernières missions, vous devrez faire de votre
mieux pour éviter que les forces de police de San Francisco
soient littéralement décimées... Arriverez-vous
à mettre un terme aux agissements des Black Angels ?
Le Nuage est-il lié à ces bandits ? Autant de
réponses que vous trouverez à la fin du jeu...
La
réalisation
Vektor
Grafix a fait quelques jeux sur Atari ST et Amiga,
le plus connu d'entre eux étant sans aucun doute Fighter
Bomber, le simulateur de vol sorti en 1989. Leur
maîtrise de la 3D n'est plus à démontrer.
Avec Killing Cloud, ils mettent la barre très
haut, car ils ont recréé la vile de San Francisco
en entier (dans la limite des moyens de l'époque). Et
c'est là à la fois un travail impressionnant et
un souci terrible, car jamais une vue 3D n'avait été
aussi bien faite, mais jamais une vue 3D n'avait été
aussi gourmande !
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Le
même endroit, avec la brume puis sans.
Sur
l'image de droite, la grande structure rouge clair est
le socle de la Transamerica Pyramid.
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Si
on regarde d'un peu plus près les graphismes, on pourra
se rendre compte que la partie 2D est bien réalisée,
dans les tons bleus "police". Quant à la partie
3D, elle est réellement exceptionnelle : il existe déjà
un grand nombre de bâtiments différents pour "meubler"
le décor, mais en plus les constructions reconnaissables
sont également fort nombreuses (comme le Golden
Gate, la Transamerica
Pyramid...) Le fait qu'il y ait cette vision infrarouge
et aucun trafic donne vraiment l'impression d'évoluer
dans un San Francisco dévasté. Autre fait
qui peut sembler banal aujourd'hui, mais qui était réellement
impressionnant : le sol n'est pas une simple surface plane sur
laquelle on pose tous les objets ; non, ici, les dénivelés
des rues sont également reproduits !
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Quelques
images du dessous du Nuage... Admirez la complexité
! |
Du
coup, vu la quantité d'objets à afficher à
l'écran, l'animation est catastrophique si on les voit
tous : les développeurs ont donc prévu 3 niveaux
de détail (accessibles par les touches 7, 8 et 9) ainsi
que l'affichage ou pas de la brume (touche 6) uniquement lors
de la première mission. Si vous optez pour sa présence,
la visibilité se réduit à quelques mètres
(ce qui paraît somme toute logique) et on constate un
clipping impressionnant, puisque les bâtiments et autres
objets sortent du brouillard gris très près du
vaisseau ; par contre, l'animation reste dans les standards
de fluidité des jeux 3D de l'époque sur Amiga.
Demander par contre à cacher la brume fait évoluer
le joueur dans une immense ville aux innombrables bâtiments,
qui s'étendent à perte de vue... et l'animation
affiche une image toutes les secondes (voire pire !) sur Amiga
500.
La brume est donc obligatoire à partir de la mission
2, pour permettre un jeu plus fluide lors des missions plus
mouvementées.
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Vue
du jet XB500 sous le Nuage. |
Le
son est standard. Honnêtement, si les bruitages sont simples
mais reconnaissables (puissance des moteurs, explosions, alertes...),
je trouve que la musique aurait pu être mieux travaillée,
David Whittaker nous avait habitués à mieux (Shadow
of the Beast, Archipelagos,
...)
Killing
Cloud n'est pas à proprement parler une simulation,
déjà parce que le véhicule qu'on pilote
n'existe pas, ensuite parce que le modèle de vol est
simplifié à l'extrême. Cependant, le pilotage
est bien pensé, puisqu'une croix indique toujours la
position dans laquelle on se déplace, ce qui permet de
tenir compte de l'inertie. Par ailleurs, il faut connaître
les touches qui servent pendant le jeu, il y en a une bonne
vingtaine : ce n'est pas excessif mais c'est plus que dans un
simple jeu d'action. On trouve parmi elles les traditionnelles
vues avant, arrière, de côté, ainsi qu'une
vue extérieure et une vue de poursuite. On se retrouve
bien en terrain connu des amateurs de simulateurs de vol.
Il
faut également se rappeler des procédures : toujours
sortir de l'appareil pour lire les droits aux suspects capturés
et appeler le PUP. Donc penser à la combinaison pour
ne pas mourir asphyxié. Du coup, prendre moins de munitions
à cause du poids limité de l'appareil, mais c'est
peut-être dangereux en cas de mauvaise rencontre. Et ainsi
de suite...
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J'ai
percuté un immeuble... |
...
alors je suis mort, et c'est peut-être aussi bien
! |
Voilà
un jeu original, à la réalisation soignée,
qui change des simulations habituelles et propose des combats
aériens sur fond d'enquête policière. Il
n'a eu aucune récompense par la suite... C'est bien dommage. Il
en méritait, ne serait-ce que par la complexité
de la scène 3D, exceptionnelle pour l'époque.
Une prise en main agréable et une profondeur intéressante
achèvent le tableau, Killing Cloud vaut
vraiment le détour.
Killing
Cloud fut testé :
- dans le Tilt n°91 de Juin 1991 (Hits, 15/20)
;
- dans le Gen4 n°31 de Mars 1991 (Gen d'Or, 92%).
JPB