Quand
on regarde un peu l’historique d’Infogrames, difficile
de ne pas constater avec quel élan avant-gardiste la
firme de Bruno Bonnell s’est jeté dans le monde
de la troidé, à une époque où
cette technologie n’en était qu’à
ses balbutiements. C’est bien simple, ils ont tout tenté,
de la superproduction (Alone in
the Dark) à l’expérimental
(Light Corridor, Alpha
Waves), en n’hésitant pas à
en insérer même là où on n’en
avait jamais vu (Eternam
pour les jeux d’aventure, Drakkhen
pour les jeux de rôle), mais toujours avec succès.
Les simulations sportives n’y ont pas échappé,
avec Advantage Tennis.
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Alors
voilà, il y a deux joueurs, une balle, un filet… |
…
et des mouvements terriblement réalistes
à chaque action. |
À
une heure où les simulations de tennis n’existent
que par une représentation fixe du terrain et des animations
plus ou moins saccadées, le tout en bitmap, se rapprochant
finalement bien plus d’un Pong vertical
graphiquement amélioré que des sensations de
Roland Garros, le tennis sur micros et consoles n’a
pas grand-chose à voir avec la réalité.
Ce constat, Infogrames l’a bien compris, et ose le pari
de la première simulation de tennis mâtinée
de troidé, à destination de l’Amiga
et des PC 80286. Impossible ? Et pourtant, ils
l’ont fait, de fort belle manière.
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«
C’est magnifique, mon cher Robert,
quel revers smashé ! » |
-
« Et quel amorti par-fai-te-men-gue con-trôôôô-lé
! » |
Advantage
Tennis
est un titre ambitieux, qui vous propose de conquérir
le classement ATP, vous, jeune professionnel de la raquette,
classé 100ème joueur mondial. Bon, OK, ce n’est
pas vraiment le fonctionnement du classement ATP, mais on
va faire comme si, le système d’Advantage
Tennis est plus simple et plus fun.
Et
comme Infogrames veut faire ça bien, on commence par
la création du profil de notre future star : nom, coups
de prédilection, et paramétrage des capacités.
Le nom, je vous laisse faire, vous devriez vous en sortir
(sur les copies d’examen, ça garantit d’avoir
au moins un point, ne jamais oublier son nom). Plus intéressant,
le choix de quatre coups de prédilection permet de
déterminer les compétences du joueur : coup
droit et revers à une main ou à deux mains,
plongeon ou smash... Le paramétrage des capacités,
enfin, propose de répartir un total de points sur six
jauges : coup droit, revers, volée droite, volée
revers, smash et service, afin de tuner au poil votre alter-ego
des courts de tennis pixellisés. Au fur et à
mesure de vos évolutions, de nombreux points de compétences
vous seront accordés, et vous permettront d’enrichir
vos capacités.
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Advantage Tennis nous emmène
aussi bien sur les terrains de la vieille Europe qu’aux
antipodes.
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Et
hop, on est parti pour la conquête du titre mondial
! Comment ? En participant à tous les tournois de l’année.
Pas moins de 19 compétitions vous attendent, autant
de chances de gagner des places au classement, sauf qu’avec
le score minimum, et des compétences pas très
élevées, les débuts vont être rudes,
un vrai défi vous attend. Le maniement est d’une
simplicité enfantine : les quatre directions déplacent
le personnage, le bouton du joystick ou la barre d’espace
déclenchent le coup de raquette, les directions avant
et arrière aidant dans ces moments à appuyer
le coup ou à couper la balle, pendant que celles de
gauche et de droite contrôlent la direction de la balle.
Les mouvements spéciaux sont plus ou moins automatiques
selon le placement, la distance qui sépare le joueur
de la balle, et la direction utilisée lors de l’action.
Comme vous pouvez le constater, en 2007, les simulations de
tennis n’ont pas réinventé grand-chose
sur ce plan.
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Service
pour le joueur 2 en bas, une flèche lui donne
une indication sur l'effet de la balle. |
Le
lancer de raquette façon majorette,
la provocation ultime dans Advantage Tennis. |
Allez,
premier match de 16ème de finale du premier tournoi
de l’année, je rencontre un obscur Laverdure,
75ème au classement. Pas grave on va le scotcher vite
fait, le match se joue en un set (deux pour les finales et
les tournois du Grand Chelem). Premier contact avec le moteur
du jeu, la sensation est déroutante. Le terrain est
représenté de façon assez minimaliste,
tout comme les joueurs, de simples bonhommes de fil de fer
en bitmap. Bon. Première balle, j’appuie mon
coup, et là, l’action part d’un coup à
cent à l’heure, on est pas chez les vétérans
avec les blagues de Llie Nastase ! Les coups s’enchaînent
sans temps mort, l’ordinateur se défend, je rentre
dans mon match. Coup droit, revers, smash, plongeon, et même
le fameux coup entre les jambes de Yannick Noah, tout y est,
avec un réalisme saisissant. Car la voilà, la
grande force d’Advantage Tennis, son
animation. Grâce au rotoscoping, cette technique qui
permet de capturer les mouvements d’une personne, les
parties de jeu sont criantes de vérité. Le revers
de la médaille, et aussi afin que ça tourne
correctement sur des machines pas encore très habitués
à de la troidé : les joueurs manquent visuellement
de concret. Après quelques minutes, ce détail
s’estompe, effacé par la qualité des animations.
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La
force du titre réside dans son principe d’évolution
du joueur : classement, points d’aptitude, spécialités,
l’implication du joueur est totale.
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Cette
troidé est d’ailleurs exploitée jusqu’au
possible, puisque les déplacements des joueurs provoquent
des mouvements de caméra qui modifient la perspective
du terrain et des joueurs qui évoluent dessus ! Bon,
par moments, cela devient un peu compliqué à
suivre, surtout pour les courses vers le fond de cour, mais
l’effet ajoute aux très bonnes sensations que
procure le titre. Ceci étant, le peu de couleurs affichées
à l’écran (16, en EGA comme en VGA, ainsi
que sur Amiga) préserve au moins la lisibilité
des actions à l’écran.
Infogrames
ayant manifestement tout misé sur leur moteur de jeu,
le reste de l’habillage est plutôt sobre : quelques
écrans fixes pour les victoires, les défaites,
les déplacements et les lieux de prestige, ceux-ci
sont jolis mais cassent un peu le dynamisme créé
par les matchs. L’ambiance sonore est assez drôle,
tout en Adlib, un support bien connu pour mal retranscrire
les bruits de raquette et de rebonds de balle. La musique
répétitive des menus, par contre, est à
oublier rapidement. Ceci dit, pour les vrais roots du 286,
il reste le haut-parleur interne du PC, qui mettra
à mal vos délicates oreilles. Et dire que j’avais
pratiqué Advantage Tennis dans ces
conditions à l’époque… Sur Amiga,
bien sûr, la qualité sonore est tout autre, à
base d’un remix du thème principal avec effets
de rebonds de balle, un truc qui ne pouvait que sortir en
1991.
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Admirez-moi
cette détente, mes enfants, voilà
des sprites qui se donnent à fond ! |
Oui
! Advantage Tennis, c’est le jeu des ouinneurs
! |
Alors,
de nos jours, Advantage Tennis paraît
désuet, voire techniquement complètement largué,
là où Virtua Tennis 3 affiche
un photo-réalisme saisissant et une animation parfaite.
C’est vrai. Du moins en ce qui concerne le visuel. Mais
la jouabilité, et surtout finalement la technique troidé
employée, ne doit pas faire oublier qu’Advantage
Tennis s’est posé en précurseur
d’une technologie aujourd’hui incontournable,
et que quelque part, les Top Spin et consorts
doivent sûrement beaucoup au titre d’Infogrames.
Tonton
Ben