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S’il
y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à
Bloodshot, c’est le fait d’être
une suite trop frileuse, reprenant point par point la formule
d’un premier épisode à succès.
Non, Monolith n’a pas joué cette carte-là
et il faut leur reconnaître une certaine audace au niveau
du design de cet épisode. Cependant, en essayant de
pousser un peu plus loin l’analyse de ce second opus
et du contexte dans lequel il est sorti, on peut penser que
ces modifications dans l’expérience de jeu sont
certainement dues à ce qu’est devenue la licence
Condemned. Le premier titre de la série
était un jeu moins spectaculaire, jouant sur le huis
clos et la solitude de ce héros traqué et complètement
dépassé par les événements. Là,
dans Condemned 2: Bloodshot, Ethan a déjà
touché le fond et plus rien ne le surprend… De
plus, les ficelles que tirent ici les développeurs
pour mettre la pression sur le joueur diffèrent sensiblement
dans cette séquelle. Dans Condemned 2,
Ethan n’est que rarement seul (deux agents de la SCU
l’accompagnent durant cette aventure) et il n’est
plus aussi démuni face au danger. Pour faire l’analogie
avec le cinéma, on pourrait voir le premier Condemned
comme une interprétation vidéoludique de Seven (le flic qui combat un serial killer, le jeu d’échec
entre la proie et le prédateur, etc.) alors que le
second volet peut être perçu comme l’équivalent
d’un cinéma d’épouvante plus direct,
plus gore, basé sur la surenchère de violence
et sur une mise en scène plus théâtrale
des meurtres, un genre tout particulier dont Saw
pourrait être l’un des représentants les
plus significatifs… Là où Condemned:
Criminal Origins était intimiste et introspectif,
sa suite se veut plus « rentre-dedans » et plus
visuellement spectaculaire. Une succession de scènes
fortes, mieux rythmées, plus percutantes…. Bref,
une vraie suite de jeu d’horreur, cherchant obligatoirement
à surpasser le premier opus ! Cette nouvelle orientation
de Condemned peut être mise en corrélation
avec le nouveau statut de la série, statut qui fait
écho au lancement en grand pompe de ce second opus
comme nous l’avons vu au début de cet article.
Condemned est à présent un
blockbuster efficace ne pouvant plus compter sur l’effet
de surprise pour convaincre, et Monolith l’assume en
déplaçant sa série dans de nouvelles
sphères, cherchant d’autres ressorts horrifiques
pour effrayer le joueur.

Plus violent, plus sombre, plus
spectaculaire, plus gore… Condemned 2
respecte à la lettre les codes que Wes Craven énumère
dans Scream 2 :
la suite d’un film d’horreur doit faire plus que
l’original, et ce dans tous
les domaines… Il en est souvent de même dans le
jeu vidéo.
Une expérience de jeu profondément changée
En
cherchant à chambouler pas mal de codes établis
par le premier Condemned, Monolith a pris
le risque de pervertir quelque peu sa série, et il
faut bien le reconnaître, c’est un peu le cas.
En effet, en jouant la surenchère sur de nombreux points,
Condemned a un peu perdu de son ambiance, le côté
spectaculaire de l’aventure ayant un peu dénaturé
ce qui faisait le charme du premier jeu. D’une certaine
manière, Condemned 2 est un peu moins
"fin" et "subtil" que son prédécesseur
au niveau de sa mise en scène : le jeu abuse du gore
et de la violence crue pour effrayer le joueur alors que le
premier Condemned arrivait à faire
peur avec trois fois rien… De plus, en développant
le côté bagarreur d’Ethan, le gameplay
est certes devenu plus agréable et plus profond mais
du coup, le joueur se sent moins faible, moins démuni.
À présent, on a un peu plus de répondant face
aux monstres que l’on croise durant l’aventure,
ce qui amoindrit légèrement la peur ressentie
manette en main. Ce sentiment est d’ailleurs renforcé
par la présence plus marquée des armes à
feu dans ce volet, comme nous le signalions auparavant. Armé
d’un fusil d’assaut ou d’un fusil à
lunette, on perd un peu l’esprit Condemned.
D’ailleurs, en y réfléchissant bien, on
peut remarquer que le sniper représente l’exact
opposé, d’un point de vue game design,
du système de combat si particulier du jeu : abattre
de loin un ennemi dans un titre où le corps à
corps est le cœur du gameplay, c’est assez contradictoire…
Du coup, les armes à feu semblent un peu hors-sujet.
Cependant, les combats au corps à corps représentent
toujours la majeure partie des affrontements et il est évident
que c’est là que le jeu fonctionne à merveille.
En donnant l’impression au joueur qu’il contrôle
un personnage plus puissant et moins passif, Monolith a un
peu diminué le potentiel horrifique du jeu. Du coup,
Condemned 2 prend aux tripes, installe une
tension certaine tout en mettant mal à l’aise
le joueur devant cette violence exacerbée, mais le
jeu est tout de même moins effrayant que son illustre
prédécesseur. Je n’ai pas retrouvé
par exemple dans Bloodshot de scènes
aussi fortes que la cultissime séquence du verger dans
le premier Condemned, lorsque SKX traque
le joueur apeuré dans une vieille bâtisse…
Condemned a légèrement changé
de créneau, c'est un fait, mais même si le premier
opus reste inégalé au niveau de la peur provoquée,
ce second volet réserve tout de même son lot
de sueurs froides.

Une salle de torture que vous
rencontrerez dans les bas-fonds de Metro City…
Cependant,
même si la formule a quelque peu changé, Condemned
reste Condemned, et les principales forces
du jeu répondent à nouveau présent. Bien
sûr, Condemned, c’est un gameplay
de combat très original et extrêmement bien pensé…
C'est également ces phases d’enquêtes si
typiques ou encore cette ambiance inimitable, avec cette ville
en pleine décrépitude et ces psychopathes imprévisibles…
Mais la vraie force de Condemned, c’est
surtout son utilisation si intelligente de la vue à
la première personne. Et là, Condemned
2 fait encore plus fort que son ainé, en proposant
tout au long de l’aventure d’innombrables utilisations
originales de cette vue subjective. Cloué au sol après
une chute, prisonnier dans un scanner médical ou encore
rampant tant bien que mal après avoir eu une jambe
perforée : les scènes fortes s'enchaînent,
toutes magnifiquement mises en valeur par cette vue FPS. Le
titre de Sega et de Monolith demeure certainement l’une
des plus brillantes mises en pratique de ce type de visualisation,
avec un certain Bioshock (2K Games, 2007).
Et puisque l’on parle de ce grand jeu qu’est le
titre de Ken Levine et de son équipe, impossible de
ne pas revenir sur les liens entre Condemned
et ce dernier. En effet, en parcourant les jeux de ces deux
séries, on se rend compte qu'elles partagent ce goût
pour la mise en scène, ce talent pour jouer avec la
caméra (et indirectement avec ce qui est montré
et ce qui ne l’est pas), ainsi que cette grande rigueur
de travail sur le son (au niveau des musiques bien sûr,
mais aussi au niveau des bruitages et de la spatialisation
de ces derniers). D’ailleurs, Paul Hellquist, lead
design sur Bioshock, avait confié
lors d’une
interview en août 2007 que parmi les titres que lui et
son équipe avaient observés en particulier lors
des premiers temps de développement de leur jeu, il
y avait surtout Condemned: Criminal Origins.
Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si
ces séries excellent toutes les deux dans leur capacité
à immerger le joueur dans leur univers respectif.

Un niveau de Condemned 2, le théâtre
de Magicman, paraît avoir été conçu
pour souligner le lien fort qui existe
entre la série de Monolith et Bioshock. Dans ce grand
théâtre au style architectural proche de celui
si particulier
de Rapture, Ethan sera guidé par la voix du Magicman
jusqu’à une grande scène. Impossible de
ne pas penser
au passage mettant en scène Sander Cohen dans le chef-d’œuvre
de 2K Games…
On
signalera pour finir la présence de deux nouveautés
apportées par Condemned 2, à
savoir le « Clodo Fight Club » (une sorte
d’arène libre entièrement configurable
dans laquelle on affronte des vagues d’ennemis suivant
des règles particulières) et un mode multijoueurs
jouable en ligne. Autant le premier mode est largement dispensable,
autant le mode multijoueurs n’est pas si négligeable
que ca… Si l’idée d’un mode multi
dans Condemned peut paraître saugrenue
et complètement hors de propos, cela fonctionne en
réalité plutôt bien, d’autant que
le jeu est encore assez fréquenté au moment
où j’écris ces lignes (c’est-à-dire
en Septembre 2009). On retiendra du multi de Bloodshot
deux modes plutôt efficaces, à savoir la «
Ruée des Clodos » (une poignée de joueurs
incarnant les SCU doivent résister aux assauts des
autres joueurs, les voyous, ces derniers respawnant à
l’infini) et la « Scène de Crime ».
Dans ce mode de jeu-là, les Clodos ont en leur possession
deux preuves d'une scène de crime et l’autre
équipe, les membres des SCU, doivent les scanner. Bien
sûr, les Clodos peuvent bouger et cacher les objets
en question, alors que les soldats peuvent utiliser leur spectromètre
pour localiser les preuves. Cependant, ils ne peuvent pas
se défendre lorsque cet outil est activé…
Alors certes, on n’est très loin de l’esprit
du jeu initial (plus de sentiment de peur du tout) mais c'est
assez efficace et ce mode de jeu qui semblait être une
hérésie quand on connait et apprécie
la série est en réalité une bonne surprise.
Bien sûr, le gros de l’expérience de jeu
demeure le mode solo, mais ce mode multijoueurs est un bonus
non négligeable.

Des voyous qui se mettent sur
la tronche avec des pieds de biche ou des marteaux…
Bienvenue sur le Xbox Live
ou sur le Playstation Network !
Parmi les Grands…
Comme
nous l'avons vu, Condemned 2: Bloodshot est
un épisode assez particulier, une suite plutôt
atypique. Cependant, en ayant ses qualités propres,
il a le mérite de placer la franchise de Sega parmi
les grandes licences du survival horror… Condemned
joue donc à présent dans la cour des Resident
Evil ou des Silent
Hill et ne se résume plus à un
jeu unique et isolé. Bien sûr, en arrivant au
bout de l’aventure proposée par Condemned
2, impossible de ne pas penser à une éventuelle
suite. Il parait évident que Sega doit avoir envie
de mettre sur les rails un Condemned 3, étant
donné la réussite critique et commerciale de
ce second opus (le site vgchartz
annonce environ 800000 copies vendues pour cette séquelle
sur les deux plates-formes confondues). Il n’était
en outre pas facile de passer après le brillant premier
volet, mais Monolith a brillamment relevé le défi.
Condemned 2: Bloodshot est un jeu qui a ses
défauts, comme en particulier un level design toujours
aussi pauvre, chose qui est malheureusement la marque de fabrique
de Monolith Productions (c’est particulièrement
flagrant dans le niveau de l’hôtel au début
du jeu, niveau durant lequel on visite des dizaines de chambres
ayant exactement la même disposition), ou encore le
fait que le jeu ait tendance à abuser de l’obscurité
au détriment de la visibilité. Mais le jeu innove
là où on ne l’attendait pas et propose
une relecture toute particulière des codes établis
par le premier opus... Alors oui, même si j’ai
toujours tendance à préférer le volet
initial, plus percutant et plus efficace en terme de jeu d’horreur
pur, ce Condemned 2 est une suite réussie
qui mérite que les amoureux du survival horror
s’y essaient. Sega et Monolith tiennent là une
licence en or et une série admirablement bien mise
sur les rails avec ces deux épisodes différents
mais complémentaires (d’ailleurs, les scénarios
des deux jeux se complètent à merveille, Condemned
2 expliquant les événements de son
prédécesseur). Tout comme la série dont
il est le protagoniste principal, Ethan Thomas est maintenant
un nom connu et reconnu dans le domaine du jeu d’épouvante,
et du coup, il y a fort à parier qu'on le revoit très
prochainement dans un autre de ses savoureux cauchemars…
Jika,
à qui la barbe donne un air moins furieux qu’à
Ethan.

Seule véritable alliée
d’Ethan durant les deux épisodes, Rosa est son
meilleur soutien tout au long de l'aventure.
La reverra t-on dans l’hypothétique Condemned
3 ?
Annexe – Quelques liens relatifs à Condemned
2: Bloodshot
•
La publicité de Condemned 2 diffusée
sur les chaines de télévision aux États-Unis,
disponible à cette
adresse, est d’une efficacité rare... Pendant
ce temps-là, au Royaume-Uni, deux
publicités télé durent être supprimées par Sega sous la
pression du Advertising Standards Authority.
•
Alors que les publicités à la télévision
étaient très crues et faisaient l’étalage
de la violence qui caractérise Condemned 2,
Sega joua la carte de la dérision pour la campagne
marketing sur le web. L’idée était de
mélanger l’univers du jeu à celui de…
petits poneys ou de clowns joyeux. Un résultat surprenant,
complètement barré, et visible ici
et là.
Dans la grande tradition du marketing à la Sega…
Voir aussi : l'article
sur
Condemned: Criminal Origins