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Falcon
Année : 1989
Système : Amiga, Atari ST, PC, PC Engine
Développeur : Rowan
Éditeur : Spectrum Holobyte / Mirrorsoft
Genre : Simulation
[voir détails]
Par JPB (14 décembre 2009)

Je me revois encore, en ces vacances d'été de l'année 1989. J'allais chez le dentiste près de la maison, et comme je m'arrange toujours pour être ponctuel, j'avais pris un bouquin avec moi pour patienter dans la salle d'attente. Ce bouquin, c'était la documentation de Falcon, que je venais d'acheter sur Atari ST. Un beau pavé de plus de 200 pages (en français, ouf !) : comme je voulais apprendre à diriger mon F-16 comme un as pour écraser les forces ennemies, tant terrestres qu'aériennes, il fallait que j'apprenne toutes les subtilités du pilotage, avec les figures (aaah, l'Immelman !), les attaques, les leurres... Tout un programme !

La boîte du jeu, une fois n'est pas coutume, format paysage... (merci au site Hall of Light !)

Je précise tout de suite que je ne pensais pas lire TOUTE la documentation de A à Z dans la salle d'attente, qu'est-ce que vous allez imaginer ! Mais une bonne doc à lire, et on ne voit pas le temps passer, vous ne me direz pas le contraire...
En tout cas, qu'est-ce que j'ai pu y jouer à Falcon pendant ces grandes vacances ! Comme j'étais à fond dedans, j'ai même essayé d'y convertir mon dentiste, mais ce fut peine perdue...

Vous me ferez le pare-brise !

Au démarrage de Falcon s'affiche une image de présentation, représentant un faucon s'apprêtant à enserrer un F-16 dans ses serres. Je me rappelle qu'il en existait deux, celle que vous voyez ci-dessous, et une autre qui semblait retouchée. En tout cas, sur la version ST que j'avais achetée (et la version Amiga que j'ai récupérée par la suite), c'est bien celle de cette page qui était montrée. En même temps, une musique commençant par le bruit du réacteur de l'appareil se fait entendre, elle est bien faite, mais personnellement je n'ai jamais accroché.

L'écran d'introduction.

Après un long chargement, le menu du choix du pilote apparaît : on peut ainsi sauvegarder plusieurs profils. Ensuite, on peut choisir de lancer n'importe laquelle des 12 missions, et choisir un des 5 niveaux de difficulté.

Le choix du pilote.
Les grades et missions proposés.

L'étape suivante consiste à armer l'appareil. En fonction du niveau de difficulté, on pourra soit mettre de tout, soit réellement faire attention au poids et à l'équilibrage du F-16. Les objets proposés sont ceux qui étaient connus à l'époque, c'est à dire les fameux AIM-9 Sidewinder pour les combats aériens ou l'AGM-65 Maverick, sans parler de la bombe Durandal (pour exploser toute la longueur d'une piste ennemie) pour les attaques air-sol... On n'a que l'embarras du choix.

Sur l'image, pendant qu'à l'arrière-plan des F-16 décollent à la chaîne, le chef mécanicien ajoute systématiquement une petite phrase relative au chasseur, j'ai presque l'impression de voir Scotty parler de l'Enterprise !

L'écran d'armement, le chef mécanicien se fend d'une petite réplique bon enfant.

Une fois que le chargement des armes est effectué, il ne reste plus qu'à décoller...

Petit rappel : le F-16

J'en ai déjà parlé lors de mon article sur F/A-18 Interceptor, mais je vais en remettre une petite couche, histoire de bien vous mettre dans le bain.
Début 1971, l'US Air Force lance un programme appelé Light Weight Fighter (chasseur léger) pour un avion de moins de 9 tonnes, de taille réduite, économique et facile à entretenir, et surtout offrant une grande manœuvrabilité et une bonne capacité d'accélération (pour enfin être à la hauteur lors d'affrontements aériens contre les MiG). Le 13 avril 1972, deux projets sont retenus : le YF-16 de General Dynamics et le YF-17 de Northrop, qui en construisent chacun deux prototypes. Le 13 janvier 1975, l'USAF annonce que c'est le YF-16 qui remporte le contrat, et la construction du F-16 Falcon est lancée. Pour la petite histoire, apprenez que 4 mois plus tard, l'US Navy annonce qu'elle a retenu de son côté le YF-17, qui aboutira par la suite au F-18 Hornet... Comme quoi...
Et au final, toutes versions confondues, plus de 4400 F-16 ont été mis en service dans 25 pays. Une belle réussite.

Le F-16, un des avions de chasse les plus connus (et les plus exportés par les USA) au monde.

Ce qui m'a le plus frappé à la lecture de la documentation du jeu, dans la partie où l'avion réel est décrit, c'est que le F-16 est le premier avion au monde à être conçu comme étant aérodynamiquement instable. Ceci veut dire que la stabilité de l'avion est négative et reste à la limite du décrochage, ce qui fait que le pilote devrait en théorie faire sans arrêt des corrections de cap et d'altitude ; heureusement, cet aspect incombe à l'informatique embarquée et aux commandes électriques (Fly-by-Wire). Cette technique offre de bien meilleures performances de vol et une manœuvrabilité accrue, en comparaison d'un avion possédant une stabilité positive.
Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille de lire cette page sur la dynamique de vol (en anglais), et de prévoir 4 ou 5 tubes d'aspirine avant de commencer la lecture. Pour info, en allant sur la page de F/A-18 Interceptor (oui, je me fais de la promo, et alors ?), vous trouverez des liens vers un autre site, qui propose également des infos sur les avions concernés.

Le F-16 dans le jeu

Au début de chaque mission, votre appareil se trouve sur la piste de l'aérodrome au sud-est de la carte. Piste orientée au nord, avion dans l'axe, freins de roues bloqués et moteur éteint. C'est vous qui le démarrez : lancement des moteurs, enclenchement de la post-combustion (il faut bien frimer un peu), on lâche les freins de roues, et c'est parti : l'avion bondit et, en inclinant un peu le manche, s'élance vers le ciel bleu. Oui, le théâtre d'opérations est un désert, le sol est dans les teintes jaunes/beiges et le ciel est bleu uni. N'oubliez pas de rentrer le train d'atterrissage, ou une voix artificielle vous lancera un "crash soon" ("crash imminent") toutes les 5 secondes.

Sur la piste. Un avion est détecté au radar (et on le voit directement aussi).

La maniabilité de l'avion est un peu particulière, et c'est à mon sens LE gros défaut du jeu : contrairement aux autres simulateurs sortis dans la même période, il n'y a pas de palonnier accessible directement ! Et là, je me dis qu'il y a un gros souci. C'est la principale raison pour laquelle je préférais le pilotage de F/A-18 Interceptor : plus souple, avec un peu d'inertie, et le palonnier bien présent pour le cap (gouvernail). Dans Falcon, non seulement on ne peut agir sur sur le cap que dans une certaine limite, mais il faut en plus appuyer sur la touche Shift, et on ne peut alors plus contrôler le roulis. J'avoue que je n'ai jamais compris la raison de ce choix discutable.

Vue gauche, avec instruments.
Vue droite, messages d'alerte.

De plus, lorsqu'on donne une impulsion, il n'y a aucune inertie. Donnez un coup de manche vers la droite, l'avion part aussitôt en roulis ; centrez le manche, l'avion arrête de tourner sur son axe d'un seul coup, hop ! et rien ne se ressent par rapport au mouvement que vous venez de donner (le F-16 entame simplement son virage). Je ne suis pas qualifié pour dire si dans la réalité c'est pareil, mais je trouve qu'il manque quelque chose. Il faut dire que l'avion répond très vite, un bon point, mais encore une fois... Je trouve que le pilotage est bancal.

Vue avant haute, au-dessus de la route et des poteaux.
Vue arrière... Un MIG-29 m'arrive dessus !!

Par contre, un gros souci de réalisme a été apporté au modèle de vol par rapport au poids. Hormis en grade Lieutenant où tout est chargé par défaut et où l'avion indestructible a un carburant illimité, il sera difficile de décoller si le chargement est trop lourd, et les manœuvres aériennes seront également plus lentes. Le voile noir et le voile rouge sont présents tous les deux, il convient de piloter avec douceur sous peine de ne plus rien voir pendant l'évanouissement.

Pour finir sur le comportement du F-16 en cours de jeu, sachez que le carburant est correctement géré, que le poids de l'avion s'en ressent là aussi et surtout, qu'il est suicidaire de laisser la postcombustion allumée en permanence, sous peine de ne pas pouvoir retourner à la base.

Missions et combats

Le jeu propose, on l'a vu, 12 missions.
Les objectifs air-air vous mettront aux prises avec des chasseurs ennemis (MiG-21 Fishbed), vous obligeant à en détruire un nombre précis avant de rentrer à la base (un, deux ou quatre). Les missions air-sol vous demanderont d'éliminer des cibles telles que les ponts, les lanceurs de missiles SAM, ou même la base ennemie. Bien entendu, il se peut qu'une couverture aérienne ennemie soit quand même de la partie...

Un pont, qu'il faut détruire lors d'une des missions.

Évidemment, le choix de la mission implique que lors de l'écran d'armement, vous décidiez de ce que vous allez emporter. En espérant que les missiles ou bombes dont vous avez besoin soient disponibles : il est possible que le chef mécanicien vous informe qu'ils sont encore en commande... Il faut donc connaître les caractéristiques de tel ou tel engin, pour l'embarquer sans se tromper, et réussir à détruire l'objectif !

Le MiG est juste devant...
... verrouillé !

Que dire d'autre ? Les missions sont de plus en plus difficiles, ce qui permet d'apprendre progressivement à piloter et à se dépêtrer d'une situation dangereuse. Le pilote que vous incarnez, s'il ne meurt pas, pourra en rentrant à la base une fois la mission terminée obtenir un certain nombre de points, et peut-être des médailles en récompense de ses actions. Il convient donc d'arriver à survivre, pour obtenir une vraie carrière de héros.
Sachez qu'il est possible de mourir, mais aussi de se crasher et d'être traduit devant un tribunal (destruction des biens de l'armée), ou de s'éjecter derrière les lignes ennemies... et d'être ainsi capturé.

La réalisation

Ici, pas de lieux réels contrairement à F/A-18 Interceptor. Le théâtre d'opérations est fictif, et permet d'intégrer les éléments nécessaires aux missions : base, ponts, décors, etc. On se retrouve plus dans le style de F-29 Retaliator, d'ailleurs de nombreux programmeurs de Falcon s'y retrouveront ; heureusement, ici, la carte est suffisamment vaste pour qu'on n'en fasse pas le tour en 15 secondes.

L'autre pont, avant et après mon passage.

Les graphismes sont agréables, dans le style de ce qu'on faisait à l'époque. Les petits détails étaient très minutieux, comme les poteaux télégraphiques au bord de certaines routes, les petites maisons au toit rouge, les convois de camions... C'était marrant d'essayer de voler à la même vitesse qu'un véhicule roulant, pour arriver à le plomber au canon. Il fallait se rapprocher beaucoup pour arriver à les détailler ; mais on trouve ici de la 3D réalisée grâce à des trames de couleurs, ce qui est sympa de près, mais peut embrouiller l'objet s'il est trop loin (on a alors une bouillie de pixels au lieu d'une forme précise). Les reliefs sont de simples pyramides posées ici et là, c'est une peu dommage mais au moins on peut s'en servir pour se repérer.
On notera un petit problème d'échelle (le F-16 dépasse du hangar...) mais ce n'est pas bien grave.
En tout cas, les images en 2D semblent bien du style de Martin Wainwright (F-29 Retaliator, Robocop 3, Epic).

Le convoi de camions avance sans se soucier de moi.

L'animation est bonne, mais elle est un peu saccadée par moments, ce qui peut être délicat lors des atterrissages par exemple. Heureusement, en appuyant sur la touche Alt, on diminue l'amplitude des mouvements du joystick, ce qui permet de faire plus facilement de petites corrections de cap. L'impression de vitesse est bien rendue, comme toujours quand on vole à basse altitude. Les combats aériens sont suffisamment fluides pour qu'on se prenne au jeu, les MiGs-21 ennemis se battent bien, ils sont même taquins quand on joue au premier grade (niveau de difficulté le plus bas) : ils tournent autour de votre avion, le dépassent, recommencent leur petit manège... Mais ne se laissent pas aligner facilement.

Les vues sont classiques : avant/ arrière, droite/gauche, vue haute ou avec le tableau de bord. En extérieur on peut tourner autour de l'appareil ou demander une vue depuis la tour de contrôle. Il existe aussi une vue radar, au-dessus de l'appareil.

Vol en rase-mottes, je double un autre F-16 un peu plus haut.

Le son est bien fait, le bruit du démarrage ou de l'arrêt des réacteurs est superbe. Le bruit en vol est plus classique, ainsi que ceux des tirs et explosions. Quelques éléments de synthèse vocale sont là pour les cas extrêmes (crash, carburant, danger imminent...) et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne peut pas les rater !

Falcon est plus axé simulation que F/A-18 Interceptor, mais il reste un jeu d'action plus accessible que F-16 Combat Pilot sorti un peu plus tard. Du coup, on a un nombre conséquent de touches, mais rien de cauchemardesque.

Le cockpit de F/A-18 Interceptor.
Celui de F-16 Combat Pilot, décollage de nuit !

Dernier aspect, fort agréable : le multijoueurs ! On pouvait relier deux Amiga par un câble null-modem (ou tenter une vraie connexion modem, impensable à l'époque) et jouer ensemble. Je crois l'avoir fait une fois, mais mes souvenirs sont flous. En fait, je n'avais pas d'amis intéressés par les simulateurs de vol, donc je ne pouvais pas faire partager ma passion.

Deux "mission disk" sont sortis peu de temps après. Je n'ai pas connu le second mais j'ai acheté le premier. En dehors d'un décor aux tons verts (un peu d'herbe ça change du désert) et de nouveaux objectifs comme les centrales nucléaires, l'intérêt vient surtout du dynamisme de la campagne, ce qui fait que les dégâts que vous infligez à l'ennemi lors d'une mission (comme la destruction d'un pont) sont reportés dans la mission suivante.

Conclusion

Falcon était un jeu d'une bonne facilité de prise en main, avec un modèle de vol assez correct (mais le coup du palonnier absent me reste toujours un peu en travers), et un contenu suffisamment riche pour permettre de s'amuser longuement. L'année suivante, la découverte de F/A-18 Interceptor sur Amiga me fera délaisser ce jeu, pour un pilotage plus souple, plus agréable, même si les missions sont moins nombreuses. Par la suite, l'aspect "simulation" sera plus recherché dans F-16 Combat Pilot, bien plus pointu mais un peu moins impressionnant au niveau de la 3D (par contre le cockpit était une vraie merveille), et je me rappelle également d'avoir un peu volé avec Fighter Bomber.

Je me suis crashé, mes supérieurs sont mécontents.
Là, je suis carrément mort...

Je dirai, pour conclure, que je suis retourné chez mon dentiste - et ami - début septembre 2009... On s'est rendus compte qu'on se connaissait depuis 20 ans déjà... Et au milieu de pas mal de souvenirs, l'anecdote sur la doc de Falcon que j'emportais chez lui m'est revenue à l'esprit. Je lui en ai parlé, et je lui ai dit : "Si un jour, j'écris un article sur Falcon, je mentionnerai ce souvenir, je trouve que ce sera sympa". C'est cette idée de départ toute simple qui m'a décidé à écrire cette page, dès le soir même, alors que ça me trottait dans la tête depuis bien longtemps. Une fois n'est pas coutume, je lui dédie cet article.

Falcon fut testé :
- dans le Tilt n°63 de Février 1989 (Hits, 18/20) ;
- dans le Gen4 n°9 de Février/Mars 1989 (Gen d'Or, 99%).

Falcon reçut les prix suivants :
- Le Tilt d'Or 1989 du Meilleur simulateur de vol ;
- le 4 d'Argent 1989 du Meilleur simulateur de vol.

JPB
(14 décembre 2009)
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