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Crash Bandicoot XS
Année : 2002
Système : GBA
Développeur : Vicarious Visions
Éditeur : Universal Interactive
Genre : Plate-forme
Par Orbulon (29 août 2016)

L'histoire du jeu vidéo regorge d'exemples de studios dévoués tout entiers à la production de purs “jeux de commande”, bien souvent des portages ou jeux à licence pour lesquels l'apport créatif est limité. Vicarious Visions est de ceux-ci. Techniciens compétents, notamment responsables du portage Xbox de Doom 3 et des adaptations Game Boy Advance des jeux de skate estampillés Tony Hawk, ils sont surtout, dans l'esprit de votre serviteur, les responsables des itérations de la série Crash Bandicoot parues sur Game Boy Advance.

Voici l'occasion de rendre hommage, via ce diptyque, à ce sympathique studio.

Crash Bandicoot XS est ainsi la toute première expérience du marsupial orangé sur une console portable après cinq années de bons et loyaux services sur Playstation, système autrement plus puissant que la portable de Nintendo. Le défi pour Vicarious Visions est donc clair : adapter le gameplay de Crash Bandicoot et ses fameux niveaux en “couloirs” pour une console plus limitée.

Faisons une impasse sur l'intrigue, anecdotique - le vilain Dr. Cortex a réduit la Terre à la taille d'une orange, il faut l'arrêter ! - pour parler du jeu en lui-même. XS - en référence à la fois à son ébauche de scénario et au support qui l'accueille - est donc un jeu de plateformes en deux dimensions visant à transposer fidèlement ce qui caractérise la série. On y retrouve donc une vingtaine de niveaux linéaires remplis de caisses à détruire et de cristaux à collecter, une palette de mouvements bien remplie comprenant notamment le fameux tourbillon calqué sur celui de Taz, le diable de Tasmanie des Looney Tunes, tandis que battre un boss récompense le joueur par un nouveau mouvement : double-saut et chaussures de course pour ne citer que les plus utiles.

Briser toutes les caisses d'un niveau offre une gemme au joueur. C'est le challenge le plus intéressant du jeu.
Le masque à droite de Crash fait office de point de vie supplémentaire.

Premier constat : ce travail de transposition est une réussite, car la réalisation du titre est franchement remarquable. Afin de coller au plus près des épisodes Playstation, le jeu utilise, à la manière d'un Donkey Kong Country, des sprites en 3D précalculée se fondant directement sur les assets des épisodes réalisés par Naughty Dog et plus particulièrement le second, j'ai nommé Cortex Strikes Back. Choix pertinent : animations, ennemis et décors sont ainsi réutilisés sans honte et contrairement à ce que laissent présager les screenshots qui illustrent cet article, l'ensemble détonne de par sa fluidité et sa clarté. À titre de comparaison, ce jeu est nettement plus agréable à l'oeil que les conversions GBA des DKC susmentionnées, qui étaient particulièrement ratées sur ce plan (entre autres !). Tout juste pourrait-on leur reprocher un côté un peu froid du fait du statisme des décors. Sans doute le prix à payer pour une lisibilité sans faille.

Mention spéciale pour les passages en pseudo-3D, avec d'une part les poursuites à dos d'ourson polaire tout droit sorties de Crash Bandicoot 2, et de l'autre un clone de Space Harrier, techniquement réussis et permettant agréablement de mieux distiller les phases de plateforme pure.

La “Warp Room” du jeu. À chaque boss battu, cinq niveaux sont débloqués.
Les phases en “mode 7” rendent très bien en mouvement.

Au-delà de ces considérations techniques, cet épisode peut se targuer d'être parfaitement maniable en toutes circonstances : c'est certes la moindre des choses mais le marsupial réagit au doigt et à l'oeil, et aucun problème de hitbox n'est à déplorer contrairement à nombre de jeux de plateformes 2D misant sur la technique. C'est au final un véritable plaisir de contrôler le marsupial, ce qui constitue l'une des qualités majeures du titre.

Le recyclage est également de mise pour l'aspect sonore, musique et bruitages étant issus en intégralité - ou presque - des épisodes Playstation, ce qui est décidément une constante quand il s'agit de parler de cette mouture GBA ! Si ces re-créations sont de bonne qualité - surtout pour un support aussi faible quand il s'agit de son - on reste en droit de déplorer une certaine fainéantise dans la démarche. Surtout, cela enterre définitivement toute perspective pour cette première incursion portable de se forger sa propre identité. Car, du reste, rien de ce que propose XS n'est inédit pour qui a déjà joué aux second et troisième épisodes.

Constat sévère, car le level-design des niveaux est lui inédit et surtout d'assez bonne facture, les derniers niveaux offrant des secrets vraiment bien cachés. De même, les boss et les niveaux aquatiques se révèlent être une surprise sympathique. Mais au final, le sentiment de déjà-joué est tellement grand que ces efforts ne pèsent pas lourd dans la balance.

Les niveaux de station spatiale sont les plus réussis.
Crash enfile un jet pack pour affronter N-Gin dans un pastiche de Space Harrier.

D'autant que cette version GBA, sous-titrée The Huge Adventure outre-Atlantique, porte assez mal ce nom car il s'agit là de l'épisode de la série le plus chiche en contenu, n'offrant que 20 niveaux et 4 boss, et le challenge est faible. On peut également regretter - et c'est là l'un des griefs majeurs de la série - la tendance des environnements à se répéter : jungle, égouts, cavernes enneigées se succèdent sans logique et leurs différentes déclinaisons peinent à se démarquer. Notons également la présence d'épreuves contre-la-montre, brillante idée de remplissage tout droit reprise de Crash 3, mais le fait qu'elles ne servent plus à débloquer des niveaux supplémentaires réduit drastiquement leur intérêt.

Un niveau aquatique. Voyez que les animations de mort sont bien présentes !
Crash s'accroche au plafond au sein d'égouts particulièrement spacieux...

XS fait donc partie de cette catégorie assez restreinte de jeux fort agréables, bien faits dans l'absolu mais qui ne présentent au final qu'un intérêt relatif. C'est un pur produit de son temps, où la portabilité était un argument suffisant pour vendre, et de ce fait apporte moins au genre qu'un seul niveau de Yoshi's Island.

Du reste, l'expérience, aussi courte et balisée soit-elle, reste suffisamment solide pour satisfaire tout amateur des épisodes Playstation voulant prolonger le plaisir.

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