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CamelTry
Année : 1989
Système : Arcade
Développeur : Taito
Éditeur : Taito
Genre : Arcade / Labyrinthe
Par Bernard (04 mars 2005)

CamelTry : un mélange des genres réussi.

"Surprenant", c'est le premier mot qui vient à l'esprit de ceux qui se frottent à ce CamelTry. Surprenant, car CamelTry est un doux mix vidéo-ludique de plusieurs principes de jeux. Le nom même du jeu est un pied de nez, puisqu'aucun élément ne relie particulièrement ce jeu au grand vaisseau du désert qu'est le chameau. Une définition à la Petit Robert de CamelTry pourrait donner ceci : "Combinaison hybride des jeux de labyrinthe, de flipper et de Marble Madness. CamelTry se joue sur 4 niveaux de difficulté, le nombre de parcours à faire augmentant avec le niveau choisi."

Vous souvenez-vous des jeux de plateau en bois dans lesquels le but était d'amener une bille en fer à travers un labyrinthe sans tomber dans les trous ?

Que ceux qui n'ont jamais connu ce jeu lèvent la main !

Contrairement au jeu de plateau, votre bille reste, ici, au centre de l'écran, et c'est le décor qui tourne ! Ceci requiert un petit temps d'adaptation pour suivre l'évolution de votre bille. Gardez ce principe de bille et de labyrinthe, saupoudrez d'éléments de décor soignés, de briques, de bumpers et de tapis roulants, imposez un temps limité pour finir le plateau... et voilà !

Au premier abord, on ne sait pas par quel bout le prendre.

Heureusement pour le joueur, les concepteurs du jeu ont imaginé un petit tutorial pour vous mettre le pied à l'étrier.

CamelTry pour les nuls, et en Engrish ! :)

Un univers très spécial

En premier lieu, votre bille est en fait la propriété de Yurika Cery, déesse de l'espace-temps. Cette bille a pour mission de traverser un nombre fini de labyrinthes, chacun présentant un décor soigné, parfois un peu chargé.

Cette ravissante déesse vous fera voir du pays.

Les labyrinthes que vous devrez traverser ne sont pas de simples couloirs. Certains éléments de décors peuvent avoir une influence non négligeable sur l'accomplissement de votre objectif. Parmi ceux-ci, outre les bonus divers qui seront présentés plus loin, on peut trouver des murs qui possèdent la fâcheuse propriété de diminuer votre quota de secondes restantes.

Il faut raser les murs, mais pas de trop près !

À ceci s'ajoutent des éléments plus dynamiques qui, pour être utiles, nécessitent une parfaite maîtrise de votre bille. En jouant sur une combinaison de bumpers et de tapis roulants, vous pourrez non seulement marquer quelques points supplémentaires, mais aussi vous permettre de franchir rapidement les derniers mètres qui vous séparent de la zone de sortie.

On retrouve de vieux réflexes de flippers.

Certains parcours comprennent aussi des rampes de lancement (sortes de spirales permettant de prendre de l'élan, les aficionados de skate ou de roller me comprendront), ainsi que de véritables feux de signalisation - si, si !

Comment prendre de l'élan... et en perdre en raison d'un feu rouge. Ironique, non ?

Il est où le joystick ?

Le panneau de commande de CamelTry peut en surprendre plus d'un. Ici, point de joystick... Juste un "spinner" et un bouton d'action ! Spartiate et déroutant au premier abord (il est vrai que le spinner n'est pas très répandu), le choix de ce type de contrôle reste particulièrement bien adapté à la logique de jeu de CamelTry.

Remarque technique : le spinner étant une espèce disparue, attardons-nous un peu sur son autopsie. Un spinner se présente sous la forme d'une molette que l'on peut tourner de gauche à droite et de droite à gauche. Contrairement au trackball, elle ne permet que des déplacements latéraux (pas de possibilité de mouvement vertical). Pour les férus d'archéologie vidéoludique, on retrouve des spinners dans d'excellents jeux tels qu'Arkanoid, Tempest, Breakout & SuperBreakout.

La prise en main nécessite un petit temps d'adaptation. Il vous faudra acquérir un certain doigté pour pouvoir faire tourner le décor rapidement et surtout rectifier le parcours de votre balle au moment propice.

Remarque personnelle : ce sont malheureusement sur les jeux ayant des types de contrôle exotiques, comme le spinner ou le trackball, que l'émulation trouve ses limites en ne restituant pas la difficulté d'apprentissage et de maîtrise de ces périphériques. L'adaptation Super Famicom de CamelTry, au demeurant excellente, ne se joue qu'au pad.

Un gameplay soigné

La réussite de CamelTry en tant que jeu d'arcade repose sur cinq éléments. Tout d'abord, les auteurs ayant eu la volonté de simuler un tant soit peu le comportement d'une bille dans la vraie vie, les lois de physique s'appliquent à cet univers étrange.

- Premier élément : la gravité. Votre bille est soumise à la loi de la gravité, ce qui aura pour conséquence de la faire "tomber" vers le bas de l'écran. Enfin... "tomber" est une manière de voir les choses, car rappelez-vous que votre bille reste toujours au milieu de l'écran et que c'est le décor qui s'adapte et défile. Grâce à la gravité, vous pourrez acquérir de la vitesse et faire évoluer votre bille dans le labyrinthe.

- Deuxième élément : l'inertie. Tout comme la gravité, l'inertie affecte le trajet de votre bille. Ceci peut se révéler très utile lorsque l'on cherche à freiner pour éviter un obstacle. La méthode consiste alors à faire tourner le décor pour l'inverser et croiser les doigts pour que le "timing" soit parfait.

Outre la simulation des lois de la physique, CamelTry possède quelques secrets et astuces de jeux vous donnant une chance d'arriver au bout du labyrinthe dans le temps imparti.

- Troisième élément : le saut. Votre bille dispose de plus d'un tour dans son sac. En cas de difficultés pour briser un mur ou prendre de l'élan, vous pouvez lui donner un petit coup de pouce en provoquant un saut. Si vous souhaitez augmenter la vitesse de votre bille, il vous faut combiner la gravité et votre saut : maintenez le bouton action appuyé tout en vous assurant que le parcours est dégagé pour que votre balle "tombe" le plus rapidement possible.

- Quatrième élément : les bonus cachés. Véritable boîte de Pandore, certaines briques contiennent soit un bonus de temps, soit un malus. Un contrôle précis du parcours de votre bille vous donnera la possibilité de casser ces briques pour obtenir les quelques précieuses secondes qu'elles contiennent. En terme de stratégie, il vous faudra bien mesurer votre espérance de gain et le temps requis pour l'obtenir...

Et le temps se figea...

Cinquième élément : les derniers atouts. Lorsque vous parvenez à terminer un plateau dans le temps imparti, vous avez le droit de jouer au Bandit Manchot. Rien d'illégal, CamelTry n'est pas un jeu d'argent maquillé en borne d'arcade. Ce bandit manchot vous donne la possibilité de gagner des secondes supplémentaires avant le démarrage du plateau suivant.

Un peu de chance et on repart du bon pied pour le tour suivant !

Autre atout de la dernière chance : la Grande Loterie. En dernier recours, lorsque toutes vos billes ont disparu dans les méandres de l'espace-temps avant d'avoir terminé tous les plateaux, vous pourrez tenter votre change à la Grande Loterie. Le hasard vous attribue un nombre ; charge alors à vous de tenter de le sélectionner à l'aide du "curseur fou". Si vous arrivez à faire correspondre les nombres, vous disposerez de quelques secondes supplémentaires pour terminer votre labyrinthe.

Good Fortune / Unfortune... une traduction anglaise très libre !
Même inscrire son nom dans les Highscores devient un réel exercice de contrôle de trajectoire.

De l'absurde dans les scènes de fin.

Habituellement, les scènes de fin de partie permettent aux développeurs de débrider un peu plus encore leur créativité. CamelTry ne déroge pas à cette coutume, et quatre scènes différentes ont été conçues. Chacune étant assez mignonne, je ne résiste pas au plaisir de vous les présenter.

Pour le parcours du débutant et vos premières armes.
Ceci récompense les plus aguerris d'entres vous.

L'œuf ou la poule : des suites et des sources d'inspiration

Le principe de CamelTry fit de nombreux émules. L'un des clônes les plus flagrants sortit sur PSOne sous la forme d'une production à petit budget publiée par Media Entertainment. Korokoro Post Nin ne met plus en scène une bille, mais une petite fille dont l'objectif est de livrer le journal à une bonne poignée de viles boîtes aux lettres disposées aux quatre coins d'un labyrinthe tournant sur lui-même. Copie éhontée de CamelTry ? Pas tout à fait. La différence majeure entre ce Korokoro Post Nin et le titre dont il s'inspire réside dans le fait que la petite fille ne doit plus éviter les murs mais, au contraire, s'efforcer d'y marcher le plus longtemps possible afin d'augmenter sensiblement sa vitesse de déplacement.

Dans Korokoro Post Nin, un radar situé en bas à droite indique en permanence l'emplacementdes boîtes aux lettres restantes.

En 1995, soit quelques années plus tôt, un jeu très similaire vit le jour sur Neo Geo. The Irritating Maze, réalisé par Saurus, abandonna le concept de rotation de l'écran et remplaça le spinner de CamelTry par un trackball permettant au joueur d'influer directement sur les déplacements de la bille dans toutes les directions. L'accent fut mis sur la précision, puisqu'aucun contact avec les murs du labyrinthe n'y était, cette fois, autorisé.

Plus près de nous, Kurukuru Kururin, de Eighting sur Gameboy Advance, innova en transformant la bille en une barre tournant lentement sur elle-même. Là encore, l'interdiction de heurter les murs du labyrinthe contraignit les joueurs les plus aguerris à échaffauder de nouvelles stratégies à même de gérer la rotation permanente de la barre.

The Irritating Maze, très irritant.
Kurukuru Kururin, très irritant. Aussi.

Mais il serait erroné de penser que CamelTry fut à la base de tout un genre. En effet, neuf ans plus tôt, Taito s'essaya déjà au concept de la navigation de labyrinthe en développant Crazy Balloon, sorte de Kurukuru Kururin avant l'heure dans lequel un ballon se balaçant de gauche à droite devait trouver son chemin dans des couloirs dont les murs étaient couverts de pics acérés. Stress garanti !

Crazy Balloon et son ballon, euh... fou.
Bernard
(04 mars 2005)
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